Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade

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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Lun 21 Déc - 19:16

Monsieur avait envoyé sa favorite en éclaireur, comme nous le voyons, en direction des Pays- Bas autrichiens. C’est là qu’il comptait se rendre. Or, Longwy n’était nullement la direction menant à Bruxelles. Et s’il écrit, en 1823, dans la Relation de sa fuite que le Roi lui ordonne d’aller à Longwy, « par les Pays-Bas autrichiens », il est permis d’en douter fortement.

A cette date, hélas, personne ne pourra le contredire. Tous les témoins de ce dernier souper ont péri tragiquement : le Roi, la Reine, Madame Elisabeth. Quant à Madame Royale, l’heure tardive ne permettait pas à cette enfant d’y assister.




Marie-Thérèse Charlotte, seule survivante, en 1799


Il n’a jamais été question de ce curieux itinéraire.

Le 14 juin 1791, Fersen écrit d’ailleurs à Monsieur de Bouillé: « Avez-vous songé que Monsieur arrivera aussi et pouvez-vous le loger dans Montmédy, ou bien on le mettrait à Longwy. Monsieur prendra une autre route que le Roi. » Assurément, mais pour se rendre à Longwy ! Sans doute par la route de Reims, qui avait d’abord été envisagée pour le Roi. Croirait-on, en effet, Louis XVI, si versé en géographie, assez ignorant pour ordonner à son frère un itinéraire aussi illogique : aller de Paris en Belgique, pour redescendre ensuite sur Longwy ? Pour trouver un équivalent actuel, imaginons un infortuné voyageur, parti de Marseille pour rejoindre Nice et obligé de passer – en train – par Lyon !

On pourrait, même si l’argument est de mauvaise foi, alléguer un vif souci du Roi pour la sécurité de son frère ; ne serait-il pas plus à l’abri dans les Pays-Bas autrichiens qu’en France ? Certes, mais réfléchissons : le Roi s’exposerait à traverser la Champagne, en passant par Varennes et Dun, où l’on ne pouvait pas relayer, tenant plus à la sécurité d’un frère (sur qui il ne se fait pas d’illusions et à qui il n’a jamais voulu confier la moindre parcelle de pouvoir) qu’à celle de la Reine et du Dauphin !

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Sido Scorpion

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Lun 21 Déc - 20:28

C'est passionnant. Mais on parle assez peu du beau comte. Wink

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Avais-je atteint ici ce qu'on ne recommence point ?
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Maria Cosway

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mar 22 Déc - 0:21

I don't get it. What does Fersen have to do with Monsieur ? confused confused confused

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madame antoine

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mar 22 Déc - 10:26

pimprenelle a écrit:
Le 14 juin 1791, Fersen écrit d’ailleurs à Monsieur de Bouillé: « Avez-vous songé que Monsieur arrivera aussi et pouvez-vous le loger dans Montmédy, ou bien on le mettrait à Longwy. Monsieur prendra une autre route que le Roi. »

Voilà qui est particulièrement intéressant. Ainsi le Comte de Fersen se serait également occupé de la fuite du Comte de Provence ?

Bien à vous

madame antoine

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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mar 22 Déc - 20:32

Oui, c'est fou, n'est-ce pas, cette connexion entre Fersen et Provence?! affraid

Et, vous allez voir, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Le pire est encore devant!


De curieuses retrouvailles

Dans le journal d’Axel de Fersen, nous lisons, à la date du 22 juin, (nous conservons la ponctuation plutôt fantaisiste et les abréviations): « Le 22 beau fait très froid la nuit arrivé à Mons à 6h :Sullivan, Balbi, Monsieur,beaucoup de Français fort contents »

Notre Suédois abrège habituellement en Sullivan le nom de sa maîtresse, Eleanor Sullivan, compagne du maître espion anglais « the fish », Quentin Crawford. Il abrège en Balbi, Madame de Balbi, Anne de Caumont La Force, favorite de Monsieur.

Laide, mais spirituelle, elle s’était débarrassée d’un mari encombrant en le faisant enfermer pour folie. Richement entretenue par le comte de Provence, qui payait ses dettes de jeu et ses nombreuses et magnifiques demeures – la dame se lassant vite de ses habitations – c’était une femme d’influence.





Curieuse réunion matinale à Mons ! Un pur hasard ? La légende romanesque qui transforma le bel Axel en sigisbée de la Reine, le fait appartenir à sa coterie, non à celle de Monsieur.

Et pourtant, depuis 1790, un lien secret existait entre eux. La correspondance de notre Suédois nous révèle que pendant l’été 1790, à Auteuil, il fréquentait le salon de… Madame de Balbi, dont il admirait les « agencements ». Or le chemin vers Monsieur passait par sa favorite.



Incroyable, n'est-ce pas? Voilà établie la collusion entre les deux hommes, via Madame de Balbi! Shocked

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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mar 22 Déc - 20:42

Attendez, ce n'est pas fini! Shocked Shocked



Le comte de Fersen


Habitué au double jeu de l’agent secret, Axel pouvait fort bien, là encore, jouer sur deux tableaux: conseiller la Reine, servir Monsieur. On peut rétorquer par l’argument suivant: Monsieur avait, malgré ses efforts, toujours tenu un rôle plutôt obscur. N’était-ce pas un mauvais calcul ?

Fersen était trop intelligent pour ne pas comprendre que les temps avaient changé. Depuis 1789, il sentait la situation si compromise en France qu’il avait voulu retourner en Suède. Mais les ordres de Gustave III étaient formels: il devait rester et lui envoyer des rapports quotidiens.

Sa correspondance avec son souverain prouve qu’il ne croyait pas en la reconquête pacifique du royaume par Louis XVI, depuis Montmédy ou toute autre ville française. Il écrit en effet, à Gustave III le 7 mars 1791: « Jamais le Roi ne sera Roi par les Français et sans des secours étrangers. »

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mar 22 Déc - 20:50

Louis XVI avait sans doute confiance en Fersen, mais il ne se laissait pas influencer. Quant à la Reine, elle n’était pas aussi gouvernable qu’il l’eût souhaité. Il devait sans cesse partager son influence avec Mercy-Argenteau, fidèle interprète de la politique autrichienne. Lorsqu’il avait proposé de confier le Dauphin, pour sa sécurité, au Royal Suédois, l’ancien ambassadeur avait trouvé l’idée choquante, et la Reine s’était vite rangée à son opinion. L’Autriche « régentait », mais son appui semblait illusoire. Que représentait la Reine dans le jeu international ? Certainement moins que jadis, du vivant de l’Impératrice Marie Thérèse et de Joseph II.



Marie Antoinette juste avant le voyage de Montmédy, peinte par Kucharski

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cril17

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mer 30 Déc - 21:10

Un siècle d'histoire de France par l'estampe, 1770-1871: Collection de Vinck; inventaire analytique, Volume 2

Couverture
Bibliothèque nationale (France). Cabinet des estampes. Collection de Vinck, Carl de Baron Vinck de Deux-Orp, Jean Laran, Marcel Aubert, Marcel Roux
Imprimerie nationale, 1914

Voyez l'extrait de la p 672, visible sur google books,  où il est écrit que Monsieur ferait signe à la Reine de venir à Mons ...

https://books.google.fr/books?id=ps9FAQAAMAAJ&q=mons+provence+fersen&dq=mons+provence+fersen&hl=fr&sa=X&redir_esc=y

Sauf erreur l'ouvrage ne semble pas encore accessible sur Gallica ...
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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Dim 3 Jan - 16:11

Continuons notre lecture... Very Happy

La donne avait changé. Monsieur, par contre, se frayait lentement un chemin estimable. Il avait pris pour confident Gustave III, à qui il écrivait quasi quotidiennement. C’était un second lien avec Fersen. Tous les trois ne rêvaient que d’interventions armées.

Journellement en rapport avec les Crawford, Fersen avait pu juger du pouvoir politique et financier de l’Angleterre. Il en était de même de Monsieur, qui, conscient de sa maîtrise sur le plan international, correspondait depuis 1790 avec les Malmesbury, ce qui était plus habile et plus prudent que de s’adresser à Pitt lui-même.

D’ailleurs, l’Angleterre, qui avait jadis placé tous ses espoirs dans une régence de Philippe d’Orléans, (Egalité), avait fini par découvrir son manque d’envergure. Monsieur paraissait autrement plus fin, plus actif (par écrit), plus réaliste, ce que corroboreront les éloges contenus dans les lettres de Coblence, du 20 octobre 1791 et du 26 mai 1792, de Lord Malmesbury au Duc de Portland. En 1791, l’Angleterre s’intéressait à Fersen également.


Oups, n'est-ce pas? Shocked Quel faisceau d'accointances... Basketball

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Dim 3 Jan - 16:23

Les alibis d’Axel de Fersen

Le 22 juin 1791, à Mons, notre Suédois ne se contente pas d’écrire dans son journal, il envoie une missive à son père que nous reproduisons textuellement : « Le Roi et toute sa famille sont sortis de Paris, heureusement, (sans problèmes), le 20 à minuit. Je les ai conduits jusqu’à la première poste. Dieu veuille que le reste de leur voyage soit aussi heureux. J’attends ici Monsieur à tout moment. Je continuerai ensuite ma route le long de la frontière, pour rejoindre le Roi à Montmédy, s’il est assez heureux pour y arriver. »
Nous avons porté en gras les phrases les plus troublantes.




portrait Fersen, portrait attribué à Nicolas Lafrensen, vers 1784


D’abord, l’organisateur de la fuite royale ne croit pas à sa réussite, c’est un comble ! Ensuite, la collusion avec Monsieur paraît évidente « J’attends ici Monsieur » « ensuite » le Roi à Montmédy, comme si le Roi passait en second…

Or, la lettre est plus proche de la vérité que le journal. Fersen n’a pas trouvé Monsieur à six heures du matin à Mons. Il l’a attendu. La Relation de 1823 le confirme. Monsieur, arrivé à Mons, rencontre Madame de Balbi (par hasard ?) ; elle avait quitté Bruxelles (par hasard aussi ?). Bref, fatigué de son voyage, il se repose « Je dormis environ six heures » et il ajoute plus loin « Un moment après que je fus levé, je vis arriver le comte de Fersen. »

Comment se fait-il que ce dernier se trouve à Mons ? Organisateur de la fuite, chevalier servant de la Reine, n’aurait-il pas dû galoper jusqu’à Montmédy – par une autre route – pour arriver avant la famille royale et rencontrer Monsieur de Bouillé ?

Dans son journal, il nous dit avoir loué un logement à Montmédy. Hélas ! Nous n’en avons aucune preuve, alors que son livre de comptes est un modèle du genre. Alibi, ce logement ?

Le comte de Fersen n’a aucune raison valable de se trouver à l’étranger ce 22 juin 1791, d’autant plus qu’il note dans son journal : « D 19 (dimanche 19) Temps gris chez le Roi emporté 800 L. (livres) et les sceaux » (pas de ponctuation).

Si Louis XVI a donné une telle marque de confiance, ce n’est pas pour qu’il emporte lessceaux à l’étranger…


affraid affraid affraid non?? affraid affraid affraid

J'ai toujours trouvé bizarre aussi l'absence de Fersen à Montmédy. Suspect

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Dim 3 Jan - 20:59

Mais oui c'est extraordinaire !! Pourquoi Fersen est-il allé à Mons ? Quelle était donc son utilité là-bas ??

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Dim 3 Jan - 23:25

C'est fou, hein... Shocked Quand on gratte un peu, cette affaire de Varennes s'avère vraiment vraiment louche... Suspect

Et, vous allez voir, nous ne sommes pas au bout de nos surprises! affraid


Quelques contre vérités du Comte de Fersen

Dans ce rendez-vous de Mons, il y a une quatrième personne que les historiens occultent: Eleanor Sullivan. Elle aussi, comme Madame de Balbi, se trouvait-elle par hasard dans les Pays Bas autrichiens, en villégiature?

Si l’on consulte le journal de Fersen, on s’aperçoit que, jusqu’au 20 juin, la belle Eleanor demeure à Paris, dans l’hôtel particulier de Craufurd, où Axel vient « dormir » presque tous les soirs. On finit, d’ailleurs par se demander si le rusé Ecossais est vraiment rentré de son voyage en Angleterre, fin mai, où il apporta les plans de la fuite à William Pitt.



Eleonore Sullivan


Quoi qu’il en soit, Fersen écrit dans son journal : « L.20 (lundi 20 juin), rentré faire partir ma chaise, leur donner mon cocher et mes chev. (chevaux) : pour partir allé prendre la voiture. » D’après son journal, il est entre 8.3/4 (20h 45) et 10. ¼ (22h15), heure à laquelle il revient aux Tuileries. Il s’agit de deux véhicules, sa chaise qu’il n’utilisera pas, ayant emprunté la « voiture » pour à 11.1/4 (23h15) emmener les enfants royaux : « Les enfants sortis, emmenés sans difficulté ». Alors, à qui a-t-il prêté sa chaise, son cocher et ses chevaux ?  

Lorsque Madame Söderjhelm s’est penchée sur ce passage très embrouillé de son journal, par l’absence de ponctuation notamment, elle a mis une note au mot « leur » : « M. Crawford et Mme Sullivan qui partirent le 20 ». Ce « leur » est-il bien correct ? Craufurd, le richissime nabab, (son surnom des Indes, milliardaire par ses spéculations dès l’âge de 19 ans), possède voitures et cocher qu’il a dû emprunter pour gagner l’Angleterre. N’est-ce pas plutôt à Eleanor, restée à Paris, que Fersen a prêté sa « chaise », son cocher et ses chevaux ? Et c’est aussi avec Eleanor que Fersen a rendez-vous à Mons, ce 22 juin. La preuve nous en est fournie par Monsieur lui-même.

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pimprenelle
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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Dim 3 Jan - 23:35

Dès son arrivée à Mons, le « sergent de garde nous dit que nous étions attendus à la Femme Sauvage (une auberge) ». Il s’y rend avec son fidèle d’Avaray. Il monte « un assez vilain escalier », trouve la porte de la chambre ouverte, « et une femme qui était dans son lit se mit à crier :
- Ce n’est pas lui ! N’entrez pas !
Alors l’hôte m’ayant examiné à son tour, me dit :
- Est-ce que vous n’êtes pas le Comte de Fersen ? »
Eleanor et Fersen s’étaient donc donnés rendez-vous à Mons, pas à Montmédy. Et si Craufurd est du voyage, la collusion est d’autant plus évidente ; mais, dans son journal du 22, Fersen ne le nomme pas, alors…

Monsieur, nous l’avons vu, a son alibi : il doit passer par les Pays-Bas Autrichiens. Quel est celui de Fersen ? Pourquoi se trouve-t-il à Mons, et non sur la route de Montmédy ? Plus tard, pour faire bonne figure aux yeux des émigrés, il s’inventera des justifications habiles. Si le 21, de grand matin, après avoir laissé la famille royale à Bondy, il chevauche (avec quel entrain !) en droite ligne vers Mons, c’est que le Roi l’a chargé de porter à Bruxelles une lettre au Comte de Mercy Argenteau, gouverneur des Pays-Bas Autrichiens depuis 1790. Or, son journal du 20 juin signale que Leurs Maje
stés lui ont demandé d’aller à Bruxelles « s’ils étaient arrêtés » et par conséquent d’y porter la lettre. Il prend donc le chemin de Bruxelles avant la terrible nouvelle… anticipant curieusement l’échec.

Or, comme il s’attend à cet échec, et pense qu’on lui demandera des comptes, il se justifie à l’avance. Puisque le succès de la fuite nécessitait une grande « célérité », comme il l’écrivit, il va « truquer » l’heure de la sortie de Paris de la famille royale… Quand celle-ci sera arrêtée ? Que nenni ! Dès le 22 juin, à Mons, alors qu’il est censé ne rien savoir de cette arrestation. Il envoie en effet deux lettres, dès son arrivée matinale :

- L’une, que nous avons reproduite, à son père : « Le Roi et toute sa famille sont sortis de Paris, heureusement, le 20 à minuit. »

- L’autre, à son ami Taube, le majordome de Gustave III de Suède, que nous citons, car elle contient deux contre vérités : « Mon cher ami, Le Roi, la Reine, Mime Elisab (sic) le Dauphin et Madame sont sortis de Paris à minuit ; je les ai accompagnés à Bondy sans aucun accident ; je pars dans ce moment pour aller les rejoindre. »

« Dans ce moment » est une nette exagération mais « minuit » constitue une réelle contre vérité, pour ne pas dire plus. Car, dans son journal, à la date du 20 juin, il écrit : « Joint la voiture Barrière St Martin à 1.1/2 (une heure et demie), à Bondi (sic) pris la poste, moi la traverse à 3h au Bourget, et parti… »




The Escape Of Louis XVI and Marie Antoinette - Gerry Embleton


Ouh la la... Mais qu'est-ce que ça devient louche ?! affraid affraid

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Lun 4 Jan - 10:14

Merci beaucoup Pim de nous relater ces écrits Very Happy

D'autant plus qu'effectivement certains éléments sont surprenants Pourquoi les historiens n'en prennent-ils pas compte?

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Lun 4 Jan - 10:19

Par une curieuse coïncidence j'ai lu et relu hier soir cette étude de Thèrèse Poudade, mais aussi celles qu'elle a publiées dans les carnets Louis XVII, qui ne sont accessibles sur Internet qu'aux membres du CEHQL17
Tout comme je l'ai fait pour le texte que vous avez repris en y ajoutant une belle valeur ajoutée, je vais demander l'autorisation à sa Présidente Mme Laure de la Chapelle de le publier, car il apporte des éléments absolument inédits qui détruisent définitivement l'imposture de la légende calomnieuse de la Reine Scélérate, dont Fersen aurait été l'amant.
En outre comme vous l'avez d'ores et déjà souligné, c'est notre regard non seulement sur Fersen qui s'en trouve bouleversé mais aussi sur le Comte de Provence et ipso facto   sur l'Affaire Louis XVII dans son ensemble !Ce qui n'est pas sans conséquence comme vous pourrez le lire très prochainement !...
Enfin, j'ai essayé de joindre Mme Poudade par téléphone à plusieurs reprises mais sans succès ! Peut-être est-elle actuellement à l'étranger où elle poursuit ses recherches historiques, dont les résultats sont absolument remarquables, comme en témoigne le crédit que vous leur accordez !  
17 000 mercis !
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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mar 5 Jan - 12:15

Un tout grand merci, cher ami, pour ces références que vous nous donnez au travail inestimable de Madame Poudade. Ce qui me trouble le plus, c'est que je ne connaissais pas du tout les analyses de cette chercheuse, et qu'elles corroborent les petites intuitions que j'ai depuis toujours au sujet de M. de Fersen. Cool

Interpellant, non? Suspect



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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mar 5 Jan - 12:37

Retour au récit de Thérèse Poudade. Nous en étions restés à la problématique de l'heure de départ rapportée par Fersen...

Pourquoi occulte-t-il ce retard d’une heure et demie qui, s’ajoutant aux autres impondérables, conduira au départ des détachements militaires qui eussent été salvateurs ? Il se dépêche d’écrire ces deux lettres (les écrits restent…) parce qu’elles constitueront des preuves de sa non responsabilité dans la catastrophe. Or, une heure et demie à la Barrière St Martin représentait, selon les calculs irréprochables d’André Castelot, deux heures de retard sur l’horaire prévu.

N’allait-on pas aussi lui reprocher son absence au cours de cette désastreuse équipée ? La plupart des historiens la déplorent et pensent que son « sang-froid » aurait tout sauvé. Il devait d’ailleurs, figurer parmi les gardes du corps de la berline. Le 4 avril 1791, il écrit à son ami Taube : « Pour accompagner le Roi de France, il sera décent que je sois quelquefois en uniforme suédois ; demandez au Roi (Gustave III) si indépendamment de l’uniforme des gardes du corps, il veut permettre que je porte quelquefois celui des dragons ; comme il est fort joli, cela donnerait une belle idée de nos troupes et de leur habillement. »

Comptait-il changer de tenue aux relais ou à l’arrivée ?




Axel de Fersen arborant ses insignes


En tout cas, le 29 mai, dans une lettre à Monsieur de Bouillé, il n’est plus question de jouer les gardes du corps. « Je n’accompagnerai pas le Roi, il n’a pas voulu. » Or, nous n’avons aucune preuve de ce refus du Roi, et la correspondance de la Reine est muette à ce sujet. Nous aurions bien besoin du journal de Fersen pour éclaircir cette affaire. Hélas ! Sa période la plus intéressante, celle de 1776 à 1791, fait défaut. Elle aurait été brûlée accidentellement par son valet « le pauvre Frantz », à Paris (note du 5 avril 1795). Le journal ne nous est conservé qu’à partir du 11 juin 1791.


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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mar 5 Jan - 12:59

Quant à ses lettres à Eleanor Sullivan, qui « l’aidait » pour l’évasion, elles ont été brûlées, elles aussi, avec les réponses, par le baron Klinckowström, descendant de Hedwige de Fersen, la sœur aînée d’Axel. Pour quel motif ?

« Par respect pour la mémoire du Comte de Fersen ». Cet autodafé prouve qu’elles pouvaient contenir des passages propres à compromettre l’honneur d’un gentilhomme (et pas uniquement les allusions licencieuses, typiques, au 18ème siècle, de ce genre de correspondance. Cf. celles de Mirabeau, Lauzun, etc…).

Quoi qu’il en soit, fin mai, après diverses hésitations du Roi et de son entourage, (il avait été question de Metz, du Luxembourg et même de Strasbourg, d’après les conseils de Mercy Argenteau), Axel connaissait la destination définitive. Ce serait Montmédy. En fait, il la connaissait bien avant. Monsieur de Bouillé avait conseillé la route la plus sûre, par Reims et Stenay, où le Royal Allemand représentait une protection efficace. Axel de Fersen aurait proposé l’autre route, celle qui passait par Varennes, dont la topographie constituait un véritable guet-apens.


Ohhhh my god! Je ne me souvenais plus que c'était Fersen qui avait proposé de passer par Varennes?! C'est vrai qu'avec cette ville haute et cette ville basse, ça craint! Shocked

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mar 5 Jan - 13:01

La question qui tue:

Pourquoi irait-il se faire arrêter à Varennes quand Eleanor et Monsieur l’attendaient à Mons ? N’avait-il pas déjà donné à la famille royale de suffisantes preuves de fidélité ?

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mar 5 Jan - 13:03

L'intérieur de la pièce où la famille royale a été retenue à Varennes




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Je préfère l'original à la copie
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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mar 5 Jan - 13:52

pimprenelle a écrit:
La question qui tue:

Pourquoi irait-il se faire arrêter à Varennes quand Eleanor et Monsieur l’attendaient à Mons ? N’avait-il pas déjà donné à la famille royale de suffisantes preuves de fidélité ?

Chère pimprenelle,

Je vous laisse le soin de poster la fin de l'étude de Thérèse Poudade sur " les rendez-vous de Mons " quand vous en aurez la liberté !
J'enchaînerai ensuite avec la publication annoncée de son étude sur " La Famille Royale au Temple d'après le journal de Hans Axel von Fersen " qui lui est postérieure ( décembre 2010 ) !
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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mer 6 Jan - 8:46

Je me rue au travail, alors, parce que je meurs d'envie de lire l'article que je n'ai pas encore lu!




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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mer 6 Jan - 9:37

Vous allez voir, c'est encore une révélation qui fait mal. Madame Poudade s'attaque à un monument de la légende fersinienne... Sad

Or, une légende tenace veut, qu’à l’aube du 21 juin, à Bondy, il ait supplié le Roi de la laisser l’accompagner. Qui a fabriqué cette scène touchante?

Nous la trouvons, pour la première fois, sous la plume de Bouillé qui, évidemment, n’en fut pas témoin : « Ce fut là, (à Bondy) qu’il les a abandonnés à leur sort, malgré les instances qu’il fit au Roi pour obtenir de les suivre. Mais la fatalité la plus marquée voulut que le Prince s’y refusât constamment. »




Ce moment fatidique illustré par le film La nuit de l'été


La même phrase se retrouve, pratiquement reprise, chez le duc de Choiseul (lui non plus, n’était pas à Bondy), mais il ajoute une note fort intéressante : « Je tiens de Monsieur de Fersen lui-même, ces détails. »

Nous nous en doutions…

Toutefois, quelle que soit l’habileté du manipulateur, la vérité parvient à se faire jour, grâce à la mise en parallèle du Journal du cher Axel et des Mémoires des autres témoins.

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mer 6 Jan - 9:43

Wah... C'est fou le nombre de détails que l'Histoire tient du comte de Fersen lui-même... Shocked Shocked

Poursuivons! Suspect

Que lisons-nous dans son Journal du 20 juin ? : « Joint la voiture Barrière St Martin à 1.1/2 h ; à Bondi pris la poste, moi la traverse à 3h au Bourget et parti. » Il n’est nullement question « d’instances [faites] au Roi pour obtenir de les suivre. » Aurait-il oublié cette scène si touchante, ou par pudeur, l’a-t-il supprimée ?

Ce serait fort étonnant de celui qui relate ainsi sa dernière entrevue du 20 juin, aux Tuileries, avec la famille Royale : « En me quittant, le Roi me dit : Mr de F. (Monsieur de Fersen) quoi qu’il puisse m’arriver, je n’oublierai tout ce que vous faites pour moi. La Reine pleura beaucoup ; à 6 h je la quittai, elle alla avec les enfants à la prom. (promenade). »

Confrontons son Journal avec les Mémoires de la duchesse de Tourzel, qui se trouvait dans la berline, comme gouvernante des enfants royaux. « M. de Fersen conduisit le Roi en cocher jusqu’à Claye, où nous prîmes la poste. Le Roi, en le quittant, lui témoigna sa reconnaissance de la manière la plus affectueuse, espérant que ce serait autrement qu’en paroles, et se flattant de le revoir bientôt. » Il n’est nullement question « d’instances » de la part de Fersen. La confiance du Roi en l’organisateur de sa fuite nous paraît totale ainsi que sa croyance à le revoir à Montmédy (bientôt).  

A ce témoignage, s’ajoute celui de Madame Royale : « Nous changeâmes de voiture. Monsieur de Fersen souhaita le bonsoir à mon père et s’enfuit. » Ce verbe, exprimant la rapidité, nous éloigne fort des « instances » et autres vérités touchantes propres à justifier son absence sur la route de Montmédy.


C'est vrai que le s’enfuit est particulièrement frappant. Shocked

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MessageSujet: Re: Le comte de Fersen décrypté par Thérèse Poudade   Mer 6 Jan - 9:48

pimprenelle a écrit:
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