Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...

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Chou d'amour
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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Mer 11 Fév - 13:41

Moi aussi, mais tu sais, la race animale n'est pas meilleure au final Regarde les abeilles ou les fourmis : des esclaves aussi Wink

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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Mer 11 Fév - 18:56

Crois-tu qu'on puisse vraiment décrire l'organisation de ces insectes comme ça? N'est-ce pas une vision anthropocentrique? Shocked

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Chou d'amour
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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Jeu 12 Fév - 14:03

Bonne question! Certainement ça l'est je dirais Wink

Mais disons que si nous observons les animaux au sens large, il faut bel et bien constater que l'intérêt individuel passe souvent (sauf certains cas bien sûr, mais comme pour les humains) avant l'intérêt collectif Very Happy

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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Mer 22 Avr - 10:49

Articles sur Haïti et la révolte des esclaves:


Haïti : La révolte réussie des esclaves



http://www.npa2009.org/idees/haiti-la-revolte-reussie-des-esclaves

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madame antoine

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Mar 26 Mai - 8:37

A La Rochelle vient d'être inaugurée une statue de Toussaint-Louverture.

François Dominique Toussaint, dit Toussaint-Louverture, était un esclave affranchi en 1776, selon les sources. En 1791, il prit la tête des insurgés à Saint-Domingue pour lutter contre les esclavagistes et leurs alliés anglais et espagnols. Trois plus tard, il se rallia à la Révolution française après la première abolition de l'esclavage pour enfin proclamer en 1801 une constitution qui consacra l'autonomie de l'île dans le cadre de la République française. Par la même occasion, il se nomme gouverneur à vie.

Cette initiative indépendantiste fut tout bonnement insupportable pour le Premier consul Napoléon Bonaparte (1769-1821). Il y mit donc fin avec l'envoi d'un corps expéditionnaire. Arrêté en 1802, Toussaint-Louverture mourut en 1803 emprisonné dans le fort de Joux dans le Doubs. Il marqua pourtant les esprits par sa forte personnalité. Un des faits marquants que l'histoire retient de lui est sa célèbre lettre adressée à Bonaparte commençant par «Le Premier des Noirs au Premier des Blancs».

http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2015/05/22/03015-20150522ARTFIG00037-la-rochelle-rend-hommage-a-toussaint-louverture.php

madame antoine

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Maria Cosway

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Mer 2 Sep - 11:08

Here is my contribution to this painful topic with a late 18th century engraving showing African captives for the Caribbean slave trade. Several groups of newly arrived slaves are leaving the port area in coffles. In the foreground you see a woman whipped.


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Chou d'amour
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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Jeu 3 Sep - 9:22

Thank you for this contribution Maria Cosway

You have so many pictures it's wonderful for us thanks to you

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pilayrou

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Ven 4 Sep - 10:34

madame antoine a écrit:
... Arrêté en 1802, Toussaint-Louverture mourut en 1803 emprisonné dans le fort de Joux dans le Doubs. madame antoine

Mort de maladie de poitrine, due au froid. Non soigné. Cela montre ce qu'était Bonaparte : un sale type (qui a chamboulé le Monde pour rien !).
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madame antoine

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Ven 25 Nov - 12:05

Voici un autre article qui concerne la situation en Haïti. 
http://www.alterinfos.org/spip.php?article7689

Nous nous attacherons plus particulièrement aux paragraphes concernant la période qui nous occupe.

Le mouvement d’émancipation indépendantiste en Haïti a commencé en 1790, longtemps avant celui de la majorité des colonies espagnoles d’Amérique. La Révolution française, qui avait triomphé un an avant, accorda l’égalité juridique et politique aux noirs et aux mulâtres haïtiens, mais ne proclama pas la fin de l’esclavage. Néanmoins, ces réformes ne furent pas appliquées par les Haïtiens blancs d’origine française ce qui constitua un bouillon de culture qui favorisa le déchaînement de constantes révoltes d’esclaves.


Toussaint Louverture, le plus connu de tous les militants noirs qui combattirent pour l’indépendance, se distingua par sa pensée de stratège politique, son autorité naturelle et sa vision de chef d’état. Il comprit qu’il devait s’allier d’abord avec les Espagnols pour vaincre les esclavagistes français et, après y être parvenu, il signa la paix avec le clan libéral français, ce qui l’amena à être nommé Gouverneur et Commandant des Forces armées indépendantistes françaises en Haïti. Mais la métropole ne voyait pas d’un bon œil le pouvoir qu’acquérait le leader noir et, à partir de 1798, elle tenta de rétablir la domination totale sur le territoire. Ce fut le début d’une histoire de plus de deux siècles, au cours desquels les puissances coloniales firent payer à Haïti toutes ses « audaces ». La France, parce que les Haïtiens continuèrent à lutter pour leur indépendance jusqu’à l’obtenir, le 1er janvier 1804 ; l’Espagne, parce que Haïti n’avait pas accepté sa souveraineté après avoir reçu son « aide » contre les Français ; et la Grande-Bretagne, parce que Louverture ne consentit pas à s’allier avec elle, en 1798, quand l’amiral anglais Maitland le lui proposa.


Pire encore, quand Louverture prit des mesures d’ordre économique et social, pour améliorer les conditions de vie de son peuple, Napoléon Bonaparte, au pouvoir en France depuis la fin de 1799, manifesta ouvertement son opposition en envoyant sur l’île, en 1801, une armée sous le commandement de son beau-frère, le général Leclerc, qui parvint à battre le héros haïtien.


madame antoine

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Aglae

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Ven 25 Nov - 14:58

Je n'apprécie guère Napoléon, non plus ! nulle exaltation chez moi, nul mythe Napoléonien.......un accident de l'histoire, bien regrettable, surtout avec son Code Civil, qui restreint ( et encore jusqu'à aujourd'hui, je crois si je suis bien informée) la liberté des femmes;
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de La Reinta

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Sam 26 Nov - 10:38

Petit mec ambitieux .....  Rolling Eyes

........ et pas top au pieut il paraît 

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Je dois avouer ma dissipation et paresse pour les choses sérieuses
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Aglae

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Sam 26 Nov - 12:02

EXACT !! ( en plus.....
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le beau lauzun

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Mar 29 Nov - 12:41

Pourtant, ce n'était pas faute d'être entouré d'accortes dames ....
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Sido Scorpion

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Mar 14 Fév - 8:30

Very Happy Very Happy Bel article sur l'action de l'Abbé Raynal à Madagascar :

La couleur de peau est (toujours) regardée comme l’indication la plus visible de la race. En outre, le conquérant éprouve toujours, et en tout lieu, un sentiment inné de sa supériorité sur le conquis. « Et au cours des siècles, les nations blanches furent toujours des conquérants : la pratique de l’esclavage suivait alors, comme une conséquence inéluctable. » Pourtant, dès leXVIe siècle, Ronsard lance « un cri de pitié » en faveur de ces races non blanches. Mais ce sont surtout les philosophes du XVIIIe qui osent ouvrir la lutte contre ces idées toutes faites.

Dans son « Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans  les deux Indes » (une dizaine d’éditions de 1774 à 1784), l’abbé Raynal contribue largement aux vues nouvelles. Il associe très étroitement les avantages d’ordre économique aux mobiles d’ordre moral. Il considère avant tout l’œuvre coloniale comme « une mise en commun des ressources de l’humanité ».

« Il (ce grand évènement de la découverte des deux Indes) a procuré à quelques empires de vastes domaines qui ont donné aux États fondateurs de l’éclat, de la puissance et des richesses. Mais que n’en a-t-il pas couté pour mettre en valeur, pour gouverner ou pour défendre ces possessions lointaines ! Lorsque ces colonies seront arrivées au degré de culture, de lumière et de population qui leur convient, ne se détacheront-elles pas d’une patrie qui avait fondé sa splendeur sur leur prospérité   Quelle sera l’époque de cette révolution   On l’ignore, mais il faut qu’elle se fasse. »

Parlant de Madagascar, l’abbé Raynal commence par la diversité de sa population qui prouve « qu’ils n’étaient pas tous sortis d’une souche commune ». Abordant son organisation politique, il souligne que la Grande île est divisée en « plusieurs peuplades », très localisées, indépendantes les unes des autres et se gouvernant selon leurs coutumes.

« Un chef tantôt électif, tantôt héréditaire, et quelquefois usurpateur, y jouit d’une assez grande autorité. Cependant, il ne peut entreprendre la guerre que de l’aveu des principaux membres de l’État, ni la soutenir qu’avec les contributions et les efforts volontaires de ses peuples… »

L’abbé Raynal parle ensuite de leur tempérament. « Peu de nations supportent la douleur et les événements fâcheux avec autant de patience que les Madécasses. La vue même de la mort, dont l’éducation ne les a pas accoutumés à redouter les suites, ne les trouble pas. »

Et d’expliquer : « C’est peut-être une consolation pour eux d’avoir la certitude qu’ils ne seront pas oubliés lorsqu’ils auront cessé d’exister. Le respect pour les ancêtres est poussé plus loin… Il est ordinaire d’y voir des hommes de tous les âges aller pleurer sur le tombeau de leurs pères et leur demander des conseils dans les actions les plus intéressantes de la vie. »

Il se fait également leur avocat car les Malgaches sont accusés (« calomniés ») d’être une « nation féroce », sur un petit nombre d’actes isolés « d’emportement et de rage ». Ce qui est faux car selon l’auteur, ils sont « naturellement» sociables, vifs et gais, accueillent bien les voyageurs « traités comme des frères » qui pénètrent à l’intérieur des terres, les secourent dans leurs besoins. Même sur les côtes où la défiance est généralement plus grande, les navigateurs ne subissent que rarement des agressions.

« Vingt quatre familles arabes qui, très anciennement, avaient usurpé l’empire dans la province d’Anosy, en ont longtemps joui sans trouble et l’ont perdu en 1771, sans être chassés, ni massacrés, ni opprimés. Enfin, la langue de ces insulaires se prête aisément à l’expression des sentiments les plus tendres ; et c’est un préjugé très favorable de la douceur de leurs mœurs, de leur sociabilité… »

L’abbé Raynal envisage aussi les possibilités offertes par l’ile à la France et propose un programme qu’elle aura à réaliser. « C’est par la voie douce de la persuasion, par les avantages de notre police, par les jouissances de notre industrie, par la supériorité de notre génie, qu’il faut amener l’ile entière à un but également utile aux deux nations. »

Et déjà, il parle d’une législation adaptée aux mœurs, au caractère et au climat, ainsi que d’un  changement progressif.

Texte : Pela Ravalitera
http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/la-revolution-des-colonies-prevue-des-le-xviiie-siecle/

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Avais-je atteint ici ce qu'on ne recommence point ?
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spa monopole

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Mar 2 Mai - 13:02

22 Octobre 1789

La Société des Amis des Noirs présente les doléances des gens de couleur de Saint-Domingue. L’esclavagiste Gouy d’Arsy sollicita LOUIS XVI afin qu’il interdise les séances de la Société des Amis des Noirs. LOUIS XVI lui donna en réponse une fin de non recevoir, en ces termes :

Ces pauvres noirs ont-ils des amis en France ? Tant mieux, je ne veux pas interrompre leurs travaux........

Tiré de "A la mémoire de ce roi méconnu"
https://www.linkedin.com/pulse/la-memoire-de-roi-meconnu-louis-xvi-daniel-valcin-champagne-mondesir
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komakoma

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Jeu 4 Mai - 12:46

Merci à l'équipe du Boudoir pour ce sujet.
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madame antoine

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Dim 14 Mai - 11:37

Cher Komakoma,

Il vous intéressera certainement de savoir qu'il se tient jusqu'au 20 Mai prochain une exposition sur l’esclavage et le commerce atlantique au XVIIIe siècle. Il s'agit d'une exposition itinérante conçue par les Archives départementales de Loire-Atlantique.



https://abp.bzh/l-esclavage-et-le-commerce-atlantique-au-xviiie-siecle-une-exposition-itinerante-concue-par-les-archives-departementale-42197

Bien à vous

madame antoine

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komakoma

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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Ven 23 Juin - 9:34

Excellent article concernant la traite des Africains au siècle des Lumières :

Questions à Julie Duprat, archiviste paléographe qui vient de soutenir une thèse à l’Ecole des chartes consacrée aux minorités noires à Bordeaux au XVIIIe siècle.


Mascaron bordelais représentant une Africaine (Bordeaux, Place de la Bourse © Julie Duprat)


Gravure illustrant la traite en Afrique (Musée d’Aquitaine)

Qui sont les Africains qui passent par Bordeaux durant la seconde moitié du XVIIIe siècle ? Peut-on dresser une étude prosopographique ?

La venue des Africains à Bordeaux est intrinsèquement liée au rôle de ce port dans la traite négrière : plus de 400 navires bordelais sont armés en direction de l’Afrique au cours du XVIIIe siècle, et tout particulièrement aux lendemains de la guerre de Sept Ans (1756-1763).

Cette population nous est désormais bien connue grâce aux listes de passagers des navires bordelais où il est fait mention de manière plus ou moins détaillée à des gens de couleur, avec une indication de l’origine, du statut juridique et souvent du maître de l’individu : cela nous permet donc de dresser un portrait assez précis des Africains passés par Bordeaux à la fin de l’époque moderne. La première constatation qui s’impose est que ces derniers sont minoritaires au sein du groupe plus vaste des passagers de couleur, estimés à plus de 3.000 à Bordeaux à la fin du XVIIIe siècle : deux tiers de ces passagers sont en fait des créoles, nés au sein des colonies françaises tandis que les Africains à proprement parler ne composent qu’un quart des gens de couleur débarqués à Bordeaux.

Par ailleurs, ces derniers ne forment pas un groupe homogène : leurs origines géographiques sont variées puisque pas moins de 52 ethnies différentes ont pu être énumérées au sein des listes de passagers. Une grande majorité d’entre eux, sous le nom de Congo ou Cabengue, sont originaires de la côte d’Angole, principale zone de traite négrière pour les armateurs bordelais, s’étendant du Gabon à l’Angola. Ils sont suivis par des individus d’origine Fon ou Arada, nés autour de l’actuel Ghana, près de la fameuse « Côte d’Or » qui a la faveur des capitaines négriers. On dénombre enfin des ethnies plus minoritaires avec des esclaves provenant d’autres comptoirs de traite (Sénégal, Côte d’Ivoire, baie de Biafra).


Origine des Africains passés par Bordeaux (carte de Julie Duprat)

Leur profil démographique est quant à lui relativement homogène : il s’agit majoritairement d’une population jeune, les deux tiers d’entre eux ayant moins de trente ans. Ces passagers africains se distinguent également par un fort taux de masculinité puisque l’on ne compte que 30 % de femmes en leur sein. Enfin, et sans surprise, plus de 90 % de ces passagers sont esclaves : avec seulement une petite quinzaine d’individus libres relevés, souvent princes ou marins, les Africains plus que les créoles sont les victimes les plus visibles de la traite négrière. Plusieurs d’entre eux ne connaissent même pas les Antilles et ne descendent du navire négrier qu’à leur arrivée à Bordeaux, les capitaines de navire retenant régulièrement des esclaves pour leur compte.

Que deviennent les Africains débarqués à Bordeaux ?

Un petit rappel législatif tout d’abord : le Code Noir, qui légitime dans les colonies françaises le système esclavagiste, n’a pas cours en métropole et l’arrivée d’esclaves en France est donc encadrée par d’autres lois qui visent à restreindre leur présence sur le sol métropolitain. La plus importante pour notre période est celle de 1777, qui limite en théorie à trois ans le séjour en France des esclaves, mais ces dispositions sont souvent contournées par les élites.

Une fois débarqués sur le sol français, les esclaves africains sont très largement employés comme domestiques dans les grandes maisons bordelaises : les négociants, les planteurs et les capitaines de navire sont au premier plan de ce phénomène, imités par la noblesse de robe et militaire. Posséder un esclave est en effet synonyme de luxe : les Africains, associés au mythe du « bon sauvage » sont considérés comme l’incarnation des vertus ancillaires et quelques esclaves sont même « loués » afin de tenir son rang. Ils remplissent des fonctions variées, comme cuisinier, perruquier ou postillon et certains peuvent devenir par la suite interprète sur les navires négriers.


Portrait de Jacques Alexandre Laffon de Ladébat. En 1777, il déclare à son service l’adolescent L’Eveillé, d’origine Congo, qu’il destine à devenir interprète pour la traite.

Souvent baptisés à leur arrivée à Bordeaux, la plupart des Africains habitant à Bordeaux restent dans une situation de dépendance, la famille du maître étant leur seul référent social. Les voies d’émancipations, si elles sont rares, existent cependant comme l’atteste la présence de plusieurs Africains affranchis à Bordeaux, parfois couchés dans le testament de leur maître après plusieurs dizaines d’années de service. Ces quelques libres demeurent cependant dans une situation beaucoup plus précaire que leurs homologues créoles : les mariages d’Africains à Bordeaux sont exceptionnels et leurs économies ne dépassent jamais une centaine de livres. L’autre recours, illégal cette fois-ci, pour échapper à l’esclavage reste la fuite et plusieurs cas de marronnage de jeunes esclaves africains sont attestés dans le port de Bordeaux.

Quelle mémoire et quelles sources restent-ils pour écrire cette histoire ?

La grande difficulté pour connaître cette population africaine est que cette minorité, restée dans l’ombre des élites, n’a que très rarement pu produire ses propres archives. Dès lors, la grande majorité des sources les concernant, comme les archives notariées, les registres paroissiaux ou la presse locale, sont à l’initiative de leurs maîtres et ne permettent guère de connaître leur quotidien.

Cet effacement de la population africaine dans les archives peut expliquer le relatif oubli de leur présence à Bordeaux. Si le passé négrier de la ville commence à être bien assumé, avec notamment une salle dédiée au musée d’Aquitaine, l’existence de personnes de couleur durant tout le XVIIIe siècle à Bordeaux même reste peu connue. L’action de militants comme celle de Karfa Diallo permet cependant de mettre en lumière les lieux bordelais liés au passé esclavagiste de la ville. Les traces de cette implication sont partout, la prospérité de la ville s’étant construite au XVIII= siècle sur le système colonial et il faut s’imaginer que de nombreux esclaves ont vécu derrière les grandes façades des hôtels particuliers bordelais.


Hôtel de la famille Nairac, aujourd’hui cour administrative d’appel de Bordeaux, où vécurent plusieurs esclaves africains.

http://libeafrica4.blogs.liberation.fr/2017/06/21/les-africains-de-bordeaux-au-temps-de-la-traite-xviiie-siecle/

Terrible ! On peut lire d'autres épisodes. Sad
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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   Mar 29 Aoû - 10:02

Honteux, non ? Paris n'ose pas le nom du Square Louis XVI quand des rues de grandes villes de France portent les noms de négriers !
http://www.francetvinfo.fr/societe/cartes-ces-rues-francaises-qui-portent-encore-des-noms-de-negriers_2330921.html

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- me stessa -
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MessageSujet: Re: Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...   

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Outre-mer, les îles à sucre, l’esclavage...
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