Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?

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pimprenelle
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MessageSujet: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 14:10

Question qui me tarabuste depuis ce matin. Je suis tombée sur cette vidéo d'un tout récent jt de TF1:


http://videos.tf1.fr/jt-we/2014/catherine-de-medicis-marie-antoinette-piaf-les-mots-des-grandes-8378911.html


S'inscrivant dans le cadre de la journée de la femme, l'objectif du reportage est de montrer des lettres de femmes célèbres. Y figure bien entendu notre Antoinette!   

Seulement, voilà... La lettre épinglée n'est pas reprise dans le recueil de Madame Lever.  Shocked Ca ne veut pas dire charrette, je sais, l'historienne n'a pas tout mis, et a même parfois préféré des écrits douteux à d'autres authentiques. Son livre n'est donc pas la bible, titre qu'il ne revendique pas d'ailleurs, puisqu'il affirme ses choix d'édition.

Partant de là, j'ai eu envie d'investiguer. D'abord, le lieu: il s'agit du Musée des Lettres et Manuscrits, une institution sérieuse, donc.
http://www.museedeslettres.fr/public/actualite

Je viens de parcourir le site, j'y ai trouvé quelques lettres très intéressantes de Louis XVI. Pour les amateurs, il y a aussi Saint Just, Robespierre, Lafayette, Catherine II, pour l'époque qui nous intéresse. Mais cet écrit qui me préoccupe n'est pas affiché.  Shocked Dommage...

La traçabilité, maintenant. La lettre provient, aïe, du cabinet de Monsieur Feuillet de Conches. C'est un très, très long écrit que vous trouverez ici. Feuillet = méfiance, je sais... C'est un des forgeurs les plus doués et les plus rusés que la terre ait portés. Mais il précise cependant qu'il y a plusieurs copies autographes de cette lettres. Bon, ok. Et, plus intéressant encore, que les archives impériales d'Autriche en possèdent une.

Je me tourne donc vers plus fiable, et constate que Maxime de la Rocheterie et le marquis de Beaucourt donnent cette lettre, eux aussi, dans le tome II de leur ouvrage, Lettres de Marie-Antoinette. Recueil des lettres authentiques de la reine.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1121835/f249.image

Bon... Avant toutes choses, alors, un petit coup d'oeil à l'écrit lui-même:




Jusque là, tout va bien, ça ressemble tout à fait à l'écriture de Marie Antoinette. Allons plus loin...




Ca ressemble, mais je ne jurerais pas.  Suspect Et puis, la reine orthographie d'ordinaire curieusement le mot "idée", avec un "j", ce qui donne sous sa plume "jdée". Or, ici, pas du tout, on trouve "idée".  Shocked Shocked Shocked 







Et voilà pourquoi je suis embêtée: on trouve dans cette lettre une autre particularité de la reine, qui orthographiait le verbe "savoir" avec une curieuse apostrophe. Ici, on a bel et bien "s'avez".

Ergo...   Sais pas... Je vais interroger le contexte.  

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Dernière édition par pimprenelle le Dim 23 Mar - 22:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 14:43

Eh bien voilà... Le contexte me paraît tout à fait pertinent. On est proche du départ pour Montmédy, la reine s'en explique à Mercy. Elle répond même très précisément à ses questions. Après les envois de Mercy des 21 et 27 avril (pp 529-531 du recueil de Madame Lever), cette longue lettre s'inscrit dans une suite logique. Mercy et la reine s'inquiètent de questions d'argent et d'autres détails pratiques dont, me semble-t-il, un faussaire ne se serait pas embarrassé. De plus, le style est sec, direct, très antoinettien, ne ressemblant en rien aux larmoyantes missives apocryphes.

Mais, je sais, Feuillet est un petit malin, et il maîtrise son sujet...  Rolling Eyes 

Bref, incapable de trancher définitivement, je vous poste l'intégralité de l'écrit, pour que vous puissiez vous faire votre propre jdée.  Wink

Hélas, il s'agit d'une édition corrigée, nous n'avons donc plus les fautes si révélatrices...  Sad 


Au comte de Mercy.

1791, 6 mai.

Ce 6 mai.

Notre position est affreuse, et telle que ceux qui ne sont pas à portée de la voir ne peuvent pas s'en faire d'idée. Il n'y a plus qu'une alternative ici pour nous, surtout depuis le 18 avril, ou faire aveuglément tout ce que les factieux exigent, ou périr par le glaive qui est sans cesse suspendu sur nos têtes. Croyez que je n'exagère point les dangers. Vous savez que mon opinion a été, autant que je l'ai pu, la douceur, le temps et l'opinion publique mais aujourd'hui tout est changé ou il faut périr ou prendre un parti qui seul nous reste. (1) Nous sommes bien loin de nous aveugler au point de croire que ce parti même n'a pas ses dangers mais, s'il faut périr, ce sera au moins avec gloire et en ayant tout fait pour nos devoirs, notre honneur et la religion. Les derniers excès qui se passent encore ici pour l'affaire d'Avignon (2), les droits des souverains qui sont violés, le Pape qu'on a brûlé publiquement, les menace de brûler successivement tous les autres souverains, à commencer par l'Emp. et le Roi d'Espagne, tout nous a fait une loi de quitter et de fuir un lieu où, par notre silence et notre impuissance, nous donnons une approbation tacite de pareilles horreurs. Je crois les provinces moins corrompues que la capitale mais c'est toujours Paris qui donne le ton à tout le royaume. On s'aveuglerait beaucoup en espérant que les événements du 17 et 18, quelque horribles qu'ils soient, produisent quelque commotion dans les provinces. Les clubs, les affiliations mènent la France d'un bout à l'autre les honnêtes gens et les mécontents (quoique en grand nombre), ou fuient leur pays, ou se cachent, parce qu'ils ne sont pas les plus forts et qu'ils n'ont pas de point de ralliement. Ce n'est que quand le Roi pourra se montrer librement dans une ville forte, qu'alors on sera étonné du nombre de mécontents qui paraîtront, et qui jusqu'ici gémissent en silence. Mais, plus on tardera, moins on aura de soutien.


Je ne sais ce que vous en pensez, mais, perso, je reconnais complètement le style de la reine, tant du point de vue du fond que ce celui de la forme.  Shocked 

La Rocheterie et Beaucourt précisent le contexte. Je vous poste ces indications aussi:

(1) Le Roi était décidé à partir dans les derniers jours de mai. "Tout devient impossible, si l'on passe l'époque du mois de mai." écrivait Bouillé à Fersen.


(2) Une pétition d'un certain nombre d'habitants d'Avignon, plus ou moins poussés par les chefs de la Révolution, avait demandé la réunion du Comtat Venaissin à la France. La guerre civile s'était déchaînée dans le Comtat; il y avait eu des incendies de châteaux, des massacres de personnages dévoués au Pape. A l'Assemblée, la discussion, commencée en novembre 1790, puis suspendue, avait repris et, le 30 avril 1791, Menou, au nom du Comité diplomatique, avait conclu à la réunion. Le 4 mai, la populace avait brûlé, au Palais-Royal, l'effigie de Pie VI.

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 14:49

L'esprit républicain gagne chaque jour dans toutes les classes; les troupes sont plus tourmentées que jamais (1), et il n'y aurait plus aucun moyen de compter sur elles si l'on tardait encore. L'opinion publique est à son terme, et plus elle ira, plus elle décroîtra à présent. Le désir naturel à l'homme de chercher la tranquillité, la persuasion où l'on est jusqu'à présent que nous ne voulons rien faire, et puis la vente des biens nationaux, on peut compter en retardant que chaque assignat va faire un révolutionnaire, dans la crainte d'y perdre par un nouvel ordre de choses.

Franchement... C'est authentique, non?  Shocked

la note:

(1) L'esprit des troupes se gâtait de jour en jour, surtout depuis qu'une créature des Lameth, du Portail, avait remplacé, au ministère de la guerre, le comte de la Tour du Pin. Les soldats avaient été autorisés à aller au club, et l'on devine quelle influence une pareille fréquentation avait exercée sur leurs idées. Au commencement de mai, M. de Bouillé ne pouvait plus compter que sur quelques régiments étrangers et une partie de la cavalerie. Aussi suppliait-il sans cesse le Roi et la Reine de hâter leur départ. Il en était de même de l'esprit des populations.


Bon... un petit café bien corseté, et je continue...  Very Happy

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 15:17

........................Interlude.........................



http://patrick.aslanian.free.fr/peda/EXPOSES/HISTOIRE/REVOLTE/REV12.HTM

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 15:49

Reprenons...  Suspect 


Je suis affligée que vous n'ayez pas pu trouver de l'argent en Hollande il nous est absolument nécessaire d'en trouver, et nous en cherchons de tout côté. Si nous en trouvions, comme nous désirons qu'il soit aux Pays-Bas, et pas ici, mandez-moi quels sont les banquiers auxquels on pourrait s'adresser, soit à Bruxelles, ou dans une autre ville qui soit à notre portée quand nous serons une fois hors d'ici. La maison Walquiers est plus que suspecte. Les liaisons et la conduite de M. Edouard ici, son intimité avec son cousin, doivent toujours éloigner de lui tout ce qui peut avoir rapport à nous. Il faut se méfier beaucoup de Laborde. Ce n'est pas que j'aie à m'en plaindre pour moi mais il est tellement subjugué par ses enfants et surtout sa femme, qu'il est entièrement dans la révolution, sans s'en douter. Il est venu, il y a quelques jours, chez moi, député par son fils et consorts, me conjurer d'être bien dans la révolution; qu'elle était consommée qu'il n'y avait plus que ce parti à prendre, et surtout de me livrer franchement aux Jacobins; que leurs chefs, Duport, son fils et Barnave n'étaient pas si malintentionnés qu'on le croyait. Il m'a surtout fait l'éloge du dernier, dont il parait enchanté. J'ai, comme de raison, approuvé tout ce qu'il m'a dit mais j'ai vu par là combien il fallait même se défier d'un bon homme. Il m'a tant pressée, il y a un mois, de lui donner mes diamants pour les vendre, qu'il a bien fallu lui dire que je les avais fait mettre en sûreté hors de ce pays-ci. A présent, il veut encore les vendre où ils sont. Je crois que cela serait inutile dans le moment, et qu'au contraire il y a telle occasion où ils pourront servir de ressource en les mettant en gage. Je rengagerai à vous en écrire et, en lui répondant un refus, ou même lui écrivant, vous, comme si je vous en avais parlé, demandez-lui un peu de détails sur mon argent. Il m'a dit l'avoir envoyé en Angleterre, avec deux millions à lui, qui me sont destinés, si jamais j'en avais besoin.

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 16:09

Faut faire des pauses, parce que, Marie Antoinette, elle écrit tout d'une traite.  Shocked 

C'est fou, cette histoire d'argent et de diamants... Et de cet homme qui est tout entier dans la révolution sans même s'en rendre compte!   


Si on pouvait attirer tout cet argent à Bruxelles, ce serait au moins une ressource. Voyez dans votre sagesse ce que vous pouvez faire sur cela. Je vais répondre à votre résumé. Un mot encore avant. Nous avons bien réfléchi à M. Barthélémy, à la fidélité et les inconvénients que nous pouvons trouver en lui, et nous nous sommes décidés à envoyer à Londres un homme sûr et sur lequel nous pouvons compter, pour s'informer d'abord de l'esprit et des intentions dans lesquels est M. Barth. et il ne lui parlera qu'autant qu'il en sera assuré. Nous lui avons donné des instructions par écrit, qui ne chargent M. Barthélémy, pour le moment, que de nous bien informer des dispositions de la cour de Londres de son influence dans l'Europe, et surtout ici, et de ses intentions envers nous et nos alliés. Au cas que nous puissions entreprendre quelque chose, nous le chargeons de nous [le] mander. Au cas où il serait possible, par les voies de négociation, d'obtenir sa neutralité parfaite en lui faisant des avantages de commerce ou des sacrifices de possessions aux Indes ou aux Antilles, de quel genre pourraient être ces avantages? Mais tout ce que nous lui mandons n'est encore que pour nous mettre au fait, car nous croyons qu'il serait du plus grand danger de négocier avec cette Cour avant d'être en liberté et sûreté. Aussi, nous le prévenons qu'il n'aura d'autres instructions qu'alors.


Qui est ce fameux Barthélemy? Evelyne Lever nous dit en note (p. 529) qu'il s'agit de François Barthélemy, chargé d'affaire français à Londres.

Mercy ne paraît pas se fier entièrement à lui, vu que, le 21 avril 1791, il a écrit à la reine:

On ne connaît pas assez M. de Barthélémy pour se permettre sur lui une opinion fondée. Tous les employés subalternes de la politique paraissent démocrates. Il vaudrait mieux choisir un sujet intelligent, adroit, et sur la fidélité duquel on eût toute certitude. On pourrait l'adresser au duc de Dorset, qui, dans un cas pareil, serait à même de rendre d'importants services, sans se mettre en d'autres frais que celui d'une bonne volonté sincère.


Plus j'avance dans cette lettre, plus je la pense authentique. Ici, la reine répond à une objection émise par son conseiller au sujet de ce Barthélemy. Cela se tient.

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 16:33

Tu m'impressionnes Pim   
On voit que ce sujet à propos des lettres de Marie-Antoinette te passionne   
Sinon oui c'est troublant en effet....

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 16:39

J'y peux rien, je suis absolument dingue des lettres de Marie Antoinette...     J'adore son style, j'adore son écriture, j'adore ses fautes... J'adore tout!     

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 17:05

Alors, ici, ça devient crucial...   



Résumons. Vous posez deux questions i° Est-il possible ou utile d'attendre? Non par l'exposé de notre position au commencement de cette lettre, je vous en prouve assez l'impossibilité. J'y ajouterai encore que, si les princes et réfugiés de ce pays-ci, quoiqu'ils n'aient pas de moyens véritables, peuvent une fois soupçonner qu'on les abandonne tout à fait, ils se livreront à des partis désespérés qui, en les perdant, nous exposeront à des dangers qui, d'après la journée du 18, sont plus que prouvés possibles; ou, s'ils réussissent, nous serions entièrement sous leur joug. Quant à l'utilité d'attendre, ce ne serait qu'en pouvant compter sur une nouvelle législature. L'exaltation de toutes les têtes, la manière dont les factieux eux-mêmes sont partagés sur cette nouvelle assemblée, tout semble présager que les plus grands troubles et malheureux (malheurs) en seraient encore la suite. 2° En supposant la nécessité d'agir promptement, est-on sûr des moyens d'évasion, d'un lieu de retraite, et d'un parti assez fort pour se soutenir au moins pendant deux mois par ses propres forces ? J'ai déjà répondu plusieurs fois, et nommément par ma lettre du mois de février, à cette question. II est plus que probable que le Roi, une fois sorti d'ici et en lieu de sûreté, aura et trouvera bientôt un parti très fort. Les moyens d'évasion ne peuvent exister que par la fuite la plus prompte et la plus secrète. Il n'y a même que quatre personnes qui ont notre secret, et ceux que nous comptons emmener avec nous ne le sauront qu'au moment. Aucun de nos gens ne nous suivra, et ce n'est qu'à trente ou trente-cinq lieues d'ici que nous trouverons quelques troupes pour protéger notre marche, mais pas assez pour nous faire reconnaître jusqu'au lieu de notre destination, qui est toujours Montmédy, place forte et près de la frontière. Nous attendons des nouvelles d'Espagne. Nous écrirons tout de suite à
Turin quand nous aurons le dernier mot de Madrid.



C'est pas possible, c'est une authentique!   

En effet, la reine commence ce paragraphe par un limpide: "résumons" et répond alors à deux questions précises que Mercy lui a posées dans sa lettre du 21 avril.

En résumant ce qui vient d'être exposé, écrit-il, il semble que tout se réduit à deux questions:
1° Est-il possible ou utile d'attendre?
2° En supposant la nécessité d'agir promptement, est-on sûr des moyens d'évasion, d'un lieu de retraite et d'un parti assez fort pour se soutenir au moins pendant deux mois par ses propres forces?


Marie Antoinette a vraiment repris mot pour mot les questions de Mercy.  Very Happy 

Alors, maintenant... Pourquoi Evelyne Lever n'a-t-elle pas repris cette lettre dans son recueil? Parce qu'elle vient de Conches?  Shocked Il n'en a pas recensé que des apocryphes, non plus...  Rolling Eyes 

Parce qu'elle ne pouvait pas tout mettre dans son édition?  Shocked 

Dommage en tout cas de ne pas avoir inséré ce long rapport si pertinent politiquement et si rempli de détails éclairants.

Mais, on s'en fiche, nous, maintenant, dans le boudoir, on l'a!   

... enfin, pas tout à fait, parce qu'elle n'est pas finie...  Embarassed 

Baïezewé, les 4 personnes au courant, c'est qui?  Suspect Il y en a beaucoup plus!  silent 

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 17:38

Je reconnais que tu es convaincante   

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 18:31

Merci, Chou, c'est gentil de me soutenir.  Very Happy 

C'est que je me demande vraiment...  Suspect En fait, maintenant, je ne me le demande plus. C'est une vraie lettre de Marie Antoinette. Et elle nous donne des renseignements extraordinaires, tu vas voir!  Very Happy 


Quant aux troupes, les dix ou douze mille Autrichiens que nous demandons à Luxembourg, Arlon et Virton, disponibles d'abord que nous les réclamerions. Je conçois très bien toutes les répugnances politiques que l'Empereur aurait à faire entrer ses troupes en France, de sa propre volonté, et combien cela pourrait exposer ses États vis-à-vis de ses ennemis personnels. Mais, réclamées par son beau-frère, son allié, dont la vie, l'existence et l'honneur sont en danger, je crois le cas très différent. Quant au Brabant, il faut compter qu'il ne sera jamais tranquille tant que ce pays-ci ne sera pas remis dans un autre ordre de choses. C'est donc même pour lui que mon frère travaillera en nous accordant ce secours, qui nous devient d'autant plus précieux que ces troupes-là serviront d'exemple, et même à contenir celles-ci.

C'est dans cette vue que la personne dont je vous ai parlé dans ma lettre chiffrée les demande pour le temps il est impossible de passer les derniers jours du mois. Vers ce temps-là, j'espère que nous aurons la réponse positive de l'Espagne, Mais, jusqu'au moment même de notre départ, il faut faire tout ce qu'on exige de nous, et même avoir l'air d'aller au-devant. C'est peut-être une manière, et la seule, pour les endormir et sauver notre vie. L'homme qui vous porte cette lettre est sûr et intelligent; c'est le beau-frère de Mme Campan; mais ni l'un ni l'autre ne savent le contenu de celle-ci (1). Vous pouvez me répondre par lui de la même manière. Il n'a rien autre à faire et attend vos ordres. Mandez-moi aussi si vous savez par les Français qui sont avec vous, si les princes ou les nobles comptent faire quelque chose, s'ils en ont les moyens et le désir. Il serait bien précieux que nous puissions les devancer dans nos projets. Une démarche même manquée de leur part nous perdrait absolument et nous ôterait tout moyen d'évasion et d'agir.



Suit une note: (Copie aux Archives impériales d'Autriche. Éd. Feuillet de Conches, l. c., II, 46. M. Feuillet de Conches dit qu'il y a plusieurs copies autographes (?) de cette lettre; elle a été publiée par M. d'Hunolstein, p. 323.).

Oui, c'est certain, il y a au moins un autographe, celui qui a été présenté au Musée des Lettres et Manuscrits de Paris. Fait-il partie des collections permanentes? Il n'est pas proposé online, en tout cas...  Sad 

Ainsi, Marie Antoinette passait des lettres par l'entremise du beau-frère de Madame Campan...  Suspect[/i]

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 19:10

C'est en effet cohérent avec l'énergie que mettait Marie-Antoinette à correspondre avec l'extérieur et à tenter coûte que coûte de convaincre les puissances étrangères d'intervenir.  Very Happy 
C'est dans ces correspondances là qu'on constate le mieux je trouve que Marie-Antoinette savait ce qu'elle voulait et savait s'adonner à la politique, car là c'était bien de la politique!

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 19:30

Oh oui, dis! Et quel regard lucide, quelle sagacité!  Very Happy 

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 21:47

Oui, même sans forcément comprendre ou approuver l'enjeu national de ces correspondances avec l'ennemi, on ne peut que constater que Marie-Antoinette avait les idées bien en place et se donnait à fond pour les faire appliquer  Very Happy 

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Dim 23 Mar - 22:01

Mais ce n'était pas l'ennemi. Pour moi, deux vérités ressortent clairement de la correspondance de la reine pendant la révolution:
1. L'ennemi est à l'intérieur, ce sont les factieux qui mettent la France à feu et à sang.
2. Jamais elle n'appelle à la violence, mais à venir au secours des souverains en danger et à parler fortement, c'est à dire à impressionner.

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   Jeu 11 Fév - 0:59

Here is another letter to Count Mercy.



It is dated September 28, 1791. Actually I don't know if this letter is authentic and I can't check for I haven't Ms Lever's book. However, this is well documented. Wink
http://corsair.morganlibrary.org/cgi-bin/Pwebrecon.cgi?DB=local&BBRecID=301993&v1=1

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MessageSujet: Re: lettre du 6 mai 1791 à Mercy, authentique?   

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