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 Bruno Ledoux, collectionneur passionné d'Histoire

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MessageSujet: Bruno Ledoux, collectionneur passionné d'Histoire   Jeu 13 Fév - 19:14

Bruno Ledoux, actionnaire de Libé et passionné d'histoire

Le financier atypique et secret a raconté à Challenges, en novembre dernier, les raisons de son investissement dans Libération et dans les pièces de son musée.

Par Marc Baudriller



"Aujourd'hui, je ne pourrais plus reconstituer ce que j'ai fait. J'ai acheté ma première pièce à 25 ans. C'était un manuscrit de jeunesse de Bonaparte, un poème, un fragment de Clisson et Eugénie trouvé à Drouot. Depuis, 450 pièces différentes ont rejoint ma collection : l'impression préparatoire du Code civil – décembre 1802 –, les pistolets et la montre de Napoléon, la chevalière armoriée de son père, les gants que portait Louis XVI à Varennes, l'un des deux exemplaires de la table des droits de l'homme – l'autre est au musée Carnavalet à Paris –, la clé de la prison du Temple, le trône de Napoléon… J'ai aménagé mon logement parisien pour les mettre en valeur, mais j'aimerais maintenant les mettre à la disposition du public. J'ai acquis pour cela le palais du roi de Rome à Rambouillet, situé à seulement quelques mètres du château connu pour ses chasses présidentielles. Avec l'appui d'un partenaire que je recherche – idéalement, une grande société française –, j'ai proposé à Gérard Larcher, ancien président du Sénat, de faire des deux bâtiments le premier musée de l'histoire de la République, qui prendrait sa source à la Révolution pour se terminer à la présidence actuelle, en mettant en perspective le rôle de la France dans l'histoire des droits de l'homme. Les collections favoriseraient une approche civique et contemporaine de la connaissance de la France, qui fait cruellement défaut aujourd'hui.

Car, si je n'avais pas recueilli une à une ces pièces majeures – le fusil de Napoléon, ses livres, sa chemise à Austerlitz, sa boîte à courriers pendant la campagne de Russie, sa table de travail à Sainte-Hélène, les mèches de cheveux de Marie-Antoinette et Louis XVI, et tant d'autres –, beaucoup seraient parties à l'étranger. Alors je me suis investi passionnément dans cette quête. Mon scooter a transporté la dernière chemise enlevée par Louis XVI avant de monter à l'échafaud, des livres, des morceaux d'histoire. Je revenais en zigzaguant dans la circulation parisienne en me disant : si les automobilistes savaient ce que renferme mon attaché-case… Il y a un côté un peu fou, c'est vrai, dans cette quête, mais je l'assume. Cette collection est le fruit d'une pathologie intelligente, une forme d'action civique et culturelle, une liberté que je m'offre. Et la liberté, c'est la valeur cardinale. Je l'ai dit à mes enfants : vous sacrifierez beaucoup de choses dans votre vie, mais ne concédez rien de votre liberté. Elle pousse à oser et, lorsqu'on ose, on arrive à tout, ou presque.

La chemise de Louis XVI

Je m'intéresse aux périodes de bouleversements politiques majeurs. La Révolution, l'Empire, mais également les deux guerres mondiales. Rechercher un objet relève souvent de l'aventure mi-Indiana Jones, mi-Sherlock Holmes… Pour la période de la guerre, les services secrets ne sont pas loin non plus. J'aime le côté tragique de l'histoire, que le Romantisme a souligné. J'aime aussi cette idée qu'un homme puisse régner ou s'élever au-dessus de tous les autres et soudain n'être plus rien. C'est le cas de Louis XVI ou de Napoléon. Il y a évidemment une dimension humaine très forte chez ces personnages historiques, qui palpite dans leurs objets familiers. Les actes politiques découlent directement de la personnalité des acteurs de l'his-toire, de leurs sentiments, de leurs forces et de leurs faiblesses.

C'est triste de constater que l'approche par les individus a disparu de l'histoire enseignée aux enfants. En imposant d'emblée, comme actuellement, une approche analytique, abstraite, on dégoûte les élèves et ce mauvais départ ne se rattrape plus. Résultat, les générations cultivées jusque dans les années 1960 ont été remplacées par des générations incultes. Pourtant, il y a tant de passions, de trahisons et d'amours dans l'histoire de France ! Tant d'éclairages actuels aussi. Quand Napoléon dit : "J'ai laissé deux hercules au berceau", il parle des Etats-Unis et de la Russie. Les problématiques de l'époque n'étaient pas très éloignées de celles d'aujourd'hui.

L'histoire, c'est un lien, un attachement à son pays. Les jeunes quittent de plus en plus la France, car on ne les fait plus rêver. On dit tous les jours aux petits Américains qu'ils appartiennent à la première économie du monde. C'est faux, c'est l'Europe. Mais, en Europe, personne ne le dit. Sans leader, sans âme, sans sentiment, sans projet, il ne se passe rien. Comment voulez-vous transcender le peuple avec l'actuel président du Conseil européen Van Rompuy ? Il faut toucher l'âme si l'on veut faire de grandes choses. Il faut bâtir un attachement culturel et un système économique qui emportent le cœur. La politique se gagne au cœur, pas dans la tête. Et l'histoire sert cette aspiration.

Or les livres scolaires se diluent dans un océan de détails et ne touchent plus la sensibilité des élèves. Les héros n'y ont plus de place. C'est pourtant le culte des héros qui fait aimer son pays. Ce n'est qu'ensuite, une fois que l'enfant les connaît, qu'il peut aborder la matière de manière abstraite et analytique. D'ailleurs, à 35 ou 40 ans, le vide de leur culture historique apparaît cruellement aux plus curieux d'esprit. Que font-ils alors? Ils achètent des biographies et réapprennent l'histoire par les personnalités, ils se rattrapent, après un long apprentissage perdu.

Appauvrissement culturel général

En attendant, l'appauvrissement culturel est général. Parce qu'ils ne s'inscrivent pas dans l'histoire, nos contemporains peinent à développer une pensée propre. Ce manque se fait sentir en politique comme en économie. Un grand leader comme de Gaulle s'inscrivait dans un regard long qui prenait sa source dans l'histoire. De même pour Churchill, Robert Schuman et bien d'autres.

Hitler aussi, c'est triste à dire. Mein Kampf est interdit. Pourquoi? Parce que ce qui y est écrit n'a pas existé? Ne peut plus exister? Eh bien, lisez le chapitre sur la conquête du pouvoir par la manipulation des masses ouvrières – démocratiquement – ; lisez l'abominable théorie sur les juifs érigés en symbole du monde de la finance – cette finance source de tous les maux, accusée de détruire l'Etat de l'extérieur et de l'intérieur –; lisez l'efficacité diabolique de la dialectique dite « du point fixe » où toute la propagande du parti se fixe sur un ou deux points répétés inlassablement – telle l'immigration aujourd'hui – ; lisez les chapitres sur l'impuissance des partis dits « de gouvernement » tous décrits comme incapables et corrompus ; lisez les pseudo-théories sur les vertus de l'économie autarcique – version hard du protectionnisme encore tant vanté par certains politiques de nos jours –; faites un parallèle entre le coup de poignard dans le dos du traité de Versailles et la perception des nations sur l'Europe aujourd'hui; enfin, placez-vous dans le contexte de la crise de 1929 versus 2008, et vous comprendrez beaucoup de choses sur la situation actuelle et la manière dont certains partis en Europe progressent inexorablement. Et vous remercierez tous les jours un de Gaulle, féru de notre histoire et de ses héros, mais aussi de notre âme profonde parfois si fragile, d'avoir inventé, au lendemain de la guerre – il connaissait son sujet –, un ré­ gime présidentiel fort. Il voulait créer, dans cette France deux fois millénaire, sinon une monarchie, du moins un centre de gravité inébran­ lable légitimé par un suffrage uni­ versel issu d'un scrutin majoritaire à deux tours, qui interdira tout bascu­ lement vers la régression.

L'ouverture d'esprit de la gauche

En période de crise, quand les masses souf­frent et deviennent vul­nérables, l'histoire est un rempart irremplaça­ble face aux tentations politiques aventureuses. Cette vulnérabilité tire sa source de la peur. Et la peur tue la croissance. Je suis entrepreneur. Je connais les vertus de l'entreprise. Il faut entreprendre, avancer, croire en l'avenir. La France a toujours été grande dans l'adversité. Elle a d'im­menses ressources. Il n'y a pas de gauche ou de droite. Il y a la France, son histoire, son avenir. Elevé dans une culture de droite, jeune, je ne comprenais pas le mot "conserva­teur". Et puis j'ai beaucoup voyagé, partout, dans les zones les plus re­culées de la planète parfois, et j'ai découvert à gauche une ouverture d'esprit qui me manquait. Au point de me retrouver aujourd'hui l'ac­tionnaire de référence du quotidien Libération. Un risque, oui. Et alors? Il y a bien le mot "liberté" dans Libération. Les Français ont peur de l'échec, alors qu'au fond on ne risque rien.

En somme, j'ai accroché mon goût de l'avenir et ma liberté à l'histoire. Cette liberté, c'est aussi celle de penser qu'un jour, si je fais faillite, je pourrai recevoir les huissiers sur le trône de Napoléon, avec sa propre Légion d'honneur fixée sur ma poi­ trine. Et si la mort vient, je serai le seul homme au monde à pouvoir me faire inhumer comme l'empereur, avec son bicorne, ses décorations et un morceau de sa redingote… Der­nier clin d'œil farceur pour garder de moi une toute petite histoire, une histoire comme chacun d'entre nous peut en écrire".

Promoteur esthète

Diplômé du Cnam, de Dauphine et de la London School of Economics, Bruno Ledoux, a fait une brillante carrière dans l'immobilier. Ce promoteur avisé a réalisé des opérations en France et aux Etats-Unis à la tête de sociétés d'investissement. Agé de 49 ans, il est actuellement président des groupes Colbert Foncier et Colbert Orco.

Propriétaire de l'immeuble de Libération, il a investi 7,5 millions d'euros dans le quotidien depuis 2010. Il détient 52% du capital du holding de tête, Refondation, à parité avec Edouard de Rothschild.

Passionné d'histoire, cet esthète a accumulé une impressionnante collection, principalement sur la période troublée de la Révolution et de l'Empire.

L'écrin parisien de Ledoux

Pour abriter sa collection et sa famille, Bruno Ledoux a acquis l'ancien hôtel particulier de Boniface (dit "Boni") de Castellane, célèbre dandy parisien et homme politique de la Belle Epoque. L'homme d'affaires a restauré « comme un vieux tableau », dit-il, ce bâtiment construit en 1874 dans le style caractéristique de la fin du xixe siècle.

Derrière une façade neutre du VIIe arrondissement de Paris, les pièces aménagées en musée par Bruno Ledoux cachent désormais des objets uniques sur la Révolution et l'Empire, mais aussi sur la Seconde Guerre mondiale et des souvenirs familiaux.

Cette collection unique au monde bénéficie d'un écrin à la hauteur des ambitions de celui qui l'a patiemment rassemblée.

http://www.challenges.fr/media/20131114.CHA6981/ah-ca-ira-au-musee.html

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