Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois

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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Ven 3 Aoû - 16:11

Sur les traces de Pierre Desgranges dit de Barrières...

L'affaire perdit beaucoup de son acuité dans les cinq années qui précédèrent la Révolution de 1789 ; peu à peu elle se confondit dans les "faits divers" de la Cour dont on avait perdu les fils. Personne, hormis Louis XVI, le comte d'Artois et quelques personnages très influents comme le baron de Breteuil, ministre de la Maison du Roi en 1783-1784, connurent les tenants et les aboutissants qui touchèrent la comtesse d'Artois et Pierre Desgranges.

Toutefois, on sait ce que devint cet officier après son incarcération à la Bastille et le plus surprenant dans le déroulement de cette affaire est de constater que l'ancien garde du corps limita les dommages qui auraient pu entraver sa vie publique.
Desgranges ne resta que quelques mois à la Bastille, son emprisonnement se termina au plus tard au début de l'été 1784 : ce premier constat souligne le fait que si le garde du corps du frère du roi s'était rendu coupable d'une faute qui avait imposé l'injonction d'une lettre de cachet, force est de reconnaitre que son emprisonnement fut court. En théorie, la signature du roi seul permettait la main levée d'une lettre de cachet ; Louis XVI ne fut donc pas excessivement sévère avec celui qui avait terni l'honneur de sa belle-soeur. En outre, les modalités de sa libération furent fort douces. Un élément de plus qui témoigne de la clémence royale. Sa faute n'était donc pas si grâve et les rumeurs de liaison avec la comtesse d'Artois et plus encore "d'un enfant adultérin" selon l'Abbé de Véri, reléveraient en conséquence de bruits sans fondement.
Dans un premier temps, Desgranges, pour prix de sa libération, se fit appeler "de Barrières". On sait, comme l'a vus précedemment que ce dernier s'est fait connaitre sous les noms de "Loquet", "Desgranges", voire avec la particule "Des Granges", ce qui dans ce dernier cas était fréquent dès qu'une famille accédait à une position de petits notables et possédait des biens en terres. De plus, il est important d'inclure que le second garde du corps du comte d'Artois, le chevalier de Sarradas, qui avait été incarcéré à la Bastille presque en même temps que Desgranges, fut libéré dans les mêmes conditions. Sarradas changea de nom pour Marsolas.
Ces changements d'identité au moment de la libération de Desgranges et de Sarradas posent question : certes l'exactitude des registres de l'état-civil que l'on connait auourd'hui n'avait pas les mêmes exigences au XVIIIe siècle, les noms des familles pouvant se modifier avec le temps. Mais la multiplication des patronymes dans notre cas de figure fait émettre un doute sérieux.
Selon notre avis, Desgranges transformé en de Barrière, puis Sarradas en Marsolas, indiquent une substitution d'identité voulue soie par l'autorité royale, soit délibèrement par nos deux protagonistes. Pour le cas précis de Desgranges, son nom était probablement trop connu pour qu'il puisse le conserver. Mme d'Oberkirch cita son nom sans ambiguité dans ses Mémoires, elle ne l'a donc pas oublié, ce qui souligne l'éphémère notorieté de Desgranges !

Entachés dans leurs réputations, mais libres, de Barrières ex-Desgranges et Marsolas ex-Sarradas, ne pouvaient plus servir dans les maisons de la famille royale, ni au regard des autorités administratives, rester en France. On les dépécha loin du continent à Saint-Domingue qui appartenait alors au royaume de France.
Ils débarquèrent probablement à la fin de l'été 1784 ou au début de l'automne. Le baron de Breteuil, ministre de la Maison du roi, géra personnellement ce dossier délicat qui relevait de ses attributions. Il écrivit à Louis XVI pour l'informer des conditions du départ des ex-gardes du corps du comte d'Artois :
"Les sieurs Barrières et Marsolas partiront le 25 de ce mois (juillet 1784) pour Saint-Domingue. Votre Majesté m'a autorisé à leur promettre qu'ils seront pourvus chacun d'un greffe dans la colonie. Je la supplie d'approuver que je fasse connaitre à M. le maréchal de Castries que l'intention de Sa Majesté est que les sieurs Barrières et Marsolas soient nommés aux deux premiers greffes qui vacqueront."
La fonction de greffe ou de greffier était très répandue sous l'Ancien Régime et il en existait de multiples dans des domaines très différents : greffiers des notifications, greffiers des apprentissages, greffiers conservateurs des registres de baptême... Par ailleurs, son aspect lucartif était très important, car le greffe était affecté au prélèvement de droits autant pour celui qui recevait et expédiait les jugements, que pour ceux réservés au roi.
De Barrières et Marsolas se voyaient traités avec clémence, ils bénéficiaient d'un traitement de faveur. Le second se vit attribuer le brevet de greffier de la Sénéchaussée de Cayes en mai 1785, puis Barrières reçut celui de greffier en chef de l'Amirauté du Cap en juin 1785 avec "les honneurs, autorité, prérogatives, exemptions, droits et émoluments...". Ces nominations sont authentiques, les brevets portent la signature de Louis XVI et sont conservés aux Archives Nationales.
Cependant, l'octroi de ces sinécures ne se fit pas sans mal, les bénéfices qu'elles procuraient appelant une foule de candidats empréssés et avides ! Barrières subit la dragée haute de ceux qui ne voulaient pas le voir à cette place. Au Cap, on contesta ses droits, on le soupçonna même de tromper frauduleusement les autorités en place ! L'ex-garde du corps en appela à l'arbitrage du baron de Breteuil qui a Versailles avait préparé les modalités de son départ. Bon gré, mal gré, la médiation du baron de Breteuil enterina la nomination effective du sieur de Barrières au greffe de l'Amirauté du Cap. On constate dans ces péripéties la difficulté manifeste de l'ancien officier à se faire reconnaitre sous son nouveau nom à Saint-Domingue. Sa requête à Versailles insiste sur ce point litigieux qui jette une ombre sur l'affaire qui l'avait précipité à la Bastille en 1783.
L'ex-garde du corps tient des propos troublants :
"Ma position aurait pu me décider de passer sous silence les épithètes aussi fausses qu'indécentes mais comme par les propos qu'on tient içi je ne suis pas le seul compromis. J'ai cru établir aussi ma défense en donnant des preuves non équivoques de la légitimité du nom de de Barrières, ce qui a été prouvé par les lettres que les administrations m'avaient écrites depuis que je suis dans la colonie, par celle de recommandation que vous avez eu la bonté de donner à mon départ de France..."
L’esprit d'entreprise et la volonté de Barrières ne furent pas mis en défaut : aux Antilles, il acheta une plantation qui malheureusement périclita. Endetté, il devra s'en séparer et la Révolution sévissant à Saint-Domingue, on perd sa trace après 1794. Peut-être y est-il mort?

Ainsi, si la carrières de "Barrières" ex-Desgranges aux Antilles tient peu de place dans l'articulation de notre propos, il est primordial de s'interroger sur l'indulgence du traitement dont il bénéficia après sa libération de la Bastille. L'attribution d'un greffe lucratif au Cap à Saint-Domingue (25 000 livres par an), laisse supposer que l'administration royale le ménagea. Le ministre Breteuil ne lui avait-il pas diligenté une lettre de recommandation avant son départ ? Et de même n'avait-il pas appuyé le changement d'identité de Desgranges pour celui de "de Barrières" ? Il est possible que ce nouveau nom relevait d'un domaine de la famille de l'ex-garde du corps. Rappelons-le, la famille Loquet-Desgranges appartennait à la bourgeoisie Angoumoise de Barbezieux ou elle exerçait depuis le début du XVIIIe siècle la charge de maitre de poste. Elle portait des armoiries "d'or à un ours passant de gueules, surmonté d'une étoile de même". Le doute n'est donc pas permis : sa parentèle était donc considérée comme hononrable du fait de sa charge et de l'aisance qui en découlait. De même, la rente foncière était indispensable dans la France d'Ancien Régime pour qui possédait un peu de fortune : elle assurait des revenus et la respectabilité d'une famille. Les Loquet-Desgranges ont très bien pu posséder une terre portant le nom de "Barrières" dont Pierre Desgranges porta le nom à partir de 1784.
Néanmoins, ce nouveau patronyme ne parait pas fortuit. L'officier a voulu délibérement occulter le scandale et la lettre de cachet dont il avait été l'objet suivis de six mois de détention à la Bastille. Il faut reconnaitre également que l'enfermement dans une prison d'Etat ne déshonnorait pas forcément les personnes, car dans beaucoup de cas elles n'étaient nullement considérées comme infâmes dans la société. Le duc de Lauzun au XVIIe siecle, ou Voltaire au siècle suivant qui en firent l'expérience, préservèrent leurs intérêts et leurs vies ne furent pas brisées.

Si l'ex-garde du corps ne sortait pas sali de sa détention sur lettre de cachet, reste tout de même le mobile qui l'y avait conduit : ses imprudences verbales et sa vantardise au sujet de la comtesse d'Artois. Mme d'Oberkirch a parlé "de prétendus rendez-vous donnés", de "lettres supposées", "d'infâmes bruits sur une princesse que le rang et la conduite devaient placer au-dessus de pareilles atteintes". Qu'a-t-il dit et qu'a-t-il fait exactement pour entacher la réputation de la belle-soeur de Louis XVI et de Marie-Antoinette ? II n'a pas été possible de le savoir au travers de cette enquête, mais si probablement il n'y a pas eu une ombre de contact charnel entre Desgranges et la comtesse d'Artois, reste que répandre des calomnies offensantes sur un menbre de la famille royale était dangereux d'autant plus qu'il était le seul prévenu à l'exception d'un autre garde du corps, Sarradas, qui aurait été son médiateur. Qui plus est il n'avait pas de reseau d'influence à la Cour. La comtesse de Marsan pouvait se permettre de se moquer des comtesses de Provence et d'Artois, mais son rang et la puissance de sa famille la protégeaient. Rien de tel pour Desgranges !

Enfin, deux dernières observations méritent d'être soulevées : la première repose sur le fait que Pierre Desgranges, en qualité de garde du corps de la famille royale avait failli au réglement auquel il était assujéti. La membres de la Maison militaire du roi et de ses frères étaient sensés avoir une bonne conduite de moeurs et sans aucun doute étaient-ils tenus à un devoir de réserve à propos des altesses qu'ils protégeaient. En ce qui concerne précisèment les compagnies de gardes du corps, il n'était pas rare qu'un certain nombre fussent renvoyés pour débauches, tapages à l'ordre public, ivrognerie avérée ou encore pour dettes de jeu impayées. Au XVIIIe siècle, d'autres gardes du coprs de princes furent détenus dans des prisons d'Etat sur lettre de cachet.
Il est possible qu'un faisceau de ces éléments exposés présentent une concordance avec l'incarcération de Desgranges, mais si ce dernier avait diffamé l'épouse de son maitre en laissant entendre que la comtesse d'Artois n'était point insensible à son charme, il avait manifestement dépassé la mesure, et le comte d'Artois le limogea tandis qu'une instruction punitive était expédiée à son endroit.
Notre deuxième observation rappelle le courage méritoire de Desgranges qui au cours de sa brève carrière de garde du corps n'en avait pas moins sauvé le comte et la comtesse d'Artois d'un péril mortel :
"Un jour il escortait la voiture de leurs Altesses Royales. Les chevaux s'emportèrent et les menaient tout droit au pont de Sèvres, alors en réparation ; ils les auraient immanquablement jetés à la rivière. Desgranges poussa en avant, au risque de se faire écraser vingt fois, et en détournant de toute sa force qui est herculéenne un des chevaux de devant, il fit dévier l'équipage que l'on parvint à arréter quelques instants après, dans le champ ou il s'était engagé."

Ainsi, si certes le jeune Angoumoisin manquait de circonspection dans ses paroles et son langage, il apparait indéniable qu'il ne manquait pas de bravoure au risque de perdre la vie à son tour. Sa temeirité ne fut sans doute pas oubliée, et selon nous cet acte de courage exemplaire a influé dans les conditions de sa libération et l'obtention d'une sinécure à Saint-Domingue.
Pierre Desgranges devenu Pierre de Barrières avait perdu la protection du comte et de la comtesse d'Artois, mais par égard de son geste valeureux, il expia seulement de six mois de forteresse pour s'établir ensuite à son avantage aux Antilles. Il se retirait de la scène de Versailles avec un blanc-seing.
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Ven 3 Aoû - 16:21

Pour vous répondre, Desgranges n'a pas abusé directement de la comtesse d'Artois, mais indirectement...Vous avez les réponses dans mon récit.

Non il n'existe pas de biographie de la comtesse d'Artois, ni en France, ni en Italie, ni ailleurs.

La suite de mon récit la semaine prochaine : La conclusion et la divulgation d'une partie de mes sources. Je ne les citerai pas toutes comme indiqué plus haut.

Merci infiniment. Je rappelle que ce travail de longue haleine est le dernier que je consacre sur le Net. Mes prochains travaux historiques prendront le chemin des maisons d'édition. Je vous tiendrai au courant au fur et à mesure. Bonne lecture !
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Ven 3 Aoû - 17:12

C'est passionnant ! Merci de nous avoir fait partager le fruit de votre travail, mon cher Dominique .
Nous espérons avoir bientôt le bonheur d'acheter vos livres !
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Ven 3 Aoû - 19:36

Merci beaucoup, c'est passionnant, et très bien écrit Very Happy
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Mar 7 Aoû - 20:45

Je n'ai pas le temps ce soir, mais j'ai hâte de lire tout ça !
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Mer 8 Aoû - 22:44



Une miniature de François Dumont, comme vous l'aurez deviné, représentant la Comtesse d'Artois.
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Ven 10 Aoû - 16:52

Merci pour vos recherches cher Dominique Poulin. Je me suis régalée ! Passionnant !
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Ven 10 Aoû - 17:12

Suite et Fin

"La Comtesse d'Artois, l'innocente victime d'une calomnie ?"

Au XIX siècle et jusqu'à nos jours, quelques historiens, particulièrement dans des biographies consacrées à Marie-Antoinette, ne citent la comtesse d'Artois au cours de la décennie 1780, que pour répéter sans examen approfondi qu'elle se consolait du délaissement de son mari pour accourir dans les bras vigoureux de ses gardes du corps. Au demeurant des faits et au terme de notre réflexion, ces assertions relèvent de la légende.
Elles ne reposent que sur un extrait très connu et contestable des Mémoires de la comtesse de Boigne qui écrivit ses souvenirs bien après la Révolution et ne rapporte l'écho étouffé de cette affaire que par des détails galvaudés. Il est infiniment probable qu'elle ne connaissait pas la teneur de cette intrigue. Tout ce que rapporte Mme de Boigne ne s'appuie maladroitement que sur le poison de la rumeur qui naturellement ne correspond plus dans sa finalité que sur un ressort très fragile dans son argumentation. Quelques bribes de vérité résistent néanmoins sous sa plume : une réunion de Marie-Antoinette et du comte d'Artois, tandis que le marquis de Bombelles ajoute le comte de Provence dans son Journal. Elle précise que l'audacieux garde du corps fut envoyé aux Colonies, ce qui est exact puisqu'on le retrouve à Saint-Domingue. Elle rappelle le mot acerbe de Madame Adélaîde, tante de Louis XVI, qui lorsqu'elle sut qu'un des gardes du corps de la comtesse d'Artois, se trouvait compromis et embastillé qu'"il faudrait y envoyer toutes les compagnies" !. Cette cruauté de langage est-elle véridique ? Rien ne le prouve et les supputations qu'elles soulève totalement aléatoires.
A l'épreuve des faits, beaucoup de contre-vérités se croisent dans le témoignage de Mme de Boigne, alors que quelques exactitudes subsistent dans son discours. Toujours est-il qu'elle maintient la thèse de la grossesse de la comtesse d'Artois en écrivant qu'elle "alla aux eaux je crois ; en tout cas, il ne fut plus question de l'enfant". Ce point se révèle entierement faux dans notre analyse car le marquis de Bombelles cite encore la princesse à Versailles en février 1784 alors que les premières rumeurs s'étaient propagées dès le mois de novembre 1783 et que Desgranges avait été arrété et emprisonné peu après.

Car en admettant même que Marie-Thérèse de Savoie était enceinte en novembre 1783, ne serait-ce que de trois mois, comment aurait-elle pu cacher son état en février 1784 sans que toute la Cour de Versailles soit informée ? La comtesse d'Artois ne fit aucun voyage loin de la Cour à cette époque, et elle n'était apparemment pas enceinte. De plus, outre l'attente compromettante d'un bébé en dehors des liens du mariage, comment aurait-elle pu accoucher clandestinement à Versailles ? Son isolement et sa solitude n'étaient que relatifs, car cette princesse par son rang et par l'étiquette, était très souvent sollicitée par sa dame d'honneur, la duchesse de Lorges et par sa dame d'atours, la comtesse de Bourbon-Busset , dont les prérogatives touchaient au plus près de la vie quotidienne de la comtesse d'Artois. De même, les femmes de chambre de la reine et des princesses tenaient un rôle et des fonctions très importantes au sein des appartements privés.Ces dames n'avaient pas des missions subalternes de simples domestiques et elles connaissaient souvent les détails des existences intimes des princesses qui confinaient aux secrets. La nuit, une des femmes de chambre de la comtesse d'Artois, comme dans la maison de Marie-Antoinette, de la comtesse de Provence ou de Madame Elisabeth, des princesses en l'occurrence jeunes et propres à avoir des enfants, couchait près de l'alcove de la princesse dans sa chambre sur un lit de veille. On l'appelait "la dame du lit".
Ainsi, de fait, on voit mal Marie-Thérèse de Savoie, entretenir une relation avec un amant dans toute l'acceptation du terme à ce mot ! Le capitaine de cavalerie Pierre Desgranges ne cultiva jamais aucun commerce charnel avec la comtesse d'Artois. Il se servit seulement de la femme de son protecteur pour éblouir ses semblables, soit par esprit de vantardise, soit par bêtise. Et avec son installation à Saint-Domingue, le comte et la comtesse d'Artois n'entendirent plus jamais parler de lui.
Avec la Révolution, Marie-Thérèse de Savoie quitta la France en septembre 1789 pour retrouver sa patrie de naissance et la Cour de Turin. Mais comme à Versailles, son goût de la retraite la cantonna presque uniquement dans la solitude d'une vie privée jalousement préservée. Cependant la chute de la monarchie piémontaise en 1798 la contraignit à s'exiler en Autriche ou selon sa devise de prédilection le monde continua à l'ignorer. Pensionnée par la Cour d'Espagne, elle vécut modestement comme une ombre flétrie par une constitution trop délicate. Elle devint d'humeur aigrie et irascible au point de soupçonner ses domestiques de vouloir l'empoisonner. La mort l'emporta finalement à quarante-neuf ans à Graz le 2 juin 1805.

Nous concluons notre enquête pour préciser un dernier rappel sur la question Mèves que nous avions abordée en d'autres lieux il y a quelques années. En vérité, elle ne repose sur rien et se révèle intégralement fallacieuse. C'est pourquoi, il est inutile d'y apporter le moindre développement.
Six ans avant la Révolution, une princesse de la famille royale représenta la victime de la rumeur, un des ferments avant-coureurs de la tempête qui se préparait. L'absence d'intelligence manifeste de la comtesse d'Artois fit le reste, elle était sans défense face aux détracteurs et médisants qui ne cherchaient à travers son infortune, qu'à affaiblir un peu plus une monarchie en difficulté et une Cour aux prises avec un nouveau phénomène de société, l'opinion publique. Néanmoins, l'affaire qui effleura l'honneur de Marie-Thérèse de Savoie entacha peu sa réputation et à travers ce parallèle on ne peut s'empêcher d'établir douloureusement une comparaison avec sa belle-soeur Marie-Antoinette dont la popularité fut irrémédiablement perdue avec l'Affaire du Collier. Pour la comtesse d'Artois les contemporains se gaussèrent davantage d'une princesse disgraciée par son manque d'attrait qui offrait avec les calomnies de Pierre Desgranges sur sa personnes, toutes les médisances d'une société impitoyable avec les faibles. Le salon de la Comtesse de Brionne en fit ses gorges chaudes, mais globalement le public ne put admettre la véracité d'une incartade de la comtesse d'Artois.
Le prince de Talleyrand lui-même n'y croyait pas : "Un garde du corps, un certain Desgranges, fils d'un maitre de poste d'Angoulème, la compromit indignement et à tort."

Bibliographie

La bibliographie que je présente s'appuie sur des Journaux intimes et Mémoires de contemporains, des biographies, des ouvrages sur des sujets particuliers sur l'armée ou les moeurs sous Louis XVI, et des articles de revues historiques spécialisées.
Néanmoins, j'ai eu accès à d'autres sources plus rares que je me réserve de divulguer dans une étude approfondie. D'autres sources, notamment étrangères, restent à consulter.

- BACHAUMONT (Louis Petit de)
Journal ou Mémoires secrets pour servir à l'Histoire de la République des Lettres depuis 1762/1777-1789, 36 vol.
- BOIGNE (Adèle d'Osmond, comtesse de)
Mémoires I. du règne de Louis XVI à 1820/Mercure de France/1999.
- BLANC (Olivier)
L'Amour à Paris au temps de Louis XVI/Perrin/2002
- BODINIER (Gilbert)
Les Gardes du corps de Louis XVI/Edition Mémoire et Documents, Service Historique de l'Armée de Terrre/2005
- BOMBELLES (Jean-Marie- marquis de)
Journal 1780-1784l/Ed. Grassion et Frans Durif/1977
- BOMBELLES (Marquis et Marquise de)
"Que je suis heureuse d'être ta femme", Lettres intimes 1778-1782/Tallandier/2009
- CASTELOT (André)
Charles X, la fin d'un monde/Perrin/1983
- LE NABOUR (Eric)
Charles X, le dernier roi/Ed. JC Lattes/1980
- LUCAS-DUBRETON (Jean)
Le Comte d'Artois, Charles X, le prince, l'émigré, le roi/Hachette/1927
- OBERKIRCH (Baronne d')
Mémoires sur la Cour de Louis XVI et la société française avant 1789/Mercure de France/2000
- PORQUET (CH)
La Comtesse d'Artois, de Versailles à Saint-Cloud/ Revue de l'Histoire de Versailles/1917-1918
- RAMPELBERG (René-Marie)
Le Ministre de la Maison du Roi 1783-1788, Baron de Breteuil/Economica/1975
- REISET(Vicomte de)
Le mariage du comte d'Artois/Revue des Etudes Historiques/1919
- VEDRENNE (Abbé)
Vie de Charles X/1878
- VERI (Joseph-Alphonse, Abbé de)
Journal/2 vol./1928
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Ven 10 Aoû - 17:29

Merci, cher Dominique, pour ce récit passionnant et l'évocation de si rares anecdotes Wink

Bien à vous.
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Ven 10 Aoû - 17:31

Dominique Poulin a écrit:


Elle rappelle le mot acerbe de Madame Adélaîde, tante de Louis XVI, qui lorsqu'elle sut qu'un des gardes du corps de la comtesse d'Artois, se trouvait compromis et embastillé qu'"il faudrait y envoyer toutes les compagnies" !.

C'est cette phrase de Madame Adélaïde qui m'était revenue la dernière fois.. Je n'étais pas loin quand je disais qu'elle prétendait que tout une garnison lui était passée dessus.
Merci beaucoup pour votre travail extrêmement intéressant et très passionnant. Very Happy
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Ven 10 Aoû - 17:59

Mon cher Dominique, c'est passionnant de vous lire !
Merci de réhabiliter la mémoire de cette princesse . Ainsi , Marie-Antoinette n'était pas la seule à être calomniée.
Y a t-il eu aussi d'autres victimes de la calomnie au sein de la famille royale ?
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Ven 10 Aoû - 19:25

En effet, bravo et merci !
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Dim 9 Déc - 20:13

Au début de son mariage avec d'Artois, elle est ouvertement trompée avec Rosalie Duthé ( courtisane fort....courtisée, et voir mon avatar ), il court alors ces charmants jeux de mots concernant cette liaison ( peut-être déjà évoqués ici.) :

"Les biscuits de Savoie passent bien mieux avec Du thé" !

« Le prince, ayant eu une indigestion avec le gâteau de Savoie, vient prendre le thé à Paris. »


J'ai lu aussi que notre poilue n'avait de poils qu'autour de la bouche.
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Dim 9 Déc - 20:51

Madame de Théus a écrit:
J'ai lu aussi que notre poilue n'avait de poils qu'autour de la bouche.

Tu parles donc de Marie-Joséphine de Savoie et pas de Marie-Thérèse Wink

Bien à vous.
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Dim 9 Déc - 22:50

C'est bien cela, Marie-Thérèse n'avait "que "de la moustache !,
L'autre en était couverte de la tête jusque z'aux pieds..... What a Face

Je dirais même bonnet blanc et blanc bonnet....
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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Mar 20 Jan - 9:24


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decadenzia

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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   Mar 26 Sep - 14:51

Elle était pas si moche.



une certaine beaugossitude Wink

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MessageSujet: Re: Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois   

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Marie-Thérèse de Savoie , Comtesse d'Artois
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