Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 24 juillet 1789: Marie-Antoinette écrit à la Marquise de Tourzel

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yann sinclair

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MessageSujet: 24 juillet 1789: Marie-Antoinette écrit à la Marquise de Tourzel   Sam 21 Oct - 18:26

Marie-Antoinette écrit à la Marquise de Tourzel



"Mon fils à quatre ans, quatre mois moins deux jours

Je ne parle pas ni de sa taille ni de son extérieur: il n'y a qu'à le voir

Sa santé a toujours été bonne, mais, même au berceau, on s'est aperçu que ses nerfs étaient très délicats, et que le moindre bruit extraordinaire faisait effet sur lui

Il a été tardif pour ses premières dents, mais elles sont venues sans maladie ni accident

Ce n'est qu'aux dernières, et je crois que c'était la sixième, qu'à Fontainebleau il a eu une convulsion

Depuis, il en a eu deux: une dans l'hiver de 87 à 88, et l'autre à son inoculation, mais cette dernière a été très petite

La délicatesse de ses nerfs fait qu'un bruit auquel il n'est pas accoutumé lui fait toujours peur

Il a peur, par exemple, des chiens, parce qu'il en a entendu aboyer près de lui

Je ne l'ai jamais forcé à en voir, parce que je crois qu'à mesure que sa raison viendra, ses craintes passeront

il est, comme tous les enfants forts et bien portants, très étourdi, très léger et violent dans ses colères, mais il est bon enfant, tendre et caressant même, quand son étourderie ne l'emporte pas

Il a un amour-propre, démesuré qui, en le conduisant bien, peut tourner un jour à son avantage

Jusqu'à ce qu'il soit bien à son aise avec quelqu'un, il sait prendre sur lui, et même dévorer ses impatiences et colères, pour paraître doux et aimable

Il est d'une grande fidélité quand il a promis une chose, mais il est très indiscret

Il répète aisément ce qu'il a entendu dire et souvent, sans vouloir mentir, il y ajoute ce que son imagination lui fait voir

C'est son plus grand défaut et sur lequel il faut bien le corriger

Du reste, je le répète, il est bon enfant, et avec de la sensibilité, et en même temps de la fermeté, sans être trop sévère, on fera toujours de lui ce qu'on voudra

Mais la sévérité le révolterait, car il a beaucoup de caractère pour son âge

Et, pour en donner un exemple, dès sa plus petite enfance, le pot "pardon" l'a toujours choqué

Il fera et dira tout ce qu'on voudra quand il a tort, mais le mot "pardon" il ne le prononce qu'avec des larmes et des peines infinies

On a toujours accoutumé mes enfants à avoir grande confiance en moi et, quand ils ont ds torts, à me le dire eux-mêmes

Cela fait qu'en les grondant, j'ai l'air plus peinée et affligée de ce qu'ils ont fait que fâchée

Je les ai accoutumés tous à ce que oui ou non prononcé par moi est irrévocable; mais je leur donne toujours une raison à la portée de leur âge, pour qu'ils ne puissent pas croire que c'est l'humeur de ma part

Mon fils ne sait pas lire et apprend fort mal, mais il est trop étourdi pour s'appliquer

Il n'a aucune idée de la hauteur dans la tête, et je désire dort que cela continue: nos enfants apprennent toujours assez tôt ce qu'ils sont

il aime sa sœur beaucoup, et a bon cœur

Toutes les fois qu'une chose lui fait plaisir, soit d'aller quelque part ou qu'on lui donne quelque chose, son premier mouvement est toujours de demander pour sa sœur de même

il est né gai: il a besoin pour sa santé d'être beaucoup à l'air, et je crois qu'il vaut mieux le laisser jouer et travailler à la terre sur les terrasses que de le mener plus loin

L'exercice que les petits enfants prennent en courant et jouant à l'air est plus sain que d'être forcés de marcher, ce qui souvent leur fatigue les reins

Je vais maintenant parler de ce qui l'entoure

Trois sous-gouvernantes:

Mme Louise Elisabeth Le Noirde Soucy, belle-mère et belle-fille, et Mme de Villefort

Mme de Soucy la mère, fort bonne femme, très instruite, exacte, mais mauvais ton

La belle-fille, même ton, point d'esprit

il y a déjà quelques années qu'elle n'est plus avec ma fille

Mais, avec le petit garçon, il n'y a pas d'inconvénient

Du reste, elle est très fidèle, et même un peu sévère avec l'enfant

Mme de Villefort est tout le contraire, car elle le gâte

Elle a au moins aussi mauvais ton, et plus même que les autres

celle-ci n'est pas aimée des autres, mais à l'extérieur, toutes sont bien ensemble

Les deux premières femmes, toutes deux fort attachées à l'enfant, mais Mme Lemoine de Clermant (née Chardon), une caillette et bavarde insoutenable, contant tout ce qu'elle sait dans la chambre devant l'enfant ou non

Cela est égal, Mme Neuville (Marie-Madeleine Ruol, femme de Pierre-Edme Leschevin de Billy de Neuville) (Mme de Neuville fut l'une des deux femmes qui accompagnèrent la famille royale dans la fuite de Varennes) a un extérieur agréable, de l'esprit, de l'honnêteté, mais on la dit dominée par sa mère, qui est très intrigante

Pierre-Edouard Brunier (1730-1811), médecin des Enfants de France. (La reine avait grande confiance dans ses talents médicaux. A plusieurs reprises, elle l'appela au Temple pour soigner ses enfants malades et Brunier répondit toujours à ses appels, ce qui n'était pas sans danger) Il faut le tenir à sa place. Il est familier, humoriste et clabaudeur (aboyeur, cancanier, médisant, potinier)

L'abbé Avaux (Guillaume Davaux ou d'Avaux. Abbé de Quimperlé (1740-1822) instituteur des Enfants Royaux . Il peut-être fort bon pour apprendre les lettres à mon fils, mais du reste, il n'a ni le ton ni même ce qu'il faudrait pour être auprès de mes enfants

C'est ce qui m'a décidée, dans ce moment, à lui retirer ma fille

il faut bien prendre garde qu'il ne s'établisse hors des heures des leçons chez mon fils

C'est une des choses qui a donné le plus de peine à Mme de Polignac, et encore n'en venait-elle pas toujours à bout, car c'était la société des sous-gouvernantes

Depuis dix jours, j'ai appris des propos d'ingratitude de cet abbé qui m'ont fort déplu

mon fils a huit femmes de chambre. Mme Misselier, Belliard de Batz, de Saint-Brice, Caqueray de Bonicour, van Blarenherghe, Mme Mollet-Ramban et Thouin. Elles le servent avec zèle, mais je ne peux pas compter beaucoup sur elles

Dans ces dernier temps, il s'est tenu beaucoup de mauvais propos dans la chambre, mais je ne saurais pas dire exactement par qui

il y a pourtant une Mme Belliard qui ne se cache pas sur ses sentiments et, sans soupçonner personne, on peut s'en méfier

Tout son service en hommes est fidèle, attaché et tranquille.

(Les deux valets de chambre étaient Cléry et Villette)

Ma fille a à elle deux premières femmes et sept femmes de chambre. Mme Brunier, femme du médecin (Antoinette Chapuy) (Elle suivi la reine également à Varennes). Elle la sert depuis sa naissance avec zèle.

Mais sans avoir rien à lui reprocher, je ne la chargerais jamais que de son service

Elle tient du caractère de son mari

De plus, elle est avare et avide des petits gains qu'il y a à faire dans la chambre

Sa fille, Mme Freminville est une personne d'un vrai mérite (sans doute d'un 1er mariage car elle s'appelait Christine Dufour) Elle avait épousé M. de Montlouis de Freminville.

Quoique âgée seulement de 27 ans, elle a toutes les qualités d'un âge mûr

Elle est à ma fille depuis sa naissance et je ne l'ai pas perdue de vue

Je l'ai mariée et le temps qu'elle n'est pas avec ma fille, elle l'occupe en entier à l'éducation de ses trois petites filles

Elle a un caractère doux et liant, est fort instruite et, c'est elle que je désire charger de continuer les leçons à la place de l'abbé d'Avaux

Elle en est fort en état; et puisque j'ai le bonheur d'en être sûre, je trouve qu'elle est préférable à tout

Au reste, ma fille l'aime beaucoup et y a confiance

Les sept autres femmes sont de bons sujets (L'état de la maison de Madame Royale en comptait dix: Marie Bar de Lisle, Nicole Barbier, veuve Marchand, Anne Françoise Antoine Bazire, Marie Laurent, femme du sieur Indrion, Marie-Antoinette Julien, femme du sieur de Tourmont, Sophie Genet, femme du sieur Pannellier, Mme Schilick, Amélie Gabrielle Sergent, Anne Bazire, Mme Blanchard Le Moine

Les hommes sont à elle depuis sa naissance

Ce sont des êtres absolument insignifiants, mais comme ils n'ont rien à faire que le service, et qu'ils ne restent point dans la chambre par-delà, cela est insignifiant

* * * * *

Marie Angélique de Fitte de Soucy, baronne de Mackau (dès 1771)
Sous-gouvernante des enfants de France en 1771 (Mme Elisabeth et Mme Clotilde, soeurs de Louis XVI) et sous gouvernante de Marie Thérèse de France, fille de Louis XVI

Née le 16 novembre 1723 à Fontenay-sous-Bois. Baptisée le 17 novembre 1723 à Fontenay-sous-Bois (St-Martin) - Décédée le 10 février 1801 à Vitry-sur-Seine à l'âge de 77 ans

Parents

Jean-François de Fitte, marquis de Soucy +1723/
Marie-Angélique de Jordy de Cabanac 1691-1723/

Mariée le 31 décembre 1754 à Paris avec Louis-Eléonor, baron de Mackau 1727-1767 (religieux 1755)

dont

Louise 1758-1841 - Armand Louis 1759-1827 - Angélique 1762-1800



Elisabeth Lenoir, marquise de Soucy (dès 1775)

Louise de Mackau (Renée Suzanne Marie Louise de Mackau), marquise de Soucy, fille de la première et bru de la seconde (en 1781)

Sous gouvernante des Enfants de France en 1781 (enfants de Louis XVI) d'abord de Marie Thèrese de France puis du duc de Normandie son frère (futur Louis XVII) Née en 1758 - Décédée en 1841 à l'âge de 83 ans

Parents

Louis-Eléonor, baron de Mackau 1727-1767
Marie-Angélique de Fitte de Soucy 1723-1801

Mariée en avril 1774 avec François Louis de Fitte de Soucy 1751-1793

dont
Louis Xavier 1775-1840
Charles 1776-1813
Angélique 1779-1792/
Philippe 1781
Louise 1784-1850



Marie Henriette Edouarde Rosalie d'Aumale, vicomtesse d' Aumale (démissionne en 1783) ; Thérèse Sophie de Vibert, marquise de Villefort (sous gouvernante du Dauphin, futur Louis XVII à partir de 1783)

Gouvernantes des Enfants Royaux

1776-1782 : Victoire Armande Josèphe de Rohan-Soubise, (1743-1807), Princesse de Guéménée.
1782-1789 : Yolande Martine Gabrielle de Polastron, (1749-1793), Duchesse de Polignac.
1789-1792 : Louise Félicité Elisabeth de Croÿ-Havré, (1749-1832), Marquise de Tourzel.

Les sous-gouvernantes

Marie-Angélique de Fitte de Soucy, épouse de Louis-Eléonor Dirkheim de Mackau, dite Baronne de Mackau (1723 - 1801)
Elisabeth Louise Lenoir de Verneuil, épouse de Armand de Fitte de Soucy, dite Marquise de Soucy, (1729 - après 1789)
Renée Suzanne de Mackau, épouse de François Louis de Fitte de Soucy, dite Comtesse de Soucy (1758 - 1841)
Thérèse Sophie de Sibert, épouse de Louis Auguste d'Izarn de Montjeu de Villefort, dite Marquise de Villefort (1732 - après 1815)
Marie Edouarde Rosalie d'Aumale, épouse de Louis Anne Antoine d'Aumale, dite Vicomtesse d'Aumale (1733 - après 1783)


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