Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 La Maison de Rohan (- Guéméné)

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madame antoine

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Date d'inscription : 30/03/2014

MessageSujet: Re: La Maison de Rohan (- Guéméné)   Jeu 21 Déc - 10:03

Au sujet de la banqueroute de la Famille Rohan-Guéméné, je propose à votre attention un intéressant article faisant part d'un projet imaginé par le Prince pour tenter d'endiguer les pertes. Il y est question de l'Ile de Groix, située au large de la côte sud de la Bretagne, qui lui appartenait. Je copie ici les extraits concernés.

Henri-Louis-Marie de Rohan, prince de Guémené, duc de Montbazon, remplissait auprès du roi les charges de grand chambellan et de capitaine lieutenant des gendarmes de la garde. Ces fonctions le plaçaient, juste après les princes de sang royal, au premier rang des serviteurs du trône.

Son épouse, Victoire Armande-Joseph de Soubise, qui était aussi sa (très riche !) cousine, remplissait la charge de gouvernante des enfants de France auprès de la reine Marie-Antoinette.

Le couple était réputé pour l’éclat de ses fêtes, la somptuosité de ses résidences et ses prodigalités inouïes. Dans son hôtel de Paris, le prince entretenait des musiciens, des chanteurs, des comédiennes et des danseurs. Pour subvenir à tant de dépenses, il ouvrait continuellement de nouveaux emprunts qui grossissaient d’autant ses dettes.

Et ce qui devait arriver arriva...

Le 30 septembre 1782, une nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans le tout Paris et à Versailles : le prince de Guémené fait une banqueroute s’élevant à la somme énorme de 33 millions de livres (environ 500 millions d’€uros ! ).

L’encyclopédiste D’Alembert, dans une de ses correspondances avec le roi de Prusse, écrit :

« Je crois bien, sire, qu’on fait chez vous des banqueroutes comme ailleurs ; mais on n’en fait pas d’aussi monstrueuses, d’aussi atroces, d’aussi impudentes, d’aussi scandaleuses que celle du prince de Rohan-Guémené. Je le répète, sire, toute la France crie qu’il aurait été puni chez vous exemplairement, il ne l’est ici que par la perte de ses places, qu’il était impossible de lui laisser. Mille familles peut-être sont à l’aumône par cette banqueroute, qu’on fait monter à près de quarante millions, tant en France qu’en pays étranger ; elles crient en vain, le crédit du prince et des siens est plus fort que leurs cris. »

« Le Prince de Guémené avait des recruteurs d’argent à Brest et dans tous les ports de Bretagne. Les gens les plus atteints étaient des domestiques, de petits marchands, des pêcheurs, qui portaient leurs épargnes au prince. Pour séduire les pauvres matelots ils les éblouissaient par l’apparence d’un placement avantageux et accaparaient ainsi tout leur argent. »(Mémoire de Bachaumont)

En 1778, MM. du Couëdic et Bastion avaient établi à Brest une maison de banque au nom et sous la garantie du Prince qui avait spécialement hypothéqué à cet effet les fiefs qu’il possédait dans la région et notamment Recouvrance qui représentait la moitié de la ville de Brest à l’époque.(Cette hypothèque de 4 millions de livres et la noblesse du Prince semblait garantir les préteurs de toute déconvenue) (Histoire de la ville et du port de Brest. P. Levot).

Dans son « Journal », le marquis de Bombelle écrit en parlant de cette affaire :

« Le prince de Guéméné semble avoir été un escroc plutôt qu’un simple homme léger. Il existe une lettre de lui à l’archevêque de Narbonne qui achève de le déshonorer parce qu’elle prouve qu’il a ruiné l’univers (sic) en science de cause. En voici un extrait : « Monseigneur, la bombe a crevé plus tôt que je ne le croyais » c’est à dire qu’il comptait bien finir par être banqueroute mais qu’il s’était flatté de ne pas l’être aussi tôt. »

Le roi Louis XVI se senti obligé d’intervenir dans ce scandale qui touchait la cour et son entourage immédiat.

Le prince, démis de sa charge de grand chambellan, fut détenu au château de Navarre (près d’Evreux), puis s’exila en Autriche avant la Révolution. Son épouse dût aussi donner sa démission de gouvernante des enfants de France et se retira au château de Vigny (Val d’Oise).

La protection du Roi leur évita un procès que réclamaient tous les prêteurs (on parle d’environ 3000 personnes), mais la très riche famille de Rohan dut rembourser ses principaux créanciers (les remboursements, malgré la révolution, se prolongèrent jusqu’en 1796).

Pour ce faire, tous leurs biens furent saisis et le Roi en personne leur racheta le quartier de Recouvrance à Brest, la ville de Lorient (terres saisies par Louis XIV pour installer la première Compagnie des Indes en 1666), ainsi que leurs hôtels particuliers à Paris.




Mais même l’importante fortune personnelle de sa femme ne suffisait pas pour rembourser la dette colossale du prince de Guémené.

En cherchant ce qu’il pouvait encore vendre, le prince pensa alors à… Groix.

Comme le roi avait racheté (avec beaucoup de générosité) Brest et Lorient, il fallait essayer de lui faire aussi acheter Groix.

Déjà, au cours des années 1774-1775, l’Intendance de Bretagne avait mené une enquête afin de trouver le lieu idéal susceptible d’accueillir des mendiants emprisonnés à Paris. L’attention se porta vers les îles bretonnes qui offraient, aux yeux des administrateurs, le double avantage de disposer de terres vacantes et de permettre une surveillance aisée.

Groix et Belle-Ile apparaissaient comme les plus propices à ce projet et le choix final se porta sur Groix.

Versailles sollicita alors un examen approfondi sur l’île et… l’affaire en resta là.




En proposant Groix au Roi, le prince de Rohan présenta la vente pour un autre motif dont l’idée initiale ressemblait fortement au projet avorté de 1774.

L’île était une dépendance des Rohan-Guémené depuis 1384, mais en fait les Rohan n’y possédait plus aucun domaine depuis 1771, date à laquelle leur dernier bien, le moulin dit du Prince (près de Loqueltas) fut vendu.

Par contre ils continuaient de percevoir « perpétuellement » des impôts fonciers sur toute l’île (somme estimée à l’époque de 2 à 3000 livres par an).

L’argumentaire de son mémoire pouvant intéresser le roi se résumait en deux points :

Faire de l’île une école maritime.

Recruter pour cette école tous les mendiants du royaume.

Voici quelques extraits de ce mémoire retrouvé par Jean-Pierre Calloch aux Archives nationales pendant son premier séjour à Paris en 1907.*

« L’isle est très fertile mais trop peu peuplée pour être parfaitement cultivée. Elle fournit d’excellents marins mais la récente guerre d’indépendance américaine avait montré que leur nombre était insuffisant pour armer tous les vaisseaux du roi.

Pourquoi donc ne pas former sur l’île des matelots issus des mendiants valides et des enfants dès l’âge de 6 ans.

L’isle serait un dépôt considérable d’où on pourrait à volonté fournir des matelots alors que les mendiants et les enfants encombrent les villes et ne sont d’aucune utilité. »

« Une école de marine dans une île telle que celle de Groix deviendrait un dépôt intéressant : nul moyen de fuir pour ceux qui y seraient déposés et ils auraient toutes les ressources pour s’instruire dans une profession utile au gouvernement pour s’attacher à l’état (le métier) le plus attrayant pour le peuple et pour les hommes en général.

En effet l’homme peut se dégoûter de toutes les professions, de tous les métiers, de tous les arts, le marin seul paraît s’attacher à son état : tel navigateur même dans le rang le plus inférieur, même après les dangers de mort les plus accablants, aussitôt son arrivée dans le port ne désire rien autant que l’instant de s’embarquer à nouveau. »

Un premier dépôt dans l’isle de Groix ne serait pas une entreprise coûteuse ni difficile. Les havres de cette isle sont commodes et la facilité de passer à la grande terre pour le transport des vivres empêcherait que les matelots novices fussent jamais dans le besoin. »

« Le gouvernement entretiendrait 10 frégates et 5000 matelots novices dans une isle à peu de frais. Ce nombre de 5000 paraît modique si l’on considère le nombre de vagabonds et de mendiants qu’on pourrait y importer, mais on suppose qu’on pourrait en enlever parmi les plus instruits chaque année au moins 1200 et davantage par la suite. »

« Un établissement dans le genre serait nécessaire et utile. On dit nécessaire parce qu’on détruit la mendicité et on n’enlèverait personne à l’agriculture. On dit utile parce qu’on ôte cet ordre (cette catégorie) de gens importuns dans les villes mais très à charge dans les campagnes et on répète qu’on parviendra à détruire en France la mendicité de la manière la plus douce et la plus sûre. »

« Une école de canonniers parmi ceux des matelots qui auraient le plus de goût pour cette partie fournirait encore des hommes qui pourraient devenir précieux.

Mais indépendamment de cet avantage, le gouvernement annexerait le domaine de l’isle de Groix à celui de la couronne et toute la propriété de l’isle appartiendrait au souverain. »

Si toutefois les américains formaient un établissement au port de l’Orient, les moins bons sujets pourraient être donnés mais par ordre de s’expatrier. »

Malgré tous ces arguments, Louis XVI n’acheta pas Groix. Le trésor public était vide et le roi venait d’offrir à sa sœur, Madame Elisabeth*, la demeure et le parc des Rohan à Versailles (Domaine de Montreuil appartenant au Conseil général des Yvelines depuis 1984).

La Révolution arriva et l’île vit une période troublée. On n’entendit plus parler de ce projet très vite oublié.


Je vous encourage à lire la suite des aventures de l'Ile de Croix ici.
https://www.histoire-pour-tous.fr/histoire-de-france/4888-le-vin-a-la-table-des-rois-a-versailles.html

Bien à vous

madame antoine

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MessageSujet: Re: La Maison de Rohan (- Guéméné)   Mer 21 Mar - 19:56

Château de Sychrov en République tchèque. le nouveau siège de la famille Rohan après la révolution.
Au 19ème siècle, le château a prospéré parmi les Rohans. La famille aristocratique française est venue en Bohême à l'occasion de la Révolution française et de l'avènement de Napoléon. Sychrov appartenait à la famille depuis 1820. Les Rohan tenaient à documenter dans le nouvel environnement l'histoire séculaire de leur famille. En outre, ils ont apporté autant d'objets d'ameublement à la Bohême. En outre, ils voulaient avoir des œuvres d'art à Sychrov, qui rappelait leur ancienne patrie, la France, raconte le château du château

"Le prince Karl Alain Rohan a embauché de nombreuses personnes pour rechercher en France les œuvres d'art qui appartenaient auparavant à la famille et pour les acheter. En conséquence, de nombreuses archives sont venues à Sychrov, datant des 12ème et 13ème siècles. Ceux-ci ne sont plus conservés ici, mais dans les archives de Děčín / Tetschen. En outre, les Rohan ont réussi à apporter une série de portraits - la soi-disant «Galerie Rohan» - à Sychrov. Ces 248 peintures au total ont une histoire émouvante. Avant même le début de la Révolution française, les Rohans ont caché les portraits dans le grenier du Palais Soubise à Paris. "The Picture Gallery est la plus grande collection d'art français du portrait en Europe centrale,Les murs du château sont ornés par les peintures à l'huile extrêmement précieuses des ancêtres des Rohans et des rois français. Le château abrite la plus grande collection de portraits français et une collection d'armes. La plupart des chambres disposent également d'une riche décoration de sculpture.
http://maria-antonia.justgoo.com/t19803-la-famille-rohan-sychrov-chateau-qui-est-egalement-dit-etre-la-fleur-de-la-france-sur-le-sol-tcheque#348834
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madame antoine

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MessageSujet: Re: La Maison de Rohan (- Guéméné)   Jeu 22 Mar - 7:11

Cher pepe12547,

Au nom de tout le Boudoir de Marie-Antoinette, je vous remercie pour ces renseignements et illustrations très intéressants et inédits pour beaucoup d'entre nous.

Bien à vous

madame antoine

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MessageSujet: Re: La Maison de Rohan (- Guéméné)   

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