Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 06 juillet 1789: Le réveil du château

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yann sinclair

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Localisation : Versailles
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MessageSujet: 06 juillet 1789: Le réveil du château   Mar 13 Mar - 14:36

Le réveil du château

Comme on l'a vu, la veille au soir, le jeune comte de Neuilly et sa mère ont trouvé refuge dans un appartement des combles du château occupé par un officier des gardes du corps:
"Une forte commotion, ainsi que les cris de ces dames , me réveillèrent
L'officier (...) voulut sortir, lorsqu'un domestique le vint avertir que le château était forcé
"Raison de plus pour sortir d'ici!" s'écria-t-il
Ces dames le retinrent, s'accrochèrent à lui
"Si le fait est vrai", s'écrièrent-elles, "votre uniforme vous fera massacrer sans utilité. Il faut vous déguiser"
Il y consentit, prit ce qu'on appelait un habit de poudre (redingote portée lorsqu'on était poudré), cacha sur lui deux pistolets et un couteau de chasse, puis s'élança hors de la chambre
J'étais venu près du feu, dont ces dames, de plus en plus inquiètes sur le sort du Roi et de la Reine, s'étaient rapprochées
Je demandai à ma mère, qui m'embrassait, ce que tout cela voulait dire
Elle me répondit que le Roi et sa famille courraient les plus grands dangers et que les brigands avaient pénétré dans le château
"Alors, lui dis-je, ils viendront ici pour nous tuer et il faudra se défendre"
Je sautai sur l'épée d'uniforme qu'avait laissée l'officier, la tirai du fourreau et me plaçai près de la porte
"Viens, mon pauvre enfant", me dit ma mère, "ne songeons pas à nous, mais à nos maîtres"
Elle eut beaucoup de peine à m'empêcher de sortir pour aller à leur secours"


https://fr.wikipedia.org/wiki/Victoire_de_Donnissan_de_La_Rochejaquelein
Mlle de Donissan (Issue d'une famille influente à la cour de Versailles, elle était fille unique de Guy Joseph de Donnissan, maréchal de camp, grand sénéchal de Guyenne, et de Marie-Françoise de Durfort de Civrac (1747-1839) ; elle appartenait ainsi aux familles les plus distinguées. Élevée avec le plus grand soin, elle n'avait que dix-sept ans lorsque éclatèrent les premiers orages de la Révolution française) relate son réveil au matin du 6 octobre
Elle est alors dans l'appartement de ses parents, dans l'aile du Nord, dont les fenêtres ouvrent sur la rue des Réservoirs: "Sur les cinq heures, maman vit beaucoup de peuple courir avec violence par des mouvements tumultueux. C'était de loin, elle ne put distinguer ce que c'était. Elle sortit de son appartement avec mon père et Madame d'Estourmel
Ils traversèrent la galerie de l'opéra pour aller au vestibule de  la chapelle (...)
ils trouvèrent les portes fermées et tout dans la plus profonde tranquillité
Heureusement ils rentrèrent car l'instant d'après, la minute avant que le peuple envahit, nos domestiques vinrent dire que les gardes du corps étaient devenus fous. Deux, courant à toutes jambes, avaient voulu entrer, on avait fermé la porte sur eux. Alors, maman, ne pouvant plus tenir à ses inquiétudes, demanda à la sentinelle de la garde nationale qui était à la porte de la cour de l'opéra, sous ses fenêtres (mais elles étaient élevées à une hauteur énorme sur la rue), ce qui se passait dans la cour des Ministres, où elle voyait toujours le peuple dans la même agitation. Il dit:
"Ce sont les gardes du corps, Madame" et il fit signe qu'on leur coupait la tête (...)
On peut imaginer l'état dans lequel nous étions en apprenant qu'on tuait les gardes du corps
plusieurs exempts, qui demeuraient près de notre appartement, vinrent s'y cacher
nous donnâmes des habits à des gardes qui étaient réfugiés chez nous, nos domestiques en sauvèrent beaucoup. Nous étions dans la plus horrible inquiétude, on pensait voir massacrer toutes les personnes du château (...) Profitant de ce que la foule se portait dans les cours et de ce qu'il n'y avait âme qui vive dans la rue des Réservoirs, nous sortons du château
maman et moi tremblions comme la feuille. Nous nous réfugions dans un petit logement que M. le comte de Crenay avait dans la ville, extrêmement près du château (actuel 16 rue du Peintre-Lebrun)



Nous y restons avec plusieurs personnes venues pour y chercher asile, entre autres des officiers des gardes du corps"

Madame de Gouvernet rapporte ce qui se passe à l'attique de l'aile des Princes, à proximité du corps central, dans l'appartement de sa tante, Madame d'Hénin, où son époux, on l'a vu, l'a installée la veille au soir:
"Ma fatigue était très grande et ma belle-sœur (Madame de Lameth) eut de la peine à me réveiller pour me dire qu'elle croyait entendre du bruit au-dehors et pour me prier d'aller écouter à la fenêtre, qui donnait sur les plombs, d'où il provenait
Je me secouai, car j'étais très endormie, puis, étant montée sur la fenêtre, je m'avançai sur le plomb, dont la saillie trop grande m'empêchait de voir la rue, et j'entendis distinctement un nombre de voix qui criaient: "A mort! A mort! Tue les garde du corps!"
Mon saisissement fut extrême
Comme je ne m'étais déshabillée, non plus que ma belle-sœur, nous nous précipitâmes toutes les deux dans la chambre de ma tante, qui donnait sur le parc, et d'où elle ne pouvait rien entendre
Sa frayeur fut égale à la nôtre
Aussitôt nous appelâmes ses gens
Avant qu'ils ne soient réveillés, nous voyons accourir ma bonne et dévouée Marguerite, pâle comme la mort, qui, se laissant tomber sur la première chaise à sa portée, s'écrie: "Ah! Mon Dieu! Nous allons tous être massacrés!"
Cette exclamation fut loin de nous rassurer
La pauvre femme était tellement hors d'haleine qu'elle pouvait à peine parler"
Le comte de Gouvernet arrive à ce moment et décide sa femme et sa belle-sœur à quitter l'appartement de Madame Hénin, trop proche du corps central, pour celui d'une des femmes de chambre de madame de Simiane, proche de l'Orangerie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Florimond_de_Mercy-Argenteau
Depuis l'aile sud des Ministres, le comte de Saint-Priest aperçoit "le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de l'empereur, se diriger de mon côté en traversant la cour
Ce jour était un mardi, destiné à l'audience des ambassadeurs
Mercy devançait ordinairement ses collègues pour voir la Reine en particulier
il venait alors de sa maison de campagne à quelques lieues de Paris et ignorait ce qui se passait à Versailles
Je fus effrayé du risque qu'il courait au milieu de cette populace à laquelle on avait fait croire que la Reine livrait la France à l'empereur son frère
Il pleuvait alors et cet ambassadeur était couvert d'une redingote qui empêcha de le remarquer
Je chargeai M. de Gouvernet, fils du ministre de la guerre, d'aller au-devant de M. de Mercy et de le détourner de me rendre visite, ainsi que de l'exhorter à s'en retourner à sa campagne, en ajoutant que la haine contre la reine pouvait s'étendre à lui
Par cette observation, il rebroussa chemin et entra chez M. de Montmorin (dans l'aile nord des Ministres), qui lui donna le même conseil
Il voulut cependant tenter d'entrer chez la Reine, mais trouvant toute issue obstruée dans le château, il prit enfin le parti de remonter dans sa voiture, qui l'attendait à l'écart"


Rentré chez lui, Mercy-Argenteau écrit à la Reine pour se justifier:
"Sur un bruit confus qui s'était répandu hier au soir de quelque tumulte à Versailles, je me suis rendu ce matin, à huit heures avec le projet de voir tout d'abord M. de Saint-Priest
Il me fut dit qu'il ne pouvait pas me recevoir et qu'il me conseillait de repartir sur-le-champ
Je fus trouver M. de Montmorin
J'appris de lui, mais vaguement, ce qui se passait
il m'exhorta à repartir tout de suite en m'observant que je ne parviendrais certainement pas à monter au château, que si on s'apercevait même que j'en eusse le projet, cela pourrait influer en mal sur la circonstance du moment, à laquelle ma présence ne pouvant être d'aucune utilité deviendrait au contraire très nuisible
Quoique je n'eusse d'autre parti à prendre que celui de céder à l'avis qui m'était donné, je conclus cependant à faire une tentative pour arriver aux antichambres de Votre Majesté, mais j'en trouvai les avenues impénétrables
il fallut donc partir sous la seule assertion du ministre que tout paraissait se calmer"


Les effets de la commotion se font sentir jusqu'à l'hôtel du Grand Contrôle, où la jeune Madame de Stael est tranquillement endormie dans sa chambre:
"Le 6 octobre, de grand matin, une femme très âgée, la mère du comte de Choiseul-Gouffier, auteur du charmant "Voyage en Grèce", entra dans ma chambre
Elle venait, dans son effroi, se réfugier chez nous, quoique nous n'eussions jamais eu l'honneur de la voir
Elle m'apprit que les assassins avaient pénétré jusqu'à l'antichambre de la Reine, qu'ils avaient massacré quelques-uns de ses gardes à sa porte et que, réveillée par leurs cris, elle n'avait p sauver sa propre vie qu'en fuyant dans l'appartement du Roi par une issue dérobée
Je sus en même temps que mon père était déjà parti pour le château et que ma mère se disposait à le suivre
Je me hâtai de l'accompagner
Un long corridor conduisait du Contrôle général, où nous demeurions, jusqu'au château
En approchant, nous entendîmes des coups de fusil dans les cours et (...) nous vîmes sur le plancher des traces récentes de sang (...)
Les gardes du corps embrassaient les gardes nationaux avec cette effusion qu'inspire toujours le trouble des grandes circonstances

ils échangeaient leurs marques distinctives
Les gardes nationaux portaient la bandoulière des gardes du corps et les gardes du corps la cocarde tricolore
Tous criaient alors avec transport:
"Vive La Fayette!" parce qu'il avait sauvé la vie des gardes du corps, menacés par la populace
nous passâmes au milieu de ces braves gens, qui venaient de voir périr leurs camarades et s'attendaient au même sort
Leur émotion contenue, mais visible, arrachait des larmes aux assistants"




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