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 Lynn Hunt, la passion de la Révolution

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pimprenelle
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MessageSujet: Lynn Hunt, la passion de la Révolution   Dim 25 Mai - 11:30

J'ai trouvé ce matin à mon courrier un beau portrait de Lynn Hunt, cette spécialiste américaine de la Révolution française. Je vous le livre in extenso:


Lynn Hunt, la passion de la révolution

Portraits - 01/06/2014 par Gene Tempest

En 1985, alors que s'ébauchent les grands débats liés au bicentenaire de la Révolution française, l'historienne américaine Lynn Hunt est invitée à l'École des hautes études, à Paris, par François Furet. A 39 ans, elle travaille déjà depuis une quinzaine d'années sur le passé révolutionnaire français et enseigne à Berkeley, l'éminente université publique qui donne sur la baie au bord du Pacifique, avec une vue imprenable sur San Francisco.

Ses premiers travaux, remarqués, portaient sur les aspects sociaux, mais aussi culturels et psycho-historiques de la Révolution française. Sa « nouvelle histoire culturelle » utilise les méthodes des chercheurs en littérature, en anthropologie et même en sciences cognitives pour comprendre les discours et les images de la période révolutionnaire. Dans Le Roman familial de la Révolution française, par exemple, Lynn Hunt se livre à une analyse des fantasmes des révolutionnaires en montrant l'importance de la fraternité et de la désacralisation de la figure paternelle dans leur inconscient politique.

Et dans son dernier livre traduit en français, L'Invention des droits de l'homme, l'historienne, qui se demande pourquoi les droits de l'homme sont nés au XVIIIe siècle, ne livre pas seulement une analyse politique mais s'intéresse à l'évolution des sensibilités : en versant des torrents de larmes à la lecture des romans épistolaires à grand succès du siècle des Lumières, les contemporains découvrent l'égalité des droits par-delà les différences des conditions.

Mais revenons à l'année 1985. Lynn Hunt doit prononcer à l'EHESS une conférence « hors cadre » sur son deuxième livre, Politics, Culture, and Class in the French Revolution, publié aux États-Unis l'année précédente. « Je me rappelle de ce séminaire dans le moindre détail. C'était incroyable. » Elle rit. Mona Ozouf est dans la salle, Roger Chartier aussi. Un tournant pour Lynn Hunt : à l'époque il y avait encore peu d'échanges entre chercheurs français et américains. Furet avait également invité Claude Mazauric, l'historien marxiste, proche d'Albert Soboul, avec qui les échanges académiques avaient parfois été tendus. Mais ils se serrent la main. « C'était un grand moment », se souvient Lynn Hunt. « Il y avait de sérieux différends entre les deux écoles, mais j'étais amie avec l'un et l'autre [...]. C'est l'avantage quand on est américain. Nous n'avions pas à choisir de camp. »

Depuis toujours, la passion de Lynn Hunt pour l'histoire se mêle à la politique. Sa mère, une « activiste sur tous les sujets, beaucoup plus à gauche que la plupart des mères de sa génération », fut la première femme élue au conseil municipal de sa ville de Saint Paul au Minnesota. « J'ai le souvenir de distributions de tracts durant toute mon enfance. C'est en m'intéressant à la politique locale que je me suis posé la question : pourquoi des révolutions éclatent-elles dans certaines régions, et pas ailleurs ? »

Le Minnesota où elle passe une partie de sa jeunesse est son laboratoire : « Malgré son climat glacial, c'est un État du Midwest dont de nombreux habitants pensent qu'ils peuvent changer le monde. Ma mère était bien de ceux-là. » La région est aussi marquée par son passé immigré, fortement germanique. « Comme beaucoup d'Américains, je me suis intéressée à l'histoire parce que mon grand-père était un immigré. » En 1905, le jeune homme, qui appartenait à la minorité allemande d'Ukraine, avait quitté le pays pour échapper au service militaire dans les armées du tsar en Manchourie. Sa grand-mère, elle, était née aux États-Unis dans une famille paysanne germanophone. A la maison, ses grands-parents se parlaient en allemand.

Lynn Hunt apprend donc cette langue au lycée, puis s'inscrit en allemand à Carleton College en 1963. Comme beaucoup d'étudiants de sa génération, elle est d'abord attirée par l'histoire de l'Allemagne nazie. « J'étais intéressée par le fait que les choses pouvaient basculer rapidement, de manière imprévue. D'où ma fascination pour la question nazie. » Son grand-père s'appelait Adolf. « Difficile alors de ne pas se poser la question de la responsabilité morale. » Mais, en deuxième ou troisième année, elle suit un cours sur la Révolution française avec un des professeurs les plus charismatiques du campus, Carl Weiner. « Il a donné le cours sur la chute de Robespierre avec une épée dans la main. [...] Nous étions à peu près hypnotisés. »

« Et voilà. Le tour était joué. » C'est donc l'atmosphère militante des années 1960 qui pousse Lynn Hunt vers les révolutionnaires de 1789. C'est aussi, aux États-Unis, la période des civil rights. Le début de la libération des femmes, de la révolution sexuelle, du mouvement gay. Et puis la guerre du Vietnam, qui polarise la société américaine.

Elle commence son doctorat à Stanford en 1967, en Californie, au coeur du mouvement étudiant antiguerre. « C'était pile au moment de la période la plus tumultueuse de l'histoire américaine. Pour moi, c'était ça, la graduate school. » Son premier voyage en Europe a lieu à Paris, en septembre 1970. Là aussi l'atmosphère est politisée. Sa colocataire est une doctorante à Cornell qui travaille sur les réformes agraires vietnamiennes des années 1950 et s'engage activement dans la lutte contre la guerre. Lynn Hunt assiste grâce à elle à toutes les manifestations antiguerre et découvre la culture vietnamienne à Paris. Elle profite aussi de cette période de travail sur sa thèse pour suivre les cours de Michel Foucault au Collège de France.

En 1974, elle est la troisième femme à obtenir un poste au département d'histoire à Berkeley. La première, Natalie Zemon Davis, n'est arrivée que trois ans auparavant. Et pourtant « tout à Berkeley était fantastique », ses collègues comme ses étudiants. Après Berkeley, elle enseigne aussi à l'université de Pennsylvanie, avant de se retrouver en Californie, à Los Angeles cette fois.

Le travail de Lynn Hunt a parfois suscité des controverses ; pour les historiens plus traditionnels, l'idée même d'« inconscient politique », par exemple, n'allait pas de soi. Mais son originalité a toujours été reconnue par ses collègues français et américains : « J'ai eu la chance d'avoir pu repousser les limites dans mon travail sans que les gens ne courent dans le sens inverse », explique-t-elle. « Il va sans dire que j'ai été beaucoup critiquée, mais, dans l'ensemble, les critiques étaient relativement amicales et constructives. »

En 2002, elle est élue présidente de la prestigieuse American Historical Association (l'association professionnelle des historiens américains), « un incroyable honneur ». Professeur émérite à l'université de Californie à Los Angeles, Lynn Hunt publie à la rentrée un ouvrage sur les différentes manières d'écrire l'histoire à l'ère globale et s'attelle à une histoire des banquiers étrangers pendant la Révolution française. « Je suis toujours intéressée par cette même question centrale : comment les gens se mobilisent-ils ? Qu'est-ce qui fait qu'ils voient quelque chose qu'ils ne voyaient pas auparavant ? C'est pourquoi je travaillerai toujours sur la Révolution française. »

http://www.histoire.presse.fr/actualite/portraits/lynn-hunt-passion-revolution-01-06-2014-98989

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MessageSujet: Re: Lynn Hunt, la passion de la Révolution   Dim 25 Mai - 11:32

Les publications de Lynn Hunt:


Politics, Culture, and Class in the French Revolution, vol. 1 de Studies on the History of Society and Culture, 1984.
Politics, culture, and class in the French Revolution, Taylor & Francis, 1986.
Joyce Appleby, Lynn Hunt, Margaret Jacob, La verdad sobre la historia, Andres Bello, 1998.
Beyond the Cultural Turn, (sous la dir.) Lynn Hunt et Victoria Bonnel, Berkeley, University of California Press, 1999.
Inventing Human Rights: A History, W.W. Norton & Co., 2008. Traduction française : L'invention des droits de l'homme – Histoire, psychologie et politique, Markus Haller, 2013.

source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Lynn_Hunt

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MessageSujet: Re: Lynn Hunt, la passion de la Révolution   Dim 25 Mai - 11:38

Biographie et bibliographie plus complètes sur le site de l'UCLA:

http://www.history.ucla.edu/people/emeriti-ae-1/emeriti?lid=535



Parcours impressionnant!  Very Happy 

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MessageSujet: Re: Lynn Hunt, la passion de la Révolution   Dim 25 Mai - 11:40

De très pertinents commentaires de Madame Hunt sur la digitalisation des sources
http://www.dukechronicle.com/articles/2010/01/20/digitization-boosts-access-collaboration-ucla-prof-says


... au fait, on en est où, dans la mise en ligne de la correspondance entre la reine et Fersen?  Suspect 

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MessageSujet: Re: Lynn Hunt, la passion de la Révolution   Lun 26 Mai - 10:45

Intéressant, faudra que je lise tout ça de chez moi  Very Happy 

Citation :
... au fait, on en est où, dans la mise en ligne de la correspondance entre la reine et Fersen?

Bonne question   

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