Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 La marine française au XVIIIe siècle

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MessageSujet: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 0:00

Comme le dit Etienne Taillemite, lors de l'avènement de Louis XVI , la situation de la flotte était loin d'être satisfaisante. Le problème était en premier lieu financier et l'état de la flotte n'était guère brillant.
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 9:02

Turgot avait dressé un état de la flotte . Que l'on en juge un peu : En 1774, elle comprenait 69 vaisseaux de ligne dont 26 hors d'usage et seulement 23 frégates en bon état. Mais selon Etienne Taillemite, plus grave encore , les approvisionnements dans les ports manquaient, ce qui compromettait gravement à l'entretien du matériel existant et les constructions nouvelles.

Turgot , devenu contrôleur général des finances, il fallait alors lui trouver un successeur à la marine. Maurepas, pressenti , refusa le poste. Et finalement, le choix se porta sur Monsieur de Sartine.
Cet homme jeune ( âgé seulement de 45 ans ), avait servi au châtelet de Paris, avant de devenir en 1759 lieutenant général de police de la capitale. Dans ces fonctions difficiles, il avait excellé et il jouissait d'une réelle popularité.

Voici quel est le jugement de l'abbé de Véri sur Monsieur de Sartine : " Il avait toujours possédé l'estime et l'affection de tous les rangs par sa douceur, sa justice et son exactitude. Je n'ai pu cacher à M. de Maurepas qu'il donne à M. de Sartine un travail qui est au-dessus de ses forces."

Finalement, Sartine occupa ce poste six ans et il y accomplit une tâche considérable. Ayant tout à apprendre, cet homme sut s'entourer de collaborateurs efficaces .
Le premier commis Blouin , chef du bureau des officiers avait une solide expérience administrative. Il avait choisi aussi un capitaine qui soutenait des idées intéressantes en matière de construction navale.
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Chou d'amour
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 9:19

Très bon sujet merci Madame de Chimay! Very Happy

Là je suis un inculte donc j'apprends beaucoup

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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 9:27

Merci Chou d'Amour. Le livre d'Etienne Taillemite est très important pour comprendre jusqu'à quel point Louis XVI " s'est planté" dans ses choix et décisions. Je vous fais partager ce livre presque en direct.
Mais tout cela me donne envie d'en savoir plus et je pense qu'il me faudra lire les biographies des ministres eux-mêmes. De même, j'ai le bonheur de posséder dans ma bibliothèque l'excellent livre de Michel Vergé Franceschi sur la marine française au XVIIIe siècle et entre autres, les débuts de la carrière de Maurepas y sont évoqués et j'y reviendrais.

Je cite Etienne Taillemite : "Sartine appela auprès de lui un officier du grand corps, le chevalier Charles de Fleurieu, entré aux gardes de la marine en 1755. Nous ignorons si le roi fut consulté à cette occasion. Ce qui demeure certain, c'est que ce choix pouvait être considéré comme assez curieux. Alors qu'une guerre à dominante maritime se profilait à l'horizon , pourquoi promouvoir un officier qui s'était fait connaître uniquement par ses activités scientifiques, en particulier par le voyage de la frégate Isis pour l'expérimentation des horloges marines de précision destinées à permettre des calculs plus précis de la longitude ? Fleurieu était un hydrographe et un astronome plus qu'un combattant. Inspecteur adjoint du dépôt des cartes et plans de la marine en 1775, il quitta le service actif en septembre 1776 avec une commission de capitaine de vaisseau ad honores et fut élu à l'académie de marine la même année.

Sartine le nomma en novembre suivant au poste essentiel de chef de bureau des ports et arsenaux, ce qui faisait de lui dans une certaine mesure, un véritable chef d'état-major. Or, rien dans sa carrière passée ne le préparait à ces fonctions. son expérience militaire et opérationnelle restait des plus limitée puisqu'elle se bornait à la campagne de Minorque de 1756 .

Enseigne de vaisseau en 1762, lieutenant de vaisseau en 1773, il n'avait jamais commandé en opérations de guerre et ne possédait donc, à plus forte raison , aucune expérience du maniement à la mer de grandes escadres. On lui confiait donc à 38 ans , une lourde responsabilité qui aurait dû normalement revenir à un officier général chevronné. Mais à cause du déplorable système adopté depuis la mort de Louis XIV pour les promotions aux hauts grades aucun officier général n'était en mesure d'être appelé à remplir ces fonctions. Le ministre se trouvait donc dans une situation fâcheuse dont le roi ne semble pas avoir pris conscience , puisqu'il ne fit rien pour y remédier. D'ailleus Louis XVI estimait Fleurieu pour ses talents et ses vertus.

(...)

Ce n'étaient évidemment pas là les qualités nécessaires à un poste de haute responsabilité à la veille d'une guerre au cours de laquelle il aurait à jouer un rôle déterminant."
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 9:47

Sartine était un homme de terrain et pour lui, celui-ci , était fort important. N'oublions pas qu'il a été policier. Bref , tout ceci pour dire qu'il est allé sur le terrain. Je cite M. Taillemite : " Sartine s'attacha à ses nouvelles fonctions avec une ardeur et un zèle qui ne se démentirent jamais. Il tenait à être informé des moindres détails. Il entreprit du 19 août au 17 septembre 1775 , un voyage d'inspection en Bretagne. A cette occasion, il visita Saint Malo , ses chantiers de constructions et ses fortifications, puis Brest , appelé à jouer un rôle capital dans la conjoncture stratégique qui s'annonçait. Ce fut, selon le désir du ministre , un voyage de travail, dépourvu de tout faste et de toutes festivités. Il inspecta soigneusement les ateliers, étudia toutes les possibilités d'amélioration du travail et de réduction des coûts. Il s'intéressa aussi à la qualité des vivres, qui laissait trop souvent à désirer et aux graves insuffisances de la défense de la rade. Il présida un conseil de marine, c'est à dire un conseil d'administration réunissant tous les chefs de service du port, assista à une séance de l'Académie de marine qui siégeait alors à Brest. Il rencontra aussi de nombreux officiers , de sorte que l'on peut dire , avc son biographe Jacques Michel , " que jamais un ministre de la marine n'avait pris un tel soin pour connaître les détails de la vie d'un grand port de guerre". il fut ainsi en mesure de remettre au roi un rapport minutieux destiné à lui permettre de compléter ses connaissances maritimes restées très théoriques et de préciser bien des points que le ministre avait exposés depuis son entrée en fonction.

Ainsi , dès octobre 1774 , il avait dressé pour le roi un bilan assez désastreux de la situation de la flotte".
Pour lui, c'était clair, il fallait remettre de l'ordre. Il fallait redresser la situation .
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MessageSujet: La mer : un espace stratégique essentiel au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 11:33

Tout au long du XVIIIe siècle et cela a continué jusque sous Napoléon, la France et l'Angleterre se sont affrontés pour avoir la possession , la maîtrise totale des mers.
Car qui contrôlait l'espace maritime détenait le pouvoir économique. Voilà pourquoi , la lutte a été si féroce entre la France et l'Angleterre.
Je décrirais dans ce post tout ce que la mer représente pour cette époque du XVIIIe siècle.
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 12:14

Vous avez raison de rappeler ce point de vue, Madame de Chimay, parce que c'est un angle autour duquel s'articule la politique extérieure de Louis XVI.

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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 12:33

C'est un vaste sujet ! Merci, chère Madame de Chimay, et bravo à vous de le prendre à bras le corps !
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 12:35

J'avoue que je n'y connais pas grand chose, et que c'est une perpective qui m'échappe. Aussi je suis vraiment contente qu'une spécialiste comme Madame de Chimay nous donne des explications ! Very Happy

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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 13:49

Ah moi aussi j'ai hâte

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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 13:54

Je crois (mais reprenez moi si je me trompe ) en effet que la marine française vers 1770 faisait pâle figure à côté de la marine anglaise Very Happy

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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 13:59

Absolument d'où la nécessité de redresser très vite la situation. Cela , Louis XVI l'a bien compris. Heureusement qu'il a eu Vergennes puis M. de Sartine.
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 14:04

Ce post sera alimenté mais pas tout de suite. Je suis tenue à un timing de temps pour lire l'ouvrage de M. Taillemite et j'aimerais faire venir l'ouvrage de Monsieur Delorme.
Heureusement que j'ai dans ma bibliothèque des ouvrages d'histoire maritime...Là, après, je pourrais prendre mon temps !
Mais c'est fou tous les ouvrages que j'ai à lire ! Oh, comme j'aimerais pouvoir arrêter le temps pour lire tout ce que j'ai envie de lire...!!!
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Sam 30 Mai - 14:28

Y'a pas de stress Madame de Chimay! Nous aimons aussi prendre notre temps!

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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Lun 1 Juin - 14:53

Voici ce que nous apprend Etienne Taillemite :

"Donc M. de Sartine obtient du roi le 8 novembre 1774 , l'aborgation des réformes de son prédécesseur et le rétablissement du service des ports et escadres selon les textes préparés par Choiseul en 1765. Le 26 décembre 1774 , deux autres ordonnances royales réorganisaient les troupes de la marine en reconstituant trois compagnies de bombardiers chargés à Brest , Rochefort et Toulon de la formation des cannoniers de marine. Elles créaient en outre cent compagnies de fusiliers commandées par des lieutenants de vaisseau. Ce corps royal d'infanterie de la marine présentait l'avantage de pouvoir être levé dans toutes les régions du royaume et non plus principalement dans les zones côtières qui seules permettaient un apprentissage précoce des métiers de la mer.

Pour ce qui concernait le matériel, il convenait de reconstituer d'abord les stocks de bois et de toiles à voiles, très négligés depuis quelques années, puis de remettre en état le plus rapidement possible un nombre maximal d'unités de combat. La condition première était l'accroissement des budgets. De 17, 7 millions en 1774, on passa à 20,5 l'année suivante, à 27,2 en 1776 et le risque de guerre ne cessant de s'aggraver , à 41,1 en 1777 et 74 millions en 1778. Pendant les trois premières années de l'administration de Sartine, de 1775 à 1777, les arsenaux travaillèrent surtout aux réparations et ne lancèrent que six vaisseaux neufs : 2 de 74 canons et 4 de 64.
Pour réduire les coûts , Sartine poursuivit la rationnalisation des types déjà amorcée depuis plusieurs années par le grand ingénieur Duhamel du Monceau. On s'acheminait ainsi progressivement vers trois modèles de grandes unités de 110 canons, 80 et 74 qui permettaient d'abandonner le type de 64 , trop faible et incapable de tenir son rang dans une ligne de file au combat.

Dès 1776 , Sartine fit adopter par le roi le plan-programme visant à porter la flotte à 80 vaisseaux et 60 frégates , ce qui constituait le plafond compatible avec les disponibilités en équipages. Ce plan fut méthodiquement réalisé et même un peu au-delà, puisqu'à la fin de la guerre d'Amérique, la flotte comprenait 82 vaisseaux et 67 frégates. Sous le seul ministère de Sartine furent construits 22 vaisseaux et 33 frégates , tandis que 30 autres bâtiments étaient refondus et remis en service.

(...)

Cette politique eut pour effet de redresser le moral des officiers qui ne cachaient pas leur enthousiasme. L'un d'eux , Liberge de Granchain écrivait le 2 mars 1778 : " Sartine a repris l'oeuvre de Richelieu et de Colbert avec la plus grande ardeur et la plus rare intelligence". Il est remarquable que cet officier ne fasse aucune allusion à l'action du roi et attribue tout le mérite de cette résurrection au ministre. Une question essentielle se pose donc : quelle fut la part de Louis XVI dans cette politique ? En fut-il l'initiateur ou laissa t-il simplement agir ceux auxquels il avait confié les destinées de sa flotte ? Il est diffcile de trancher , mais quelques éléments donnent néanmoins des indications."
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Lun 1 Juin - 15:04

Il y a donc eu une augmentation du budget de la marine de 57 millions en seulement 4 ans?

Aie...je comprends aussi pourquoi la banqueroute a fait mal :s:

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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Lun 1 Juin - 15:07

Mais oui, Chou d'Amour, il fallait une augmentation importante des budgets pour remettre en place une marine digne de ce nom et d'un pays comme la France. Bien évidemment , tout cela avait un coût !

Comme le dit Etienne Taillemite , " dans sa correspondance avec les intendants des ports ? Sartine mettait toujours en avant la volonté du roi. Etaient-ce clause de style ou ces formules correspondaient-elles à une réalité ?
Le fait que le ministre écrive " paraît vouloir" permet d'émettre quelques doutes sur une intention bien affirmée. Quoi qu'il en soit , le corps de la marine , n'était guère conscient des volontés royales. Le 9 avril 1777, le commandant de la marine à Brest , d'Orvilliers , dans une lettre à Sartine , évoquait une véritable " résurrection des forces navales du roi qui n'est due qu'a la sagesse de votre administration". Il ne lui venait pas à l'esprit que le roi pût y être pour quelque chose. Le roi ne saura jamais mettre son action en valeur et se laissera toujours occulter par les uns ou par les autres.

Pourtant, il semble certain que Louis XVI portait à sa marine une grande attention. C'est ce qui ressort fréquemment de la correspondance ministérielle.
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Lun 1 Juin - 15:49

Et sait-on au détriment de quel budget ces 57 millions ont pu être débloqués? Very Happy

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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Lun 1 Juin - 22:55

Je ne le sais pas mais peut-être les chapitres suivants me l'apprendront. Ce qui est certain , c'est que Louis XVI n'avait pas une vue d'ensemble en ce qui concerne la marine. Il appuyait certains secteurs au détriment d'autres.
Exemple, Louis XVI a beaucoup insisté dans ses instructions sur les questions de discipline qui étaient alors l'une des difficultés majeures auxquelles se heurtaient la marine royale. Cette instruction donnée par le roi était un véritable cours de morale pratique à l'usage des marins. Comme le dit Etienne Taillemite, " ce moralisme , caractéristique de l'esprit du roi, démontre en tout cas sa naïveté et sa méconnaissance de la nature humaine. "

Parmi les secteurs négligés : la question des effectifs des officiers et peut-être plus encore celle du commandement des escadres et de l'organisation d'un état-major militaire chargé de la conception puis de la direction des opérations navales.
Il n'y avait aucune règle précise qui fixait les objectifs des officiers,ni leur avancement en grade. C'était l'incurie la plus complète, chacun quittant son service quand bon lui semblait...On frisait l'absurde !!!Le problème se posa pour la guerre d'Amérique , ce qui fait qu'on manqua d'officiers !

Qu'on en juge un peu. Voici ce qu'écrit Etienne Taillemite : " Au début du règne, l'insconscience des bureaux , du ministre et du roi était encore totale , comme le prouve une note, remise à Louis XVI lui-même le 22 mai 1775, dans laquelle on peut lire ces lignes étonnantes alors que la flotte se trouvait en plein développement :

"On ne saurait dissimuler à sa Majesté que le nombre de ses officiers est trop considérable dans tous les grades et qu'il en résulte trois grands inconvénients : le premier de ne pouvoir les exercer suffisamment en temps de paix; le second qu'ils parviennent beaucoup trop tard et trop âgés aux premiers grades et le troisième qu'il en résulte une dépense beaucoup trop forte à la charge de sa Majesté"

Le roi se trouvait donc mis en face d'une situation qui cumulait les vices et qu'on lui expliquait très lucidement tout en lui suggérant la pire des solutions : bloquer les promotions pour arriver " avec le temps" à diminuer les effectifs de chaque grade. Louis XVI répondit d'un seul mot écrit de sa main au bas du rapport , mais bien révélateur de son caractère indécis : " attendre".
Ainsi donc, tout ce qu'il trouva à décider pour remédier à un mal qui rongeait le corps des officiers depuis la mort de Louis XIV fut de ne rien faire. Alors en effet, on ne fir rien et lorsque trois ans plus tard , éclata le conflit à propos de l'insurrection américaine, on s'aperçut avec effroi que, bien loin d'avoir trop d'officiers, on en manquait cruellement. Il fallut , en catastrophe puiser dans la marine marchande et dans le corps des officiers mariniers pour recruter en hâte des officiers auxiliaires auxquels on attribua des brevets pour la durée de la campagne".
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Lun 1 Juin - 22:59

Très intéressant ça merci à vous

Ce "attendre" de Louis XVI est assez significatif et cohérent en effet

D'après ce que vous dîtes la marine française était donc à cette période mal organisée et mal régulée. Il y avait donc trop d'hommes? J'imagine les coûts inutiles que ça devait occasionner :s:

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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Lun 1 Juin - 23:27

En fait comme la notion de limite d'âge était inconnue , chacun ne quittant le service que quand bon lui semblait, les listes se trouvaient encombrées de sujets trop âgés ou pour différentes raisons incapables de servir. Personne n'a songé à adapter le recrutement à la consistance des escadres en service ou en construction.
Ce qui fait que dans la théorie, les effectifs semblaient pléthoriques mais dans la pratique, il y avait un problème de sous-effectif.


Comme le dit Etienne Taillemite", la situation était encore plus préoccupante pour les plus hauts grades.
Louis XVI avait hérité d'une pratique détestable qui s'était établie depuis la mort de Louis XIV. Sous le règne du roi soleil, conformément à l'esprit de l'ordonnance de 1689 qui réglait tous les aspects de la vie de la marine royale, on ne nommait aux grades d'officiers généraux que des hommes en état de servir et de commander à la mer. Tous les vice-amiraux , lieutenants généraux et chefs d'escadre participèrent en payant de leur personne à de nombreuses campagnes tout au long du règne. Ces saines pratiques furent malheureusement abandonnées dès 1715 , époque à partir de laquelle la marine, à cause de la politique pacifiste du cardinal de Fleury qui ne voulait sous aucun prétexte mécontenter l'Angleterre , entra dans une sorte de léthargie qui devait durer plusieurs décennies. On prit alors l'habitude de ne nommer aux hauts grades que des officiers en fin de carrière et de vie, donc le plus souvent inaptes , en raison de leur état de santé, à naviguer et à commander. C'est ainsi , par exemple, que sur les 22 vice-amiraux promus entre 1715 et 1789 , 3 seulement se virent confier des escadres. Pour tous les autres, cette arrivée au sommet de la hiérarchie ne constituait qu'une sorte de retraite dorée dont bien souvent, ils ne profitaient guère . Cette tendance à faire du vice -amiralat une sinécure honorifique se maintint au moins en partie jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, puisque le dernier promu en 1788 avait 82 ans.

Il en sera de même pour les lieutenants généraux dont le grade va tendre aussi à devenir une fin de carrière qui ne correspondra plus à aucune activité mais représentera une récompense pour des services passés. Sur 68 lieutenants généraux promus entre 1715 et 1784, dernière promotion avant la révolution, 18 seulement , en calculant très généreusement, ont exercé un commandement effectif à la mer. et il en ira de même avec les chefs d'escadre.

Maurepas connaissait mieux que personne les inconvénients de ces pratiques mais pendant son long ministère , de 1723 à 1749, il ne fit absolument rien pour lutter contre cette gérontocratie qui se prolongea sous ses successeurs. Ainsi le 28 novembre 1760 , en pleine guerre de Sept Ans , une note du bureau des officiers constatait que " la plus grande partie des chefs d'escadre sont hors d'état d'aller à la mer".

Louis XV porte donc une lourde responsabilité dans cette situation que Louis XVi , au début de son règne , ne fir rien pour redresser. Faut-il voir là l'influence de Maurepas ? Personne à la Cour ne semble avoir pris la mesure de la situation à savoir que c'est en temps de paix qu'on prépare la guerre et que ce n'est pas lorsque celle-ci est engagée que les chefs peuvent apprendre à exercer un ascendant sur leurs hommes.

Ce n'est qu'à l'aune de la Guerre d'Amérique que viendra enfin une réaction contre ces pratiques absurdes et imbéciles qui privaient la marine de chefs véritables en état de servir."

On croit rêver ! Merci le Régent, merci Louis XV pour avoir mis la marine française à genoux tout cela pour ne pas mécontenter l'Angleterre !
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Mar 2 Juin - 7:16

Et Maurepas aussi qui pouvait faire et qui n'a rien fait ! On peut s'interroger sur toute cette inertie française tout au long du XVIIIe siècle ! Dans quelle mesure n'a t-elle pas été distillée , voire installée jusqu'à l'écroulement fatal de la révolution !
Dans quelle mesure l'Angleterre n'a t-elle pas aidé à faire culbuter la France , surtout dans le domaine maritime ?
Quel a été au juste le vrai rôle des Pitt?
Ce serait intéressant de poster sur les Pitt, d'autant plus que je viens de découvrir les références d'un livre :

Les Pitt: l'Angleterre face à la France ( 1708-1806 )/ Dziembowski, librairie académique Perrin, 2006, 579 p : 27,55 euros

Il faudra absolument ouvrir un fil sur l'Angleterre. Je crois que c'est nécessaire pour comprendre le rôle néfaste des Pitt.
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Mar 2 Juin - 8:21

Bigre ! C'était un système complètement sclérosé ! Il ne fait aucun doute que les Pitt aient travaillé à l'abaissement de la France sur la scène internationale, comme à l'avènement de la Révolution par la diffusion des pamphlets imprimés outre-Manche !!!
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Mar 2 Juin - 10:27

Très inquiétant en effet :s:

C'est comme si ce ministère là avait été laissé à l'abandon...c'est clair que Louis XVI n'a pas eu que des cadeaux de la part de son grand-père en arrivant sur le trône...

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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   Mar 2 Juin - 13:48

Je ne suis pas sûre que Louis XV ait créé le problème . Il en a sans doute hérité du régent car Etienne Taillemite affirme que c'est à la mort de Louis XIV que ce système absurde a été mis en place.
Ce serait intéressant d'ouvrir un fil sur le régent et de sruter à la loupe ses décisions politiques .
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MessageSujet: Re: La marine française au XVIIIe siècle   

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