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 De 1789 à nos jours, la Belgique héritière de la Révolution

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pimprenelle
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MessageSujet: De 1789 à nos jours, la Belgique héritière de la Révolution    Mer 16 Avr - 9:03

Un article très intéressant qui fait le point sur une période charnière pour les régions qui constituent la Belgique actuelle. Pour nous aider à mettre de l'ordre dans ces notions un peu vagues, avouons-le, interview d'un grand historien belge, Hervé Hasquin.


«La Révolution en héritage»

Pascal Martin
mardi 15 avril 2014


Vingt années, pas une de plus. Puis ce fut Waterloo. Mais de 1795 à 1815, bien des choses se sont jouées qui influent toujours sur la Belgique actuelle.





L'historien Hervé Hasquin a guidé nos pas dans l’élaboration de la « Période française », cinquième volet de notre « Histoire de la Belgique par les cartes ». 1795-1815 : ces années constituent un moment important dans l’évolution de la structure intérieure du pays. Un peu moins d’un siècle auparavant, à l’occasion du traité d’Utrecht (1713) qui a mis à la guerre de Succession d’Espagne, la frontière entre la France et les Pays-Bas Autrichiens (la future Belgique indépendante) avait été définitivement établie.





En quoi la France de l’après-Révolution a-t-elle dessiné le visage de la future Belgique indépendante ?
Les Etats belgiques unis qui n’ont vécu que quelques mois en 1789-1790 se sont avérés être un échec énorme. Ils ne mettaient en commun que l’armée, la monnaie etc. Pour le reste chacun défendait son territoire. Avant 1789-1790, un Namurois ne pouvait pas prétendre à une fonction en Brabant, un Brabançon ne le pouvait pas non plus en Flandre et vice versa. Puis la Révolution française s’est exportée chez nous et la France a donné la structure de la Belgique contemporaine en divisant notre territoire en neuf départements. Ils deviendront les neuf provinces sous le régime hollandais, et puis sous la Belgique indépendante. Notre code judiciaire actuel fait aussi référence à la structure française. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas la Révolution française, nous en sommes ses héritiers. C’est la même chose dans de nombreux domaines comme celui de notre vocabulaire politique. Et lorsqu’on a cessé d’être français en 1815, ces structures françaises d’origines françaises étaient déjà acquises et ancrées.

Cette période n’a pas laissé que de bons souvenirs chez nous. Elle est loin d’avoir créé l’amorce d’un sentiment francophile…

Il convient de rappeler que dans toutes les principautés indépendantes qui prévalaient sur notre territoire à la fin du XVIIIe siècle, il n’y avait pas d’homogénéité linguistique. Il y avait par exemple des cantons francophones dans le comté de Flandre. La Belgique devenue indépendante, on parle toujours allemand dans l’essentiel de la province de Luxembourg. Nous resterons très pro-germaniques dans nos régions jusqu’à la Première Guerre mondiale, qui changera les mentalités. On se méfiait de la France, surtout l’Eglise qui cherchait à préserver son pouvoir face au discours anticlérical français. La France était officiellement présentée comme « la » menace pour l’indépendance de la Belgique, notamment sous Napoléon III.

Il faut aussi préciser que lorsqu’on évoque une région à l’époque, on ne parle pas nécessairement du même territoire qu’aujourd’hui ?

Bien sûr. La principauté de Liège serait le cœur de la Wallonie pour certains ?! C’est faux, un gros tiers de cette principauté constitue la Campine d’aujourd’hui. Le duché du Limbourg était composé de dialectes allemands, flamands et français et n’avait rien à voir avec les frontières actuelles de la province du Limbourg. La Flandre, jusqu’au milieu du XIXe siècle, est appelée ‘les Flandres’ (avec les provinces de Flandre occidentale et de Flandre Orientale). Ce n’est qu’avec le nationalisme du 19ème siècle que l’expression ‘Flandre’ s’étendra à l’ensemble du territoire flamand que l’on connaît aujourd’hui.

Et la Wallonie ?

Le mot Flandre existe depuis le Moyen Age, alors qu’il n’y a pas d’équivalent pour la Wallonie qui était un territoire hétéroclite. L’homogénéité est donc plus évidente au nord du pays. Dans le Hainaut, les rivalités des différentes villes (Tournai, Mons, Charleroi) s’expliquent par leur passé très différent. Ce n’est par exemple qu’entre 1960 et 1963 que Mouscron intègre le Hainaut alors qu’auparavant cette ville était une frange francophone de la Flandre occidentale. C’est par la géographie qu’on peut comprendre ! Tout ça pour dire qu’il est inutile de constituer des unités factices car nous sommes le produit d’une évolution.

Il y a le cas bien particulier de la principauté de Liège…

La principauté de Liège était liée au Saint-Empire germanique. Nous aussi, par vassalité, nous étions devenus un domaine patrimonial de l’Empire des Habsbourg d’Autriche. Puis la France est passé par là. La principauté de Liège était un territoire excentré, constamment menacé par la France et qui suscitait des problèmes avec les Provinces unies. Bien qu’il s’agisse d’un territoire d’une grande richesse, les Autrichiens arrivent à la conclusion que la principauté apporte plus d’ennuis qu’autre chose. C’est durant la Révolution française que l’Autriche-Hongrie s’en débarrasse

Du coté Sud, aucun sentiment d’appartenance commune donc ?

Non, les cartes le montrent. On constate que dans les années 1770-1780, les gouvernements de Liège et de Bruxelles peuvent faire preuve de tolérance pour permettre la porosité des frontières et une certaine forme de libre circulation des produits sans devoir payer de taxes de douane. Pourtant, les frontières sont là ! Charleroi a été principalement bâtie sur la rive gauche de la Sambre. Marchienne-au-pont et Marcinelle, qui se situent sur la rive droite, faisaient partie de la Principauté de Liège. Quand vous quittiez Charleroi Nord et que vous traversiez la Sambre, vous alliez à l’étranger. En 1794 il existait encore un cordon douanier ! »

L‘arrivée des Français va bouleverser bien des choses là aussi…

Nous avons toujours craint la France, mais c’est pourtant elle qui a fusionné les territoires qui font notre carte actuelle. La langue française étant la langue de la Révolution et de la liberté, les Français l’imposent partout. La France était un moulin exterminateur des particularismes, des langues régionales. Ce que les Français ont fait en Flandre n’est pas différent de ce qu’ils ont fait dans les cantons flamands de France, en Bretagne, en Corse, en Alsace. Cela n’a pas duré chez nous car la présence française n’a duré que 20 ans. Les Fransquillons étaient par contre déjà en Flandre au XVIII e siècle et la francisation de la Flandre. Le français à cette époque était la ‘lingua mundi’ et le style de vie français (architecture, mode, manière de vivre) était très à la mode. Au XVIIIe, Versailles est au centre du monde.

Mais quid de Bruxelles ?

Comme les statistiques le montrent, dans les années 1770-1780, il n’y avait pas plus de 25 à 30 % de francophones à Bruxelles (dans l’espace actuel des dix-neuf communes). Bruxelles était une ville flamande. Bruxelles-ville ne devient à majorité francophone que vers 1870. Il faut savoir que quand la Belgique est créée en 1830 en tant qu’Etat-nation, seule la langue française est considérée comme officielle et cela jusque 1898. C’est cette période qui permet à Bruxelles de se franciser. En Flandre, les hauts postes sont gardés par des personnes parlant le français. Les Flamands concernés ont donc choisi cette langue comme langue de culture et d’expression. Il n’y a donc pas de colonialisme wallon là-dedans : ce sont des Flamands qui ont décidé de choisir le français parce que ce choix s’inscrit dans les gènes du XVIIIe. On comprend ainsi dans quel contexte le mouvement flamand du XIXe siècle va naître.

Comment qualifier la période sur le plan économique ?

C’est une période faste. L’espace wallon devient le cœur de la Révolution industrielle sur le continent. Après l’Angleterre, les régions de Charleroi et de Liège sont les plus industriellement développées du continent européen. L’espace wallon va connaître une période de prospérité considérable bien avant que l’indépendance belge ne se fasse. Une raison principale en est que les zones d’exportation avec l’Empire français sont très grandes. A titre d’exemple, la production d’armes en région liégeoise équivalait à un quart de la production totale d’armes de l’Empire français. Sous le régime hollandais, nos territoires ont bénéficié des colonies hollandaises. C’est la raison pour laquelle de nombreux industriels wallons, après la Révolution, resteront longtemps attachés aux Orangistes : ils auront la nostalgie de ce que Guillaume Ier a accompli pour l’industrie wallonne. La plupart des familles nobles belges ont par ailleurs boudé le pouvoir royal jusqu’en 1839, année des traités définitifs de l’indépendance de la Belgique et de la reconnaissance par Guillaume Ier de celle-ci. Car, de leur point de vue, le roi légitime était Guillaume Ier ! Pourtant dans la population, il y avait à l’égard de ce dernier un sentiment de révolte et d’iniquité. Déjà en 1831, les pouvoirs du roi des Belges font de lui un irresponsable politique. Ce n’est pas une invention politique du XXe ou du XXIe siècle.

http://www.lesoir.be/521359/article/actualite/belgique/2014-04-15/revolution-en-heritage

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MessageSujet: Re: De 1789 à nos jours, la Belgique héritière de la Révolution    Ven 18 Avr - 15:34

Vachement intéressant merci Pim   
L'histoire de la Belgique est tellement peu évoquée en France que ça fait du bien!

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pimprenelle
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MessageSujet: Re: De 1789 à nos jours, la Belgique héritière de la Révolution    Ven 18 Avr - 15:38

Un dommage collatéral du centralisme jacobin, sans doute.   

Culturellement, la Belgique francophone n'est qu'une province de la France. Mais parle-t-on beaucoup de ce qui se fait en province, en France? On dirait plutôt que la vie s'arrête à Paris.  Wink 

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madame antoine

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MessageSujet: Re: De 1789 à nos jours, la Belgique héritière de la Révolution    Sam 25 Avr - 11:17

Le Belgique est héritière de l'époque napoléonienne, aussi, s'il faut en croire cet article.

http://www.levif.be/actualite/international/les-belges-sont-restes-plus-napoleoniens-que-les-francais/article-normal-390687.html

Bien à vous

madame antoine

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MessageSujet: Re: De 1789 à nos jours, la Belgique héritière de la Révolution    Lun 27 Avr - 11:15

Très intéressant merci! Je ne m'étais jamais penché sur la question en plus Very Happy
Napoléon a en effet laissé beaucoup de traces dans ses politiques intérieures, signe qu'il a su être visionnaire dans de multiples domaines sociaux Wink

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