Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux

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MessageSujet: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Mer 31 Juil - 21:02

Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux

Révolution
L’affaire de Poleymieux
Le drame s’est déroulé en 1791, en pleine période révolutionnaire. Un aristocrate installé
dans le château de Poleymieux s’est fait lyncher par une foule en colère.

Marie-Aimé Guillin Dumontet
n’était pas apprécié des
habitants de Poleymieux.
Cet aristocrate est né à Lyon
en 1730. Après une carrière
dans la marine Royale puis dans la Compagnie
française des Indes, cet ancien colonel
rentre sur son sol natal et achète la seigneurie
de Poleymieux en 1785 avec sa jeune
épouse et ses deux filles.
Il était considéré par la population comme
un homme brutal, violent. On raconte
qu’il frappait les habitants qui s’opposaient
à lui, qu’il tuait les animaux (vaches, chiens,
chevaux, etc.) à coups de fusil. Il se serait également
approprié le cimetière communal et
aurait exhumé les dépouilles pour les jeter
dans un champ voisin. Des exemples de son
comportement tyrannique sont consignés
dans les procès verbaux de l’époque.
« La jument d’un habitant de Poleymieux,
conduite par la fille de cet habitant, jeune enfant
de dix à douze ans, ayant pénétré un jour
dans un champ inculte sur une partie duquel
les habitants avaient eu de tout temps
droit de pacage, mais que Guillin voulait se
réserver exclusivement. Celui-ci, qui était en
ce moment accompagné de son nègre
(l’ouvrage date de 1853, ndlr), l’ayant aperçue,
accourt, et furieux, il s’apprête à lâcher
un coup de fusil à l’enfant. « Pardon pour
la petite, s’écria vivement le nègre et en même
temps saisissant promptement l’arme de son
maître avec la main, il en fit incliner le canon
contre terre, le coup part heureusement
dans cette direction et grâce à la prompte intervention
du nègre, il n’atteignit pas l’enfant.
N’ayant pu réussir à tuer l’enfant, il assouvit
à l’instant sa colère sur la bête, il lâche
un second coup de fusil sur le pauvre animal,
qui fut atteint par le milieu du corps et
en mourut. Procès verbal de ce fait ayant été
dressé sur le champ, le cruel Guillin fut
condamné à payer la jument. »*
Non seulement Marie-Aimé Guillin Dumontet
n’était pas aimé à cause de son caractère
brutal et tyrannique, mais il avait également
un frère qui ne redorait pas son image
aux yeux de la population. Antoine Guillin
Dumontet est l’un des acteurs de la conspiration
de Lyon. Il a également contribué,
semble-t-il, à l’élaboration d’un plan d’évasion
du roi, à Lyon.

Puisque le frère conspire, pourquoi le seigneur
de Poleymieux ne conspirerait-il pas
aussi ? Après l’arrestation du frère et son incarcération
à la prison de Pierre-Scize, une
perquisition est effectuée au château de Poleymieux
en décembre 1790. Les autorités
tiennent à savoir si la résidence de l’aristocrate
renferme des armes. Une délégation
d’officiers municipaux et de révolutionnaires
lyonnais se rend le 14 décembre 1790
chez le châtelain, qui la reçoit avec courtoisie.
Il leur présente toutes les armes qu’il a
en sa possession, leur ouvre toutes les
portes du château et répond à leurs questions.
A l’issue de la visite, ils constatent que
le sieur Guillin ne possède que des armes
de défense, et non d’attaque.


L’histoire en reste là. Pour le moment.
Lorsque Louis XVI est arrêté à Varennes
après sa fuite, en juin 1791, les esprits révolutionnaires
s’échauffent à nouveau. L’Assemblée
nationale vote un décret qui invite
les municipalités à visiter les maisons suspectes.
« Ces perquisitions présentaient un danger
réel, étant faites avec le concours des gardes
nationaux qui n’étaient autres que les anciens
tenanciers des châteaux visités. C’était là opérations
infiniment délicates, et qui exigeaient
un doigté qu’on ne pouvait attendre
de paysans armés. Pour eux, la Révolution,
c’était la suppression de toutes les charges du
fait du seigneur et leur plus vif désir était de
détruire les terriers où étaient consignés servis
et redevances. (…) Tout le drame des visites
domiciliaires est inscrit dans cette
double psychose ; décrétées par les autorités
sous l’effroi d’un danger politique, elles
étaient faites par ceux-là même qui avaient
intérêt à les faire dégénérer en troubles sociaux.»**
L’idée d’une nouvelle perquisition au château
n’est pas celle de la municipalité de Poleymieux
mais celle des communes voisines :
Chasselay et Quincieux. Maires, officiers municipaux
et chefs de gardes nationales se sont
réunis pour décider de cette nouvelle fouille.

Vous pouvez lire la suite à cette adresse

http://www.laficelle.com/Documents/laficelle44.pdf‎


Il existe un livre sur cette affaire

LA CONSPIRATION LYONNAISE DE 1790 ET LE DRAME DE POLEYMIEUX de
AMABLE AUDIN

EDITIONS LYONNAISES D'ART ET D'HISTOIRE, 1984, 142 p
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Mer 31 Juil - 21:06

Le lien semble brisé.
Donc , je vais vous en donner la suite .

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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Mer 31 Juil - 21:11

Les officiers de Poleymieux, quant à eux, sont
sceptiques. La dernière perquisition n’a eu
lieu que quelques mois auparavant et le caractère
belliqueux de Guillin les inquiète. On
les assure que tout se passera bien, que les
hommes choisis garderont leur calme.
Le 26 juin 1791 au matin, l’équipe se met en
route en direction du château. A leur arrivée,
l’épouse de Guillin refuse de leur ouvrir,
expliquant que cette visite est injustifiée et
que son mari est souffrant. Devant l’insistance
de ses visiteurs, elle est contrainte de
prévenir son mari.
Celui-ci, furieux, descend jusqu’à la porte.
Il refuse à son tour de les laisser entrer. Il entrouvre
la porte, surement pour parler plus
aisément. Le ton monte, si bien que le chef
de la Garde nationale de Chasselay le prend
par le col. Guillin, menacé, sort son arme et
la pointe sur l’homme. Il tire, mais le coup
ne part pas. Il ferme aussitôt la porte tandis
que les visiteurs appellent du renfort.
Guillin se précipite à la fenêtre du premier
étage et tire sur la foule. « Personne ne fut
atteint, mais les gens de Chasselay, se dissimulant
derrière les murettes de la place, firent
une décharge générale contre la fenêtre
d’où était parti le coup de feu ».**
L’échange de coups de feu continue : Guillin
est blessé au visage et des hommes de la
foule sont touchés. On sonne de tocsin. Désordre
général.


Les femmes du château, la femme de chambre,
les filles de Guillin, la belle soeur et ses
filles, sortent pour se réfugier au presbytère.
La châtelaine est restée près de son mari.
Elle sait que Guillin, trop en colère, n’est pas
en mesure de rentrer en négociation. D’autant
qu’il serait suicidaire pour lui d’aller à
la rencontre de la foule sur laquelle il vient
de tirer. Elle décide de sortir à sa place. Devant
les gardes, elle se met à genoux, joint
les mains, et demande à la foule et rester tranquille
et qu’ils fassent la paix. Elle n’obtient
évidemment pas gain de cause, les gardes
veulent la prendre comme otage. Adelaïde
Guillin est mise à l’écart par les officiers municipaux
de Poleymieux, qui avaient été reçus
quelques mois plus tôt pour la première
perquisition.
Elle propose de servir d’otage : « je suis persuadée
d’avoir assez d’emprise sur mon mari
pour qu’à ma demande il permette à une députation
d’entre vous d’aller visiter le château.
»** A la condition qu’ils soient en petit
nombre et « honorablement connus ».
Neuf personnes sont ainsi autorisées à entrer
pour inspecter le château. Elles sont, à
nouveau, reçues avec courtoisie par leur hôte.
Mais la visite prend du temps et les gardes
postés devant la grille du château s’impatientent.
Ils craignent que les députés chargés de
la visite, aristocrates, se laissent acheter par
Puisque le frère conspire,
pourquoi le seigneur de
Poleymieux ne conspirerait-il
pas aussi ? Après l’arrestation
du frère et son incarcération
à la prison de Pierre-Scize,
une perquisition est effectuée
au château de Poleymieux en
décembre 1790.

Guillin et l’aident à s’enfuir. Pour rassurer
les gardes, Guillin doit apparaître à la fenêtre.
Mais la foule gronde. Quelqu’un tire sur
le vieil homme. Le tir n’atteint pas sa cible.
On demande que les armes de Guillin
soient jetées par la fenêtre et que davantage
de personnes entrent dans le château. Des
armes sont jetées et deux députés descendent
chercher trois autres personnes.
Mais la colère de la population ne cesse de
croitre. Certains entassent des fagots devant
la maison, d’autres essayent d’enfoncer la
porte avec une poutre.
Quant à Guillin, il menace de jeter des pierres
par les meurtrières si on n’arrête pas cette
foule agressive. Il est stoppé dans son élan
par deux hommes, mais Guillin attrape un
fusil et tire deux coups. Les coups manquent
(encore) leur cible. Il attrape un poignard caché
sur lui et attaque un député. Affolés, les
députés se jettent à la fenêtre et crient « Au
secours, à la garde, M. Guillin vient de tirer
un coup de fusil ! »**
Des gardes grimpent par la fenêtre et descendent
aussitôt ouvrir la porte. Guillin, lui,
s’est échappé de la pièce et est parti s’enfermer
dans un cabinet dérobé. Il est retrouvé
rapidement. Saignant, le procureur de
Chasselay vient à sa rencontre. Effrayé,
Guillin lui demande de ne pas le quitter et
réclame également la présence du maire de
Saint-Germain, Claude Grand.
Pendant ce temps, « la foule, dans la de
demeure,
volait tout ce qu’il était possible de
voler, brûlant le reste ».** On cherche Guillin.
Les gens courent dans toutes les pièces,
enfoncent les portes à coup de hache. On
veut tuer le châtelain.
La cave est ouverte, et les tonneaux d’alcool
découverts. La journée est chaude et chacun
veut se désaltérer. « Dix-huit tonneaux,
une demi-pièce et quatre barils furent roulés
dans la cour. On les mit debout, on les défonça,
et chacun approcha pour étancher sa
soif. Ainsi bût-on au delà du raisonnable
toutes sortes de vins, sans négliger les liqueurs
dont les bouteilles étaient alignées dans la
cave. »
L’alcool n’adoucit bien entendu pas l’humeur
de la foule.
Un incendie se déclare dans la maison, pressant
Guillin et ses protecteurs de sortir. Affaibli
par sa blessure, Guillin est porté par Saignant
et Brossard, officier municipal de
Chasselay. Entouré de plusieurs hommes
près à le défendre face à la foule délirante,
Guillain apparaît sur la terrasse, après avoir
supplié ses compagnons de le protéger.
Mais le rempart humain ne suffit pas à le sauver.
Les gens se ruent sur lui pour le frapper.
« Le courageux maire de Saint-Germain
n’eut que le temps de se jeter sur son corps
pour le couvrir du sien. D’affreux jurements
et des menaces terribles s’élevèrent ; on cria
qu’on allait les tuer tous les deux et Grand
reçut un grand nombre de coups de plat de
sabre et de crosse. Quelques-uns purent cependant
l’arracher et Guillin fut immédiatement
achevé à coups de fusil et de baïonnette.
»**
Le pire reste pourtant à venir. Selon Amable
Audin, un boucher lui tranche la tête et
la jette dans la foule. « Elle fut immédiatement
fixée au bout d’une baïonnette ».
Une jambe est ensuite coupée, puis un
bras, une mamelle, une oreille… son corps
est totalement dépecé. Les bourreaux réclament
des trophées.
La petite nièce de Guillin a raconté par la
suite que son coeur arraché est jeté dans un
tonneau, dont on but ensuite tout le vin…
histoire pour effrayer les enfants ou vérité ?
On ne le sait pas.
Trois heures se sont écoulées depuis le début
du drame.
Le château est en feu, les meubles ont été jetés
par les fenêtres et brûlés, les restes du cadavre
sont également mis au feu. Plus rien
ne restera.
L’affaire de Poleymieux ne s’arrête
pas là. Madame Guillin a réussi
à s’échapper avec ses filles. Elle
dépose plainte quelques jours
plus tard à Lyon. Cette histoire
atroce dessert la Révolution.
Sur les neufs
commissaires qui sont
rentrés dans le château
pour la perquisition, 7
sont condamnés à la
prison, ainsi que certains
pillards et des coupables
des excès suivant le
meurtre.
Madame Guillin et ses filles
ont fui la France quelques
temps plus tard.
* Le Dernier seigneur de Poleymieux, de
Louis-Abraham Botton. 1853.
** Le Drame de Poleymieux, d’Amable Audin. 1984.
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Mer 31 Juil - 21:57

J'ai acheté le livre et je saurais bientôt vous en dire plus. Donc c'est pourquoi j'ai ouvert le fil !
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Mer 31 Juil - 22:10

Merci. C’est noté, princesse.  
Pas de fusion ou de déplacement donc. Wink 
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Ven 9 Aoû - 20:32

Le prologie de ce livre est extrêmement intéressant et éclaire d'un jour nouveau l'émigration . Il concerne particulièrement les plans du Comte d'Artois  et tout particulièrement la ville de Lyon , laquelle était assez proche de Turin.
Je n'ai pas fini de taper le prologue mais j'envoie :


Les historiens  n’ont pas réservé à la conspiration de Guillin de Pougelon l’ importance qu’elle mérite. Historiquement , l’épisode est cependant révélateur par les étroites relations qu’il souligne entre le vie  municipale de la seconde ville du royaume et les grands mouvements d’opinion du temps. En particulier , la politique du parti de l’émigration demeurera si intimement liée aux événements de Lyon que le dénouement de la conspiration de Guillin consacrera la ruine de ce que l’on serait en droit de nommer l’émigration de Turin.

Aux premières heures de la Révolution  s’était constituée une faction pour résister par la force  à la poussée démocratique et lutter  pour la sauvegarde des institutions du royaume. Le chef de ce parti était le comte d’Artois , second  frère du roi , personnage séduisant et présomptueux , l’enfant gâté de la Cour , dont les trente trois ans d’âge ne dissimulaient pas la prodigieuse légèreté et l’absence de tout esprit politique. A ses côtés , riche de tout le prestige de  son nom et de ce qu’il était alors le seul homme de guerre de la Maison de Bourbon , le prince de Condé , un petit rousseau de 54 ans , borgne par surcroît , mais intrépide et résolu . Il allait être l’âme du parti des Princes, une âme damnée  d’ailleurs car ses réelles qualités militaires étaient gâtées par une ambition sans limites et une égale vanité , par une médiocre intelligence et une insupportable violence de caractère.

De ces gens là, le Roi se méfiait. Il redoutait plus particulièrement le prince de Condé qui, lors de l’affaire du Collier , s’était insolemment jeté dans l’opposition en considération de sa parenté Rohan, s’attirant ainsi l’animosité de Marie-Antoinette.

Aussi bien , lorsque le 15 juillet 1789 , les princes supplièrent Louis XVI de rejoindre l’armée à Compiègne  ou à Metz , de reconquérir militairement la capitale et d’écraser définitivement l’Assemblée Nationale, le Roi , qui ne redoutait rien moins tant que de verser le sang de ses sujets, s’opposa t-il formellement à ce coup de force.

Effrayés , dès lors , d’avoir à supporter la responsabilité de cette démarche lorsqu’elle serait connue , les princes qui avaient été maintes fois personnellement menacés , furent pris de terreur . Sans perdre une minute, ils franchirent la frontière avec leurs familiers. Ce n’est qu’une fois en sûreté qu’ils s’avisèrent de colorer leur fuite de nobles prétextes : leur départ était la conséquence du refus de leur proposition ; puisqu’il leur était impossible de servir le Roi à l’intérieur du Royaume , ils le feraient à l’étranger. Cela signifiait que , réfugiés à Turin , chez le roi Victor-Amédée , son beau-père  ainsi que celui de Provence, ils se préparaient à réunir une armée en vue d’un prochain retour. A cet effet, ils commencèrent à appeler la noblesse française à l’émigration , tentant au surplus , de soulever le sud est du pays où leur conseiller , le marquis d’Autichamp avait des intelligences .


Parce qu’il se berçait de l’espoir de reconquérir l’affection de son peuple , Louis XVI désapprouvait formellement les extravagances de Turin . Aux projets militaires des princes , il opposait une politique de temporisation qui n’allait pas sans danger et le faisait perpétuellement osciller d’un parti à l’autre , accepter les prémices de tous les projets pour s’effrayer ensuite devant leur réalisation. Il fallut l’épouvante du 5 octobre et du retour de Versailles pour persuader le Roi de s’enfuir. Seulement vingt projets s’offraient à lui . Irait-il à Rambouillet comme le suppliait Saint Priest , écouterait-il Mounier qui le pressait de regagner Fontainebleau , Favras qui opinait pour Péronne , Mirabeau pour Rouen ? Quelqu’un alors , proposa Lyon.

Cité épiscopale et bourgeoise , opulente et peu disposée aux enthousiasmes irréfléchis , Lyon cependant , s’était émue aux récits des journées d’octobre . Le danger couru par le Roi avait fait l’union de ce que Madame Rolland nommait «  la quadruple aristocratie des prêtres et des petits nobles , des gros marchands et des robins  « .
Du consulat , et plus particulièrement de son chef , le premier échevin ; Jacques Imbert –Colomès , vint l’initiative de la réaction.

Etrange personnage que celui de premier échevin , grand bourgeois qui, à l’expérience des affaires , joignait une haute culture scientifique , un caractère plein de fermeté et d’ardeur mais tempéré par une grande connaissance des hommes et une singulière adresse.


Dès la première heure , Imbert-Colomès  avait pris à Lyon , la situation bien en main , s’arrogeant sans en faire parade , un pouvoir quasi proconsulaire. Désireux de renforcer l’autorité municipale devant l’affaiblissement de l’autorité royale , il avait en juillet 1789, profité de la grande peur  paysanne pour constituer un corps de 800 dragons  volontaires recrutés parmi les jeunes gens de la haute bourgeoisie n ceux que l’on appelait péjorativement «  les muscadins » . Dans le même temps, il attirait à Lyon les régiments suisses de Sonnenberg et de Steiner. Peu après, le 6 décembre , il faisait offrir au Roi un refuge dans Lyon d’où  il pourrait recouvrer sa liberté , convoquer une Assemblée qui ne fût pas contaminée par les idées nouvelles  et entrer en lutte ouverte contre Paris , citadelle du mouvement démocratique . Le moment semblait particulièrement favorable ; toute la vallée du Rhône était soulevée de sympathie pour le Roi  et les milices s’y fédéraient unanimement pour le soutenir.

Seulement les patriotes veillaient . A la dictature occulte  d’Imbert-Colomès , dont la politique elliptique dissimulait des projets précis , ils répondirent par la violence déclarée. Devançant le coup d’état du Consulat , ils fomentèrent l’insurrection  du 7 février 1790 , dont le succès fut si complet  qu’Imbert-Colomès , en grand péril de la lanterne , dut s’enfuir à  Bourg et échanger une brillante carrière consulaire contre celle, plus obscure , de conspirateur et d’agent secret.


source

La Conspiration Lyonnaise de 1790 et le drame de Poleymieux de
Amable Audin
Editions Lyonnaises d'art et d'histoire, 1984, 142 p
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Ven 9 Aoû - 20:54

Car le premier échevin n’abandonnait rien de ses projets. Il les reportait simplement sur un plan nouveau , plus large , appuyé désormais non sur les seules possibilités lyonnaises mais sur celle que lui offrait la grande politique nationale. Dès le mois de mai suivant , il se rendait à Paris et entrait en relation avec le Salon Français , puissant club où se recrutaient les membres les plus ardents du parti monarchiste.


Sur les instances d’Imbert Colomès , le Salon Français accepta de jeter les bases d’une organisation politique et militaire embrassant Lyonnais , Beaujolais , Forez, Dauphiné et Vivarais . On provoquerait dans ces provinces une insurrection qui serait aisément victorieuse . Lyon deviendrait le centre du gouvernement  et le Roi s’y réfugierait sous la protection de troupes demeurées fidèles. Alors serait-on en mesure de tenir tête à Paris et de détruire l’Assemblée Nationale.

Le marquis de la Queille  se chargea de soumettre ce plan à Madame Elisabeth, seule capable de le  faire agréer par les souverains. La princesse eut effectivement gain de cause et, d’accord avec Mirabeau , ceux-ci acceptèrent de faire enquêter à Lyon sur l’état d’esprit qui y régnait.

L’opération n’alla pas sans incidents. Le 6 juillet, un émissaire de la Cour et de Mirabeau , le lorrain Jean-François Trouard de Riolles , se laissait cueillir à Bourgoin , porteur de papiers qui ne laissaient aucun doute sur sa mission.
N’importe ; le résultat de ces démarches était concluant. « Toutes les classes de la population , trouvant dans la présence du Roi la garantie de leurs intérêts ou la récompense de leurs bons sentiments n déploieraient pour sa cause la plus grande énergie. »Quant aux dispositions militaires , «  on se tenait pour très rassuré ». Les forces réunies à Lyon et à l’entour, déjà suffisantes , seraient aisément renforcées  grâce à une habile manœuvre.

Source : la même
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Ven 9 Aoû - 21:51

L’enquête, sérieuse et intelligente , avait bien su montrer le parti à tirer du malaise local. Les Lyonnais étaient mécontents ; ils souffraient de leur assujettissement à des octrois rendant la vie fort chère et interdisant toute concurrence à l’extérieur. Un plan subtil fut établi pour utiliser ce mécontentement , un plan dont Madame Roland avait su déceler la trame. « Le parti ministériel , écrivait-elle le 4 août suivant, avait dessein d’établir à Lyon 10 000 hommes de troupes réglées , choisies à dessein , pour tout contenir et seconder les invasions étrangères . Il n’y avait qu’un moyen de les y placer . C’était de les y rendre nécessaires et d’exécuter pour cela une révolte dans le peuple. Celui-ci était aisé à soulever : il n’y avait qu’à lui représenter sa misère causée en parti par l’énormité des octrois contre lesquels il s’indignait ou dont il gémissait depuis longtemps . Des émissaires sont répandus en conséquence ; toute la canaille s’est transportée dans cette ville , faufilée dans les cabarets avec les pauvres ouvriers ; elle les induit à s’insurger ; on s’attroupe, on se porte en face de l’Hôtel commun et l’on demande la destruction des barrières… » et ce fut la sanglante insurrection du 25 juillet , qui motiva , effectivement , le renforcement de la garnison et la nomination au gouvernement militaire de la ville du maréchal de camp Le Filleul, comte de la Chapelle, officier plein de zèle et de valeur , entièrement dévoué au service du Roi. Impossible de trouver meilleur collaborateur pour Imbert-Colomès , revenu à Lyon en toute hâte , et pour ses amis lyonnais .

Car un très puissant comité royaliste venait de se constituer autour de Guillaume de Savaron , baron de Chamousset. Ce grand seigneur , ardent maçon , fondateur de la loge mère de la Bienfaisance , réunissait sans son hôtel de Bellecour ( actuellement N°28 de cette place ) un certain nombre de ses collègues , tous royalistes passionnés . C’étaient les frères Jean-Marie et Jean-Pierre Bruyset, imprimeurs et cousins par alliance d’Imbert-Colomès , le procureur Pierre-François Boscary , l’avocat Mathon de La Cour , le banquier Alexis-Antoine Régny , trésorier de la ville et trois chanoines comtes de Lyon : Henry de Cordon , Marie Agathange de Bernard de Montessus de Rully et Gaspard de Pingon de Prangin , aumônier du roi de Sardaigne depuis 1769 , le mieux placé pour tenir avec Turin les fils de la conspiration.

Derrière ces chefs de file , la majorité de la population était acquise à la réaction. L’abbé Tournachon de Montvéran et M. de La Tour, émissaires du Roi , porteurs de 80 000 livres destinées à tout disposer pour l’arrivée de la famille royale , n’eurent point de mal à s’en assurer , seulement cet empressement n’était pas tout à fait celui qu’ils espéraient.
En fait, le parti royaliste était partagé en deux factions qui ne parlaient pas le même langage .

Pour la majorité des Lyonnais, gens de commerce et d’industrie , voués par leur nature même
Au parti modéré que les purs nommaient péjorativement monarchien, la venue du souverain sanctionnerait définitivement l’institution d’une royauté constitutionnelle nécessaire à leurs intérêts et qu’ils opposaient à l’absolutisme aveugle des princes émigrés.

A l’inverse, ce que la haute aristocratie attendait des événements prochains , c’était une véritable restauration de ses privilèges . Les gens de ce bord inclinaient d’autant plus fort vers le comte d’Artois que, depuis un an , Turin ayant entrepris une propagande habile et efficace au service d’un plan qui était l’exact contrepoint de celui de la Cour dont on était soigneusement informé par les soins du comte de Provence et de Madame Elisabeth . Appelé par la ville de Lyon , le comte d’Artois s’y rendrait à la tête d’un escadron d’émigrés. La coalition des nobles d’Auvergne , du Languedoc , du Lyonnais et du Dauphiné ferait immédiatement sa jonstion avec lui ; tandis que dans tout le pays éclateraient des troubles concertés. Le 7 juin , le Comité de Lyon avait été informé de ce plan par la voix de M . d’Anglade , lieutenant au régiment de Port au Prince , et, dès juillet , à l’insu du Roi , on était passé aux détails d’exécution. Déjà un ex-major de Lorraine-dragons, le beaujolais Mignot de Bussy , racolait des volontaires à qui était attribué un uniforme de drap vert , avec parements , collets et revers cramoisis, couleurs d’Artois.

Source : la même
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Ven 9 Aoû - 21:52

La suite demain !
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Ven 9 Aoû - 22:16

Très intéressant, merci, chère Princesse ! Very Happy 
Je me souviens de l'évocation de ces événements dans la correspondance d'Artois et Vaudreuil qui déconseille très fermement à son prince de se jeter dans l'aventure lyonnaise .

Je vous retrouverai cela demain !  
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Sam 10 Aoû - 18:09

Tiraillé entre deux projets qui ne pouvaient que se nuire s’ils persistaient à s’ignorer , le Comité de Lyon entreprit la tâche difficile de les concilier. Le 9 septembre , au cours d’un dîner chez de Bussy où assistait les principaux conjurés : La Chapelle, Palerne de Savy , Imbert –Colomès , le chanoine de Rully , on décida d’expédier immédiatement des émissaires à Paris et à Turin. Le chanoine de Rully fut invité à se rendre chez le Roi , tandis qu’à Imbert-Colomès incombait de faire entendre raison à son frère.

Le Comte d’Artois était en effet fort irrité contre Paris. Il s’indignait de ce que , dans un plan inspiré par Mirabeau qu’il méprisait, on ne lui réservât qu’un rôle subalterne , peu en rapport avec l’importance de son activité . Imbert-Colomès fut assez fin politique pour vaincre cette prévention ; puis , ayant représenté avec fermeté que toute tentative non liée avec l’arrivée du Roi à Lyon serait vaine et dangereuse , il sut obtenir la promesse que le Comité de Turin attendrait les ordres de Louis XVI . Il ne restait plus , dès lors , qu’à demander au souverain de fixer la date de l’opération.

Seulement la mission du chanoine de Rully n’avait pas obtenu d’aussi heureux résultats . Lentement , le Roi se détournait du projet de Lyon. Les difficultés, la distance trop grande , la peur d’une guerre civile étaient ses mauvais prétextes. En réalité, l’enquête lui avait révélé le danger des intrigues de Turin ; il avait été fort contrarié par l’importance que se donnait d’Artois. Devoir son trône à son frère était une redoutable conjoncture. Ne lui faudrait-il payer fort cher l’aide des princes ? Aussi bien Louis XVI se tournait-il volontiers vers un projet nouveau dont le flattait le baron de Breteuil ; il s’agissait de se retirer dans une place forte de l’Est , sous la protection de l’armée du marquis de Bouillé , et de récupérer prestige et pouvoir grâce aux subtiles menaces d’un conflit avec l’Empereur . Le 20 Octobre, le Roi acceptait le principe du projet de Breteuil , répudiant définitivement celui de Lyon.

Grande colère à Turin où l’on se crut dupé. Sans plus se préoccuper des intentions du Souverain, on décida d’agir immédiatement. Le temps était venu en effet. Jamais les chances de succès n’avaient paru si fortes . Pendant les dernières semaines, le général de La Chapelle , avait achevé d’organiser sa petite armée. Le régiment de Monsieur, basé à Montluel , Meximieux et Loyes , ne paraissant pas sûr , avait permuté avec celui d’Austrasie , de Briançon , qui comptait dans son effectif le capitaine André Guillin , fils de Guillin de Pougelon. Pour les mêmes raisons , le régiment de la Marine de Trévoux , échangeait ses cantonnements avec Guyenne ,de Nîmes. Un escadron de dragons de Penthièvre passait de Vienne à Villefranche . Enfin cent cannonniers de Metz-Artillerie arrivaient de Besançon. Ces nouveaux venus s’adjoignaient aux vieux régiments en qui on avait entière confiance : suisses rouges et bleu de Sonnenberg ,allemands jaunes et bleus de La Marck , qui portaient ostensiblement la cocarde blanche.

La carence du Roi imposait au Comte d’Artois de reconsidérer ses projets. L’adhésion des modérés lyonnais ayant dépendu de la venue du Roi , ils reprenaient aujourd’hui leur entière liberté et le comité de Lyon ne célait plus aux princes que, s’ils choisissaient d’intervenir pour leur propre compte , ils ne le feraient utilement qu’appuyés par une bonne armée piémontaise.

Les émigrés ne l’entendaient pas ainsi, qui prétendaient ne repasser la frontière que sur un pressant appel du pays. Il leur était donc indispensable de s’assurer à Lyon , le concours d’un parti assez puissant pour que ses vœux méritassent considération. Puisque les Monarchiens se dérobaient , c’est du peuple même que s’élèverait l’appel auquel le comte d’Artois se proposait de répondre . Malheureusement, , déçu par l’ordre nouveau , d’ailleurs fort peu contaminé par les idées démocratiques , le peuple lyonnais serait facile à séduire si l’on savait faire miroiter l’amélioration de vie qui résulterait de l’installation , dans son sein , des princes et de leur Cour.
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Sam 10 Aoû - 19:08

Ce changement de front impliquait de nouvelles démarches et surtout une intense ^propagande populaire. Il marque le début de ce que l’on est convenu de nommer la conspiration de Guillin . Plus question , dorénavant , d’un mouvement national accordé entre Paris, Lyon et Turin, entre le Roi, les Princes, les milieux royalistes de la capitale et de la province. L’affaire se réduit à un soulèvement du peuple lyonnais au bénéfice des princes émigrés.

Dans la pensée de la plupart de ceux qui avaient adhéré au mouvement de Lyon, il ne s’agissait que d’une action politique , d’une réaction contre les éléments qui menaçaient le régime d’une totale subversion . A côté de ceux-ci, certains , peut-être mieux informés des besoins du petit peuple lyonnais , avaient la vision d’un véritable mouvement populaire , presque social , en tout cas éminemment philanthropique . Le Peuple et le Roi unis contre les illusionnistes et les démagogues en vue d’une réorganisation de la vie nationale , tel était le plan conçu par cet aristocratique chapitre primatial de St Jean , dont trois membres avaient à la première heure , souscrit aux desseins d’Imbert-Colomès.

Leur apport était de plus conséquence qu’on pourrait le penser. De tradition immémoriale , les chanoines de la cathédrale s’étaient placés en arbitre entre le petit peuple et l’administration progressivement plus bourgeoise du Consulat. Dans les temps de détresse , c’est vers les chanoines que se tournaient les ouvriers. Ils en recevaient un réconfort moral , mais aussi matériel. En 1786, à la suite du soulèvement des ouvriers en soie et des garçons chapeliers , bientôt suivis par les fabricants de bas ; n’avait-on pas vu les puissants féodaux du Chapitre s’interposer énergiquement entre les pouvoirs civils établis et ceux que la misère du temps avait poussés à l’insurrection ? Tandis que le maître du chœur César de Cluny , le chamarier Gaspard de Pingon de Prangin et le chanoine de La Madeleine de Ragny s’efforçaient de calmer les délégués ouvriers , le chantre de Gain intervenait auprès du ministre pour adoucir les effets de la répression. S’il ne put obtenir la grâce de trois d’entre eux qui furent pendus place des Terreaux , du moins reçut-il du Roi l’assurance que les poursuites seraient suspendues , et, de leurs deniers, versèrent une rente à la mère de Sauvage, l’in des suppliciés.

Au cours de l’hiver 1787-1788 , le chômage ayant atteint un grand nombre d’ouvriers en soie, le chapitre leur fit distribuer 6000 livres au titre de secours d’urgence , dans le moment où il créait un établissement de bienfaisance « pour soulager les ouvriers des manufactures de cette ville dans les tems de misère et de calamité ». L’année suivante, le 6 novembre 1789 , il distribuait du riz et ouvrait largement ses caisses « pour le soulagement des pauvres ouvriers réduits à la misère par le manque de travail ».

Le 27 juillet 1790 , l’émeute des octrois avait réveillé les blessures. En cette journée, le petit peuple avait compris combien plus il devait attendre des avocats de l’Assemblée Nationale , théories et belles paroles que profitables réformes. Dans le même temps, les chanoines découvraient derrière la misère et la faim populaires, une force prête à se manifester et à qui il était nécessaire de révéler ses propres buts. L’idée reçut bientôt un commencement d’exécution par les soins du chamarier Gaspard de Pingon , un vieillard de 72 ans passés à qui la malignité publique accordait un fils naturel en la personne du nommé Bonjour qui lui servait de factotum. Vers le milieu de septembre , Bonjour conduisit au chamarier le sieur Denis Monnet, maître-garde de la communauté de la Grande Fabrique , capitaine dans le bataillon de la garde nationale du Port Saint Paul et président de son district.
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Sam 10 Aoû - 19:10

Chapitre de St Jean de Lyon

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chapitre_de_Saint-Jean_(Lyon)

La conspiration de Guillin

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guillin_de_Pougelon‎


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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Sam 10 Aoû - 19:24

Il existe un livre sur ce conspirateur

La vie agitée de guillin du montet 1730-1791 de
Audin Amable
Societe des bibliophiles lyonnais (1944) : 39 euros sur Amazone .
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Sam 10 Aoû - 19:25

Il existe aussi un livre sur Trouard de Riolles

Trouard de Riolle Un complot contre-révolutionnaire en 1790 de
Al.
chez l'auteur (1960) : 23 euros sur Amazone
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Sam 10 Aoû - 19:28

La suite demain !
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Lun 12 Aoû - 10:02

Attachante figure que celle de Denis Monnet , dit Monnet le cadet . Cet homme de quarante ans , originaire d’Aix en Provence , était énergique et intelligent, plein de zèle pour la cause populaire , peu enclin à la politique et d’un caractère assez éprouvé pour le placer à l’abri de la suspicion.

En dépit de sa modeste qualification de maître-ouvrier , lors de la sédition de 1786 , il s’était imposé comme le porte-parole des ouvriers en soie  et ses adversaires le situaient parmi les « principaux chefs de la cabale. »
Au point que le Prévôt des Marchands , Tolozan de Montfort , avait fait perquisitionner son domicile , 5 rue Peyrollerie  ( actuel quai de Bondy ) . On avait découvert des projets de  mémoires, des listes, des textes déclarés séditieux car il avait, de son passage chez le procureur Boscary , gardé une plume féconde et véhémente qu’il mettait au service des revendications salariales des ouvriers. Il faut croire qu’il y avait matière à pousuivre car le lieutenant général criminel de la Sénéchaussée le fit incarcérer . Elargi au bout de deux mois , ce ne fut « que par pure condescendance et sous sa caution juratoire ».
Il écrira lui-même : «  Je fus relâché  moyennant ma soumission de me représenter dans mon cachot quand on jugerait à propos de m’y enfouir de nouveau. »

La grande crise de la Fabrique en 1787 ayant considérablement affaibli une classe d’ouvriers qui comptait près de la moitié de la population lyonnaise , la guerre des tarifs ne put reprendre  qu’au début de 1789. Monnet retrouva immédiatement la vedette . Fondé de pouvoir des maîtres-ouvriers en soie , il se rendit à plusieurs reprises à Versailles , intervenant personnellement auprès des députés de Lyon à l’Assemblée Nationale  pour obtenir la révocation  de l’arrêt du Conseil du Roi , motif de la sédition  de 1786.
Ceci à grands renforts de mémoires et doléances à l’encontre des marchands responsables
Selon lui «  de la plus affreuse misère des ouvriers ». Ceux-ci , d’ailleurs , admettaient  malaisément la relative prospérité des Marchands qui, certes, alimentaient leurs métiers , mais en affectant une hauteur humiliante.

Mais le «  vent de l’histoire » soufflait en faveur des maîtres-ouvriers. Ils entreprirent une action massive et vigoureuse pour marquer leur  désaccord avec les marchands. Le 5 mai 1790 , à six heures du matin , au nombre de 3500 , ils se réunirent dans la cathédrale St Jean  sous la présidence de Denis Monnet. Se  désolidarisant des Marchands , ils décidèrent de «  se régir et gouverner par eux-mêmes. » A l’unanimité , ils désignèrent Monnet comme  maître-garde  syndic. Puis, ayant prêté le serment civique , ils offrirent à l’Assemblée  Nationale un don  qui, pour être modeste , avait toutefois valeur de symbole. Il peut paraître étrange que cette manifestation ait eu lieu dans la cathédrale . On ne comprendrait rien aux événements
Si l’on ignorait le lien affectif entre chanoines et ouvriers.

Par la suite, le crédit de Monnet ne cessa de croître. Au titre de Surveillant chargé d’inspecter ce qui concerne la police, les marchés  et l’ordre public , et surtout le maintien des règlements
Sur le prix et la  qualité du pain , il fut sûrement l’inspirateur de l’adresse expédiée le 22 mai 1789  à l’Assemblée Nationale  par la section de Port-Saint Paul. On y dénonçait «  cet esprit d’astuce , de haine et de vengeance qui se manifeste de la part de la noire aristocratie contre tout ce qui est juste et avantageux au bonheur commun . »

Malgré telles irritantes incartades , son attitude irréprochable dans ses fonctions  d’officier  de la garde nationale lui avait valu l’estime de la bourgeoisie à laquelle il avait, au surplus ,  donné des gages par l’apport des 600 voix dont il disposait pour l’élection d’une municipalité modérée.

Pingon avait trouvé des arguments propres à séduire Monnet. En travaillant à faire venir le Roi à Lyon , il ne s’agissait nullement de favoriser une «  contre-révolution , mais seulement d’arrêter les progrès des désordres et les manœuvres des enragés » dont la classe laborieuse
Serait fatalement la première victime. Bien au contraire , l’établissement de la Cour dans cette ville y ramènerait la prospérité , source de mieux-être  pour le petit peuple des gens de métiers. Sincèrement exprimé , ce point de vue emporta une adhésion également sincère. On se sépara en se  promettant  d’agir de concert à la première occasion.



Vers le même temps et pour le même motif , de Pingon entrait en relation avec le  nommé Pierre Berthet , dit l’Eveillé , et lui remettait deux louis  pour s’assurer ses services en cas de  besoin ». Malheureusement , Berthet n’était pas de la même trempe que Monnet . Ancien arquebusier à Vaise , chassé de sa compagnie , présentement huissier de la police des chanoines-comtes de Lyon , c’était un mauvais bougre de 54 ans, propre à toutes  les besognes et puant le mouchardage.

L’idée d’en appeler au peuple faisait lentement son chemin lorsque, vers la fin de décembre , de Pingon dont on connaît les liens  avec Turin, eut la visite d’un envoyé des Princes , le jeune marquis d’Escars de la Roquebrou , ci-devant capitaine à la suite au régiment d’Artois-dragons , pour lors chargé de la liaison avec ses compatriotes d’Auvergne. Le chanoine ne céla pas à d’Escars quel sens il entendait donner à son action. Plus, il organisa dans son logis même une entrevue  entre le marquis et le garde-maître. Les deux hommes se plurent et se lièrent et, dans les mois à venir , Denis Monnet jouera un rôle actif auprès du jeune marquis.

Par le rapport ultérieur d’Escars , le Comité de Turin connut le projet de soulèvement populaire à Lyon. L’idée arrivait à son heure , au moment où la carence du parti Monarchien lui imposait de changer toutes ses batteries . On décida de passer immédiatement à l’exécution , se dispensant toutefois de l’approbation des Lyonnais qui en avaient jeté les premiers jalons.

A cet effet, au cours de décembre 1789 , un aide de camp du prince de Condé, le chevalier Jacques-Marie Terrasse de Tessonnet , prenait la route de Turin à Lyon, sa patrie.

Si le personnage n’a pas ici un rôle de tout  premier plan , il mérite  néanmoins quelque attention , ne serait-ce que pour avoir eu l’adresse , entre tous les intervenants de ce récit , de tirer finalement son épingle du jeu. Capitaine aux chasseurs de Maine-Infanterie , ce jeune et galant étourdi de 35 ans , aux succès féminins retentissants , s’était imposé par son charme et son élégance dans les milieux les plus proches du trône . Attaché en particulier au Comte d’Artois , il le suivit à Turin dès la première émigration , celle du 15 juillet 1789 . A Lyon , sa mission serait de renouer les fils de la conspiration  et de mettre sur pied le mouvement populaire . Représentant des Princes , il serait aidé dans sa tâche par ses parentés locales – son frère y était trésorier de France et son cousin, Morin, secrétaire de la Ville. Il était en outre,  fort excellemment recommandé auprès du chanoine-comte de Rully , ayant servi sous les ordres de son frère, le colonel de Rully , et combattu  à ses côtés au cours des sanglantes émeutes de Bastia.
Cependant, le premier contact fut décevant ; le chanoine opposa beaucoup de circonspection
Aux ouvertures de Tessonnet , tandis que le chamarier de Pingon notifiait à d’Escars et de Monnet son désir de ne plus les voir chez lui. Les autres membres du Comité de Lyon  n’ayant pas manifesté  moins de réserve, les émissaires de Condé n’eurent pas de peine à comprendre qu’ils ne pouvaient pas compter un appui de ce côté. La mauvaise humeur des Lyonnais avait pour cause évidente la façon cavalière dont Turin s’était approprié leurs propres desseins.

A ce moment où l’on touchait au point mort , quelqu’un , Monnet, très vraisemblablement , eut l’idée de conduire ses partenaires , d’Escars et Tessonnet , chez le juge du Chapitre de St Jean , Antoine Guillin de Pougelon.


Source : Le Livre de M. Audin , déjà cité.
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Lun 12 Aoû - 10:05

Le Comité de Turin

http://fr.wikipedia.org/wiki/Comité_de_Turin‎
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Lun 12 Aoû - 10:15

La branche franc-maçonne du Martinisme était nombreuse à Lyon .

http://fr.wikipedia.org/wiki/Martinisme

http://www.rhedae-magazine.com › Sociétés secretes et initiatiques‎
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Mer 14 Aoû - 20:52

Toute cette affaire montre bien qu'Artois voulait faire de Lyon, la capitale de la Contre-Révolution, en face de Paris , la capitale des Révolutionnaires.
Mais c'était aller à l'encontre de la volonté de Louis XVI qui voulait que ne soit pas versée une seule goutte de sang.
Artois ne rêvait que de guerres civiles et multipliait les iniatives fomentrices de guerres civiles. On comprend très bien que Louis XVI et Marie-Antoinette ne l'aient pas suivi sur ce terrain là...
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Mer 14 Aoû - 20:56

Ces " bruits de Turin" ont discrédité beaucoup les souverains de France . Et ce n'est pas faute d'avoir dépêché à plusieurs reprises M. de Jarjayes à plusieurs reprises auprès d'Artois...
Au final, Artois aura tout fait pour faire gagner la Révolution par ses actions maladroites de Contre-Révolution...
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Mer 14 Aoû - 21:15

Voici un livre intéressant sur cette période

La Contre-Révolution . Première période .1789-1791 . Tome 1 : La préparation , 1789-septembre 1790
Tome 2 : L'action , septembre 1790-Mars 1791
de Emmanuel Vingtrinier
Emile Paul, 1924-1925, 2 vol. , 384 et 416 p
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MessageSujet: Re: Un drame sous la révolution : l'affaire de Poleymieux   Mer 14 Aoû - 21:27

Au final, c'est beaucoup d'efforts pour rien ! Pourtant , Artois était entouré d'hommes intelligents . Ce Guillin, âme du mouvement était un homme sérieux, compétent à tous points de vues . Alors , la faute à la malchance ?
Pas seulement , mais Artois n'a pas mesuré toute l'ampleur du phénomène révolutionnaire.
Alors , Artois a t-il préparé par ses actions contre-révolutionnaires , la déchéance du Roi et le sort misérable fait à la famille royale après l'épisode de Varennes ?
Sans aucun doute, oui.
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