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 1er janvier 1728: Naissance de François Emmanuel de Crussol, Duc d'Uzès

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yann sinclair

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MessageSujet: 1er janvier 1728: Naissance de François Emmanuel de Crussol, Duc d'Uzès   Dim 4 Fév - 17:30

Naissance de FRANÇOIS-EMMANUEL DE CRUSSOL
Duc d'Uzès

Premier Duc et Pair de France - neuvième Duc d'Uzès
extrait de l'histoire des Duc d'Uzès, par Lionel d'Albiousse, 1887.

Ce neuvième duc d'Uzès dont la postérité existe encore fut le dernier duc de l'ancien régime. Voici les divers titres qu'il prenait au moment de la révolution et dont il avait hérité de ses ancêtres : Duc d'Uzès, premier duc et pair de France, comte de Crussol, prince de Soyons, marquis de Montausier, de St Sulplie, de Monisalès, de Montespan et de Gondrins, baron de Florensac, Vias, Aimargues, Bellegarde, Remoulins, St-Geniès, Puycornet seigneur d'Acier, Brenouille, Capdennas, Pont Saint-Maxence, Le Munil, seigneur incommutable du domaine que la roi avait dans la ville d'Uzès, haute et basse viguerie d'Uzès, St Jean de Marvejols et pays d'Uzège. Ce duc naquit à Paris (1) le 1er janvier 1728.

(1) L'hôtel d'Uzès était alors dans la rue et le quartier de Montmartre paroise saint-Eustache.

Ainsi que nous l'avons vu, il était fils du duc. Charles Emmanuel et d'Émilie de La Rochefoucauld. Dès son jeune âge il se prépara au métier des armes comme tous les mâles de sa famille, et la gloire qu'acquit bientôt l'un d'eux le marquis de Crussol enflamma son courage. En effet, à la bataille de Donawert, qui eut lieu en 1745, le marquis de Crussol, remplaça le commandant en chef marquis de Rupelmonde blessé mortellement, et il se conduisit avec une sagesse si intrépide qu'il mérita les éloges de ses rivaux et les félicitations du roi (1).

(1) Vie privée de Louis XV, tome II, page 233.

Sous les auspices de son parent, le jeune François Emmanuel fit la campagne de 1746 en qualité de mousquetaire, puis il servit en Bohème comme capitaine de dragons et en 1747 il obtint le régiment de cavalerie de son nom.
La paix d'Aix-la-Chapelle qui eut lieu en 1748, lui donna quelque repos. Mais cette paix ne répara point les maux que la guerre avait causés à la France. Le roi, depuis ses campagnes de Flandre, avait abandonné le gouvernement à des courtisans et à des femmes ; de petites intrigues de cour et les querelles du jansénisme occupaient seules le ministère. Le trésor publie était livré aux plus honteuses déprédations. On laissait dépérir la marine.
Les Anglais, voyant ce délabrement, résolurent d'en profiter. Ils attaquèrent nos colonies sans déclaration de guerre, et pillèrent à la fois, comme des pirates, trois cents bâtiments de commerce. L'ambitieux roi de Prusse, Frédéric, entra dans leurs intérêts. L'Autriche défendit ceux de la France. Les deux mondes furent embrasés de nouveau. Nos efforts furent d'abord couronnés de succès. Le maréchal de Richelieu reprit Minorque, que les Anglais occupaient depuis cinquante ans. Bing, leur amiral, fut battu dans l'Inde. Le maréchal d'Estrées remporta deux victoires sur le duc de Cumberland, dans le Hanovre, et le repoussa au delà de l'Èbre. Frédéric, poussé à la fois par la France, l'Autriche et la Russie, était réduit aux abois et menacé de perdre ses états (1).

(1) Frédéric, roi de Prusse écrivait à Voltaire :
Pour moi menacé du naufrage. - Je dois en affrontant l'orage, - Penser, vivre et mourir en roi.

Bientôt il se releva vainqueur à Rosbach. Les sanglantes batailles de Crevelt et de Minden achevèrent de ruiner nos affaires sur le continent. Les désastres se multipliaient et nos frontières même étaient menacées, lorsque Louis XV détermina les rois d'Espagne et de Naples, princes de sa maison, a resserrer l'alliance que le sang formait naturellement entr'eux. Le pacte de famille fut le résultat de cette combinaison qui mit fin à la guerre qui avait duré sept ans, et amena le traité de Paris, en 1763.
François-Emmanuel de Crussol prit une large part à cette guerre, soit comme colonel du régiment de cavalerie de son nom, soit durant les deux dernières campagnes avec le grade de maréchal de camp (1).

(1) Recueil de biographies, par AH, de Dampmartin, page 171 et 172.

Dans l'intervalle, il se maria avec la fille de Louis d'Antin, duc et pair de France, Mlle Magdelaine-Julie-Victoire de Pardailhan de Gondrin d'Antin, née à Paris, le 1er octobre 1729, et morte à Londres, le 13 septembre 1799.

Ce mariage fut célébré au château de Versailles le 8 janvier 1753, en présence et de l'agrément du roi, de la reine, du Dauphin, de la dauphine, de la duchesse de Parme et de Mesdames de France, du prince Philippe duc d'Orléans et de la princesse née de Bourbon-Conty, du prince François de Bourbon prince de Conty, du prince Joseph de Bourbon-Conty comte de la Marche, de la douairière de Bourbon-Conty, née princesse de Bourbon-Condé, de Mlle Anne de Bourbon-Condé, de Mme Alexandrine de Bourbon-Condé (Melle de Sens), du prince Auguste de Bourbon prince de Dombes, du prince Marie de Bourbon duc de Penthièvre et de la duchesse née Félicité d'Est ; et de la part du comte de Crussol, de Mlle Émilie d'Uzès, sa sœur, de François de Crussol évêque de Blois, abbé commendataire de l'abbaye de Saint-Germain-d'Auxerre, cousin du futur, de Louis-César de La Beaume, Le Blanc de La Vallière, duc de La Vallière, pair et grand fauconnier de France, gouverneur de la province de Bourbonnais, chevalier des ordres du roi et de la duchesse née Françoise de Crussol d'Uzès, oncle et tante paternelle du futur, d'Emmanuel de Crussol, comte de l'Estrange et de Leully, ministre plénipotentiaire à la cour de Parme, chevalier admis des ordres du roi, cousin du futur, de Léon de Bullion, chevalier, marquis de Bonnelles, lieutenant général de la province de Guyenne, grand oncle paternel, de la duchesse douairière de La Vallière née de Noailles, tante du futur.
Et de la part de Mlle d'Antin : De Louis de Pardailhan de Gondrin duc d'Antin pair de France, maréchal de camp et armées du roi, gouverneur et lieutenant général pour le roi des villes d'Orléans, pays Orléanais, Blaisois Chartrain, Perche Vendomois et de la ville et château d'Amboise, de François de Durfort comte de Civrac, menin de Monseigneur le Dauphin et colonel du régiment royal-vaisseau et de la comtesse née d'Antin de François de Montmorency-Luxembourg duc de Luxembourg, de Montmorency de Piney pair et premier baron chrétien de France, chevalier des ordres du roi, lieutenant-général des armées de Sa Majesté, gouverneur de la province de Normandie, souverain d'Aigremont comte de Gournay et de Franca-villo, marquis de Louzé et de Seignelay, baron de Mello et de la duchesse née de ViIleroy oncle et tante de la future ; de Maurice duc de Noailles pair et maréchal de France, ministre d'État, capitaine général des troupes de S. M. catholique chevalier des ordres du roi et de la Toison d'Or, premier capitaine des gardes du corps de Sa Majesté, grand-oncle paternel de la future (1).
(1) Archives ducales.

La ville d' Uzès se mit en fête à l'occasion de ce mariage, une adresse fut envoyée aux jeunes époux et voici la réponse du comte de Crussol au maire et consuls d'Uzès.

Paris, 8 février 1753.
Je suis très reconnaissant, messieurs, des marques de joie que vous avez données à l'occasion de mon mariage. Je vous en fais tous mes remerciements, vous priant d'être persuadés de l'envie que j'aurais eue d'en être le témoin pour vous prouver de vive voix la considération avec laquelle je suis, etc.
Le Comte de Crussol. (1)

(1) Archives municipales, série AA, 4.

L'année suivante les nouveaux mariés assistèrent aux brillantes fêtes qui eurent lieu à la naissance d'un second fils du Dauphin, le duc de Berry (23 août 1754), devenu plus tard l'infortuné Louis XVI. Mais leur situation à la cour devint plus agréable lorsque la duc dUzès, qui était exilé dans sa bonne ville, se démit en faveur de son fils, de sa qualité de pair de France. Après avoir prêté serment en cette qualité, devant le parlement de Paris, le 6 février 1755, à la grande audience, oú se trouvait une belle assemblée de princes et de dues (1), le jeune duc de Crussol se trouva le doyen des pairs de Frange.

(1) Chronique de la régence et de Louis XV. Journal de Barbier, tome VI, Page 116.

Cependant le royaume était travaillé à I'intérieur par les Jansénistes et les parlements. Les premiers, pour attirer l'attention publique sur leur secte, avaient mis au rang des saints un diacre nommé Paris, et sur son tombeau ils improvisaient des miracles. Quelques-uns entraient en convulsion, d'autres se faisaient assommer pour attester qu'ils étaient en extase. Le clergé refusa les sacrements à ces martyrs d'une nouvelle espèce. Les magistrats soutinrent les Jansénistes, les philosophes soutinrent les parlements. La querelle s'envenima. Dans ce conflit, les Jésuites qui avaient été les principaux promoteurs de l'opposition acharnée contre la secte, furent. D'ailleurs, une affaire commerciale dans laquelle quelques-uns s'étaient compromis, l'assassinat du roi de Portugal, le coup de poignard porté à Louis XV par le farouche Damiens, et que la malveillance disait être le résultat de leur doctrine, telles furent aussi les causes de leur exil.
Entrainés par la victoire qu'ils venaient de remporter, les parlements manifestèrent de plus hautes prétentions. Ils prétendirent, à l'occasion d'une question de finances., qu'ils formaient un vaste corps distribué en plusieurs sections, lesquelles avaient un ressort particulier pour rendre, la justice, mais qui composaient un tout homogène lorsqu'il S'agissait d'autoriser les impôts et d'enregistrer les lois. La lutte devint générale. Le roi finit par casser ce grand corps et le remplaça par des conseils supérieurs, dont les attributions furent bornées à l'exercice de la justice, et qui furent l'œuvre du chancelier Meaupou. Dans cette fameuse lutte, le duc de Crussol montra une grande énergie contre le Parlement, et l'opinion publique l'applaudit (1).

(1) Recueil de biographies, par A. H. de Dampmartin, page 172.
On raconte un bon mot du duc de Nivernois partisan du parlement. Mme du Barry lui dit que le parti du roi était pris contre la parlement et qu'il ne changerait jamais. « Ah ! Madame, répondit le duc, quand le roi a dit cela à vous regardait ».

Sur ces entrefaites, le duc de Crussol perdit son père en 1762, et dès l'année suivante il se rendit avec sa femme à Uzès, où on leur fit une brillante bravado ou entrée solennelle (1).

(1) Archives municipales, série AA, 4, série BB. Registre de 1763 à 1767.

À peine en effet, est-on prévenu de leur arrivée, une députation. des principaux conseillers de la ville est désignée pour aller les recevoir sur la frontière de la province ú Pont St Esprit. Pendant ce temps les corps des métiers prennent les armes pour escorter le duc et la duchesse.
Les fabricants et faiseurs de bas mettent leur habit gris, dont les basques étaient retroussées, et leurs carpaux, sorte de bonnets de grenadiers en carton ornés de rubans de toutes couleurs.
Le corps de marchands monte à cheval en habit gris de fer orné de brandebourgs faits avec des chevillieres de fil blanc.
En tête, marche un cavalier portant un guidon fait ad hoc.
Cette troupe va attendre le duc et la duchesse à St Hypolithe de Montaigu. Un poète de la ville, François ainé compose une chanson dont le refrain de chaque couplet finit par ces rnots :
Vive Crussol, vive d'Antin.
C'est avec ces cris mille fois répétés, au bruit de la mousqueterie et de l'artillerie, que le duc et la duchesse font leur entrée dans Uzès, dont les rues par lesquelles ils devaient passer, étaient ornées d'arcs de triomphe reliés par des cordons de buis. Des fontaines de vin sont établies devant l'Hôtel de Ville en face du duché. Le soir, la ville est illuminée. Un feu d'artifice composé de plusieurs pièces et de vingt-quatre douzaines de fusées est tiré sur la place publique. Puis un feu de joie est allumé sur cette même place par le duc d'Uzès à qui il est remis par le corps politique qui l'accompagne, un flambeau garni d'une main de velours avec une frange d'or (1).

(1) Archives communales d'Uzès, série AA, 4.

A quelques jours de là, le duc et la duchesse d'Uzès assistent à l'Hôtel de Ville à la délibération dans laquelle M. d'André de St-Victor est nommé conseiller politique pour la première échelle. Immédiatement M. d'André de St-Victor, la main sur les Évangiles, prête devant M. le Duc, le serment de bien et fidèlement s'acquitter de ses fonctions.
Les conseillers politiques expriment à M. le Duc au nom de la ville le désir de voir disparaître la tour Banastière (1) qui ôtait la vue du cours et gênait la circulation des voitures. Le duc pour être agréable à la ville consent à abandonner cette tour et en autorise la démolition. Ce qui fut fait la même année.

(1) Cette tour qui ne servait guère au duc que pour y loger ses chiens de chasse était située sur le boulevard entre la rue Condamine et la rue Masbourguet.

Le duc et la duchesse d'Uzès s'en retournèrent à Paris fort satisfaits de l'accueil qu'il avaient reçu.
La duchesse avait de très grandes manières et une dignité de reine. Aussi il passa en proverbe de dire des dames qui affichaient de grandes prétentions :
Se creï une d'Antin.
Elle se croit une d'Antin.

La duchesse ne vint que cette seule, fois à Uzès, son époux s'y rendit assez souvent, mais sans maison, vivant très simplement. Toujours disposé à être utile à son pays, le duc obtint des états du Languedoc (1), de concert avec l'évêque, que la route de Paris à Montpellier à travers l'Auvergne passât par Uzès. Une députation des conseillers politiques et des notables vint au château ducal l'en remercier.

(1) Les ducs d' Uzès possédaient cinq baronnies, ce qui leur donnait cinq voix aux délibérations des États du Languedoc.

Un incendie avait détruit l'Hôtel de Ville, situé autrefois dans la rue de la monnaie. La foudre était tombée au haut d'une tourelle contenant des escaliers au bas desquels on avait laissé des barils de poudre dont l'explosion fit sauter tout le bâtiment. On décida de construire l'Hôtel de Ville devant le duché, et le duc fit le sacrifice de plusieurs maisons pour être démolies, afin de créer la place actuelle entre le duché et l'Hôtel, de Ville (1).
Il fit don aussi â la ville d'une partie du jardin de son sénéchal pour agrandir la place du marché (2).

(1) Archives communales d'Uzès, série BB. Registre 1768-1767.
(2) Archives communales d'Uzès, série BB. Registre 1763-1767.
Le sénéchal ducal était situé entre la rue du Duché et la rue Condamine.
La justice ducale se composait : d'un sénéchal, d'un juge dit juge-mage, d'un lieutenant de juge, d'un procureur fiscal et d'un greffier, tous nommés et payés par la duc.

Une grande inondation étant survenue, il envoya 600 livres aux pauvres qui en avaient souffert.
Plus tard sa mère, la. Duchesse douairière d'Uzès, mourut léguant vingt mille francs pour la reconstruction de l'église de Saint-Etienne. On le voit, la maison d'Uzès, n'a cessé de combler notre ville de ses bienfaits, sans compter les services qu'elle rendait aux particuliers. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, le duc de Crussol, en 1752, fit nommer Antoine-Roch Cabot de Dampmartin, à peine âgé de vingt-cinq ans, commandant pour le roi, à Uzès en survivance du lieutenant-colonel d'infanterie de La Farel, vieux et infirme (1).

(1) Mémoires de Dampmartin.

Mais le duc, à cause de sa haute situation à la cour de France, ne pouvait rester trop longtemps à Uzès. Son devoir, comme premier duc et pair de France, était d'assister à toutes les cérémonies, à toutes les fêtes importantes de Versailles. Il était à son poste lorsque Louis XV maria ses trois petits-fils : le Dauphin avec Marie-Antoinette, fille de l'impératrice Marie-Thérèse; les comtes de Provence et d'Artois avec deux sœurs princesses de Savoie. Plus tard, en 1774, le duc assista aux obsèques de Louis XV. Il y porta la couronne royale comme autrefois son ancêtre le duc Emmanuel 1er a la mort de Louis XIII, en 1643.
Voici du reste le nom de ceux qui vinrent déposer dans le caveau de Saint-Denis les pièces d'honneur dont ils étaient porteurs :
Le prince de Lambesc, grand écuyer de France, l'épée royale; le duc de Bouillon, grand chambellan, la bannière de France ; le duc de Béthune, la main de justice ; le duc de la Trémoille, le sceptre ; le duc d'Uzès, la couronne royale (1).

(1) Procès-verbal des séances du clergé de France.

Louis XV avait vécu soixante-quatre ans. Durant son règne de cinquante-neuf ans, il avait détruit peu à peu le prestige que les deux grands rois Henri IV et Louis XIV avaient donné à la royauté.
Appelé au trône à I'âge de vingt ans, Louis XVI y porta une timidité et une défiance de lui-même qui le rendait peu propre, malgré sa bonne volonté et sa très grande honnêteté, à tenir les rênes de l'État en face d'une révolution qui grondait sourdement.
Depuis longtemps d'ailleurs les trois corps privilégiés, la royauté, la noblesse et une partie du haut clergé ne remplissaient plus les devoirs qui, dans l'origine, avaient justifié leurs privilèges.

Beaucoup d'évêchés étaient attribués à des cadets nobles qui dépensaient à la cour leur énorme bénéfice sans s'inquiéter de leurs ouailles.
La noblesse ne possédait plus l'exercice de la justice, le commandement des armées, le gouvernement local et la part du gouvernement central quelle, exerçait autrefois et qu'elle exerce encore en Angleterre.
La royauté, en s'attribuant toutes ces fonctions qu'elle avait enlevées peu à peu à la noblesse, avait assumé un rôle au-dessus de ses forces. Ne pouvant le remplir, elle s'en déchargeait sur une bureaucratie administrative qui, par ses déprédations et ses exigences, rendait odieux le gouvernement royal, autrefois si populaire. « Aussi, dit Taine, une lente et profonde révolution détruisit la hiérarchie intime des suprématies acceptées et des déférences volontaires. »
Dès la première année de son règne, Louis XVI songea à se faire sacrer avec la reine Marie Antoinette. La cérémonie du sacre eut lieu, suivant l'usage, à Reins, le 11 juillet 1775. Elle fut fort belle et coûta huit millions. Le duc et la duchesse d'Uzès y assistèrent.
A cette occasion le duc d' Uzès fut décoré du cordon des ordres du roi. Cette nouvelle amena dans la ville ducale de grandes réjouissances. Mais bientôt on apprit que le duc était tombé malade ; la communauté d'Uzès fit célébrer, pour le rétablissement de sa santé, une messe pro infirmo. Il guérit et la communauté assista à une autre messe en actions de grâce (1).

(1) Archives communales. Registre des délibérations.

Cependant malgré les acclamations dont Louis XVI avait été l'objet à l'occasion de son avènement au trône, de très grandes questions à résoudre rendaient son règne difficile. Le peuple ne pouvait supporter le coup d'État de Louis XV, qui avait remplacé les anciens parlements par le parlement Meaupou. Louis XVI crut bien faire de rappeler les magistrats exilés. Ils furent invités par lettres patentes à se trouver au Palais en robe de cérémonie. Le roi vint en grand appareil tenir un lit de justice escorté de tous les princes et pairs. Il harangua les revenants en termes assez sévères et voulut restreindre leurs prérogatives, mais vaines précautions, le parlement recommença ses entreprises et toutes les cours provinciales furent successivement rétablies dans le cours d'une année.
En 1778 et le 9 septembre, le parlement de Toulouse, ainsi reconstitué, put terminer un différend qui existait depuis longtemps entre l'évêque et le duc d'Uzès. Il décida que la portion de la justice de la cité et territoire d'Uzès était d'un quart pour l'évêque et des trois-quarts pour le duc. En conséquence, il ordonna que ladite justice serait exercée par les officiers du duc d'Uzès seuls pendant trois années consécutives, et la quatrième année par les officiers de l'évêque et dans le même ordre les années suivantes (1).

(1) Archives ducales. Mémoire pour Mgr de Bethisy, contre le duc d'Uzès.
Avant cet arrêt les officiers du duc et ceux de I'évêque exerçaient la juridiction en droit soi. On s'adressait indistinctement aux une et aux autres, de sorte que cet indivis supposait la moitié, de la juridiction à chaque co-seigneur. L'arrêt de 1778, fit cesser cet état de choses.

Cette même année 1778, le fils ainé du duc d'Uzès, le comte de Crussol joua un rôle important dans un duel qui eut lieu entre le comte d'Artois et le duc de Bourbon. Voici à quelle occasion : La reine, les princes et princesses se rendaient souvent à I'Opéra. Dans une de ces réunions tumultueuses, la duchesse de Bourbon, à la faveur du masque, fit d'amères plaisanteries au comte d'Artois, et alla même jusqu'à tirer la barbe de son masque. Irrité, le comte d'Artois déchira celui de la duchesse et sortit sans proférer une parole.

Le lendemain, la duchesse de Bourbon ayant beaucoup de monde à souper, raconta la scène de l'opéra, traita le comte d'Artois d'insolent et ajouta qu'elle avait failli appeler la garde pour le faire arrêter. Cette nouvelle se propagea. Les femmes surtout étaient furieuses contre le comte d'Artois, si bien que le comte d'Antichamp, écuyer du prince de Condé, crut de son devoir d'en avertir ce prince, qui était en ce moment à Chantilly avec le duc de Bourbon. Le prince de Condé au lieu de faire de cette aventure une affaire de famille, alla trouver le roi pour qu'il interposât son autorité afin d'empêcher le duel. Le roi ordonna au prince de Condé, suivi du duc et de la duchesse de Bourbon, de se rendre à Versailles, où était le comte d'Artois, et leur signifia qu'il voulait que cette affaire fût oubliée. Mais le public s'en entretenait sans cesse. Le roi pressentait bien que le duel aurait lieu. II remit toutefois au comte de Crussol, qui était capitaine des gardes du comte d'Artois, l'ordre écrit et signé de sa main, de ne pas se battre. Durant ce temps, le duc de Bourbon se rendit à Bagatelle, prés du bois de Boulogne, où il n'allait jamais, dans l'espoir d'y rencontrer le comte d'Artois. Celui-ci, l'ayant su, s'empressa de s'y rendre pour le voir.
Voici comment l'affaire est racontée par le comte de Crussol lui-même
« Ce Matin, avant de partir pour Versailles, j'ai fait mettre en secret, sous un coussin, la meilleure épée du comte d'Artois; nous sommes venus tête à tête et croyant que j'ignorais tout, non seulement il ne m'a parlé de rien, mais même il ne lui est pas échappé un mot qui put me donner le moindre soupçon. Quand nous sommes arrivés à la porte des Princes, où nous devions monter à cheval, j'ai aperçu M. le duc de Bourbon, à pied, avec assez de monde autour de lui. Dès que le comte d'Artois l'a vu, il a sauté à terre, et allant droit à lui, il lui à dit en souriant : - Monsieur, le public prétend que nous nous cherchons. Le duc de Bourbon a répondu en ôtant son chapeau : - Monsieur., je suis ici pour recevoir vos ordres. - Pour exécuter les vôtres, a repris le comte d'Artois, il faut que vous me permettiez d'aller à ma voiture, et étant retourné à son carrosse, il y a pris son épée, et s'est empressé de rejoindre M. le duc de Bourbon. Ils sont ensuite entrés sous le bois, moi suivant le comte d'Artois, et M. de Vibraye (1), M. le duc de Bourbon.
Arrivés prés d'un mur, le duc de Bourbon a demandé au comte d'Artois la permission d'ôter son habit, sous prétexte qu'il le gênait, M. le comte d'Artois a jeté la sien, et l'un et l'autre ayant la poitrine nue, ont commencé à se battre. Ils sont restés longtemps à ferrailler. Tout à coup, j'ai vu, poursuit le comte de Crussol, le rouge monter au visage du comte d'Artois, ce qui m'a fait penser que l'impatience le gagnait. En effet, il a redoublé et pressé le duc de Bourbon, pour lui faire rompre la mesure. Dans cet instant le duc de Bourbon a chancelé, et j'ai perdu de vue la pointe de l'épée du comte d'Artois, qui a dû passer sous le bras du duc de Bourbon. Je l'ai cru blessé et me suis avancé pour prier les princes de suspendre. Un moment, Messeigneurs, leur ai je dis, si vous n'approuvez pas la représentation que j'ai a vous faire, vous serez les maîtres de recommencer, mais à mon avis, en voilà quatre fois plus qu'il n'en faut pour le fond de la querelle, et je m'en rapporte à M. de Vibraye, dont l'opinion doit avoir du poids en pareille matière. - Je pense absolument comme M. de Crussol, a répondu M. de Vibraye.
Ce n'est pas à moi à avoir un avis, a repris te comte d'Artois; C'est au duc de Bourbon à dire ce qu'il veut. Je suis à ses ordres.
Monsieur, a répliqué le duc de Bourbon en adressant la parole au comte d'Artois, et en baissant la pointe de son épée, je suis pénétré de reconnaissance de vos bontés et je n'oublierai jamais l'honneur que vous m'avez fait. M. le comte d'Artois ayant ouvert ses bras a couru l'embrasser et tout a été dit » (2).

(1) M. de Vibraye était capitaine des gardes du duc de Bourbon.
(2) Mémoires du baron de Besenval, tome II, pages 318 et 319.
Dictionnaire de la conservation, tome XVI, page 12.
Les origines de la France contemporaine, par Taine. - L'ancien régime, pages 184 et 185.

Ils s'étaient battus comme deux grenadiers d'infanterie (1).
Puis le comte d'Artois, accompagné du comte de Crussol, se rendit chez la duchesse de Bourbon pour lui présenter ses hommages.
Le lendemain le comte d'Artois reçut l'ordre d'aller en exil à Choisy et le duc de Bourbon à Chantilly, pour huit jours.
Tout l'honneur de cet événement revint au comte de Crussol, qui avait mené toute cette affaire avec beaucoup de tact et d'intelligence (2).
Il était d'ailleurs homme d'esprit et de mérite (3).

(1) Mémoires de Besenval, tome II, page 314.
(2) Mémoires de Besenval, tome III, pages 283-329.
(3) Mémoires de Besenval, tome II, page 298.

Un jour, Marie Antoinette regardait une médaille ayant d'un côté la figure de la vierge Marie, et de l'autre celle de la reine. Elle s'aperçut que cette médaille n'avait pas de légende. Le comte de Crussol présent, dit : « Quand on verra la figure de Marie, reine du ciel, on dira Ave Maria; quand on verra celle de Marie, reine de France, on ajoutera : grâtia plena. »
Marie Antoinette était en effet, pleine de grâces, belle, bonne, charitable, encourageant les arts et les hommes de talent, mais sa qualité d'Autrichienne excita contre elle les espris et la rendit très Impopulaire. D'un autre côté, le roi se trouvait aux prises avec des difficultés financières considérables. Pour en sortir, on lui proposa de réunir une assemblée de notables, dans le but d'obtenir l'abolition des privilèges et l'égale répartition de l'impôt.
Les notables furent convoqués à Versailles, pour le 29 janvier 1787. Cette réunion, composée de princes, des ducs et pairs, des prélats, des députés de la noblesse, s'opposa vivement à l'abolition des privilèges.
Tout en émettant certains avis sur l'ensemble, de l'administration et des finances, les notables ne voulaient prendre la responsabilité de voter ou même de proposer des impôts et finirent par s'en remettre à la sagesse du roi pour décider quelles contributions auraient le moins d''inconvénients.
Le roi publia plusieurs édits sur la liberté des grains, sur les assemblées provinciales, sur l'abolition de la corvée, sur l'impôt du timbre et la subvention territoriale.
Le parlement qui sentait son influence baisser par la convocation des notables, refusa d'enregistrer les nouveaux édits. Il fut exilé à Troies, et les deux frères du roi furent chargés de faire enregistrer les édits, l'un à la chambre des comptes, l'autre à la cour des aides. Monsieur qui passait pour exécuter malgré lui un ordre qu'il désapprouvait fut salué de mille acclamations. Le comte d'Artois au contraire fut accablé d'outrages. Un attroupement se forma autour de lui quand il descendit les degrès du palais. Le comte de Crussol capitaine de ses gardes fit le commandement : haut les armes. Aussitôt la foule se dispersa par toutes les issues (1).

(1) Histoire de France pendant le XVIIIe siècle, par Vaulabelle. Tome 6, page 172.

Une opposition énergique se manifesta dans tout le royaume contre les édits et l'exil du parlement. La fermentation devint générale.
Louis XVI intimidé rappela le parlement, révoqua les édits et annonça la convocation des États généraux pour te 1er mai 1789.
Le calme se rétablit momentanément. Les États généraux s'ouvrirent à Versailles le 5 mai 1789. Ce fut une imposante réunion, mais sous ces habits de prêtres, de nobles et de bourgeois, c'étaient Voltaire et Rousseau qui venaient siéger (1).
Les grands seigneurs à leur toilette avaient raillé le christianisme et affirmé les droits de l'homme devant leurs valets, leurs perruquiers, leurs fournisseurs. Les gens de lettres, avocats, médecins avaient répété les mêmes diatribes dans les cafés, les restaurants, les lieux publics. On avait parlé devant les gens du peuple comme s'ils n'étaient pas la. Ceux-ci ayant perdu la foi religieuse, exaspérés par le besoin, se révoltèrent (2).

(1) Histoire de France, par Keller, tome 14, page 263.
(2) Taine. - Des origines de la France contemporaine.

C'était fatal. Dans la nuit du 14 au 15 juillet 1789, le duc de La Rochefoucauld Liancourt fit réveiller Louis XVI pour lui annoncer la prise de la Bastille. « C'est donc une révolte, dit le roi. » - Sire, répondit le duc, c'est plus qu'une révolte, c'est une révolution.
En effet, les États généraux transformés déjà en assemblée nationale jetaient les bases de cette révolution qui a constitué la société actuelle. Un moment subjugués par les idées du jour, les représentants des privilégiés dans la nuit du 4 août répondirent à l'appel des représentants du peuple en faisant le généreux abandon de leurs dîmes et de leurs titres de noblesse.
La vieille France était finie.
Le 27 décembre 1789, le roi fit une proclamation sur l'imposition des biens privilégiés. Tous les membres du clergé et de la noblesse devaient en faire connaitre l'importance. Voici qu'elle fut à ce sujet la déclaration du duc d'Uzès des biens, droits et facultés nobles qu'il possédait dans la ville et le terroir d'Uzès :

1° Son château ducal situé dans la ville avec tours, écuries, remises, cours, jardins et autres aisances, le tout contigu de contenance de 650 canes, savoir, le château couvert 149 cannes, les écuries 32, les cours et jardins 475.
2° Le palais de son sénéchal ducal aussi situé dans la ville, rue de la Condamine et plan des Capucins, consistant en une salle d'auditoire, greffe, cours, jardin et logement du concierge, contenant 92 cannes.
3o Les prisons de sa justice aussi situées dans la ville consistant en une tour et autres bâtiments cour, jardin et passage, le tout d'une contenance de 153 cannes.
Les trois articles ci-dessus ne rapportent rien, étant au contraire sujets à des réparations et entretiens considérables.

Droits Seigneuriaux
Les censives que M. le duc perçoit annuellement sur les maisons et autres possessions de la ville d' Uzès et de son terroir qui sont de sa directe se portent année commune à la somme de 600 livres et les droits de lods à celle de 300 livres dont le cinquième revient à celui qui fait l'exaction.
Le greffe du sénéchal rapporte la somme de 300 livres.
Il est dû ensuite à M. le duc un droit de leude et un droit de rasoire sur les grains et autres denrées qui se portent et se vendent dans la ville d'Uzès les jours de marché, et autres jours de la semaine, lequel droit s'afferme à la somme de 300 livres.
Enfin M. le duc prend les trois-quarts d'un tiers du droit de poids et courtage de la ville d' Uzès, qui est affermé chaque année par MM. les consuls à un prix qui varie chaque année et qui représente pour M. le duc une somme de 100 à 120 livres (1).

(1) Archives ducales. Certificat du lieutenant Cassaignade, procureur fiscal du duc d'Uzès, en date du 21 février 1790.

Cependant, les événements suivaient leur cours. Avec de l'énergie de la part de la royauté et plus de modération de la part des représentants du peuple, on aurait pu arriver à une transformation sociale en évitant tous ces crimes de 1793, notamment la mort du roi, de la reine, de M. Élisabeth et de tant d'illustres et innocentes victimes, mais le déchainement des passions populaires ne connut pas de bornes, et les membres du clergé et de la noblesse ne tardèrent pas à devenir les parias de la société. Bien avant ce moment le comte d'Artois et les princes de Condé avaient émigré; la plupart des nobles imitèrent leur exemple. On persuada au duc d'Uzès que sa qualité de premier pair de France lui faisait un devoir d'émigrer aussi. Il s'enfuit en Belgique (1) et servit dans l'armée des princes avec le grade de lieutenant-général qu'il avait reçu au moment de la révolution. Il avait emporté des sommes considérables et se crut obligé de tenir un grand état de maison et de donner des secours à tous les gentilshommes qui désertaient la France.

(1) Recueil de Biographies, par A. de Dampmartin, page 172.

Il parcourut quelque temps l'Allemagne, le Brabant pour y recruter en faveur de la monarchie. La publicité de ses démarches appela sur lui l'attention des gouverneurs généraux qui, voulant alors éviter la guerre, lui signifièrent de cesser ses engagements. II se retira en Hollande pour y suivre les mêmes opérations, mais les
succès de l'armée française dans la Belgique le forcèrent à renoncer a son entreprise (1).

(1) Biographie moderne, par le marquis de la Maisonfort, tome III, pages 306 et 307.

« Pendant ce temps, sa parente, la marquise de Crussol d'Amboise (1) née Angélique de Bersin, restée à Paris, était traînée devant le tribunal révolutionnaire et elle eut l'honneur de faire partie de cette « fournée de vingt-trois aristocrates » que Fouquier Tinville envoya à l'échafaud le même jour que Mme Élisabeth « pour lui faire une cour digne d'elle et qui put lui rappeler Versailles ». (leur éxécution eut lieu le 10 mai 1794)

(1) Vie de Marie Thérèse de France, par Alfred Nettement, page 143.

Faible, timide et délicate, la marquise de Crussol était arrivée à soixante-quatre ans, sans avoir rien connu des misères et des malheurs qui jusqu'alors l'avaient toujours épargnée. L'idée d'un péril même imaginaire la remplissait d'épouvante ; une araignée l'effrayait et elle faisait habituellement coucher deux de ses femmes dans sa chambre. Mais l'exemple de Mme Élisabeth la transforme tout à coup ; elle est calme au tribunal, dans la prison et devant la mort: Assise sur la même charrette que la princesse avec la marquise de Senozan, elle s'entretient avec elles, la tête haute et le regard assuré, pendant le trajet de la Conciergerie à la place Louis XVI. Arrivées au terme de cette voie douloureuse, les victimes trouvent au pied de l'échafaud une banquette sur laquelle on les fait asseoir crainte de défaillance devant l'instrument de supplice. Précaution inutile ; encouragée par la présence et le regard de la sœur du roi, chaque condamnée s'est promis de se lever bravement à l'appel de son nom et d'accomplir sa tâche avec fermeté. Le premier nom prononcé est celui de la marquise de Crussol. Elle se lève aussitôt, va s'incliner devant Mme Élisabeth et, témoignant hautement le respect et l'amour que la princesse lui inspire, elle lui demande la permission de l'embrasser. « Bien volontiers et de tout mon cœur », lui dit Mme Élisabeth, et la royale victime, avançant son visage, lui donna le baiser d'adieu, de supplice et de gloire. Toutes les femmes qui suivirent obtinrent le même témoignage d'affection. Les hommes s'honorèrent aussi de leur respect pour la sœur de Louis XVI en allant, chacun à son tour, courber devant elle la tête qui, une minute après, tombait sous le couperet. La princesse était réservée à périr la dernière. Quand le comte de Loménie, vingt troisième victime, vint s'incliner devant elle aussi profondément avec autant de calme qu'autrefois dans les salons de Versailles, elle lui dit : « Courage et foi dans la miséricorde de Dieu ! » et elle se leva elle-même pour se tenir prête à l'appel du bourreau (1). (*)

(1) Wideville. Histoire et Description, par le marquis de Galard, pages 72 et 73.
Vie de Mme Élisabeth, par A. de Beauchêne.
Vie de Marie Thérèse de France, par Nettement, page 143.
(*) Nota nemausensis - Mme Élisabeth n'était autre que la sœur de Louis XVI et la sœur de deux futurs rois de France, Louis XVIII et Charles X. Elle était aussi la tante de la Duchesse d'Angoulême fille de son frère le roi Louis XVI.
La marquise de Crussol d'Amboise était l'épouse du Marquis du même nom. Ce dernier descendait d'une branche cousine des Ducs d'Uzès. Leur ancêtre commun étant le troisième Duc d'Uzès, Emmanuel Ier de Crussol (1581-1657). Le fils ainé de ce dernier, François Ier de Crussol (1604-1680) donnera la branche des Ducs d'Uzès, et le fils en second, Jacques-Christophe, sera l'ancêtre du marquis de Crussol d'Amboise.


Extrait du registre des dépôts du greffe du tribunal révolutionnaire.
Femme Crussol d'Amboise

Est comparu le citoyen Richard, lequel a déposé une tabatière d'agathe, fond vert à cercle d'or, octogone; une tabatière de cristal avec un cercle et gorge d'or ; un petit cœur de verre garni en or, dans lequel un petit crucifix ; un étui à dés en or avec dé d'or; un étui de nacre à gorge d'or dans sa boite de chagrin ; un tire-bouchon à queue d'or; un chapelet avec médaille d argent ; un cachet d'argent ;
Et soixante-dix-huit livres en écus qu'il a déclaré appartenir à la femme Crussol d'Amboise, condamnée à mort; plus un peignoir, une petite boite de sapin, une chemise, sept mouchoirs blancs, trois mouchoirs de mousseline, un fichu de linon, une paire de bas de soie blancs, une paire de poche, un sac ouvrage.

Le marquis de Crussol d'Amboise fut aussi condamné à mort comme conspirateur par les terroristes et exécuté à Paris le 26 juillet 1794 (1).

(1) Vie de Mme Elisabeth, par de Beauchêne.
Le marquis da Crussol d'Amboise avait été capitaine-lieutenant de la compagnie des chevaux légers de Berry, puis brigadier d'infanterie, et enfin colonel-lieutenant du régiment de la reine.

Au milieu de tous ces événements, les ressources que le duc d'Uzès avait apportées de France furent bientôt épuisées et la famille d'Uzès se trouva dans une grande gêne.
Heureusement, elle obtint un établissement en Russie, par la haute intervention de !la princesse de Tarente, qui résidait à Naples, auprès de la reine devenue son amie, et qui consentit, à cause de la famille d'Uzès, à aller habiter la Russie. Voici, en effet, ce qu'on lit dans ses lettres, que M. le duc de la Trémoïlle, prince de Tarente, a bien voulu me communiquer :
J'essaie, par un grand sacrifice, de donner quelque pris á mon existence, en me servant de la bonté et de la sensibilité de l'Empereur et de l'Impératrice de Russie, pour assurer un sort favorable à la famille d'Uzès (1).

(1) Voici les véritables mots de S. M. l'Impératrice :
« Votre bonheur tait l'objet de nos sollicitudes, aussi suis-je chargée par l'Empereur, de vous offrir un asile et un petit établissement dans l'une des provinces de son empire, où vous et votre famille trouverez la paix dont vous avez été si longtemps privés. »
Cette lettre était accompagnée d'une lettre du comte de Choiseul-Gouffier, qui disait à la princesse de Tarente que si I'Impératrice n'avait voulu lui apprendre les bontés de l'Empereur, il aurait écrit de sa part et par son ordre à M. le duc d`Uzès. (Lettre de la princesse de Tarente, écrite de Londres, le 14 mars 1797.
Archives du duc de La Trémouïlle.
'Wadeville. - Histoire et description, page 760.
Le Czar, quand il visitait la France sous le titre de comte du Nord, avait vu souvent la princesse de Tarente, chez son père, le duc de Chastillon et chez sa grand'mère, la duchesse de La Vallière. Paul Ier écrivit de sa main, avec une affabilité bien rare chez ce prince, les lignes suivantes, en réponse à une lettre où l'exilé lui annonçait son intention de se fixer en Russie.
Madame la princesse de Tarente, j'ai vu avec plaisir dans votre lettre l'expression des sentiments que vous me témoignez. J'ai cru devoir mettre en évidence ceux que vous me témoignez. J'ai cru devoir mettre en évidence ceux que je porte à une famille qui a donné à ses souverains tant de preuves de fidélité et de dévouement ; aussi peut-elle compter sur l'intérêt qu'elle m'inspire et dont je me plais à vous renouveler l'assurance, priant Dieu qu'il vous ait, Mme la princesse de Tarente, en sainte et digne garde.
Paul.
Gatschina ce 22 septembre 1797.

Je vais moi même en Russie, nous y sommes tous appelés, moi en étant le motif et toute l'espérance. Je suis décidée de partir dans quelques semaines. Ce nouvel éloignement m'afflige, mais il n'aura qu'une courte durée, et si c'est maintenant un sacrifice, j'en 'serai bien récompensée, si je réussis à sauver cette bonne et vertueuse famille, des malheurs attachés à une émigration sans terme.
Le duc et la duchesse d'Uzès ne purent se rendre en Russie, mais d'autres membres de leur famille s'y établirent, notamment le comte de Crussol qui devint aide de camp de Paul Ier (1).

(1) Wideville, page 77.

Le duc d'Uzès se retira en Angleterre. Il resta plusieurs années à Londres, où il perdit sa femme, qui supportait courageusement la perte de la vus et les tristesses de l'exil.
En 1801, il profita d'un jour favorable pour rentrer en France. Banni d'un hôtel somptueux, il loua une modeste chambre garnie de la rue du Bac, se montrant un modèle de résignation. Souffrant cruellement d'une hydropisie de poitrine, ayant perdu toutes ses richesses, il vit venir la mort d'un air calme et résigné. Il mourut le 22 mars 1802, laissant:

Nota : Ce qui suit a été modifié, car selon plusieurs sources, Lionel d'Albiousse a commis plusieurs erreurs sur la descendance de François-Emmanuel de Crussol.

1° Marie-François-Emmanuel de Crussol, (1756-1843) qui lui succèdera et sera le dixième duc d'Uzès. Il épousera Aimable Emilie de Chastillon fille de Louis Chastillon, duc de Chastillon et auront 2 enfants : Adrien-François (1778-1837) et Alexandrine Célestine ( +1866)
2° Marie-Charlotte, qui épousa Achille Robert, Marquis de Caylus.

Nota : La révolution de 1789 ayant mis fin à l'ancien régime, il n'est plus possible de rattacher aussi intimement, l'histoire des ducs d'Uzès à l'histoire de France. Cet article se termine donc par ce dernier duc "François-Emmanuel de Crussol", neuvième duc d'Uzès et décédé peu après la révolution en 1802.

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1er janvier 1728: Naissance de François Emmanuel de Crussol, Duc d'Uzès
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