Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 Les journées d'octobre

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pimprenelle
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MessageSujet: Les journées d'octobre   Dim 5 Oct - 19:02

Oui, nous y sommes. Les funestes 5 et 6 octobre, alors qu'il y a plus de deux siècles, une foule hystérique de femmes infiltrée d'hommes en jupes déferlait sur Versailles. Cette nuit-là, des forcenés se frayaient un passage jusqu'à la chambre de la reine, dans l'intention sans équivoque de la massacrer. Marie Antoinette ne dut la vie qu'au courage de ses gardes, à la présence d'esprit de ses femmes et à cette porte à l'arrière de son lit... qui lui permit de fuir jusqu'aux appartements du roi.




Je n'aime pas penser aux journées d'octobre, ces événements affreux, cette violence et les horreurs auxquelles ma reine a échappé me font frémir. Mais c'est plus fort que moi, mon esprit me ramène toujours vers cette nuit-là, où il s'en est fallu de si peu...

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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Dim 5 Oct - 19:09

Témoignage de Madame Campan (qui n'était pas de service ce soir-là):

La Reine se coucha à deux heures du matin et s'endormit, fatiguée par une journée aussi pénible. Elle avait ordonné à ces deux femmes de se mettre au lit, pensant toujours qu'il n'y avait rien à craindre, du moins pour cette nuit.[...]

(Il s'agissait de MadameThibaut et de Madame Auguié, la sœur de Mme Campan).

Au sortir de la chambre de la Reine, ces dames appelèrent leurs femmes de chambre et se réunirent toutes quatre, assises contre la porte à coucher de sa Majesté. Vers quatre heures et demie du matin, elles entendirent des cris horribles et quelques coups de fusil; l'une d'elles entra chez la Reine pour la réveiller et la faire sortir de son lit; ma sœur vola vers l'endroit où lui paraissait être le tumulte; elle ouvrit la porte de l'antichambre qui donne dans la grande salle des gardes et vit un garde du corps, tenant son fusil en travers de la porte et qui était assailli par une multitude qui lui portait des coups; son visage était déjà couvert de sang; il se retourna et lui cria : « Madame, sauvez la Reine; on vient pour l'assassiner». Elle ferma soudain la porte sur cette malheureuse victime de son devoir, poussa le grand verrou et prit la même précaution en sortant de la pièce suivante, et, après être arrivée à la chambre de la Reine, elle lui cria : « Sortez du lit, Madame; ne vous habillez pas; sauvez-vous chez le Roi ». La Reine épouvantée se jette hors du lit, on lui passe un jupon, sans le nouer, et ces deux dames la conduisent vers l'œil de bœuf. Une porte du cabinet de toilette de la Reine qui tenait à cette pièce n'était jamais fermée que de son côté. Quel moment affreux ! Elle se trouva fermée de l'autre côté. On frappe à coups redoublés. Un domestique d'un valet de chambre du roi vient ouvrir. La Reine entre dans la chambre de Louis XVI et ne l'y trouve pas. Alarmé pour les jours de la Reine il était descendu par les escaliers et les corridors qui régnaient sous l'œil de bœuf et le conduisaient habituellement chez la Reine sans avoir besoin de traverser cette pièce. Il entre chez Sa Majesté et n'y trouve que des gardes du corps qui s'y étaient réfugiés. Le Roi leur dit d'attendre quelques instants craignant d'exposer leur vie et leur fait dire ensuite de se rendre à l'Oeil de bœuf. Madame de Tourzel alors gouvernante des enfants de France venait de conduire Madame et le dauphin chez le Roi. La Reine revit ses enfants.

[...] Il n'est pas vrai que les brigands aient pénétré jusqu'à la chambre de la Reine et percé de coups d'épée ses matelas. Les gardes du corps réfugiés furent les seuls qui entrèrent dans cette chambre, et si la foule y eût pénétré, ils auraient été massacrés [...]. À l'instant, cette criminelle horde se précipita vers l'Œil-de-bœuf, espérant sans doute la ressaisir à son passage.

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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Dim 5 Oct - 19:19

Témoignage de la marquise de La Tour-du-Pin (dame d'honneur de la Reine):

« La preuve que l'on n'avait pris aucune précaution extraordinaire, c'est que les assassins, parvenus au haut de l'escalier de marbre, et conduits certainement par quelqu'un qui connaissait le chemin à suivre, tournèrent dans la salle des gardes de la Reine, où ils tombèrent à l'improviste sur le seul garde aposté en ce lieu. Ce garde se précipita à la porte de la chambre à coucher, qui était fermée en dedans, et ayant frappé à plusieurs reprises avec la crosse de son mousqueton, il cria : « Madame, sauvez-vous, on vient vous tuer ». Puis, résolu à vendre chèrement sa vie, il se mit le dos contre la porte; il déchargea d'abord son mousqueton, se défend ensuite avec son sabre, mais est bientôt écharpé sur place par ces misérables qui, heureusement, n'avaient pas d'armes à feu. Il tombe contre la porte, et son corps empêchant les assassins de l'enfoncer, ceux-ci le poussèrent dans l'embrasure de la fenêtre, ce qui le sauva. Abandonné là sans connaissance jusqu'après le départ du Roi pour Paris, il fut alors recueilli par des amis. Ce brave, nommé Sainte-Marie, vivait encore à la Restauration. »

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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Dim 5 Oct - 19:30


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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Dim 5 Oct - 19:39

Témoignage de Saint-Priest, premier ministre de l'intérieur, qui était à Versailles ce soir-là:

« Cette canaille, à l'ouverture des grilles, se rua avec fureur dans la petite cour nommée des princes, et soit par le grand escalier, soit par l'escalier de marbre, ces gens montèrent à l'appartement de la Reine. Le garde du corps en sentinelle, entendant du bruit, poussa la porte ; elle fut bientôt forcée et lui égorgé, ainsi qu'un de ses camarades, d'autres couchés tout habillés, furent saisis dans leurs lits ; mais cette expédition donna le temps aux valets de pied de la Reine, qui veillaient dans l'antichambre, d'en assurer les portes avec des banquettes, des tabourets, et par leurs efforts réunis d'arrêter les assassins. Une femme qui couchait dans la chambre de la Reine la réveilla, elle n'eut que le temps de passer une robe et ses jupons et s'échappa par la communication qui existait entre l'appartement du Roi et le sien, elle y passa pour se réfugier. Le Roi a dit lui-même, dans la suite, qu'il avait défendu à ses gardes de faire usage de leurs armes et il faut l'en croire, mais ceux-ci n'auraient été nullement blâmables en pareil cas de désobéir. Ceux qui avaient été saisis dans l'appartement de la Reine furent conduits hors de la cour des ministres sur la place d'armes et allaient être égorgés lorsque La Fayette, qu'on avait été chercher, arriva et, à l'aide de quelques soldats des gardes françaises, fit relâcher ces victimes. »

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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Dim 5 Oct - 19:41

Témoignage du comte d'Hézecques, page à la cour:

« Cette multitude d'assassins monta l'escalier de marbre, se jeta à droite dans la salle des gardes de la Reine, en vomissant les injures les plus atroces contre cette princesse, et en demandant sa tête à grands cris. Les gardes blessés, assommés, se dérobent dans la grande salle. Varicourt, le frère de Mme de Villette, la fameuse Belle-et-Bonne de Voltaire, est entraîné, conduit à l'homme à la grande barbe, et bientôt sa tête est à côté de celle de Deshuttes. Durepaire et Miomandre de Sainte-Marie, après avoir averti par leurs cris les femmes de la Reine, donnent le temps, par leur vigoureuse résistance, de barricader la porte. Miomandre reçoit un coup de crosse de fusil sur la tête; le chien pénètre le crâne; et sa tête aurait augmenté les trophées sanglants de cette matinée, si plusieurs de ses camarades, réfugiés dans la grande salle, et revenant sur leurs pas pour se soustraire à une autre bande de brigands montés par l'escalier des Princes, ne l'eussent secouru et ne se fussent fait jour jusqu'à l'autre salle qui précédait les appartements du Roi. Aux cris de sa garde égorgée, la Reine, que la fatigue et l'inquiétude avaient forcé à prendre un peu de repos, est réveillée. Son effroi lui permit à peine de prendre un léger vêtement, et de se soustraire au danger, en se réfugiant près de son époux. [...] On a dit, dans le temps, que ces monstres, ayant pénétré jusqu'au lit de la Reine, avaient percé les matelas à coups de baïonnettes. Le fait est faux ; ils n'allèrent pas plus loin que la salle des gardes. La lutte qui s'y engagea donna le temps d'assurer la porte. J'ai examiné moi-même le lit de la Reine, deux jours après, sans y trouver aucune trace de violence. Il est à remarquer que les gardes du corps, dans l'intérieur du château, n'avaient point leurs armes chargées, et ne purent, par conséquent, se défendre contre les brigands qu'avec leurs épées ; et que bientôt les portes eussent été enfoncées si le général La Fayette, sorti enfin de son sommeil, ne fût arrivé avec la garde soldée de Paris, et n'eût véritablement sauvé la famille royale, en éloignant ces cannibales. »

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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Dim 5 Oct - 19:46

Une vision d'enfer qui appartient à la légende...



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madame antoine

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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Lun 6 Oct - 9:29

Bonjour, Chère Pimprenelle,

Si ces saccages perpétrés contre le Mobilier de la Reine appartiennent effectivement à la légende, les meurtres commis sont bien réels. Le lendemain de cette nuit de cauchemars arriva, et la Reine fut contrainte au péril de sa vie de paraître sur le Balcon pour satisfaire le désir de cette foule qui la maintenait en joue.



Bien à vous

madame antoine

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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Lun 6 Oct - 12:07


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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Lun 6 Oct - 12:08


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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Lun 6 Oct - 12:08


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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Lun 6 Oct - 12:09


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levengeur

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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Lun 6 Oct - 20:15

les journes d"octobre c"est le peuple qui crevait de faim aussi les femmes qui n'aveit plus de pain a donner a leurs enfants

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kaist



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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Lun 6 Oct - 20:24

C'est passionnant merci! La photo de l'escalier me donne la chair de poule.
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Chou d'amour
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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Mar 7 Oct - 9:46

Merci Pim pour tous ces éléments

Tu as raison, Marie-Antoinette a eu très chaud durant ces 2 journées là, peut-être même plus que Louis XVI je dirais. Il faut dire que la dure réalité de Paris déboulait d'un seul coup dans Versailles, jusque là épargné des événements.
Mais je retiens tout de même la scène du balcon du 6 octobre, qui démontre un courage peu égalé Wink
levengeur a écrit:
les journes d"octobre c"est le peuple qui crevait de faim aussi les femmes qui n'aveit plus de pain a donner a leurs enfants  

C'est vrai en effet, même si ces femmes ont été aussi instrumentalisées par quelque uns Wink

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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Mar 7 Oct - 9:50

kaist a écrit:
C'est passionnant merci! La photo de l'escalier me donne la chair de poule.

Merci, kaist! Very Happy

Ce sont des journées difficiles pour la mémoire... Sad Moi aussi, cet escalier me fait frissonner. La photo avait été postée par notre Marie Antoinette dans le sujet sur le film de Delannoy avec Michèle Morgan.
http://maria-antonia.justgoo.com/t379p240-marie-antoinette-avec-michele-morgan-delannoy?highlight=MARIE+ANTOINETTE

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madame antoine

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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Ven 5 Aoû - 9:33

Voici les impressions ressenties par Edmund Burke.

Il y a maintenant seize ou dix-sept ans que je n’ai vu la reine de France. C’était à Versailles et elle était encore la dauphine, et certes jamais astre plus céleste n’apparut dans cette orbite qu’elle semblait à peine toucher : je la vis au moment où elle paraissait sur l’horizon, l’ornement et les délices de la sphère dans laquelle elle commençait à se mouvoir : elle était ainsi que l’étoile du matin, brillante de santé, de bonheur et de gloire. Ô quelle révolution  !!! Et quel cœur faudrait-il avoir pour contempler sans émotion cette élévation, et cette chute ! Que j’étais loin de m’imaginer, lorsque je la voyais inspirer à la fois la vénération et l’enthousiasme d’un amour respectueux, qu’elle dût un jour avoir à se défendre contre l’infortune dont le germe était dans son sein. J’étais encore plus éloigné de m’imaginer que je dusse voir de mon vivant, de tels désastres l’accabler tout à coup, chez une nation vaillante, pleine de dignité. Dans une nation de galanterie, dans une nation composée d’hommes d’honneur et de chevalerie, je crois que dix mille épées seraient sorties de leurs fourreaux pour la venger même d’un regard qui l’aurait menacée d’une insulte ! Mais le siècle de la chevalerie est passé. Celui des sophistes, des économistes et des calculateurs lui a succédé : et la gloire de l’Europe est à jamais éteinte.

Bien à vous

madame antoine

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MessageSujet: Re: Les journées d'octobre   Mer 17 Aoû - 11:43

La légende qui veut que le peuple ait saccagé le lit de la Reine est accrédité par cette caricature anglaise.


The Doctor indulged with his favourite Scene': Isaac Cruikshank c1790.
Richard Price (1723-1791) Welsh philosopher, supporter of principles of French Revolution watching mob destroy Marie Antoinette's bed in search of her.

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Je préfère l'original à la copie
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