Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 Caroline Wuïet

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Dim 27 Déc - 11:41

Si si, versons, Pim, versons !
Cela prouve bien que les femmes de talents ont toujours existé, toujours muselées par une société machiste .
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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Dim 27 Déc - 11:46

C'est un peu totalement le fond de ma pensée.

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Dim 27 Déc - 11:54

Pas possible ? Je croyais te faire un scoop d'enfer !!!
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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Dim 27 Déc - 13:35

Aucun biographe en vue ?
Il faut que quelqu'un ose reprendre le cours de cette vie ô combien romanesque et passionnante jusque dans sa fin terrifiante...
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Chou d'amour
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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Dim 27 Déc - 20:41

Je ne connaissais pas non plus cette dame

Merci pour toutes ces recherches Pim, je relirai tout ça à tête reposée! J'ai de la lecture grave ce soir

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Mar 9 Mar - 21:23

Merci pour cette trouvaille totalement partie dans les oubliettes!

Encore une femme artiste protégée par Marie-Antoinette!

Elisabeth Vigée-Lebrun est une des rares à s'en sortir!
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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Mar 9 Mar - 21:28

Françoise Raucourt, qui doit tant à la protection de la reine, a pu survivre, elle aussi... dans nos mémoires également. Very Happy

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Mar 9 Mar - 21:59

je connaissais pas non plus cette artiste.
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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Mar 9 Mar - 22:01

j'ai recherché sur deezer mais rien sur elle
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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Mar 9 Mar - 22:04

Connais pas... Embarassed
Une actrice ?
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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Mer 10 Mar - 13:55

Françoise Raucourt ? C'est une des plus grande comédienne de son époque. Il y a un sujet ouvert sur elle dans les relations amicales de Marie Antoinette.

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Mer 10 Mar - 13:55


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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Mer 10 Mar - 16:53

Cette Caroline est si fascinante! Elle vouait un culte à la Reine, ce n'est peut-être pas pour rien qu'elle errait en tant qu'SDF dans le parc de St. Cloud. Elle voulait être près de son souvenir, comme nous tous ici parfois. Avez-vous trouvé plus d'infos sur elle Pim?
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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Mer 10 Mar - 16:58

Cette idée de culte de la Reine existait déjà de son vivant. A la conciergerie les nobles et prêtres, qui erraient dans la Cour des femmes, (la partie ouverte aux hommes j'imagine) demandaient systématiquement à ceux parmi les gardiens de la Reine, qui avaient le coeur plus tendre, de leur passer par la fenêtre de sa cellule une de ses chaussures, qui'ils couvraient ensuite de baisers.
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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Mer 10 Mar - 17:11

baron de batz a écrit:
Cette Caroline est si fascinante! Elle vouait un culte à la Reine, ce n'est peut-être pas pour rien qu'elle errait en tant qu'SDF dans le parc de St. Cloud. Elle voulait être près de son souvenir, comme nous tous ici parfois. Avez-vous trouvé plus d'infos sur elle Pim?
Hélas non, cher baron... Le peu que j'ai trouvé, je l'ai mis dans ce sujet... Sad C'est par hasard, en surfant de façon aléatoire, que je suis tombée sur cette pépite. Je n'avais jamais lu une traître ligne sur elle dans aucun livre, avant.

Fascinante, en effet, cette artiste qui vouait un culte à notre reine adorée... On se sent proches d'elle, n'est-ce pas ?

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Mer 10 Mar - 21:34

pimprenelle a écrit:
Françoise Raucourt ? C'est une des plus grande comédienne de son époque. Il y a un sujet ouvert sur elle dans les relations amicales de Marie Antoinette.

pimprenelle a écrit:
Le voici le voilà :
http://maria-antonia.justgoo.com/ses-relations-amicales-f5/francoise-marie-antoinette-saucerotte-la-raucourt-t620.htm?highlight=raucourt

Je me rappelle l'avoir lu en plus, quelle honte! D'où mon "c'est une actrice ?", j'avais quelques restes...
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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Lun 2 Nov - 10:53

Des infos sur Caroline Wuïet:

madame antoine a écrit:
Voici à vendre un livre du XVIIIème siècle.



WUÏET (Caroline).
Sophie, comédie en un acte, et en prose.
Paris : imprimerie de Cailleau, 1787. — In-8, vij, 46 pp., (1 f.). Maroquin rouge, triple filet doré en encadrement et armes dorées au centre sur les plats, dos lisse orné, roulette dorée intérieure, tranches dorées (reliure de l’époque).
Soleinne, 3, 2336.
Édition originale de cette comédie représentée pour la première fois à Paris sur le théâtre du Palais Royal le 29 mars 1787.
Il s’agit de l’une des premières pièces de Caroline Wuïet (1766-1835). Cette dernière était la fille d’un organiste ; enfant prodige, elle fut remarquée par la reine Marie-Antoinette qui l’adopta à l’âge de cinq ans. Elle vécut à la cour et eut le privilège d’étudier la peinture avec Greuze, la musique avec Grétry et le théâtre avec Beaumarchais et Demoustier. Elle écrivit sa première pièce à l’âge de 12 ans et composa quelques sonates, des romances, des opéras et plusieurs romans. Souffrant de troubles mentaux, elle mourut sans domicile fixe.
EXEMPLAIRE AUX ARMES DE LOUIS PHILIPPE D’ORLÉANS (1747-1793).
Prince de sang, il était le fils de Louis-Philippe Ier d’Orléans. Il prit le nom de Philippe Égalité après 1792.
Très bel exemplaire.


http://www.auction.fr/_fr/lot/wuiet-caroline-sophie-comedie-en-un-acte-et-en-prose-8864093?from=search

madame antoine
 

http://maria-antonia.justgoo.com/t5225p75-a-vendre-meubles-et-objets-divers-xviiie-et-marie-antoinette

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Lucrezia P

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Lun 2 Nov - 12:21

On parle pas mal d'elle sur le net.

Enfant prodige, Caroline Wuiet bénéficia, dès l'âge de cinq ans, d’une instruction approfondie grâce à la protection de la Dauphine. Elle apprit plusieurs langues, étudia la littérature sous la houlette de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais et de Charles-Albert Demoutier, perfectionna sa pratique de la musique grâce à Grétry et s’initia à la peinture auprès de Jean-Baptiste Greuze. Très vite, elle montra d’étonnantes aptitudes et sa carrière fut lancée en 1778 avec la publication de ses premiers écrits.

Par contre, c'est tout ce qu'il y a sur Marie-Antoinette. Sad

Elle entama ensuite une longue période de voyages qui la menèrent notamment en Allemagne et en Italie, où elle fut reçue membre de l’Académie des Arcades, puis s’installa de nouveau en France sous la Terreur. Profitant des événements de Thermidor, elle sut imposer sa personnalité courageuse au sein des salons de Mme Tallien, ce qui lui valut le surnom de « Lionne du Directoire » (Souvestre 1859, p. 4 et 21). C’est dans ce contexte qu’elle créa en février 1798 son premier journal : Le Cercle. Seuls soixante-douze numéros parurent puisqu’il fut supprimé par un acte du Directoire le 8 Germinal an VI (28 mars 1798) en raison de ses opinions politiques trop vives (Sullerot 1966, p. 75). Affectée par cette décision, Caroline Wuiet décida de s’adresser à toutes les femmes, quelle que soit leur condition, et publia Le Papillon ou Journal des arts et des plaisirs du 7 thermidor au 21 fructidor de l’an VI (25 juillet-7 septembre 1798). Pourtant, elle ne put s’empêcher de critiquer de manière virulente les parvenues issues des nouvelles classes bourgeoises (Souvestre 1859, p. 56). Cette liberté d’expression lui coûta d’être censurée à la suite de plaintes portées par ses lectrices. Mais, tenace, elle fonda le 27 fructidor an VI (13 septembre 1798) un troisième journal, Le Phénix, qui portait comme sous-titre Je renais de ma cendre. Il fut également supprimé le 14 ventôse an VII (4 mars 1799). Enfin, le manque d’abonnés eut raison de son dernier périodique, La Mouche, journal des grâces, publié entre le 1er vendémiaire et le 15 brumaire de l’an VIII (22 septembre 1799-5 novembre 1799). Parallèlement à son activité de journaliste, elle continua à rédiger des articles pour le Journal des dames et des modes et écrivit des romans comme Ésope au bal de l'opéra et Mémoires de Babioles, avant d’épouser en 1807 un colonel du génie au service du Portugal, le baron Auffdiener.

Dénonçant l'assignation de la femme dans les magazines de modes à un rôle de consommatrice, elle souhaitait publier un quotidien qui témoignât de son expérience professionnelle en tant que femme, considérant son activité de journaliste comme un métier à part entière. Dans Le Papillon et Le Phénix, elle signa neuf promenades qui relataient ses impressions sur les œuvres d’art admirées au Salon de 1798. Ce choix lui permettait à la fois d’évoquer ses déambulations physiques dans les salles d’exposition du Salon et de s’inscrire, à l’instar des premiers critiques d’art du xviiie siècle, dans un genre littéraire identifié, propre à restituer sa réception très personnelle des œuvres. Dans ses textes, Caroline Wuiet évoquait davantage ses émotions qu’elle ne rendait compte des pièces exposées par la description ou l’analyse formelle.

Malgré ses combats et son talent incontesté pour l’écriture, musicale et littéraire, le xixe siècle n’a retenu de sa production que quelques chansonnettes. À l’exception des Drames parisiens d’Émile Souvestre (Souvestre 1859, p. 4-104), peu d’ouvrages mentionnent l’existence de Caroline Wuiet. Fortunée Briquet (Briquet 1804, p. 206) lui consacra une courte notice dans son Dictionnaire de 1804, tout comme l'abbé E.-J. C*** (C*** 1876) et François-Joseph Fétis (Fétis 1881-1889). Son travail en tant que critique d’art reste encore à étudier de manière approfondie. Les articles à venir de Heather Belnap Jensen permettront de faire le point sur la personnalité étonnante de cette féministe aristocrate.


Ils donnent aussi une bibliographie.
http://inha.revues.org/3583

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madame antoine

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Lun 2 Nov - 16:17

Ce personnage est intéressant. Ce fut une étoile de son époque. Elle apparaît dans les Mémoires d'un Bourgeois de Paris, du Dr L. Véron.

Parmi d'antiques gravures exposées à la porte d'un marchand, je venais d'en apercevoir une, sans intérêt pour le plus grand nombre, mais qui me rappelait, à moi, toute une époque : c'était un portrait allégorique gravé par Evangelisty et représentant une femme demi-nue. L'Amour, armé de son carquois, la retenait au moyen d'une guirlande de roses, tandis qu'elle faisait effort pour lui échapper, en montrant au loin le temple de la Gloire. Au-dessous étaient gravés ces mots : « Melle Caroline Wuïet , pensionnaire de la reine et membre décoré de l'Académie des Arcades. »

Il s'agit évidemment de cette gravure que voici, la seule représentation semble-il de cette personne.



J'avais connu l'original de ce portrait, et le souvenir que j'en conservais était encore plein d'émotion. Cette femme, aujourd'hui oubliée, avait excité l'admiration de mes contemporains ! A trois époques elle s'était montrée dans trois rôles distincts et les plus brillants qu'il fût alors donné à une femme de jouer. Ainsi on l'avait vue tour à tour enfant célébre, protégée par Marie-Antoinette; lionne du Directoire, mêlée à toutes les libertés de cette régence républicaine, et enfin femme d'un colonel, partageant la fortune de guerre de l'empire. Caroline Wuïet avait donc été un vrai type du temps ; et son existence bruyante, mobile, aventureuse, résumait celle de toutes les femmes qui, pendant ces vingt années et à travers toutes les convulsions politiques, avaient cherché avant tout le succès et le plaisir.

Les Mémoires de Mme Campan nous ont fait connaître les premiers ennuis de la reine Marie-Antoinette et combien elle eut de peine à arracher Louis XVI à sa forge de serrurier pour en faire un mari. Ce fut pendant ces premiers mois d'abandon que la princesse de Lamballe parla à sa royale amie d'une petite fille qui jouait du forté-piano comme les grands-maîtres. Marie-Antoinette voulut la voir, et Caroline Wuïet lui fut présentée.

L'enfant, qui n'avait alors que cinq ans, était déjà charmante de visage, vive à la réplique, hardie et caressante. Elle joua avec cette verve qui fit dire plus tard que sa musique ressemblait à une charge de cavalerie, et répondit un madrigal à la reine qui la louait. La cour entière cria au miracle ; on embrassa l'enfant, on se la passa de main en main, et Marie-Antoinette déclara qu'elle l'adoptait.

Un conseil fut aussitôt tenu pour régler le plan d'éducation à suivre avec Caroline ; on décida qu'elle porterait un vêtement aux couleurs de la reine et qu'elle aurait ses entrées et une escabelle aux pieds de la table de toilette. Quant aux choses moins importantes, on s'en remit à la princesse de Lamballe. Celle-ci confia Caroline à Grétry pour la musique, à Beaumarchais pour les belles-lettres, à Greuze pour la peinture et à la cour entière pour les principes ! On lui fit apprendre l'italien, l'anglais, le latin. Pendant quelques mois il ne fut bruit à Versailles que des
progrès de la petite merveille ; on venait la voir comme une plante rare élevée en serre chaude ; on excitait par tous les moyens sa sève précoce ; on lui apprenait par cœur les passions qu'elle ne pouvait encore éprouver, afin d'avoir le divertissement dangereux d'un enfant jouant la grande dame.


On imagine aisément les plaisirs et les arts à la Cour.



Il commençait à être question, à la même époque, d'un jeune garde du corps descendant de Racine par son père et de La Fontaine par sa mère, qui récitait partout les fragments d'un poême intitulé le Siége de Cythère, et qui était destiné à nous rendre, selon le dire de ses camarades, Ovide et Anacréon : c'était l'auteur des Lettres à Émilie, cet Apollon de la rue des Lombards dont les devises sacrées devaient obtenir tant de succès sous le directoire et l'empire ; la petite Caroline fut recommandée à Demoustier qui, selon le style du temps, lui ouvrit le sanctuaire des muses.

Les progrès de l'élève furent si rapides qu'à douze ans elle composa une pièce en trois actes intitulée Angélina, qui lui valut l'approbation de son maître.

Cependant un jour Marie-Antoinette annonça solennellement à sa dame d'honneur qu'elle était reine de France. Cet événement changea les préoccupations de la cour ; il fut célébré par des fêtes, des vers et la fondation d'un temple à l'amour victorieux. Quant la reine, qui avait jusqu'alors joué à la mère avec Caroline, le devint véritablement, toute sa tendresse, tous ses soins se reportèrent naturellement sur le dauphin et la fille d'adoption, dont on corrigeait soi-même les devoirs, devint une simple protégée à laquelle on accorda une pension.




Les talents de Caroline n'en continuèrent pas moins à se développer rapidement. Liée avec tous les artistes de l'époque, courtisée par les plus aimables gentilshommes de Versailles, admise dans l'intimité de la reine, elle grandissait toujours plus charmante et plus recherchée. Il est permis de croire que cette époque fut la plus heureuse de sa vie. Les mascarades champêtres de Trianon étaient alors dans toute leur vogue à la cour ; ou venait de bâtir un village dont les vieux toits tout neufs étaient rongés de mousse artificielle et les murs couverts de lierre peints à fresque. La reine y demeurait, déguisée en laitière d'opéra-comique. Ou n'entendait partout que sons de musettes et bêlements d'agneaux, on n'apercevait sous les ombrages que bergers et bergères devisant d'amour ; la cour entière avait pris l'air d'une églogue de Fontenelle ou d'un dessus de porte de Watteau.

Caroline Wuïet se trouva mêlée à ces romanesques pastorales et y prit part sans doute; car plus tard elle ne parlait qu'avec un certain attendrissement du moulin de Trianon. Je me rappelle qu'un jour, passant avec moi devant le parc, elle me dit :

— Toute ma jeunesse est là , derrière cette grille.


Et elle me raconta l'histoire de ses premières années à la cour. Mais parmi les souvenirs que ce lieu lui rappelait et qui ne peuvent être rapportés ici, il en était un surtout qui lui était resté cher : c'était celui d'une vieille paysanne du Bue qu'elle avait arrachée à la misère.

— Ce fut ma première bonne action, me dit-elle, et j'en fus payée par une reconnaissance sans bornes. Chaque semaine cette bonne femme faisait bénir une couronne par son curé pour la suspendre à mon chevet. Lorsque j'allais la voir, tout ce que renfermait sa cabane était mis devant moi. J'y conduisis un jour la princesse de Lamballe, qui voulait déjeuner chez une vraie paysanne ; mais elle essuyait les fruits que lui présentait ma vieille pensionnaire et jetait avec distraction des essences sur le bouquet qu'elle lui avait cueilli.

Ce fut vers le même temps qu'Evangelisty grava le portrait dont nous avons parlé précédemment. Caroline Wuïet était alors dans toute la gloire de sa beauté et de son talent ; son nom avait trouvé place dans I'Histoire des Enfants célèbres, il était également connu en France et à l'étranger ; ou lui envoya des distiques latins, anglais, italiens, pour mettre au bas de sa gravure.


Bien que Caroline Wuïet eût alors dix-sept ans à peine, on avait déjà joué un opéra de sa composition aux Beaujolais et une comédie au théâtre de la rue Richelieu. Desforge , aussi célèbre par ses pièces que par ses bonnes fortunes, lui proposa de mettre en musique la Suite de l'épreuve villageoise. Grétry trouva l'ouvrage de son élève digne du théâtre Favart; il fut mis à l'étude, et la reine l'inscrivit elle-même en tête de ceux qui devaient être représentés à la cour.

Rappelons-nous ici la physionomie de M. Grétry.



Mais, à cette nouvelle, tous les musiciens s'ameutèrent ; la partition de Caroline Wuiet fut attaquée avant d'être connue ; on fit appel à toutes les jalousies, on intéressa des dépits, des rancunes ; bref, après huit répétitions, l'ouvrage fut arrêté, et le manuscrit confié à un autre compositeur. Caroline tomba malade de chagrin par suite de cet échec, et les médecins lui ayant ordonné de voyager, elle visita l'Allemagne et l'ltalie, où elle fut reçue membre de l'académie des Arcades.

Ici se termine le récit des beaux jours.

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Lun 2 Nov - 18:45

La scène suivante est touchante.

Mais les événements politiques marchaient rapidement. Lorsque Caroline revint en France, le roi avait quitté Versailles, les princes étaient partis pour l'émigration, et Marie-Antoinette avait perdu jusqu'à l'espoir. Elle reçut sa jeune protégée comme un souvenir de jours meilleurs, mais avec une sorte de regret.

— Pourquoi ne pas être restée en Allemagne? lui dit-elle. Je n'ai plus de puissance ici.

— C'est pour cela que je suis revenue, répondit la jeune fille.




Je marque ici une pause car la suite ne manque pas d'être interpellante

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Lun 2 Nov - 18:47

Ensuite viennent des éléments très étonnants, face auxquels on est en droit de se demander jusqu'à quel point prêter foi au narrateur.

L'arrestation de la famille royale suivit de près. En l'apprenant, Caroline était accourue ; Marie-Antoinette lui confia un coffret adressé au comte d'Artois et sur le couvercle duquel était gravé un phœnix avec cette inscription : Je renaîtrai de ma cendre. Ce coffret, renfermant des lettres sans doute, devait être remis au chevalier de Beauvoir ; mais celui-ci se vit forcé de partir subitement, et ce fut d'Harmeville qui s'en chargea.

Mlle Wuïet ne tarda point à être emprisonnée, puis condamnée à l'exportation. Elle se réfugia en Angleterre, où elle apprit l'arrestation de d'Harmeville et sa mort. Quant au coffret, nul ne savait ce qu'il était devenu. Elle écrivit au comte d'Artois pour lui faire connaître par quel concours de circonstances elle n'avait pu lui faire parvenir ce souvenir de l'attachement de la reine.


Voilà une bien étonnante histoire, dont on n'avait jamais entendu parler. Il serait bon de creuser.

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Lun 2 Nov - 18:47

Après être restée quelques mois en Angleterre, elle passa en Hollande, où se trouvaient un grand nombre d'émigrés français. La plupart avaient déménagé avec leurs préjugés et parlaient de la révolution comme d'une émeute faite par la canaille.

On connaît effectivement le désordre dans lequel se fit l'émigration. Melle Wuïet retrouve des aristocrates qui n'ont pu se départir de leurs manières et cultivent l'intrigue et des bourgeois qui se sont inventé des titres de noblesse. Dès qu'elle le put, la jeune femme revint en France où elle fréquenta les étoiles de l'époque, Mmes Tallien ou Bonaparte. Elle dut aussi, faute de moyens, renoncer à la maison familiale.

On ne peut imaginer aujourd'hui le changement subit et visible que la révolution du 9 thermidor produisit dans l'aspect de Paris. Les bandes débraillées qui parcouraient les rues s'éclipsèrent tout à coup, et l'on vit enfin reparaître ces honnêtes figures de bourgeois qui se cachaient depuis si longtemps. Les étalages se montrèrent de nouveau ; les cris des marchands se firent entendre, les volets fermés se rouvrirent, chacun mit la tête à la fenêtre pour prendre l'air. On eût dit la levée d'un siège ou la fin d'une perte.

On se représente aisément le Paris de l'époque. Voici une promenade au Palais Royal en 1798.



Mais ce fut bien autre chose quand l'étonnement causé par cette soudaine révolution fut passé. A la première hésitation succéda une confiance et une joie qui allaient jusqu'au délire ; on eût pris la population entière pour une troupe d'écoliers longtemps retenue sous clef.

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Lun 2 Nov - 18:49

Je me permets de sauter au passage où Melle Wuïet fait une importante annonce à son ami.

Lorsque Caroline eut fini sa correspondance, elle m'apprit qu'elle allait mettre à exécution un grand projet, couvé depuis longtemps : elle fondait un journal! Tout était prêt pour cela, et le premier numéro devait paraître le lendemain. Le journal était quotidien, s'appelait le Phénix et portait en tête cette épigraphe (qui semblait être un souvenir du coffret confié par Marie-Antoinette) : Je renaîtrai de ma cendre.

Revoilà donc le phénix. La symbolique est porteuse de sens. Ses écrits lui valent plaintes et scandale. Elle épousa le baron Auffdiener et l'accompagna hors de France. Après la mort de son mari, elle reprit ses activités littéraires.

Mais les temps étaient changés : une nouvelle société s'était formée ; il y avait une cour, des princes, une noblesse, tout cela datant de la veille, et aussi fière, aussi compacte que les plus vieilles noblesses, les plus vieux princes et les plus vieilles cours. Le caractère spontané de Caroline, qui avait pu s'associer au chaos du Directoire, se trouva dérouté au milieu de cette organisation régulière comme un état-major de régiment. Son monde à elle n'existait plus ; il avait été brisé par l'empire. A peine s'il en restait encore un peu de poussière.

La gloire de Caroline était passée.



Après avoir lutté longtemps contre l'oubli qui l'enveloppait chaque jour davantage, Caroline Wuïet disparut enfin subitement des cercles parisiens et je n'en entendis plus parler.

L'auteur nous raconte alors sa descente aux enfers de celle qu'il n'appelle plus que la baronne.

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Lun 2 Nov - 18:50

Je n'en entendis plus parler jusqu'au printemps de 1854, où j'appris d'une jeune dame qui l'avait rencontrée par hasard qu'elle habitait de nouveau Saint-Cloud. Atteinte du choléra lorsque cette terrible maladie s'abattit sur Paris et ses environs, la baronne, qui vivait seule, était restée trois jours sans sortir de sa chambre et sans que personne s'inquiétât de son absence. Les hurlements plaintifs de sa chienne finirent par attirer l'attention. On força la porte, fermée en dedans, et on la trouva gisant à terre sans connaissance et dans un état impossible à décrire. Sa chienne, couchée sur elle, lui avait conservé un peu de chaleur ; personne n'osait approcher ni toucher ce que l'on croyait être un cadavre. La femme d'un cocher, plus courageuse que les autres, se hasarda et assura que la baronne vivait encore. Elle fut en conséquence transportée à l'hôpital : sa chienne l'y suivit, mais on refusa d'y recevoir la pauvre béte, et la femme du cocher la recueillit. Caroline rétablie, avait reconnu ce bienfait en venant loger chez cette femme , lui faisant l'abandon d'une partie de ce qu'elle possédait et lui promettant le reste après sa mort.

Cette mort survint dans la chambre où Caroline Wuïet vivait, recluse et l'esprit affaibli, avec sa petite chienne. C'est une triste fin pour celle qui avait connu les douceurs de Trianon.

Bien à vous

madame antoine

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MessageSujet: Re: Caroline Wuïet   Lun 2 Nov - 23:09

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Caroline Wuïet
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