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 Benedetto Marcello

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Chakton

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Date d'inscription : 22/10/2017

MessageSujet: Benedetto Marcello   Mar 9 Jan - 9:19

Aujourd'hui, nous partons à la découverte de Benedetto Marcello.

Il est célèbre pour avoir publié le Théâtre à la mode, une satire dénonçant l'immoralité de l'opéra à son époque mais également l'Estro poetico-armonico (Estro, dérivé du grec, signifie à la fois inquiétude, assaut impétueux, mais également furor, passion brûlante : l'union des inspirations lyriques et religieuses). Publié en huit volumes entre 1724 et 1726, le recueil connaîtra un succès immense pendant près de deux siècles (avant d'être notamment remplacé par la redécouverte de Vivaldi au milieu du XXe siècle, Marcello est considéré comme le compositeur vénitien majeur du XVIIIe siècle). Dans son recueil, les cinquante premiers Psaumes de la Bible sont transformés par des "paraphrases" musicales avec leur traduction non pas en latin mais en vers libres italiens. Ce recueil est aussi l'occasion de rendre un hommage œcuménique aux inspirateurs de la chrétienté, en insérant des mélodies de la Grèce Antique, des hymnes juifs, ainsi que les chants grégoriens : c'est-à-dire le grec (langue des Évangiles), l'hébreu (langue des Psaumes et de la Torah) ainsi que le latin (langue de la Vulgate et du chant liturgique des chrétiens d'Occident). La musique ainsi constituée n'est plus destinée au service liturgique, mais elle est assez morale pour convenir aux hommes de Bien (tout en les séduisant par sa beauté).



Ce disque propose les Psaumes XIV, XXI, XXXVIII et XXVII, chacun comportant entre 7 et 15 pistes, entre 23 secondes et 3 minutes. Une soprano (Caroline Pelon) et/ou une contralto (Mélodie Ruvio) y sont accompagnées par deux violes de gambe, un violone, un théorbe ou luth, ainsi qu'un orgue positif ou clavecin.

La Sonate à trois cordes graves qui ouvre l'album présente d'emblée l'impressionnante palette expressive, depuis les sons appuyés par toute l'adhérence du crin jusqu'aux harmoniques mises à jour avec des archets effleurés. Les musiciens sauront porter le sens pathétique et dramatique des sentiments bibliques et ce dès le Psaumes XIV "O Signor chi sarà mai" pour soprano, indiquant l'itinéraire conduisant par le droit chemin à la félicité. Le clavecin rejoint alors un continuo pointé, assuré et délicat : en contrepoint d'une chanteuse qui trouve vers la gorge sa largesse vocale. Pourtant, ce placement ne la limite nullement dans la prosodie italienne, ni dans le tempo allant et ses résonances aiguës se déploient, légèrement tubées. La continuité du propos assure l'attention de l'auditeur et l'enchaînement des morceaux (une qualité indispensable dans un album de 50 pistes). Une surprise surgit même tout à coup au beau milieu du Psaume : la très belle récitation mélismatique d'une mélodie hébraïque par un monodiste.

Comme les chants, les Psaumes s'enchaînent et la soprano passe le relais à la contralto solo pour XXI "Volgi, mio Dio, deh volgi un de' tuoi guardi". Celle-ci y accentue la douleur d'une prière, faisant surgir la mélancolie sur des gammes mineures stagnant dans les graves. Par ce mot "Volgi", elle implore Dieu de se "tourner" et cette parole de David interrompant le continuo, comme la marche du monde, prophétise à la fois son abandon misérable, sa propre mort et celle du Christ sur la Croix appelant Dieu le Père.

Mais ces chants chrétiens conservent toujours l'espoir de la Rédemption sous les pires souffrance et le Lamento digne d'une Passion finit dans la félicité et l'éternité de la justice divine. La voix épaisse de Mélodie Ruvio convoque ainsi la gravité du mystère religieux, mais en sachant s'élever vers l'espoir d'une rédemption par des harmoniques vibrantes.

Le Psaume XXXVIII "In mezzo alle miserie" met de nouveau en lumière la soprano solo, mais la voix manque désormais d'ancrage et d'assurance, même pour un Psaume traitant de la fugacité humaine. Tout le souffle ne s'accroche pas sur les cordes vocales et les vibrations s'écartent du pivot des notes, notamment dans les aigus où la gorge serre. L'implication saura alors revenir, mais elle sonne en décalage avec un texte qui doit représenter l'humilité du juste, silencieux dans ses misères et dédaignant la vanité terrestre.

Enfin, pour le Psaume XXVII, "A te, Signor, che mio sostegno sei", les deux voix se réunissent sur le long souffle de l'orgue et l'allant du continuo, sachant alléger tous ensemble avec chaleur le son et les sentiments de piété.
https://www.olyrix.com/articles/enregistrements/1623/fureur-poetique-et-harmonique-a-venise-au-xviiie-siecle-benedetto-marcello-estro-poetico-armonico-psaume-venise-caroline-pelon-soprano-melodie-ruvio-alto-amoroso-guido-balestracci-arcana-2017-disque-cd-enregistrement-album-critique-outhere-music

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