Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 Hans Axel von Fersen

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Fersen et Marie-Antoinette, amoureux?
Oui
66%
 66% [ 29 ]
Non
20%
 20% [ 9 ]
Aucune idée
14%
 14% [ 6 ]
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MessageSujet: Hans Axel von Fersen   Mar 26 Juin - 21:01

Je vous propose un lien vers le premier épisode d'une série d'articles écrits par Elena Maria Vidal, spécialiste américaine de la reine Marie Antoinette :
http://teaattrianon.blogspot.com/2007/06/fersen-legend-part-1.html

La suite au prochain numéro ! Very Happy

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mar 26 Juin - 21:17

affraid affraid affraid affraid

Pim? Mais que se passe t'il??? Qu'as tu dis moi??!!!!!
Toi lancer un sujet sur Fersinou?? waouuuuu! cheers cheers

Elena Maria Vidal a écrit de superbes articles déjà sur la Duchesse de Polignac ou Lamballe....une valeur sûre Wink

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mar 26 Juin - 21:18

T'as lu son article sur Fersen ? Rolling Eyes Tu ne te demanderas plus pourquoi j'ai posté ce lien dès que tu l'auras fait... Wink

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mar 26 Juin - 21:38

J'étais justement en train de le lire, mais en effet je comprends mieux pourquoi

Très belle étude vraiment de la part d'Elena Maria Vidal...une personne d'outre-Atlantique qui sait faire la distinction entre amour et amitié, c'est plaisant Wink

Car bien sûr, j'en profite pour donner mon avi sur Fersen : à mes yeux ce beau Suédois qui faisait des ravages auprès des femmes de part sa beauté et son charme a surtout oeuvré en amour avec ses maîtresses déclarées comme entre autres Eléonore. Mais avec Marie-Antoinette, qu'il n'a finalement vue que peu de fois, entre ses voyages et la guerre d'Amérique à laquelle il a participé, il n'y a eu selon moi qu'une grande amitié, ils étaient du même âge.
Marie-Antoinette si démonstrative en amitié dans sa correspondance, avec des entre autres "mon cher coeur" ou "je vous embrasse très fort" à la Duchesse de Polignac, a certes écrit des mots de ce genre à Fersen, mais sans plus....Very Happy

J'ai un minimum de respect pour Fersen, qui a risqué sa vie en Juin 1791 pour aider la famille royale à fuir Paris, même si au final il a commis de grosses erreurs d'organisation qui ont coûté cher. Et...les conditions de sa mort ne sont pas fameuses non plus...massacré par une foule haineuse...à l'instar de Lamballe...

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mar 26 Juin - 21:52

Citation :
Marie-Antoinette si démonstrative en amitié dans sa correspondance, avec des entre autres "mon cher coeur" ou "je vous embrasse très fort" à la Duchesse de Polignac, a certes écrit des mots de ce genre à Fersen, mais sans plus....
Je serai plus prudente que toi, je dirai "peut-être" plutôt que "certes". En effet, qu'avons-nous de sûr émanant de la reine ? Rien... Si, si, rien !

Une seule lettre contient des formules plus tendres, notamment ce "plus aimant et plus aimé des hommes", mais elle n'est pas dans l'autographe. Elle est codée. Je renvoie à l'analyse de Jean Chalon et de Nesta Webster.

Ensuite, ce que nous avons encore, ce sont des passages raturés. Et, là, on peut leur faire dire n'importe quoi !

Pour le reste, le lisible et le clairement de la main de Marie Antoinette, ce sont des considérations politiques.

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mar 26 Juin - 22:15

Oui pardon tu as raison de le souligner Wink

Mais quand bien même, si sous ces passages raturés il y aurait des mots de ce genre, au final ça ne voudrait vraiment rien dire....

D'ailleurs selon moi, même si le fameux "Adieu, le plus aimant et le plus aimé des hommes" était vraiment de sa main, le sens du verbe "aimer" utilisé par Marie-Antoinette et même ses contemporains n'était pas vraiment le même que de nos jours...

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mar 26 Juin - 22:22

Certes... et d'ailleurs "aimant" voulait dire "affectueux". Mais encore faut-il prouver que ce petit mot est bien de Marie Antoinette. Ce qui me paraît impossible, vu qu'il n'est pas de sa main ! Or, il apparaît sans l'ombre d'un doute dans la correspondance recensée par Evelyne Lever, comme s'il n'existait à son propos nulle controverse...

Mais il est vrai que la romance Antoinette/Fersen est le cheval de bataille de Madame Lever... à tel point que, de temps à autre, oups..., elle s'emballe !

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mar 26 Juin - 23:18

Chou d'amour a écrit:

Mais quand bien même, si sous ces passages raturés il y aurait des mots de ce genre, au final ça ne voudrait vraiment rien dire....

En tous cas, de n'en pas connaître la nature réelle a permis à ses descendants de faire passer Fersen pour plus tendre aux yeux de Marie-Antoinette qu'il n'était réellement... Plus respectueux, donc , aux yeux de l'Histoire...

Bien à vous.
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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mar 26 Juin - 23:24

Oui en effet...ce genre de chose permet de se rendre tout de suite plus important aux yeux des autres Wink

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mer 27 Juin - 0:19

Le célèbre Adieu mon coeur est tout à vous, mot de Marie-Antoinette collé dans le Journal de Fersen à la date du 19 mars 95, a aussi fait couler beaucoup d'encre... Wink




http://maria-antonia.justgoo.com/t4507p660-fersen-un-chevalier-courtois-1


Beaucoup de bruits pour rien (?), et de toujours... Suspect 

:arrow: Le comte de Creutz à Gustave III, le 10 avril 1779

"Je dois confier à votre Majesté que le jeune comte de Fersen a été si bien vu de la Reine que cela a donné des ombrages à plusieurs personnes. J'avoue que je ne peux pas m'empêcher de croire qu'Elle avait du penchant pour lui. J'en ai vu des indices trop sûrs pour en douter. Le jeune comte de Fersen a eu une conduite admirable dans cette occasion par sa modestie et par sa réserve, et surtout par le parti qu'il a pris d'aller en Amérique. En s'éloignant il écartait tous les dangers de sa position. Il fallait véritablement une fermeté au dessus de son âge pour surmonter cette séduction. La Reine ne pouvait pas le quitter des yeux les derniers jours et en le regardant ils étaient remplis de larmes.
Je supplie votre Majesté d'en garder le secret pour Elle et pour le Sénateur Fersen uniquement.
Lorsqu'on su le départ du comte de Fersen tous les favoris en étaient enchantés. Quelques jours auparavant la duchesse de Fitz-James lui dit : Quoi monsieur, vous abandonnez ainsi votre conquête ? Si j'en avais fait une je ne l'abandonnerais pas, répondit-il : Je pars libre et malheureusement sans laisser de regrets.
Votre Majesté avouera que cette réponse était d'une sagesse et d'une prudence au dessus de son âge."


:arrow: Le 20 avril 1780, le baron de Taube écrit à Gustave III:

"La Reine a dans toutes les occasions distingué les Suédois qui ont paru à la Cour (...).
Elle a particulièrement distingué le jeune comte Axel toutes les fois qu'elle vient aux bals de l'Opéra cet hiver. Elle se promenait toujours avec lui, elle monta même dans une loge avec lui, où elle resta longtemps à lui parler. Il se trouva des envieux qui trouvaient étonnant que la Reine se promenât toutes les fois avec le jeune comte Axel, qui était un étranger, et tout le monde demanda : Mais mon Dieu, qui est ce jeune Suédois avec lequel la Reine se promène toujours ?
On disait encore : Mais jamais la Reine est restée si longtemps aux bals de l'Opéra comme cette année-ci.
Je crois enfin que toutes ces réflexions revinssent aux oreilles de la Reine.
Cela ne fit qu'augmenter la fantaisie qu'elle avait de voir le jeune comte.
Mais pour que cela ne fût pas trop remarquable, elle voulut admettre plus de Suédois dans sa société. Elle fit donc en sorte que Monsieur de Stedingk, à qui le Roi avait parlé quelque fois depuis son retour d'Amérique, fût ordonné de souper dans les Cabinets. Stedingk avala cela et crut que c'était pour ses beaux yeux que cette distincion lui arriva. On cria beaucoup de ce que Monsieur de Stedingk eût cette faveur, on voulait savoir s'il était assez gentilhomme pour pouvoir souper dans les Cabinets avec le Roi.
Toutes ces informations étaient moins agréables pour notre Stedingk, mais enfin la Reine avait gagné par là que toutes les clameurs étaient tombées sur lui.
Huit jours après et pendant qu'on se récriait fort contre la faveur arrivée à Monsieur de Stedingk, le comte Axel fut ordonné de souper avec le Roi, mais comme ces soupers ne se donnent qu'une ou deux fois par semaine, les dames de la Reine, (...) donnèrent de petites fêtes et des jeux dans leurs appartements, auxquels la Reine vint toujours, et souvent le Roi.
Le comte Axel fut toujours de ces soupers-là, et toutes les fois qu'il y avait des soupers dans les Cabinets, il y était. Il fut aussi des jeux de la Reine."


:arrow: Au sujet de cette fameuse rencontre romantique et romancé (?) (et qui n'est pourtant pas la première), au bal de l'Opéra, Fersen note dans son Journal, le 30 janvier 1774 :

"Je partis à une heure pour aller au bal de l'Opéra. Il y avait foule : Madame la Dauphine, Monsieur le Dauphin, Monsieur le comte de Provence y vinrent et y demeurèrent une demi-heure, sans que leur présence fût remarquée.
Madame la Dauphine me parla longtemps sans que je la reconnusse ; enfin, quand elle se fit connaître, tout le monde s'empressa autour d'elle et elle se retira dans une loge. A trois heures, je quittai le bal".


Voilà. Pas davantage... Wink
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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mer 27 Juin - 3:17

Citation :
Le célèbre Adieu mon coeur est tout à vous, mot de Marie-Antoinette collé dans le Journal de Fersen à la date du 19 mars 95, a aussi fait couler beaucoup d'encre...
Non, cher ami, ces quelques mots ne comptent pas parmi les paroles célèbres...  Wink Parce qu'il n'y a rien à dire ! Ce malheureux bout de papier ne nous renseigne que sur une chose : sur l'état mental de Fersen.

La baronne de Korff lui a remis une lettre écrite par Marie Antoinette, dont Fersen a retiré ce passage, qu'il a pieusement collé dans son journal, le considérant comme un dernier adieu.

Avec le temps, le pauvre homme a réellement fini par vivre avec des fantômes, traquant ainsi les signes post mortem qu'Elle lui envoyait pour échapper à la bassesse d'un quotidien par trop déprimant.

... ce qui, selon son habitude, ne l'empêchait pas de se consoler occasionnellement dans de frais bras tout prêts à s'ouvrir. C'est que sa sulfureuse réputation d'amant de la malheureuse reine de France nimbait sa séduction d'une aura toute particulière... Quel homme n'en profiterait pas ?  Wink

Quant à Creutz... il nous suffit de nous rappeler qu'il était l'ambasseur de Suède attaché à la cour de France pour voir sa lettre d'un autre oeil. Il est tout naturel qu'il insiste auprès de son roi sur l'irrésistible ascension d'un de leurs compatriotes.

Sa lettre du reste ressemble plus à un ramassis de ragots de cour qu'à un rapport d'ambassade !  Wink Davantage du goût de Gustav, sans doute...  Rolling Eyes

Taube était le meilleur ami de Fersen, son alter ego et l'amant de sa soeur adorée, Sophie. Son témoignage amène donc autant de réserves que celui de Creutz.

A noter que ces deux correspondances s'adressent à Gustav... dont Fersen était un des grands favoris. On trouve donc sous leur plume un souci de mettre en avant leur star locale et de flatter avec elle la fibre nationale du roi de Suède. Très visible dans la lettre de Taube, qui encense tous les Suédois.

En effet, le dagbok de Fersen lui-même est plus révélateur que ces billets écrits pour la galerie : dans son for intérieur, le beau comte remarque à peine Marie Antoinette. Un autre passage de son journal, en revanche, de la même époque, nous offre par le menu ses entreprises de séduction avec un joli masque inconnu.

En Marie Antoinette, ce qui l'intéresse à ce moment est le côté people. Il vient de se faire remarquer par une VIP, son orgueil éclate. Point à la ligne. Nous sommes encore loin de la vénération transie et même de l'amitié.

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mer 27 Juin - 8:38

Deuxième partie de l'analyse très documentée d'Elena Maria Vidal, qui a passé, je le rappelle, des années à étudier Marie Antoinette. Et elle continue, pour notre plus grande joie ! Very Happy
http://teaattrianon.blogspot.com/2007/06/fersen-legend-part-2.html

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mer 27 Juin - 9:02

Les souvenirs de la comtesse d'Adhémar aussi font état de l'existence de Fersen... Au moment où vont s'ouvrir les états généraux, la calomnie ébranle une nouvelle fois la reine, qui déplore : on m'a donné le duc de Coigny, le duc de Lauzun, le comte de Vaudreuil qui m'est insupportable, le misérable de Tilly, et maintenant, c'est le comte de Fersen qui est sur le tapis.

Mais elle ajoute bien vite : j'ai un autre chagrin, bien plus vif.

Cette douleur plus importante concerne la politique, et Loménie de Brienne. Bref, non seulement Fersen n'apparaît que parmi d'autres noms avancés, mais il n'est nullement le centre d'intérêt du moment.
(voir Mémoire de la comtesse d'Adhémar, op. cit., pp 386, 387)


le comte de Fersen au faite des honneurs

Alors, voilà... Je sais que ces mémoires sont largement si pas totalement apocryphes. Cela n'empêche que ce passage est pour moi symbolique d'une réalité. Certes, Marie Antoinette appréciait Fersen.

Mais dans quelle mesure ? Qu'ils aient été amants ou amis importe peu, à mes yeux. Politiquement, la reine était tout de même fichue, puisqu'on lui prêtait tous les hommes de la cour depuis des décennies. La suspicion pesait bien sur sa progéniture.

Donc, honnêtement... Rolling Eyes Ce qui m'intéresse davantage est de tâcher de déterminer la profondeur de l'attachement qu'elle avait pour cet homme, si piètre conseiller, courtisan si léger...

Et, là, j'avoue que je m'interroge... Certains pourront me dire qu'ils avaient tout en commun, à commencer par l'amour de la musique, et, qu'à défaut d'une passion charnelle, ils pouvaient partager les délices de l'amitié...

Je n'en suis pas si sûre. De la biographie faite par Françoise Kermina, il ressort avant tout le portrait d'un homme assez creux, vain, narcissique, hypocondriaque et préoccupé de paraître et de falbalas. Flûtiste sensible, il est vrai... Mais est-ce suffisant pour lui donner son coeur ? Shocked

Franchement, je partagerai les vues de Chantal Thomas qui nous montre à quel point nous sommes encore, comme les contemporains de Fersen, abusés par son angélique beauté.

Marie Antoinette le fut-elle, elle aussi ? Parfois, quand je relis certaines de ses lettres, je me dis que non, qu'elle était bien lucide. Je pense à celle où elle lui conseille de prendre du bon temps avec les Craufurd. Alors qu'Eléonora est la maîtresse du bourreau des coeurs !

Une femme éperdument amoureuse, telle que se plaisent à nous la décrire la plupart de ses biographes, en écrirait-elle avec autant de légèreté ?

D'autres messages, notamment pendant l'époque où elle oscillait entre Barnave et Fersen, me laisseraient presque à penser qu'elle l'a manipulé...

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mer 27 Juin - 9:22

Troisième partie de la remarquable analyse de notre amie Elena Maria Vidal, qui nous fait l'amitié de partager avec nous le fruit de ses recherches.

I am running my articles on the Fersen legend again. I now have parts 2 and 3 up as well, m'écrit-elle en effet.

http://teaattrianon.blogspot.com/2007/06/fersen-legend-part-3.html


Et j'en profite pour ajouter mon grain de sel...  Rolling Eyes C'est toujours comme ça quand je tombe du lit trop tôt !  

Je la ferai brève, ne vous inquiétez pas !   Ce qui me dérange, instinctivement, dans cette "Fersen Legend", comme l'appelle la sagace Madame Vidal, c'est la trop grande perfection du casting.

1. La Viennoise trop sentimentale (apparemment, pour pas mal de biographes, les deux sont liés... Je suis pourtant allée à Vienne, les gens ne se jettent pas sur vous dans la rue en versant des torrents de larmes...  Rolling Eyes )

2. Le héros de tous les mondes à la beauté irrésistible même qu'il fait battre tous les coeurs et que les femmes tombent comme des mouches dans tous les pays qu'il traverse et il en travserse beaucoup.

3. Le gros lourd qui ne voit rien venir et qui, mis devant le fait accompli, ne peut que s'écraser.

N'est-ce pas trop typiquement le triangle à succès des intemporels vaudevilles ?

D'abord, Marie Antoinette était-elle sentimentale au point de se muer en Pénélope dans l'attente éternelle de son héros à la poitrine d'airain ?  Shocked

Ensuite, le tableau de chasse de Fersen même incite à la méfiance. Les séducteurs du XVIIIe se mesuraient à l'aune de leurs conquêtes, et déposer une reine de France au sommet de son palmarès eût été la cerise sur le gâteau. Peu importe que ce soit vrai ou faux... du moment qu'on le crût dans le monde !  Wink

Enfin, last but not least, le roi ! Toute cette distribution repose sur le postulat de base que Louis est un gros lourd dont pas une femme ne voudrait. Je n'en suis pas si convaincue.

De plus, Marie Antoinette était peut-être plus ou moins frigide ou dégoûtée des rapports sexuels. Raison de plus pour rester bien cool avec son mari qui ne la pressait pas trop de ce côté-là.

Et puis... Benêt, les dernières analyses en date (Petitfils, Félix) montrent clairement que Louis XVI était loin de l'être. Et mari complaisant... Il faudrait lui demander son avis !  
http://milleetuneantoinette.over-blog.com/2014/02/hans-axel-von-fersen-l-homme-qu-on-voit-partout.html

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mer 27 Juin - 10:08

Merci , ma chère Pim , pour cette brillante et subtile analyse !
La romance "fersinienne" a plu à mes jeunes années , mais en y regardant de plus près et en devant supporter les visions coppoliennes, entr'autres, ma conception de cette amitié a évolué...
Et tu sais mettre des mots précis sur des idées qui devaient l'être moins dans mon esprit...

Bien à vous.
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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mer 27 Juin - 13:04

Voici l'extrait où Marie Antoinette se montre si détachée par rapport aux Crawford : il s'agit d'une lettre à Fersen datée du 7 décembre 1791.

J'attends Monsieur Crawford avec impatience, mais je suis fâchée pour vous qu'il vous quitte. J'espère qu'ils ne passeront pas l'hiver ici et qu'il retournera à Bruxelles, car vous avez besoin de distraction.


Il s'agit de Crawford et de Mrs Sullivan, remarque Evelyne Lever en note 4 de la p. 724 de son édition. Sa maîtresse qui était aussi celle de Fersen, ajoute-elle, avec un point d'exclamation.  

Sans doute est-ce à cause de ce genre de détails que Madame Lever parle, en interview, d'une relation compliquée entre Fersen et Marie Antoinette. C'est le moins qu'on puisse dire !  



Encore un trio de vaudeville ! Décidément...  rendeer

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mer 27 Juin - 13:38

Un portrait de Sophie Piper, la soeur et confidente d'Axel de Fersen :



http://www.madamedepompadour.com/_m_antonietta_fersen/ita/_fersen/fers_img/fers_fam.htm


Ce portrait ne lui rend sans doute pas justice, parce que la beauté était, paraît-il, l'apanage de toute la famille Fersen. Aucun d'eux ne passait inaperçu.



http://en.wikipedia.org/wiki/Sophie_Piper
par le peintre suédois Carl Fredrik von Breda [1759-1818]


C'est en partie par la correspondance entre Fersen et sa soeur que nous pouvons nous faire une idée de sa relation avec la reine de France. Marie Antoinette y serait simplement "Elle" avec majuscule. Epineux travail toutefois que de déterminer à quelle femme Fersen fait allusion dans certaines lettres, comme le montrent les analyses de Stanley Loomis et de Nesta Webster. Certaines allusions citées hors contexte pourraient avoir été interprétées par erreur comme concernant Marie Antoinette.

Françoise Kermina met très bien en évidence le lien puissant qui unissait Axel de Fersen à Sophie Piper. Aristocrates imbus de leur naissance tous deux, ils finissaient souvent par se retrouver seuls. Seuls à même de se comprendre et dignes de l'image qu'ils avaient d'eux-mêmes.

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mer 27 Juin - 14:13

Nous sommes heureux de posséder des écrits d'Axel Fersen... et c'est pourtant bien compliqué de s'y retrouver. Des parties de ces écrits ont disparu, d'autres permettent toutefois des recoupements, mais ceux-ci restent parfois hasardeux... et, comme la situation est épineuse, ça n'arrange pas les choses !

L'autorité concernant Fersen est Alma Söderhjelm, qui a étudié ces papiers et publié en 1930 un livre toujours considéré comme une référence.
http://www.livres-chapitre.com/-E0KQX4/-SODERJHELM-ALMA/-FERSEN-ET-MARIE-ANTOINETTE.html
Elle y démontre magistralement l'existence d'une liaison entre le comte suédois et la reine de France. Selon Stanley Loomis et Nesta Webster, cependant, Madame Söderhjelm fait dire aux sources ce qu'elle a bien envie d'y voir, les citant par bribes et hors contexte. Je recommande chaudement leurs analyses à tous les deux.
http://www.amazon.fr/Marie-Antoinette-intime-Nesta-Webster/dp/2710300613
http://www.amazon.com/Fatal-Friendship-Antoinette-Fersen-Varennes/dp/0706700473

Fersen tenait un journal qui couvrait les années 1770-1809. La période allant de 1777 à 1791 a été détruite sur l'ordre de Fersen lui-même au moment de la fuite à Montmédy.

Très méticuleux, le comte consignait aussi les entrées à ses lettres et parfois un résumé de leur contenu. Ce matériel précieux va de 1783 à 1810. Encore faut-il s'y retrouver... Rolling Eyes

En ce qui concerne son dagbok, on y chercherait en vain des envolées lyriques. Le jeune Fersen y répertorie dans un style plutôt froid les petits riens de sa vie de courtisan.

Ce qui reste de sa correspondance à sa soeur ou à son ami Taube est plus sentimental. Mais l'utilisation de ses private codes en rend la lecture parfois malaisée.

Il ressort toutefois de ces lettres que Fersen, avec le temps, s'était enfermé dans une véritable vénération pour la famille royale de France, principalement pour Marie Antoinette. L'exécution de la reine infortunée lui arrache ainsi des accents déchirants de désespoir et d'impuissance.

Par la suite, il commémorera pieusement les dates fatidiques de son parcours, surtout celle du 21 juin, qui deviendra pour lui le symbole de l'échec cuisant de sa vie.

Ce n'est pas vraiment la relation qu'il a eue ou non avec Marie Antoinette qui est la plus intéressante, ni même son implication dans la politique française... quoique... il y aurait beaucoup à en dire... Ce qui me fascine, dans ce personnage un peu raide et fat, c'est son engloutissement progressif dans un monde imaginaire, son étouffement volontaire dans son propre passé mille fois revu et réinventé.

Cette fêlure rend cet homme, au demeurant plutôt froid et ambitieux, singulièrement attachant.

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Mer 27 Juin - 22:44

Merci Pim pour tout cela, un vrai régal! Ce Fersinounet nous inspire finalement flower

Citation :
Ce qui m'intéresse davantage est de tâcher de déterminer la profondeur de l'attachement qu'elle avait pour cet homme, si piètre conseiller, courtisan si léger...
Marie-Antoinette aimait s'entourer de personnes jeunes si possible, qui sachent l'amuser, la distraire et qui ont de l'esprit. Je pense que Fersen remplissait haut la main ces critères.
Marie-Antoinette en plus était en très bons termes avec le Roi de Suède Gustave III, et voir arriver à Versailles de jeunes Suédois du même âge qu'elle a dû aiguiser sa curiosité. Fersen a de plus beaucoup voyagé et il a fait la guerre d'Amérique...il devait avoir plein de choses à raconter, et avec lui les anecdotes devaient fuser...tout cela ne pouvait que plaire à la Reine.
De plus, ils ne se sont pas vus si souvent que ça, Fersen était souvent parti (ce qui me fait dire qu'il n'y avait rien entre eux...)...donc Marie-Antoinette n'a pas eu le temps de se lasser de lui Very Happy
Et puis...il a montré une loyauté exemplaire envers la famille royale et la monarchie, donc pendant la révolution, en plus d'une amitié forte, elle avait de la reconnaissance pour lui, et ça lui donnait de l'espoir.
Bon ok Fersen a une très grande part de responsabilité dans l'échec de la fuite à Montmédy, mais c'est involontaire, et je salue vraiment ses intentions.

Disons que pour moi, Fersen a apporté un peu de gaieté dans la vie de Marie-Antoinette...donc dans l'ensemble je l'apprécie Wink

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Jeu 28 Juin - 9:57

Ah... Merci à toi ! flower flower flower C'est bon, dites donc... un forum où on se dit des choses gentilles... flower flower flower

Pourtant, Chou, je ne suis pas tout à fait d'accord avec ton analyse... Sad Oups... Sad

Citation :
Marie-Antoinette aimait s'entourer de personnes jeunes si possible, qui sachent l'amuser, la distraire et qui ont de l'esprit. Je pense que Fersen remplissait haut la main ces critères.
Ben, moyen, en fait, je crois... Moyen pour les deux partie. D'abord, Marie Antoinette n'appréciait-elle vraiment que ceux qui l'amusaient ? Peut-être au début, quand elle n'était qu'une gosse. Mais elle grandit vite, et ressent le besoin de calme et d'intimité.

De plus, les contemporains s'accordent à décrire Fersen comme un beau ténébreux. A mon avis, il était tout sauf rigolo. Et, quand tu lis des écrits de lui, cette impression se confirme...

Citation :
Marie-Antoinette en plus était en très bons termes avec le Roi de Suède Gustave III, et voir arriver à Versailles de jeunes Suédois du même âge qu'elle a dû aiguiser sa curiosité.
Juste ! C'est Chalon, me semble-t-il, qui fait le parallèle avec les Suédoises des années 70. Les beaux Suédois étaient très fashions dans les années 70-80 à Versailles !

Quant au fait qu'ils aient le même âge, est-ce déterminant ? Marie Antoinette aurait été attirée par les tempes grises de Coigny... elle adorait Besenval...

Citation :
il devait avoir plein de choses à raconter, et avec lui les anecdotes devaient fuser...tout cela ne pouvait que plaire à la Reine.
Non, justement, Fersen manquait de cet esprit typiquement français qui fuse. C'est peut-être même ça qui a plu à Marie Antoinette. Enfin quelqu'un avec qui il est possible de discuter sereinement sans qu'il parte en saillies !

Dans une lettre à teneur politique, elle se plaint de la séparation. Que dit-elle à Fersen ? "Quand donc pourrons-nous nous revoir tranquillement ?"... Fersen, pour elle, dirait-on, c'est l'ami sérieux, le pilier, le chevalier sur lequel elle peut compter.

Citation :
De plus, ils ne se sont pas vus si souvent que ça, Fersen était souvent parti (ce qui me fait dire qu'il n'y avait rien entre eux...)...donc Marie-Antoinette n'a pas eu le temps de se lasser de lui

Là, je suis d'accord. Dans l'hypothèse où ils auraient été amants, rien de tel pour entretenir le mystère que des allées et venues. Si elle a été amoureuse de lui, elle l'a été d'un rêve non ou peu réalisé. Il n'est pas impossible que les délices de la correspondance lui ait parfaitement convenu.

Mais, bon... Rappelons-nous que, cette correspondance des années 70-
80, nous ne l'avons pas... Rolling Eyes Nous en sommes réduits à des conjectures... Rolling Eyes Si ça se trouve, elle n'a pas existé... Rolling Eyes

Citation :
Et puis...il a montré une loyauté exemplaire envers la famille royale et la monarchie, donc pendant la révolution, en plus d'une amitié forte, elle avait de la reconnaissance pour lui, et ça lui donnait de l'espoir.
Je suis d'accord encore, bien que plus réservée. Je ne peux me défaire de l'impression qu'il aurait pu aller plus loin, ou agir autrement... C'est peut-être de le savoir dans les bras d'Eleonore Sullivan pendant que Marie Antoinette se morfondait...

Mais, bon... Marie Antoinette, elle, ça n'avait pas l'air de la déranger ! Rolling Eyes

C'est mon côté Saint Bernard, ça... on n'en fait jamais assez pour elle...

Citation :
Disons que pour moi, Fersen a apporté un peu de gaieté dans la vie de Marie-Antoinette...donc dans l'ensemble je l'apprécie
De la gaieté, franchement ? Je crois pas... Je dirai plutôt une forme, de loin en loin, de stabilité affective.

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Jeu 28 Juin - 11:50

Chou d'amour a écrit:

Marie-Antoinette aimait s'entourer de personnes jeunes si possible
Si on veut... Rolling Eyes ...Elle s'est très vite entichée de Marie-Thérèse de Lamballe de six ans son aînée et Yolande de Polignac aura le même âge...Cela n'en fait pas des femmes âgées, certes, mais à quatorze ans, des personnes de vingt ans peuvent être considérées comme mûres...Une maturité sisternelle qui Lui a sans doute rappelé Marie-Caroline...
flower flower flower

Bien à vous.
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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Jeu 28 Juin - 16:15

A la suite de notre discussion, j'ai relu le chapitre des Girault de Coursac consacré à la relation entre la reine et Fersen dans leur Louis XVI et Marie Antoinette, vie conjugale - vie politique (pp 690-712).

Pour qu'une reine puisse prendre un amant, nous expliquent-ils, il faut que les trois conditions suivantes soient remplies :
1° que le roi soit au courant et ferme les yeux;
2° que la reine ait assez d'empire sur son mari pour détenir toute l'autorité, et notamment le pouvoir de nommer son amant à une place de choix;
3° que le roi n'ait aucun parent assez ambitieux à qui la révélation de l'adultère de sa femme serait utile.

Une seule de ces conditions manquante mettrait la reine adultère en danger. Pour Marie Antoinette, c'est mathématique, elle n'a pas pu avoir d'amant, vu qu'aucune de ces conditions n'a été rencontrée.

Mais deux facteurs ont concouru au déploiement de la légende Fersen. Le premier, c'est la réputation sulfureuse de la reine, savamment entretenue depuis le début par ceux qui y avaient intérêt. Le deuxième, c'est que, contrairement aux assertions de Saint Priest, Fersen n'aurait pas été de tous les amis d'une reine, le plus discret. Loin s'en faut !

A ces facteurs s'en ajoute un autre, moderne et aggravant : la volonté de certains auteurs actuels d'offrir à Marie Antoinette une passion qui fait battre leur propre coeur...  Rolling Eyes

En quoi Fersen aurait-il manqué de discrétion ? Eh bien, selon le couple Girault de Coursac, il se serait très bien accommodé de sa réputation d'amant de la reine de France. Somptueuse étiquette pour séduire les femmes mais aussi les congédier après usage. Pour se débarrasser des importunes, il recourait à la technique de leur déclarer tout, et elles s'en allaient très flattées.

Fat, Fersen n'aurait pas hésité à exagérer considérablement son rôle et les faits. Les auteurs le prennent ainsi en flagrant délit de mensonge lorsqu'il affirme à Sophie Piper qu'il a passé toute la journée du 24 décembre 1789 avec la reine. C'est bien parce que sa soeur est loin et peu au fait des usages de la cour française ! En réalité, le journal de Louis XVI donne : jeudi 24, premières vêpres en haut, mâtines, trois messes et Laudes. Ce qui laisse peu de loisir, n'est-ce pas ?  Wink

Revenons au passage sur la lettre que la reine adresse le 29 décembre à Madame de Polignac. Je l'ai vue, y confie-t-elle, car après trois mois de séparation et de peine, quoique dans le même lieu, la personne et moi sommes parvenues à nous voir une fois sûrement. Si Marie Antoinette parle de Fersen, comme le suggère Evelyne Lever, elle ne raconte nullement que l'entrevue a duré toute la journée !  Rolling Eyes

Serait-il allé jusqu'à montrer à des tierces personne les lettres de Marie Antoinette ?  Shocked Non ? Mais alors... pourquoi en aurait-il modifié le contenu en les déchiffrant ?

La version de ce message gardée par Fersen est célèbre :

J'existe - - - - - - - -que j'ai été inquiète de vous et que je vous plains de tout ce que vous souffrez de n'avoir point de nos nouvelles! Le ciel permettra que celle-ci vous arrive. Ne m'écrivez pas, ce serait nous exposer, et surtout ne revenez pas ici sous aucun prétexte. On sait que c'est vous qui nous avez sortis d'ici; tout serait perdu si vous paraissiez. Nous sommes gardés à vue jour et nuit, cela m'est égal- - - - - - - - - - - - - -. Soyez tranquille, il ne m'arrivera rien. L'Assemblée veut nous traiter avec douceur. Adieu - - - - - - - - - -. Je ne pourrai plus vous écrire - - - - - - - - - - -

Celle déchiffrée par Mercy l'est moins.

J'existe et j'ai été bien inquiète de vous. Je vous plains de n'avoir aucune nouvelle de nous. Le ciel permettra que cette lettre vous parvienne. N'écrivez pas, ce serait nous compromettre, et surtout ne revenez pas ici sous aucun prétexte. On sait que c'est vous qui nous avez sortis d'ici; vous seriez perdu si vous paraissiez. Nous sommes gardés à vue jour et nuit. Soyez tranquille,
il ne nous arrivera rien. L'Assemblée veut nous traiter avec douceur; rassurez M. de Mercy. Adieu, je ne pourrais peut-être plus vous écrire


C'est pourtant cette version qui figure dans la correspondance éditée par Evelyne Lever, parce qu'elle est authentique, et non point bidouillée par Fersen. Cette version d'origine est moins palpitante que l'exemplaire proposé par le comte et, surtout, elle le met moins en évidence. Disparues aussi les allusions à une quelconque intimité entre le Suédois et la reine.



Alors, le beau Fersen ? Paon, manipulateur, froid, égoïste, narcissique ? On n'oserait y croire, si habitués que nous sommes à voir en lui un héros désintéressé.

Pourtant, ce pénible monologue du 13 octobre 1793 semble corroborer les indélicatesses relevées plus haut. 13 octobre, la reine s'achemine vers la mort. Fersen écrit dans son journal, seul avec lui-même. C'est donc le fond de sa pensée qu'il exprime là :

Eléonore me parla de sa position; elle en est ennuyée à l'excès; elle me dit être résolue à finir cette vie qui lui était insupportable; elle m'assura qu'elle viendrait avec moi, mais qu'elle ne pouvait aller en Suède dont le climat était trop froid, et qu'elle ne pouvait rien faire avant que je fusse décidé. Cela m'embarrassait fort; je l'aimais; j'aurais été bien aise de vivre avec elle, j'avais en outre besoin de quelqu'un qui me soigne. Mais si Elle vit, je ne veux et je ne peux l'abandonner; si je la perds, comment renoncer à mon pays, à l'existence que j'y ai, au rôle que j'y peux jouer. Quoique je sois fort dégoûté aux affaires et que notre théâtre suédois soit très subalterne, j'ai de la peine à ne rien faire. J'avais bien le moyen, si Elle périt, de me faire envoyer en Italie à la place d'Armfelt qui n'y veut pas rester. Je puis ensuite aller ailleurs et servir de cette manière selon mes désirs. C'est le seul parti qui me reste à prendre, car ayant perdu Elle, je ne peux pas rester sans Eléonore, mais il faut avant tout que les affaires de France soient terminées, et cette incertitude sur mon avenir me tourmente fort

Oh... tous ces calculs d'apothicaire pour savoir sous quels rapports et sur quelle scène il va organiser son futur :xau cas où... Elle périt, possibilité froidement envisagée...  On ne peut se défendre de l'impression que ses sordides petites projections seraient facilitées si elle (pardon, Elle...  Rolling Eyes ) avait déjà débarrassé le plancher !  Mad

Et il n'apparaît pas plus noble le 21 octobre suivant, le chevalier courtois, quand il consigne, rentrant d'une petite balade :

Lundi 21. Beau, frais. Je me promenai un peu à cheval. Tous ceux que je rencontrai furent à merveille pour moi; on ne me disait rien, mais on avait l'air de me plaindre.

C'est vrai que Marie Antoinette, on n'a plus à la plaindre. Elle a été décapitée.  Mad

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Jeu 28 Juin - 21:51

Oui vous avez raison, Marie-Antoinette aimait beaucoup les jeunes personnes à son arrivée à Versailles, certainement dû au faut qu'elle même était encore une enfant et qu'elle avait plus de mal avec les adultes....

Pim a écrit :

Citation :
Non, justement, Fersen manquait de cet esprit typiquement français qui fuse. C'est peut-être même ça qui a plu à Marie Antoinette. Enfin quelqu'un avec qui il est possible de discuter sereinement sans qu'il parte en saillies !
Non je ne voulais pas forcément évoquer une éloquence rapide ou dérivante, mais plus une forme de conversation facile, avec du contenu...car je suis d'accord avec toi, Fersen était plutôt réservé et direct, mais il avait du contenu à dire, du concret, et ceci devait plaire à Marie-Antoinette Very Happy

Citation :
C'est peut-être de le savoir dans les bras d'Eleonore Sullivan pendant que Marie Antoinette se morfondait...

Mais, bon... Marie Antoinette, elle, ça n'avait pas l'air de la déranger !
Exact! Ce qui me conforte d'autant plus dans l'hypothèse qu'ils n'étaient pas amants Wink

Citation :
De la gaieté, franchement ? Je crois pas... Je dirai plutôt une forme, de loin en loin, de stabilité affective.
Ben...je pense que par rapport à sa nostalgie ou à son dégoût de l'étiquette et des courtisans intriguant, Fersen était comme une sorte de "pause", de break, qui devait lui faire du bien et donc améliorer son humeur. Wink

Citation :
Lundi 21. Beau, frais. Je me promenai un peu à cheval. Tous ceux que je rencontrai furent à merveille pour moi; on ne me disait rien, mais on avait l'air de me plaindre.
Disons qu'il était à plaindre comme une personne qui vient de perdre un ami ou une amie...mais c'est clair que ce bout de phrase ne veut rien dire quant à des relations avec la Reine...et cette dernière était bien plus à plaindre en effet!

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Jeu 28 Juin - 22:07

Citation :
Oui vous avez raison Pim et Majesté, Marie-Antoinette aimait beaucoup les jeunes personnes à son arrivée à Versailles, certainement dû au faut qu'elle même était encore une enfant et qu'elle avait plus de mal avec les adultes....
Je crois surtout qu'elle ne supportait pas les mines compassées des vieilles ronchons. Ces "siècles" qui croyaient tout savoir et attendaient les lèvres en cul de poule les égards dûs à leur rang.

Alors, sortie de cette ambiance frelatée, les rires des plus jeunes devaient la rafraîchir, en effet...

Mais Majesté le rappelle bien, Marie Antoinette avait le plus souvent des amis plus âgés qu'elle, en fait. Donc, l'âge de Fersen n'est pas déterminant.

Citation :
Disons qu'il était à plaindre comme une personne qui vient de perdre un ami ou une amie...mais c'est clair que ce bout de phrase ne veut rien dire quant à des relations avec la Reine...et cette dernière était bien plus à plaindre en effet!
Disons plutôt que cette phrase, quelques jours à peine après l'exécution de Marie Antoinette, est d'un superficiel confondant ! On imaginerait Fersen en train de se morfondre, de sangloter... Du tout ! Il rentre d'une petite balade, avec la satisfaction d'avoir été secrétement reconnu comme l'amant de la reine de France. Le plus important à ses yeux, dirait-on. Le paraître.

Pouah ! Mad

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MessageSujet: Re: Hans Axel von Fersen   Jeu 28 Juin - 22:58

Oui c'est vrai qu'il semblait ressentir une sorte de fierté personnelle d'avoir été si proche de Marie-Antoinette...il s'en vantait beaucoup auprès de sa soeur, de son père et de son Roi Gustave III...
Il a en plus gagné la guerre d'Amérique et il avait beaucoup de succès avec les femmes...tout pour statisfaire un égo ça Twisted Evil

Il a certainement plus utilisé ses relations avec la Reine pour se promouvoir lui même qu'autre chose...

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