Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 Les dames pour accompagner

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Sam 4 Oct - 20:45

Tout juste, Chou ! Je pensais à ma petite Yoyo.
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Dim 5 Oct - 10:56

Citation :
Voulu ou pu, Chou !   Suivez mon regard !
Pas pu, évidement ! Comme cette pauvre duchesse a dû souffrir d'apprendre sa charge occupée par une autre, elle qui la remplissait avec tant de coeur !

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Dim 5 Oct - 10:58

Oui ça n'a pas dû être facile...mais je pense qu'elle était consciente du danger qu'elle aurait pris en suivant la famille royale à Paris Very Happy

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Dim 5 Oct - 11:26

En restant à Versailles, tu veux dire ? Car, quand Madame de Polignac est partie, nul ne pouvait encore prédire les monstrueuses journées d'octobre. Elle a d'ailleurs bien souffert en apprenant ce qui était arrivé à ses amis.

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Dim 5 Oct - 12:05

Oups...oui tu as raison, j'ai zappé deux mois là...j'vais me reprendre un café

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Dim 5 Oct - 12:11

Moi aussi, tu sais...

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mar 7 Oct - 16:27

Pour en revenir aux Dames du Palais, on sait qu'à partir de 1787, la Maison de la Reine est restructurée. Des charges vont être supprimées, rappelez-vous la réflexion de Besenval.

Les Dames du palais vont suivre la Reine aux Tuileries, puis de moins en moins. Emigration bien sûr, et donc les dames ne sont pas remplacées, et puis la Reine incite certaines à se retirer soit dans leur province ou ailleurs. La Reine est consciente du fait que de rester à Ses cotés est synonyme de grand danger.

pour ce qui est des Agendas Royaux effectivement il n'en est plus produit à partir de 1790, car trop de bouleversements dans les fonctions et les noms. Et puis à partir de ce moment là les choses  changent en politique. Il faut bien une année pour faire le recensement des fonctions et là l'Agenda est pris de court, sans vouloir faire un vilain jeu de mots.

Il existe pourtant des bribes de fonctions voir les frères Goncourt.

A partir de 1790 il est très difficile de savoir qui est ou. Pour moi qui m'intéresse à la Maison de la Reine c'est le vaste flou.

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mar 7 Oct - 17:53

A bien y réflechir, je crois qu'il y a des informations dans l'ouvrage "La Petite Cour" de Newton aux éditions Fayard. Toutefois, j'ai un doute... Je vais le consulter ce soir. "Mais ou sont passées les dames du palais diable !."
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mar 7 Oct - 18:00

Peut-être aussi dans "Amitiés de reine" ?

Merci pour ces précieux renseignements ! Dans la collection Paleo, on trouve des lettres de la reine à Madame de Fitz James, ce qui permet de dater le départ de celle-ci.

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mar 7 Oct - 18:03

Marie-Antoinette était très attachée à Mme de Fitz-James, semble t-il.
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mar 7 Oct - 18:11

Oui, ces lettres sont pleines d'affection. Et il y en a assez bien. Mais la place de Madame de Polignac n'est pas prise ! C'est "Madame", "Ma chère duchesse"... pas "mon cher coeur". A ma connaissance, il n'y en a qu'une qui eut le privilège de cette appellation... Wink

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mar 7 Oct - 18:30

Peut-être aussi que certaines dames dont la charge a été supprimée après Octobre 1789, sans forcément émigrer à l'étranger, sont retournées à Paris ou en province dans leur demeure non? Donc dans un quasi anonymat en fait...

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mer 8 Oct - 17:47

J'ai retrouvé quelques renseignements sur les vicissitudes des dames du palais de Marie-Antoinette sous la Révolution.

* Sur la princesse de Chimay : dame d'honneur depuis 1775, les Mémoires de la marquise de Touzel contiennent quelques informations. Ainsi lors du départ avorté de Louis XVI et de sa famille pour Saint-Cloud en avril 1791, l'ancienne gouvernante des Enfants de France écrivait :
"Mesdames de Chimay et de Duras, l'une dame d'honneur et l'autre dame du palais de la reine, craignant d'être forcées à des démarches qui répugnnaient à leurs principes donnèrent leur démission."

En l'occurence, on peut sérieusement penser que la princesse de Chimay quitta ses fonctions de dame d'honneur au printemps de 1791. Par ailleurs, il ne semble pas que cette grande charge de Cour fut remplacée, elle resta vacante.
D'autre part, Mercy-Argenteau a laissé un témoignage circonstancié sur la princesse de Chimay, dans sa correspondance diplomatique avec Joseph II : "C'est une femme d'une vertu reconnue, mais sous les apparences de de la douceur, elle pourrait cacher peu de franchise ; parmi les femmes de la Cour, c'était une de celles dont le roi semblait faire le plus de cas ; elle est grande amie des Choiseul et à cause d'eux elle a rendu de grands services au duc de Guines."

* Sur la princesse de Tarente: dame du palais depuis 1785, Mme de Tourzel dit lors du séjour de la famille royale à Saint-Cloud en 1790 :
"Mme la duchesse de Fitz-James et la princesse de Tarente qu'elle aimait beaucoup y venaient frequemment ainsi que plusieurs autres personnes."

Le soir du 10 août 1792, lors de l'asssaut donné aux Tuileries et le départ de la famille royale pour le siège de l'Assemblée, les dames de la reine restées sur place furent en grand danger et réchappèrent par miracle d'une mort affreuse. La princesse de Tarente fut ensuite très exposée pendant les Massacres de Septembre, mais ne connut pas le sort sinistre de la princesse de Lamballe.

* Sur la duchesse de Fitz-James : dame du palais depuis 1777. Marie-Antoinette lui était très attachée et la considérait comme une véritable amie. Ainsi lorsqu'elle dût abandonner sa charge lorsqu'elle quitta la France pour Rome en février 1790, la reine ne lui en tint pas rigueur. Les deux amies correspondirent à intervalles irréguliers jusqu'en 1792.
Voici une lettre de Marie-Antoinette à la duchesse de Fitz-James de 1790 :
"N'ajoutez pas à vos peines, ma chère duchesse, l'inquiétude sur ma tendre et constante amitié : elle vous suivra partout, et partout vous pourrez vous dire, il existe un être qui m'aime, qui connaît mes chagrins et les partage de tout son coeur. Vous savez que quelques peines que j'ai à me séparer de vous, j'ai été pourtant la première à vous engager à ceder au devoir et à la nécessité. Je vous donne ma parole que si jamais notre position change et que nous puissions nous rapprocher l'une de l'autre, ce sera avec bien du plaisir que je vous préviendrai et peut-être pourrons-nous encore passer quelques de jours de bonheur ensemble. Je vous embrasse."

Sources :

- Mémoires de Madame la duchesse de Tourzel/Mercure de France
- Mémoires de Madame Campan/Mercure de France
- Lettres de Louis XVI et de Marie-Antoinette, choisies et présentées par Jean-
Pierre Dormois/ Editions France-Empire/1988.
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mer 8 Oct - 18:19

Trés intéressant, merci ! Vous finissez par une bien jolie lettre, comme toutes celles de Marie-Antoinette, pleine de tact et de sensibilité !
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mer 8 Oct - 18:40

Oui, le style de Marie-Antoinette est toujours ausi beau flower

Merci Dominique Poulin!
Au moins ces extraits confirment que certaines fonctions laissées vacantes n'ont pas été remplacées, et que certaines dames sont restées malgré tout à Paris ou dans les environs Very Happy
La cour aux Tuileries existait bien, mais elle était plus que réduite...

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mer 8 Oct - 19:44

Dominique Poulin a écrit:
* Sur la princesse de Tarente
(...)
Le soir du 10 août 1792, lors de l'asssaut donné aux Tuileries et le départ de la famille royale pour le siège de l'Assemblée, les dames de la reine restées sur place furent en grand danger et réchappèrent par miracle d'une mort affreuse.
Le récit qu'elle fait de cette échappée rocambolesque vaut la peine d'être lu ; mais il est en tout point copié/collé avec celui de Pauline de Tourzel, si ma mémoire est bonne.
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mer 8 Oct - 23:35

Extrait des Souvenirs de la princesse de Tarente :

Après le départ du Roi et de la Reine, je restai au château avec madame de la Roche-Aymon, sa fille, son fils, Pauline de Tourzel et quelques autres per­sonnes.
Dès que madame de Tourzel eut quitté sa fille pour suivre M. le Dauphin, je priai Pauline de me donner sa parole d'honneur de ne pas se séparer de moi. Je lui donnai aussi la mienne.
Je ne prévoyais pas alors de quel danger nous aurions à nous sauver ; je me réjouissais du départ du Roi ; je l'avoue, à la honte de mon jugement, je crus que cette démarche pourrait être de quelque utilité.
Le Roi sorti du château et allant se livrer à l'Assemblée, je voyais la paix faite et le danger éloigné ; je ne doutais pas qu'il ne revint bientôt. Je me retirai dans l'appar­tement de M. le Dauphin, pour voir le Roi traverser le jardin ; je les suivis des yeux tant que je pus, en formant mille vœux. Je fus ensuite dans la chambre du Roi, dans le cabinet, je revins dans la chambre ; j'errais toujours, car j'étais inquiète. Enfin, un officier de gendarmerie vint nous annoncer que le Roi, étant arrivé à l'escalier de la terrasse des Feuillants, après avoir été couché en joue de loin, dans le chemin, avait trouvé une si grande foule qu'il n'avait pu monter l'escalier.
« A bas le Roi ! A bas le Veto ! Point de femmes! » criait tout le peuple. Une députation vint chercher le Roi et permit à la Reine d'entrer.

Elle fut à la barre, le Roi à côté du prési­dent. Le Roi dit qu'il venait à l'Assemblée pour éviter au peuple un grand crime. L'Assemblée ne pouvant délibérer devant lui, il fut renvoyé a la barre, ensuite renfermé dans sa première prison, la loge du logographe.

Nous retournâmes dans l'appartement de M. le Dauphin, où nous nous fixâmes ; il y avait environ deux heures que le Roi était à l'Assemblée, et il n'était pas vraisemblable qu'il revint sitôt.
Je parlais de l'absence du Roi avec le duc de Choiseul, je m'en inquiétais et m'en tourmentais. Il me dit: «Je ne serais pas étonné qu'il ne revint pas avant huit heures du soir. »
Il dit cela du ton d'un inspiré ; il me mit en colère, et cependant je fus vivement frappée.

Dans la même seconde, je le fus un peu plus encore : j'entendis le premier coup de fusil ; toutes nos malheureuses têtes partirent. Où se réfugier ? Où se cacher ? Nous recommençâmes à errer dans les escaliers. Partout des coups de fusil, des coups de canon sifflaient à nos oreilles. J'ai vu mettre le feu à un canon dans la porte des Princes. J'étais dans la direction ; je me crus tuée.
Je ne quittais toujours pas ma Pauline. Enfin, je suppliai ces dames de se fixer dans un endroit quelconque ; je voyais toujours le canon ; nous choisîmes la chambre de la Reine. Un de ses gens vint nous dire qu'on s'embrassait dans la cour et qu'on faisait la paix ; mais dans le même instant, les fusils recommencèrent à tirer plus fort que jamais.
Nous avions avec nous quinze femmes, dont la plupart étaient dans un état horrible. Je priai qu'on fit sortir les hommes, qui arrivaient de tous côtés dans notre retraite et qui n'étaient utiles à rien qu'à nous exposer davantage. Nous nous assîmes toutes contre les murs et nous attendîmes ce que le ciel voudrait faire pour nous. Moi, j'étais toute résignée et je croyais toucher à mon dernier moment.

L'appartement fut forcé ; nous nous éloignâmes d'une chambre et nous fumes dans le salon. Bientôt les coups de haches, de crosses de fusil, se f'ont entendre à la première porte.
J'envoyai un valet de pied de la Reine ouvrir toutes celles qui nous séparaient des brigands. A l'instant, la chambre en fut remplie. « Des armes et des Suisses ! » criaient-ils avec fureur.
Je m'étais retirée dans le fond de la chambre avec Pauline et madame Thibaut, femme de chambre de la Reine ; j'étais associée aux plus braves, et cependant nous tremblions jusqu'à mourir. Un homme, d'une figure atroce, s'écria: " Point de mal aux femmes ! Des armes et des Suisses !"
Je ne perds pas un instant ; je saisis cet homme par le bras, et je lui dis : « Voilà une jeune dame, une vieille et moi a qui vous allez donner tous vos soins cl vous resterez avec nous. »
Il me donna la main, cria : « Vive la Nation ! »
Nous fîmes un quatuor de bénédictions pour la Nation, dont trois parties n'étaient pas d'accord.
A côté de moi, un homme travaillait à charger son fusil ; il déchira sa cartouche ; je priai mon gardien de l'empêcher de tirer, en lui disant qu'ils étaient absolument maîtres de l'appartement et qu'ils pouvaient faire tout ce qu'ils voulaient.
II alla lui taper sur l'épaule : « Camarade, ne ne tire pas. »
L'autre cessa à l'instant ; toutes les dames partirent et je n'en revis aucune. Je pris le garde par un bras, Pauline par l'autre, je sortis du salon de la Reine. Dans la salle à manger, je vis un homme très bien mis casser la lanterne d'un grand coup de bâton ; la glace de la cheminée était en pous­sière. Sous la porte, je trouvai le corps de ce malheu­reux homme que j'avais envoyé pour ouvrir le passage aux brigands. C'était un des meilleurs sujets et des plus attachés à la Reine. Dans l'antichambre, il y avait deux de ces misérables qui mettaient en pièces à coups de sabre un habit de livrée. En fin je sortis de l'appartement, je descendis et je me trouvai dans le jardin.
Dans un espace de cent pas, je vis quatre ou cinq suisses étendus.

Arrivée sur le quai avec Pauline, notre brigand nous quitta. Tous les chemins me parurent si couverts de monde que je n'osais en choisir aucun. Enfin, j'aperçus un petit sentier de terre entre le mur du quai et la rivière. Je n'avais plus bien ma tête, et je ne pensais pas que, s'il n'y avait personne sur ce chemin, je ne serais pas moins vue de tous côtés.
Pauline consentit à le suivre ; nous descendîmes l'escalier, je rencontrai un canonnier ; je le priai de venir avec nous ; j'avais assez de peur moi seule avec Pauline. Je lui dis que nous sortions du château ; il nous promet assistance.
La moitié du chemin se passe bien, à l'exception que je m'avise de lui demander des nouvelles du Roi. Cette question lui parut fort suspecte. " Pourquoi demandez-vous des nouvelles du Roi ? Vous sortez du château, vous en savez mieux que moi !"
Je lui répondis que le Roi était à l'Assemblée depuis plus d'une heure et demi. Au milieu du chemin, il y avait une petite maison habitée par des bateliers. Ces deux femmes et ce canonnier leur parurent suspects. On se jette sur le canonnier, on le désarme. Un homme se met à genoux, arme son fusil, et à dix pas, pas plus, nous couche en joue.
Je n'ai jamais eu plus peur certainement.
On nous suivait par notre même chemin ; de dessus le quai, on criait après nous: " Il faut les tuer ! D'où viennent-elles. Ces mesdemoiselles se sauvent du château ! »
Les hommes avaient cinq ou six fusils braqués sur nous ; de l'autre côté de la rivière, on nous suivait aussi. Jamais on n'a été dans une si mauvaise et si inquiétante posi­tion. J'eus a peine le temps de me demander ce qu'il fallait faire ; heureusement on se mit a parlementer et nous fûmes sauvées.
Deux hommes s'emparèrent de Pauline ; elle allait devant moi ; je ne voulais pas la perdre de vue. Remontées sur le quai, nous fûmes rencontrées par une autre troupe.
— « Où allez-vous, camarades ?»
— « Ramener ces dames chez elles. »
Le canonnier prit la parole : « Elles sortent du château et celle-là m'a demandé des nouvelles du Roi ; il faut les mener au corps de garde de la porte Saint-Honoré. »

Nous voilà traversant la place Louis XV, par un soleil et une chaleur comme je n'en ai jamais senti. Tout le long de la place, nous vîmes des Suisses étendus sur le pavé ; les gens qui nous sui­vaient étaient couverts de sang. Je souffrais l'impos­sible.
Arrivées au bout de la place de la rue Royale, ces misérables, qui ne faisaient que tuer depuis deux heures, nous firent détourner de plusieurs pas pour nous faire passer derrière une batterie qui faisait face à la porte des Tuileries, dite de l'Orangerie, et dont les canons étaient chargés.
Tout le long de la rue Royale, nous vîmes des corps morts, Suisses et autres, des chevaux aussi. Le corps de garde, porte Saint-Honoré, était fermé ; il fallut traverser le boulevard ; tout le monde était armé d'une manière effrayante. Il y avait jusqu'à des broches de cuisine.
On portait aussi des petits morceaux de livrée du Roi, d'habits bleus au bout de longs bâtons. Paris faisait horreur. Enfin, nous arrivâmes rue Neuve-des-Capucins, à la section.
On fit une ou deux questions, et on nous dit que nous avions bien fait de sortir du château et qu'on nous conseillait de ne pas aller dans ce moment dans la rue. Un homme que je ne connaissais pas me proposa d'entrer chez lui. J'acceptai avec reconnaissance, et nous nous trouvâmes chez les meilleures gens du monde.
Ils étaient les commis des contributions publiques, et nous étions dans les bureaux de ce département. Nous eûmes là des nouvelles du Roi : l'Assemblée. avait prêté un nouveau serment devant Sa Majesté et le Roi n'y était pas nommé. On me laissa envoyer chez ma mère.
Pauvre Pauline ! elle n'avait pas la môme consolation.
A deux heures, ces messieurs nous ramenèrent chez moi ; nous fîmes le même chemin par la même chaleur. Je retrouvai ma mère ; ce n'était pas la dernière inquiétude que je devais lui donner.
J'envoyai tout de suite à l'Assemblée dire à madame de Tourzel que sa fille était chez moi. On vint, tout le jour, me donner beaucoup d'avis et m'engager à la prudence. Je n'osai pas même mener Pauline à madame de Leyde, comme nous en étions convenues.

Le soir, sa mère écrivit un billet par lequel elle ordonnait qu'elle y allât. Je l'y menai le lendemain matin, et le lundi, 13 août, elle était venue déjeuner chez moi, quand son frère vint la chercher pour la mener à l'Assemblée. Elle devait aller s'enfermer au Temple avec le Roi, et la Reine.
Je ne puis dire ce qui se passa alors en moi ; je n'eus le courage ni de partager sa joie, ni de lui dire adieu. Je restai abîmée de chagrin, n'osant ni l'envier, ni me plaindre, mais je sais que j'aurais donné la moitié de mon existence pour la suivre.
J'écrivis à la Reine ; je n'osai écrire : Adieu, mais mon cœur le prononçait et c'en était bien un.
Je restai chez ma grand'mère ; je ne pensais qu'à la Reine, aux moyens de la rejoindre, et il n'y en avait aucun à employer. Le lendemain du départ de Pauline, elle m'écrivit un petit billet. C'est la dernière fois que nous pûmes communiquer ; je ne sortais presque pas ; je me trouvais si extrêmement malheureuse que tout m'affligeait. Je voulais souffrir; chez moi, j'étais trop bien. J'avais des gens pour me servir et la Reine n'en avait plus. Elle était en prison, je voulais aussi y être ; on peut comprendre toutes les idées qui assiégeaient ma pauvre tête ; enfin, je n'avais plus une autre idée que la prison. Jamais on n'a souhaité si ardemment d'y aller.
Le samedi soir, j'allai voir la duchesse de Choiseul ; nous ne parlâmes que de la Reine ; elle chercha à me faire entendre raison sur ce qu'elle appelait ma folie, elle me disait: « De quelle utilité cela sera-t-il pour elle? Si elle le sait, elle aura un chagrin de plus. »
J'entendais cela, mais je voulais aller en prison.
Je retournai chez moi, et je n'y demeurai pas longtemps libre.
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Mer 8 Oct - 23:47

Lettre de la comtesse de Buffon au duc de Lauzun :

Paris, ce 20 août 1792.

Je vous ai promis de vous donner de mes nouvelles, même de remplir trois ou quatres pages en votre faveur.
Comme voici le moment où chacun est plus scrupuleux de tenir ce qu'il promet, je vais commencer mon récit, et ne parlerai de vous, de moi et de nos amis communs qu'après vous avoir donné un extrait fidèle des différents évènements de la capitale.
Les chevaliers du poignard, faible soutien de Louis XVI, après avoir été les uns pris et enfermés, les autres tués, les autres se claquemurant pour se rendre introuvable, ont encore eut la douleur, de voir ou de savoir que l'on a mis leur gros chef au Temple, où il est avec sa femme, sa fille et le prince royal, plus Madame Elisabeth.
On entre dans la cour qu'avec une permission de M. Petion. Si nous connaissions de l'esprit au Roi, nous pourrions prendre son insouciance pour du courage. Il se promène dans son jardin, en calculant combien de pieds quarrsé en tel sens ou en tel autre ; il mange et boit bien, et joue au ballon avec son fils.
La reine est moins calme, dit-on ; elle n'a depuis hier aucune dame auprès d'elle. Mmes de Lamballe, Tarente, Sainte Aldegonde, Tourzel et encore deux autres dont je n'ai pu savoir le nom, ont été transférées à la Force.
Il y a, selon le relevé des sections de Paris, six mille cinq cents personnes de péris dans la journée du 10.
Le complot de la cour était atroce et gauche comme à l'ordinaire ; il faut avouer que nous avons une étoile préservatrice et qu'avec bien de l'argent, bien des ruses, bien des moyens, ils ont toujours si fort précipités leurs projets que le succès qu'ils attendaient a toujours été pour nous.Les plus enragés aristocrates sont furieux contre le Roi, de ce qu'ils se sont laissés couper le col pour lui, et que bravement il s'en est allé trouver les députés ; trop heureux que l'Assemblée ait bien voulu lui permettre de dormir et de manger au milieu d'elle.
On assure qu'il y a quatre mille personnes d'arrêtées et compromises plus ou moins dans cette malheureuse affaire.
On doit demain guillotiner au Carrousel. On affirme que MM de Poix et de Laporte seront les premiers. On cherche partout MM de Narbonne, Baumetz et du Chatelet ; ils sont dans Paris et c'est la crainte qu'eux et d'autres que l'on ne veut pas laisser aller, ne partent, que l'on ne délivre aucun passeport.Au milieu de ces arrestations, Paris est calme, pour ceux qui ne tripotent point.J'oubliais de vous dire que Mme d'Ossun est à l'Abbaye. Celles qui sont à la Force ne savent point pour combien de temps, et la ci-devant princesse de Lamballe est sans femme de chambre, elle se soigne elle-même ; pour une femme qui se trouve mal devant un oumard en peinture, c'est une rude position.
On ne voit pas une belle dame dans les rues ; je roule cependant avec mon cocher qui chatouille les lanternes de Paris avec son chapeau. J'ai été hier à l'Opéra ; les boyeurs étaient occupés de mon seul service ; j'avais le vestibule pour moi, et Roland mon domestique faisait promenade solitairement dans le couloir ; cependant la salle était pleine. Vous savez par les papiers les choses dont je ne vous parle pas. Vous avez sans doute su que Sulau a été expédié dans l'affaire du 10.On court après M. de Lafayette. Je ne sais s'il se défendra avec une partie de son armée, ou s'il sera ramené à Paris : voilà encore un évènement marquant, mais que j'ignore.
La fourberie de ce général prouvera en faveur du plus franc et des moins ambitieux des citoyens notre ami Philippe. (...)
Je me porte à merveille.
J'espère tout de cette crise pour le bonheur et la santé de mon ami. On n'en parle pas même en bien. C'est très heureux, il a je crois, une conduite parfaite, et j'espère qu'un jour on saura l'apprécier. Tous ses ingrats amis sont dans un moment de presse pénible ; il y en a bien quelques-uns qui ont eu la bassesse de chercher à se rattacher à lui. Nous sommes bien bon mais pas bête.
Charles Lameth est pour sûr arrêté à Barentin ; M. de Liancourt s'est sauvé par le Havre. Monseigneur a reçu votre lettre par laquelle vous nous apprenez que vous allez à Strasbourg.
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Jeu 9 Oct - 0:07

Je me souviens enfin avoir noté ici le nom de quelques femmes présentes aux Tuileries ce jour-là.
Elles n'étaient pas toutes au service de Marie-Antoinette, mais accompagnaient aussi mesdames de Lamballe et Elisabeth.
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Jeu 9 Oct - 1:18

Sait-on quelles étaient les conditions d'emprisonnement à la Force?
J'en ai une idée, mais je ne suis pas certain de l'avoir lue, c'est peut-être né de mon imagination...
La Force ressemblait-elle à la Conciergerie?

Bien à vous.
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Jeu 9 Oct - 8:52

Dans les mémoires de Madame de Tourzel, elle explique bien les conditions d'internement des prisonniers.
Je m'étonne que vous ne les eussiez pas en mémoire.

respectueusement vôtre

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Jeu 9 Oct - 9:31

Oui, c'est comme si nous y étions avec elles.  L'évasion de Pauline et les nouvelles sporadiques qui parviennent à sa mère toujours emprisonnée, comme on l'a dit, tout est très rocambolesque, on croit nager en plein Dumas .
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Jeu 9 Oct - 10:24

Grâce à votre rappe, tout me revient à l'esprit...même si la mémoire me fait défaut de quelques détails...cela me rassure de n'avoir pas imaginer ces conditions d'internement, puisque je les ai comme vous lues Wink

Bien à vous.
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Jeu 9 Oct - 10:25

Merci pour ces extraits !  Very Happy Moi non plus, je ne les avais plus en mémoire...  Embarassed

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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   Jeu 9 Oct - 10:36

Et bien vous n'avez pas chomé depuis mon dernier message d'hier soir... ! Lors de la "fête" de la Fédération du 14 juillet 1792 (et je parle bien de la "fête" de 1792, pas celle de 1790), on note la présence auprès de Marie-Antoinette de deux nouvelles dames du palais déja présentes dans le service d'honneur de la reine en 1789 : la marquise de La Roche-Aymon et la duchesse de Maillé.

Tous ces renseignements argumentent bien la preuve que le service d'honneur de la reine de France n'était pas décomposé de juillet 1789 à août 1792. Quelques unes sont parties c'est vrai comme la duchesse de Duras, mais d'autres sont restées comme la comtesse d'Ossun, la dame d'atour, chargée de la garde-robe Very Happy . Cette dernière paiera sa fidélité à Marie-Antoinette de sa vie car elle fut guillotinée en 1794. Crying or Very sad
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MessageSujet: Re: Les dames pour accompagner   

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Les dames pour accompagner
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