Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 Marie-Antoinette et ses biographes (Cécile Berly)

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MessageSujet: Marie-Antoinette et ses biographes (Cécile Berly)   Mar 29 Mai - 1:39

"Marie-Antoinette et ses biographes , Histoire d'une écriture de la Révolution Française" ,
de Berly Cécile, Préface de Jean-Clément Martin,
Logiques Historiques, L'Hrmattan



Ouvrage incomplet car l'auteur ne traite pas de tous les biographes et surtout pas de Simone Bertière qui me paraît incontournable...

Bien à vous.
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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Marie-Antoinette et ses biographes (Cécile Berly)   Lun 7 Avr - 21:10

Je vous propose une analyse de cet ouvrage.


Marie-Antoinette et ses biographes : histoire d’une écriture de la Révolution française


par Sylvie Dallet


L’ouvrage universitaire de Cécile Berly, Marie-Antoinette et ses biographes, Histoire d’une écriture de la Révolution française, confronte les portraits de la reine brossés par cinq historiens contemporains, du milieu du XIXe siècle aux années 1990. Ces cinq auteurs en quête d’un même personnage, ondoyant, magnifique ou pitoyable, ont consulté les archives, les ont diversement interprétées et se sont fait connaître du grand public par des sommes bien écrites. Le témoignage de Cécile Berly, plus concis, apparaît alors comme un véritable défi intellectuel aux auteurs cités : elle reprend les analyses des frères Goncourt (1858), de Stephan Zweig (1934), de Jean Chalon (1988), de Paul et Pierrette Girault de Coursac (1990) et d’Évelyne Lever (1991), sous la forme d’une confrontation raisonnée, assaisonnée du sel « scientifique », alors que les écritures étudiées sont présentées comme « vulgarisatrices ».

Évoquer les interprétations de l’histoire et particulièrement celles qui sont liées à la peinture des caractères est un exercice délicat parce qu’il ne peut se faire dans l’innocence des enjeux symboliques. Cécile Berly pressent ce substrat quand elle écrit : « aux femmes sans présence historique s’opposerait cette reine - femme à la mémoire saturée ». L’ouvrage repose sur un argumentaire thématique qui fait le va et vient entre des époques distinctes, dans une écriture neutralisée qui, au-delà du souci « scientifique » régulièrement invoqué, cherche foncièrement à ne pas ranimer les passions inhérentes au genre. Cécile Berly offre au lecteur ces deux qualités nécessaires pour le citoyen comme pour l’historien, du courage (parfois de la naïveté téméraire) et un certain talent de plume. Son écriture de l’histoire se situe, de fait, au point de rencontre de deux expressions sensibles, celle de la souveraine et celle de la comparatiste, sur des modes de dédoublement et d’identification que Cécile Berly observe attentivement sur les biographes dont elle étudie la conception.

Cependant, malgré ces atouts qui rendent la lecture agréable, car fine et bien écrite, le travail de Cécile Berly laisse une impression mitigée, parce qu’il revendique une spécificité d’écriture savante, sans entrer dans les définitions et donc dans un possible conflit. La comparaison systématisée met en danger l’écrivain chercheur, car sa rédaction exige à la fois une narration et un essai, dans une relation exigeante à la fois conceptuelle et historiquement documentée. Or, cette navigation intellectuelle n’évite pas ici quelques redondances, révélant, au détour d’une formule prudente ou osée, un défaut d’appareil critique et de références (pour exemple les travaux pionniers d’Alice Gérard et de l’équipe de Jean-Claude Bonnet ne sont pas utilisés). Pour s’arrêter au vocabulaire de la « vulgarisation » dont l’auteure use parfois sans modération, quelques maladresses d’opinion desservent la leçon de courage que Cécile Berly entend donner à son lecteur.

Le délicat exercice de la biographie se rattache à l’histoire des sensibilités et au « mental » cher à Lucien Febvre : le travail de repérage qu’il suppose exige une réévaluation constante du contexte politique et social, à l’équilibre entre la pudeur et la passion des êtres. Alors que quelques phrases introductives rappellent que toute biographie reste liée avec une historiographie qu’elle traduit, exalte ou réoriente, l’auteure hésite à en dévoiler les lignes de force, peut-être sous la pression d’une logique éditoriale qui a tronqué l’exercice universitaire initial.

De fait, les œuvres sont peu étudiées au travers leur accueil public, leurs dates de parution, voire leur proximité avec les commémorations, tout cet arrière-plan qui commandite, reçoit et oriente in fine le sens commun de l’histoire. Par ailleurs, si les biographies sont rarement évaluées au regard de la production historiographique écrite, l’essai critique néglige totalement le premier outil de vulgarisation contemporain que demeure l’audiovisuel. Même si l’écriture analysée par Cécile Berly se résout à cinq exemples populaires maintes fois réédités, on ne peut passer sous silence que l’année 2006 restera l’année de la biographie imagée de Sofia Coppola, comme l’année 1939 celle de la version américaine de Woodbridge Strong van Dyke (le « certain » van Dyke, selon le terme approximatif de Cécile Berly en note de bas de page). Ces mises en scènes simplifiées et efficaces touchent un public bien plus large que les ouvrages analysés par l’historienne universitaire, qui mentionne toutefois, en conclusion, la floraison des sites Internet consacrés à la souveraine. En d’autres termes, l’exercice biographique ne peut se satisfaire d’une seule focale sur le portrait et son biographe, même si ce couple est décrit transversalement par la genèse de l’œuvre.

Parmi les croquis des écrivains qu’elle étudie, Cécile Berly laisse percer (et pourquoi pas ?) son admiration pour la subtilité psychologique de Stefan Zweig. À sa suite, sur un chapitre complet, elle explore les fantasmes du corps (et du sexe) royal, exposé, profané, mis en scène. Cette approche sensible (le mot n’est pas de Cécile Berly qui évite cet adjectif) s’affirme en ce début de siècle, comme la voie royale des historiens, renforcé par notre civilisation de l’image. Cette forme narrative rejoint paradoxalement les audaces expérimentales, voire cliniques, du siècle dernier.

Cependant, à trop suivre Marie-Antoinette dépeinte au détour des perceptions de ses biographes, au regard de quelques historiens contemporains choisis comme référents obligés, l’auteure tisse au petit point des portraits à fond noir, où l’avis du lecteur reste captif, sans pouvoir se déprendre, de la tête, du corps chatoyant ou des atours de circonstance de la reine.

Or, comme l’art du peintre, le genre biographique reste un symptôme révélateur de son époque, entre l’histoire des idées et celle des mentalités. Les formes du récit biographique, tour à tour éclatantes ou ombrées, laissent à deviner les atours et les alentours d’un sujet vivant, Marie-Antoinette, qui, reine de France, devient, contre son gré, l’objet dompté de l’histoire et de ses écrivains. La relation entre le passé remémoré et les multiples symboliques de la représentativité institutionnelle demeure le véritable enjeu de la mise en scène du pouvoir et de son écriture savante.
Dans cette confrontation biographique, qui conjugue ici une triple approche comparatiste, féministe et sensible, l’abondance des matériaux, leur caractère hétérogène doivent servir paradoxalement la démonstration scientifique, au-delà des bons et des mauvais points décernés au biographe. Une mise en perspective constante, culturelle et sociale, peut-être même franchement décalée, permettrait d’éviter certains effets de loupe ou de redondances, qui révèlent, malgré la nature courageusement comparative de l’exercice, une affectivité positiviste qui hésite entre les petits liens nécessaires et le sel des anecdotes. L’historienne ne peut ignorer que la logique floue, même novatrice, demeure une navigation à risque : cet art de la défense doit, pour être mené au plus vrai du sujet (et convaincre son lectorat « savant »), corseter ses intuitions d’une solide connaissance des observatoires éloignés, miroirs du temps et de l’espace, dans un tournoiement collectif, où le politique, le philosophique et le social se disputent sensiblement depuis plus de deux cents ans l’image de la Reine.

Référence électronique
Sylvie Dallet, « Marie-Antoinette et ses biographes : histoire d’une écriture de la Révolution française », Annales historiques de la Révolution française [En ligne], 347 | janvier-mars 2007, mis en ligne le 01 mars 2010, consulté le 07 avril 2014. URL : http://ahrf.revues.org/8723

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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Marie-Antoinette et ses biographes (Cécile Berly)   Lun 7 Avr - 21:17

Bien entendu, tout dépend ce qu'on attend d'un livre. Je me souviens que j'espérais beaucoup de celui-là, et que j'ai été très déçue. Ce n'est pas, contrairement à mes attentes, un livre sur Marie Antoinette, mais sur ses biographes.

Or, la première remarque qui m'est venue à l'esprit est une question: pourquoi ces auteurs-là plutôt que d'autres? Pourquoi pas, surtout, Simone Bertière, la plus complète et la plus documentée des biographes?

Même en admettant ces choix, il reste que le manque d'objectivité m'a sauté aux yeux. Pour faire court et direct, il n'y en avait que pour Zweig. Or, Simone Bertière, précisément, a très bien montré comment Zweig s'est trompé dans ses analyses. Mais puisque Cécile Berly ignore Madame Bertière... La boucle est bouclée.

En revanche, le point que j'ai réellement apprécié et qui m'a appris des faits que j'ignorais, c'est la remise en contexte que Madame Berly donne de chaque biographe. Ca, c'était vraiment intéressant à lire.  Very Happy

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madame antoine

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MessageSujet: Re: Marie-Antoinette et ses biographes (Cécile Berly)   Mer 31 Aoû - 9:22

Voici un autre compte-rendu, signé Pascal Dupuy.

Tiré d’un mémoire de maîtrise soutenue à l’Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Jean-Clément Martin, ici préfacier, Marie-Antoinette et ses biographes. Histoire d’une écriture de la Révolution française possède les qualités et les défauts de ce type d’exercice. Le titre en est ainsi trompeur, puisqu’il laisse envisager une enquête reposant sur l’ensemble des travaux portant sur la figure historique de Marie-Antoinette. En fait, cinq biographes ont été convoqués et fondent le socle sur lequel s’appuie l’auteur. Sans jamais véritablement expliquer ses choix, si ce n’est qu’ils relèvent, selon elle, d’une forme de « vulgarisation », Cécile Berly s’est donc servie, afin de développer ses analyses, des ouvrages d’Edmond et Jules de Goncourt (Histoire de Marie-Antoinette, 1858), de Ztefan Zweig (Marie-Antoinette, portrait d’un caractère moyen, 1934), de Jean Chalon (Chère Marie-Antoinette, 1988), de Paul et Pierrette Girault de Coursac (Louis xvi et Marie-Antoinette, vie politique, vie conjugale, 1990 et La dernière année de Marie-Antoinette, 1993) et de Evelyne Lever (Marie-Antoinette, 1991). Les auteurs et leurs biographies sont présentés dans un premier chapitre où C. Berly préfère à la chronologie de la parution, un classement relevant du genre : à l’œuvre de « réhabilitation » (p. 15) des Goncourt répond « son équivalence contemporaine », le larmoyant récit de Jean Chalon, journaliste au Figaro et biographe à succès. Puis viennent deux auteurs, dont on nous apprend qu’ils « ne méritent pas le nom » de vulgarisateur (Zweig et Lever), pour finir avec une « analyste royaliste », celle des Girault de Coursac. Le deuxième chapitre étudie l’ensemble des biographies sélectionnées à partir de leurs traits communs et au travers d’une étude littéraire et historique associant, à l’occasion, la vie des auteurs étudiés, l’analyse des illustrations de couvertures ou encore d’autres procédés publicitaires. Si l’ensemble n’est pas sans intérêt, les conclusions qu’en tire C. Berly sont souvent d’une assez grande banalité en raison de la qualité historique très variable de chaque ouvrage analysé. On apprend ainsi que « la jeune Marie-Antoinette est, pour l’ensemble des écritures vulgarisatrices, une princesse sacrifiée par sa mère » (p. 124) ou encore que « les biographies de la reine sont autant de miroirs déformants de la Révolution française » (p. 128)… Vient ensuite un dernier chapitre qui s’attache à démontrer que les biographies de Marie-Antoinette sont avant tout des histoires « du corps d’une femme qui fut reine à la fin du xviiie siècle » (p. 132). On découvre à partir d’extraits des biographies suscitées les descriptions du corps de la reine, son corps d’adolescente, puis son intimité et sa sexualité et enfin son devenir de condamnée. Le tout repose principalement sur les ouvrages polémiques et partisans des Girault de Coursac, sur la biographie de Chalon, dévot et amoureux de son héroïne, sur les tableaux littéraires des de Goncourt et, dans une moindre mesure, sur le regard freudien que porte Zweig sur Marie-Antoinette. Evelyne Lever est pratiquement absente de cette partie et l’on peut se demander quelle part son ouvrage prend dans la démonstration de l’auteur. Infime, assurément.
L’ensemble laisse donc le lecteur quelque peu circonspect sur la démarche et la finalité du travail entrepris. Si les ouvrages étudiés le sont sérieusement, de nombreux passages auraient mérité d’être confrontés à d’autres sources afin de compléter et de préciser les analyses. Certaines reposent d’ailleurs sur des appréciations pour le moins originales et insuffisamment démontrées (voir par exemple les appréciations sur les travaux d’E. Lever par « le microcosme de la communauté des historiens » (sic), p. 60). Mais, c’est surtout le manque d’analyse de la notion qui a servi de fondement aux choix des auteurs étudiés, cette « histoire vulgarisée » pourtant maintes fois évoquées, qui interpelle. En ne la précisant pas suffisamment, C. Berly nous donne une étude, certes agréablement écrite, mais qui reste toujours à l’état d’explication de textes à la portée somme toute limitée.


Référence électronique
Pascal Dupuy, « Cécile Berly, Marie-Antoinette et ses biographes. Histoire d’une écriture de la Révolution française », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 30 | 2009, mis en ligne le 01 février 2010, consulté le 31 août 2016. URL : http://clio.revues.org/9513

Bien à vous

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MessageSujet: Re: Marie-Antoinette et ses biographes (Cécile Berly)   Mer 31 Aoû - 10:26

Ha bon ? Elle démolit Chalon ? Elle m'a bien plu, la bio de Chalon. Super romantique ....
Et puis, Marie-Antoinette, quelle femme forte ! Comme on les aime !

Sinon, je ne sais pas, j'ai pas lu son livre.
Trop encyclopédique pour moi.

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MessageSujet: Re: Marie-Antoinette et ses biographes (Cécile Berly)   

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