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 La libre circulation des idées scientifiques au XVIIIe

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pimprenelle
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Date d'inscription : 23/05/2007

MessageSujet: La libre circulation des idées scientifiques au XVIIIe    Mer 11 Juin - 8:37

Un article qui va t'intéresser, Choupinou, et avec le propos duquel je suis tout à fait d'accord: une idée, qu'elle soit d'ailleurs scientifique ou autre, ne tombe pas du ciel, elle s'inscrit dans un contexte, un ensemble de recherches, un air du temps. C'est vrai pour toutes les époque et nous avons tort d'imaginer le savant seul enfermé dans sa pensée.

C'est une vérité que le bon vieux Sénèque méditait déjà...  Very Happy 

Mais trêve de blablas, voici l'article!   


Comment fabrique-t-on des vérités scientifiques ?



Tableau de l'Américain Robert Charles Dudley, 1866 (détail). (©Metropolitan Museum of Art)


« J'ai toujours été tel l'enfant jouant à la plage, alors que le grand océan inexploré de la vérité se trouvait étendu devant moi.» Cette confidence de Newton correspond à l'image que le grand public s'est faite longtemps du savant: un soldat de la vérité, engagé dans un combat solitaire avec la nature pour lui arracher ses secrets.

Cette vision héroïque de la science n'a pas résisté à la perte de la foi dans les bienfaits du progrès scientifique. Le savoir n'est plus considéré comme une conquête de la vérité mais comme le résultat provisoire d'un accord et d'un rapport de forces entre chercheurs. En France, un scepticisme de bon ton, inspiré par l'oeuvre de Michel Foucault, a permis aux littéraires de soigner leurs complexes à l'égard des sciences dures en ramenant les contenus scientifiques à des textes, à traiter comme tels.

Dans le monde anglo-saxon, cette volonté de désacraliser l'invention scientifique a conduit les spécialistes à reconstituer les contextes sociaux et philosophiques particuliers dans lesquels s'inscrivaient, pour chaque époque, les débats entre savants. Le grand livre de Simon Schaffer et Steven Shapin, «Leviathan et la pompe à air. Hobbes et Boyle entre science et politique», est apparu comme le manifeste de la nouvelle histoire des sciences anglo-saxonnes.

Il étudiait les controverses qui ont opposé le philosophe au physicien Robert Boyle sur la nature du vide et sur les valeurs respectives de la théorie et de l'expérimentation dans l'exploration du monde naturel. Les deux historiens publient aujourd'hui, chacun de son côté, un bilan passionnant de leurs propres recherches.

Newton à la mer, vraiment?

L'image de Newton méditant face à l'océan a d'autant moins de chances d'être vraie, observe Simon Schaffer, que le découvreur de la gravitation universelle est rarement allé au bord de la mer et n'y a probablement jamais trempé les pieds. Il a vécu à Cambridge où il a enseigné longtemps et à Londres où il a présidé la Royal Society et dirigé l'atelier de la Monnaie. Il a donc passé le plus clair de son temps, non à contempler la nature, mais à refaire ses calculs et à rédiger ses conclusions dans la solitude de son cabinet de travail.

Un tel tableau pourrait accréditer la vision romantique du chercheur seul face aux énigmes du monde, si Newton n'avait eu à sa disposition les observations collectées sous toutes les latitudes par les navigateurs des sociétés de commerce colonial, comme la Compagnie des Mers du Sud dont il était l'un des principaux actionnaires, ou par des explorateurs comme son ami Edmond Halley. Sa pensée visionnaire a pu d'autant mieux s'exprimer qu'elle était en dialogue permanent avec ses collègues de la Royal Society et avec tout le monde savant européen.

Car, si la France et l'Angleterre se faisaient la guerre, leurs savants se rencontraient et discutaient librement. La forte sociabilité des érudits ne suffit pas pour expliquer l'éclat de la vie scientifique britannique à la fin du XVIIe siècle. L'«Histoire sociale de la vérité» que nous propose Steven Shapin montre que, à rebours de l'idée reçue reliant l'essor de l'esprit scientifique à celui de la bourgeoisie et du rationalisme, l'ethos qui entraîne le monde savant britannique est à la fois aristocratique et religieux.

La vérité ne tombe pas du ciel

Le physicien Robert Boyle, gentilhomme fortuné et chaste célibataire, est la figure emblématique de ce nouvel esprit. Fuyant le pédantisme universitaire, les découvreurs sont invités à exposer leurs idées sur le ton de la conversation, en cherchant non à s'imposer mais à susciter le débat. L'honnêteté et le désintéressement sont les règles de cette nouvelle chevalerie.

La vérité n'est pas un acquis épistémologique, tombé du ciel, que l'on trouverait au bout de son microscope. C'est une construction humaine qui a besoin de l'oubli de soi et de l'adhésion des autres pour exister. Sommes-nous loin aujourd'hui de l'idéal qui guidait les recherches des savants anglais ou français du XVIIIe siècle? En apparence oui.

Les laboratoires se livrent d'un pays à l'autre à une compétition sans merci, et les recherches sont soumises à des objectifs financiers et parfois militaires qui n'ont rien de désintéressé. Pour autant, l'innovation scientifique reste inséparable de la libre circulation des idées. Preuve qu'aujourd'hui comme hier la science a besoin de curiosité et de désintéressement.

André Burguière

La Fabrique des sciences modernes (XVIIe- XIXe siècle),
par Simon Schaffer, Seuil, 444 p., 24 euros.
Une histoire sociale de la vérité,
par Steven Shapin, La Découverte, 560 p., 28 euros.


SIMON SCHAFFER, né le 1er janvier 1955 à Southampton (Grande-Bretagne), est historien et professeur à l'université de Cambridge.

STEVEN SHAPIN, né en 1943, historien et sociologue américain, occupe la chaire Franklin L. Ford d'histoire des sciences à l'université Harvard.





Steven Shapin - une histoire sociale de la vérité aux éditions La Decouverte
Article paru dans "le Nouvel Observateur" du 29 mai 2014.

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20140605.OBS9637/comment-fabrique-t-on-des-verites-scientifiques.html

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madame antoine

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MessageSujet: Re: La libre circulation des idées scientifiques au XVIIIe    Mer 11 Juin - 10:31

Bonjour,

Il est vrai qu'on imagine toujours les savants du XVIIIe siècle travaillant chacun seul dans son laboratoire. Or, les scientifiques de tous les temps ont toujours trouvé le moyen de faire circuler leurs idées. Pensons aux Humanistes, par exemple, qui voyageaient dans toute l'Europe pour s'échanger informations et savoirs.

madame antoine

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Chou d'amour
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MessageSujet: Re: La libre circulation des idées scientifiques au XVIIIe    Mer 11 Juin - 11:32

Excellent article Pim je confirme   

Il est vrai que l'image du savant fou cherchant dans son coin n'est pas la bonne. De nos jours plus encore bien sûr mais aussi dans le passé il y a toujours eu de la communication entre les scientifiques et chercheurs, et de la coopération entre laboratoires mêlée à de la concurence c'est vrai.
Je pense qu'il n'existe pas à ce jour une seule découverte scientifique majeure qui soit l'oeuvre d'un seul homme ou femme. Tous les grands scientifiques, tels que Newton ou Einstein pour ne nommer qu'eux, se sont appuyés pour leurs travaux sur les résultats et observations d'autres scientifiques  Very Happy De plus, de nos jours du moins, pour qu'une découverte d'un chercheur soit reconnue il faut la publier et qu'elle soit approuvée par ses pairs, ce qui induit une part de communication et de vente à la limite  

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MessageSujet: Re: La libre circulation des idées scientifiques au XVIIIe    

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