Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 Madame de Polignac, par le baron de Roujoux

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MessageSujet: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Jeu 7 Jan - 23:01

Prudence-Guillaume de Roujoux a écrit une somme consacrée à la Maison de Polignac. Ce livre, édité en 1830, contient un beau portrait de Madame de Polignac. Cool

Je me suis dit qu'il vous ferait plaisir de le lire. Cool Cool

C'est très très long mais plaisant. Cool Cool Cool

Jules, comte de Polignac, son fils aîné, reçut, en 1767, la main de Gabrielle-Yolande-Claude-Martine de Polastron. L'extrême affection que l'infortunée reine Marie-Antoinette conçut pour la jeune comtesse valut au comte Jules une des plus hautes faveurs dont jamais, en France, se soit honoré un sujet.

La comtesse Jules de Polignac avait reçu de la nature des traits enchanteurs, et la grace la plus parfaite. Une expression spirituelle, un sourire d'ange, un long et voluptueux regard embellissaient encore son charmant visage, et communiquaient à sa physionomie un indéfinissable attrait. Ce n'est pas que sa taille répondît à cette idéale perfection; elle était petite, mais bien prise; et si tout son ensemble n'excitait pas l'admiration que fait naître un grand air de dignité, il était au moins tel qu'on ne pouvait se lasser de la regarder, qu'on la trouvait toujours jolie parmi les plus jolies femmes, et qu'elle avait le rare avantage de plaire indistinctement à tous. Son caractère était encore plus parfait que sa figure. Toujours égale, elle montrait un calme, une sérénité d'âme qu'aucune situation, aucun événement, aucun hasard, ne semblaient capables d'altérer, même les attaques personnelles les plus faites pour révolter la sensibilité d'une femme; et, certes, on ne lui épargna pas d'odieux outrages, quand elle devint l'objet de l'animadversion populaire aux premiers jours de la révolution. Aussi éloignée de la prévention que de l'enthousiasme, elle cédait rarement à la légèreté de la jeunesse, et son coup d'œil rapide et juste saisissait, comme par instinct, le but et le fond des affaires qu'on lui communiquait; elle n'y mettait aucune présomption, et, si la matière dont on l'entretenait passait les bornes de ses connaissances, elle n'hésitait pas à répondre : « Ce que vous me dites est au-dessus de ma portée.» Le calme, qui ne la quittait jamais, ressemblait trop à de la froideur, pour qu'on ne l'accusât pas de dédain ou d'orgueil; et cependant il paraît que ce n'était que l'expression habituelle de l'innocence de ses pensées. La suite d'un calcul n'eût jamais, et si constamment, donné tant de douceur à son maintien, à l'air dont elle accompagnait toutes ses actions, à sa conversation, au son touchant de sa voix. Elle était bonne et compatissante pour les personnes malheureuses; elle s'attendrissait jusqu'aux larmes au récit de quelque infortune, et jamais elle n'a refusé son secours quand on l'a réclamé. On peut juger, d'après cela, de l'excès de son exquise sensibilité pour sa famille et ses amis.

Mais cette douceur même et cette vivacité d'affection, cachées sous une enveloppe souvent glaciale, ne pouvaient guère passer, à la cour, que pour de l'apathie. Sa faveur, pour être pardonnée, eût exigé plus d'expansion factice. La comtesse Jules, ennemie des visites d'étiquette d'où l'amitié était bannie, montrait, peut-être, trop peu d'égard aux personnes qui venaient encenser en elle l'idole que la Reine élevait sur un piédestal; elle ne déguisait pas l'ennui qui s'emparait d'elle dans ce mouvement cérémonieux d'indifférens qui briguaient un sourire par ambition, et dans l'espoir qu'on les servirait auprès de la Souveraine; et elle se hâtait de fuir toutes ces grandeurs et ces adulations au sein d'une société choisie, où régnait une aimable liberté. Il n'en fallait pas tant pour que la calomnie cherchât à lui faire expier les préférences dont l'honorait la Reine.

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Jeu 7 Jan - 23:06

Part two

La comtesse Jules de Polignac n'avait pas été présentée à l'époque de son mariage. Le comte son époux ne réunissait pas cette richesse qu'eût exigée sa résidence à la cour, et elle passait la plus grande partie de l'année dans une terre qu'il possédait à Claye, en Brie. On peut même dire que les premiers temps de leur union furent éprouvés par une sorte de gêne voisine de la détresse. Cependant elle figura dans un quadrille chez la princesse de Lamballe, et fut distinguée par la Reine qui s'étonna de remarquer, pour la première fois, une personne éblouissante d'attraits et dont l'air de candeur annonçait l'âme la plus belle et la plus pure. Avec tant de moyens de plaire, pourquoi s'éloigner ainsi de la cour? La comtesse fit avec grâce à la Reine l'aveu que la médiocrité de sa fortune s'était opposée à ce qu'elle eût le bonheur de paraître aux fêtes de Versailles et de porter le tribut de son admiration respectueuse aux pieds d'une souveraine adorée. Quelques hasards, une revue dans la plaine des Sablons, où se dévoila publiquement la vive amitié que la Reine avait conçue pour la comtesse Jules, apprirent aux courtisans qu'elle devenait l'objet de la plus haute faveur. La comtesse, dont aucun nuage n'avait pu altérer la gaîté paisible et l'enjouement, à qui l'adversité n'avait arraché aucune plainte, ne se laissa pas enivrer par la fortune qui venait la trouver, et elle y parut moins sensible pour elle-même que pour les avantages que sa nouvelle position devait procurer à sa famille. Elle voyait sans cesse arriver le terme des rares bontés dont la comblait la Reine; mais elle l'envisageait sans effroi, et quelquefois avec satisfaction, parce que la fin de sa faveur devait la rendre au bonheur de vivre uniquement pour ses enfans et ses amis, dont l'éloignait, malgré ses efforts, le tourbillon qui l'entraînait.

Ennemie de la gêne et de l'étiquette, la Reine, avec un goût prononcé pour les plaisirs de son âge, et malheureusement beaucoup de légèreté dans le caractère, eût voulu jouir à la fois des splendeurs du trône et du bonheur paisible que l'on goûte dans la vie privée Douée d'un coeur sensible et bienfaisant,facilement touchée au récit des maux d'un infortuné, elle se plaisait à rendre service, à laisser éclater les mouvemens de sa belle ame, et elle aimait à jouir du bien qu'elle avait fait. Elle recherchait avidement les douceurs de l'amitié, sans songer que ce sentiment ne pouvait exister long-temps sans égalité, et que l'éclat du rang et l'autorité de la puissance devaient tendre sans cesse à le détruire entre une souveraine et sa sujette. Elle oubliait que la familiarité même pouvait nuire à sa consi- dération, et que son maintien de reine qu'elle reprenait nécessairement, soit par réflexion, soit par conseil, devenait tout à coup une disparate blessante dans une femme qui semblait ne demander à être adorée que par son amabilité.

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Jeu 7 Jan - 23:13

On continue ?

Telle était la Reine quand elle connut la comtesse de Polignac; elle crut avoir rencontré cette félicité qu'elle cherchait avec ardeur, l'immense bonheur d'être aimée pour elle-même, et elle se livra toute entière à sa douce illusion. Elle éleva la comtesse jusqu'à elle, voulut qu'on la considérât comme une autre elle-même, et la rendit dépositaire de ses plus secrètes pensées. La comtesse Jules ne se prêtait qu'avec une sage circonspection au développement d'une passion si attrayante, mais si dangereuse à la cour; elle essaya même de se retirer, et elle écrivit à la Reine « pour lui peindre toute la douleur qu'elle éprouvait d'être forcée de s'éloigner d'une princesse si tendrement et si justement chérie; mais elle éprouvait la crainte de voir, tôt ou tard, s'affaiblir un attachement dont elle sentait tout le prix, et d'être livrée, sans défense, aux haines redoutables que lui aurait suscitées une préférence aussi honorable. Elle ajoutait quelques mots sur le malheur de sa fortune qui ne lui permettait pas de vivre convenablement à la cour; mais ce n'était qu'une considération tout-à-fait secondaire.»

Jeune, vive, passionnée dans tous ses goûts, la Reine n'était pas d'humeur à supporter une contradiction qui portait sur le seul sentiment où l'excès soit permis. La comtesse Jules eut un appartement à Versailles, et le comte de Polignac la survivance de la charge de premier écuyer, dont jouissait M. de Tessé, ainsi que l'adjonction actuelle à cette fonction.

Cette faveur fut l'origine des calomnies qui circulèrent à la cour contre la comtesse de Polignac, d'où elles passèrent envenimées dans les sociétés de Paris, et l'on y mêla trop souvent le nom le plus auguste. La charge de premier écuyer avait été promise par la reine au duc de Lauzun, depuis duc de Biron , et cette princesse ne voulut pas en disposer sans avoir obtenu son consentement. Le duc de Lauzun, profondément blessé, répondit cependant qu'un arrangement projeté par la Reine ne pouvait en rien lui déplaire. La Reine crut devoir le dédommager de ce désapointement par les bontés dont elle l'honora dans l'intimité des petits appartemens. Entraînée par le désir de plaire, et forte du témoignage de son innocence, peut-être ne mit-elle pas assez de mesure dans ses déférences pour le duc de Lauzun, qui ne se piquait pas d'une scrupuleuse discrétion; il se permit de feindre pour elle une romanesque passion; il suivit la Reine en tous lieux, et se fit remarquer par de ridicules imprudences. Les ennemis de cette Princesse infortunée lui supposèrent les torts les plus graves, quant à peine avait-on à lui reprocher des légèretés.

La comtesse Jules crut ne pouvoir se dispenser de faire entendre au duc de Lauzun combien il était coupable ; elle y mit beaucoup d'égards et de finesse ; mais le duc ne reçut ses observations qu'avec humeur, et se montra d'autant plus mécontent, que le duc de Coigny et le baron de Besenval l'avaient persiflé. Ils étaient tous les deux de la société intime de la Reine et de la comtesse.

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Jeu 7 Jan - 23:26

Next. Je passe un bout sinon trop long

La faveur de la comtesse Jules allait toujours croissant. La Reine lui donnait sans cesse les marques les plus positives de son affection; heureuse de se débarrasser du fardeau de sa grandeur auprès de l'amie dont elle avait fait choix, elle lui disait quelquefois, lorsqu'elle s'apercevait que le respect arrêtait les démonstrations touchantes, mais familières, du plus doux sentiment : « Chez vous, mon amie, je ne suis plus la Reine, je suis moi.» La comtesse, capable de beaucoup de suite dans la conduite des affaires, osait lui donner des conseils toujours bien accueillis, et semblait disposer entièrement du crédit immense que cette Princesse avait sur le roi. Le comte de Polignac ne tarda pas à être créé duc.

Le comte d'Adhémar, le comte de Vaudreuil et le baron de Besenval, composaient la société la plus particulière de la duchesse Jules. Des mémoires authentiques ont tracé leurs caractères. Le comte de Vaudreuil était un homme d'une violence extrême, fruit d'un amour-propre sans mesure; il ne remplissait aucune haute fonction où cet amour propre pût trouver un aliment, et il en reportait le despotisme sur les plus futiles objets des bienséances journalières. Le comte d'Adhémar, jadis le grenadier Montfalcon, élevé loin de la cour, était parvenu, à force de persévérance, à se faire reconnaître comme l'unique héritier d'un grand nom, et à se naturaliser dans cette difficile contrée; il y avait quelque chose de romanesque dans ses aventures, dans ses prospérités, dans ses manières ; il réussit auprès de la duchesse de Polignac, en se livrant, avec ostentation, au laisser-aller d'une passion profonde qu'elle lui aurait inspirée. Le baron de Besenval, officier de distinction, plaisait à la Reine par sa conversation piquante, et par une gaîté railleuse mêlée de flatteries, qui lui avait acquis un ascendant funeste sur l'esprit de cette Princesse, et qui contribuait malheureusement à lui aliéner des cœurs, dont sa bonté réelle devait la faire adorer.

Tous les trois dirigeaient la duchesse de Polignac, elle les écoutait exclusivement, et si elle commit quelques fautes, ce n'est pas elle qu'on doit en accuser.

Louis XVI avait une confiance absolue dans les talens du comte de Maurepas; mais la Reine n'aimait pas ce ministre qui eût sacrifié la France pour un bon mot, et dont les sarcasmes n'épargnaient personne. Attaché à sa place presque autant qu'à la vie, il craignait que l'amour du Roi pour la Princesse n'ébranlât le crédit dont il jouissait, en le reportant sur elle, et il n'omit rien pour l'abreuver de dégoût, et lui faire perdre toute influence sur l'opinion. La duchesse Jules, bien conseillée , conçut le projet de réconcilier la Reine avec ce ministre octogénaire, et elle y parvint en obtenant qu'elle prononcât quelques-unes de ces louanges délicates, qui sont des faveurs sans prix dans la bouche d'une souveraine.Ce rapprochementeut pour résultat de faire nommer le marquis de Castries au ministère de la marine, et ce premier succès inspira le désir de déterminer la Reine à user désormais de son autorité personnelle, et de l'empire qu'elle avait acquis sur l'esprit du Roi, pour qu'il voulût bien la consulter sur le choix de ses ministres.

Il était vivement question, dans ce moment, de retirer au prince de Montbarey le portefeuille de la guerre. La duchesse de Polignac proposa à la Reine de le faire donner au marquis de Ségur, que sa valeur et sa loyauté rendaient recommandable à toute la France. La Reine consentit à faire valoir, près du Roi, les titres de cet honorable guerrier, et la duchesse se chargea de le préparer à recevoir cette faveur.

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Jeu 7 Jan - 23:30

Vous êtes toujours là?

Les voeux de la duchesse Jules se trouvaient, sans doute, d'accord avec ceux de l'opinion publique; mais elle ne songeait pas uniquement dans cette affaire au marquis de Ségur et aux avantages qui devaient résulter, pour l'Etat, de son élévation au poste éminent de ministre de la guerre. Tendrement attachée au comte d'Adhémar, elle avait pensé qu'elle pourrait aisément l'adjoindre au ministère, et qu'elle le rapprocherait ainsi d'un poste qu'il lui serait facile d'occuper un jour. Remplie de cette idée, elle alla trouver le marquis de Ségur, lui fit part des intentions de la Reine, et lui dit avec beaucoup de grâce, que les blessures graves qu'il avait reçues, et qui nécessairement avaient détruit une partie de ses forces, ne devaient pas cependant influer sur son acceptation ; car, si sa santé chancelante ne lui permettait pas de supporter un trop grand travail, elle avait à lui proposer, comme adjoint, un homme plein d'admiration pour lui et doué d'un talent que, sans doute, il appréciait, le comte d'Adhémar.

Le marquis de Ségur fut loin d'admettre cette propositiôn. Il répondit qu'il rendait justice au comte d'Adhémar, mais que si telle était la condition de sa nomination au ministère de la guerre, il se hâtait de déclarer qu'il y renonçait. La duchesse reconnut qu'elle s'était trop avancée. Elle s'empressa de lui dire que sa nomination n'était nullement conditionnelle; qu'elle seule, par attachement pour lui et dans son intérêt personnel, avait imaginé que le comte d'Adhémar pourrait lui être de quelque secours; mais qu'elle n'en avait parlé à personne et qu'il n'en serait plus question. Le comte de Maurepas aimait et estimait le marquis de Ségur; mais la comtesse de Maurepas le détestait, et elle eut assez d'influence sur l'esprit du comte pour qu'il lui promît d'essayer, au moyen du Roi, de faire revenir la Reine de l'opinion favorable au marquis de Ségur, qu'elle avait manifestée. Le Roi et son premier ministre parvinrent, en effet, à persuader à la Reine qu'on l'avait trompée, et que la duchesse de Polignac abusait de l'ascendant qu'elle lui avait permis de prendre sur ses affections.

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Jeu 7 Jan - 23:38

aïe aïe aïe ça tourne mal ...

La Reine se laissait souvent entraîner au premier mouvement. Dans un moment d'exaspération, elle voulut avoir une explication avec la duchesse; elle lui fit, sans ménagement, les reproches les plus amers et les plus offensans, et se plaignit d'avoir été mise en avant et sacrifiée à des vues particulières. Naturellement douce, et peut-être même apathique, la duchesse de Polignac parvint à maîtriser l'émotion cruelle que lui causaient les plaintes de la Reine et la véhémence qui accompagnait ses paroles. Elle repoussa respectueusement les propos de la colère par l'expression d'une raison toute puissante, et se levant enfin, elle termina en lui disant que, puisque la Reine avait, en effet, conçu d'elle et de ses actions l'opinion que S. M. venait de lui exprimer, il ne pouvait plus convenir à ce qu'elle se devait à elle-même de lui rester attachée, qu'elle allait quitter la cour pour jamais, et que son caractère ne lui permettant pas de conserver les bienfaits dont la Reine l'avait comblée, elle la suppliait de les reprendre tous, jusqu'à la charge de son mari, qui, certainement, ne désavouerait pas la démission qu'elle donnait en son nom. La Reine fut surprise du ton noble et froid de la duchesse de Polignac; elle avait agi sans trop de réflexion sur les suites de son emportement; elle vit à l'instant l'étendue de la perte qu'elle allait faire, et retrouva dans sa force le sentiment de la vive amitié qui l'unissait à la duchesse, à laquelle, d'ailleurs, elle était engagée par les liens d'une confiance sans bornes et tout ce que peut amener l'effusion de coeur qu'elle produit. Elle reprit un ton plus doux; elle voulut revenir sur la dureté de ses expressions; elle les expliqua, elle chercha enfin à réparer le mal qu'elle venait de faire.

Ce fut longtemps en vain. La duchesse, inébranlable, se renfermait dans les limites du respect dû à la Reine, mais accompagné d'un air de froideur fait pour désoler cette princesse, dont l'affliction redoublait par la résistance même que son amie opposait à ses empressemens. Cette situation violente ne pouvait durer; les larmes inondèrent le visage de la Reine, et, dans sa douleur, elle finit par se jeter aux genoux de la duchesse de Polignac, la conjura de lui pardonner, et lui dit tout ce que lui inspiraient l'amitié la plus tendre et le regret de l'avoir offensée. A cet aspect touchant, la duchesse perdit sa fermeté; à son tour elle laissa couler ses larmes, serra respectueusement la Reine dans ses bras, et lui parla avec le ton de vérité et d'attachement qui la rendait si précieuse à sa souveraine. Les nœuds de leur amitié se resserrèrent, et la Reine prit la détermination de protéger, plus que jamais, le marquis de Ségur.

Peu de temps après, le prince de Montbarey donna sa démission ; les intrigues se multiplièrent; on n'osa nommer à l'instant un ministre de la guerre, et le comte de Vergennes en eut le portefeuille par intérim. Mais la duchesse de Polignac et ses amis parvinrent à faire concevoir à la Reine qu'il serait humiliant pour son caractère que le comte de Maurepas l'emportât sur elle en cette occasion, et elle se détermina à employer, pour réussir, tous les moyens de séduction qu'elle pouvait avoir sur le Roi. Ils eurent du succès; et, comme l'idée de succomber avait blessé l'amour propre de la Reine, dès le lendemain matin , à sept heures, elle envoya chercher le comte de Maurepas, et lui dit, devant le Roi, qu'elle insistait pour que le marquis de Ségur fût nommé ministre de la guerre; qu'il était seul capable de produire le bien dans cette fonction difficile, et que ce motif seul la déterminait à parler si nettement au Roi en sa faveur.

Le comte de Maurepas se trouva embarrassé; il était trop courtisan pour se prononcer ouvertement contre le protégé de la Reine; le peu d'objections qu'il osa faire fut aisément battu en ruines; et la Reine, voyant son auguste époux favorablement disposé, dit au ministre : « Envoyez tout de suite chercher M. de Ségur et annoncez-lui la volonté du Roi que vous avez entendue. » Ce fut ainsi que parvint au ministère un homme cher à l'armée, à la France et à la cour.

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Jeu 7 Jan - 23:46

On arrive au moment crucial

On présumera facilement que l'intimité sans partage que la Reine avait exigée de la duchesse de Polignac, eût cédé bientôt au souvenir de la scène cruelle qui s'était élevée entre les deux amies, si la société de choix qui les entourait n'eût été composée de personnes assez sûres pour que rien de ce qui se passait dans son intérieur ne transpirât. La Reine continuait à combler la duchesse Jules des attentions les plus recherchées, lorsque le prince de Rohan Guémené fut entraîné, soit par l'infidélité de ses agens, soit par l'imprudence de ses spéculations, dans une désastreuse faillite. Le passif de son bilan s'élevait à plus de trente-trois millions. La princesse de Guémené remplissait alors la charge de gouvernante des enfans de France. Elle déploya dans son malheur le plus noble caractère, abandonna sa dot et ses diamans aux créanciers de son mari, et déclara d'elle-même à la Reine que sa position nouvelle ne lui permettait plus de paraître à la cour.

Après quelques louanges accordées à sa généreuse détermination, il fut question de la remplacer, et les conseils de la duchesse de Polignac pensèrent que la charge qu'abandonnait la princesse de Guémené convenait particulièrement à l'amie de la Reine. On lui en parla, mais elle parut, dès l'abord, effrayée de la gêne et de l'assiduité qu'exigeaient de telles fonctions.Ce qu'elle désirait au monde, c'était la paix que l'on goûte dans une vie retirée; le rôle même de favorite la fatiguait, et elle n'apercevait pas sans terreur la chaîne pesante dont on lui proposait de se charger, et qu'aucune faveur ne pouvait alléger.

Cependant, à force d'entendre dire qu'elle était destinée à l'emploi de gouvernante des enfans de France, elle fut blessée de voir que l'on s'en entretenait partout, sans que la Reine lui eût témoigné le désir qu'elle acceptât cette fonction. Il était évident, pour elle, que le vif sentiment qu'elle avait inspiré à sa souveraine était bien refroidi. Le baron de Besenval se chargea d'en parler à la Reine, et il essaya de lui persuader qu'un autre choix laisserait croire qu'elle n'avait pas assez de crédit pour faire accorder cette grande place à la femme que l'on regardait comme sa plus sincère amie : « Que dites-vous, répliqua la Reine, Madame de Polignac? Mais la connaissez-vous bien? Voudrait-elle accepter cette place? ne m'a-t« elle pas refusé toutes celles que j'ai voulu lui donner près de moi?
- Celle-ci est toute « de confiance et bien différente des charges de cour. Votre Majesté dégraderait son sentiment si elle ne l'offrait pas à son amie, dût-elle en être refusée.
- Non, reprit la Reine; cela n'est pas encore mûr. »

Le lendemain la duchesse de Polignac fut instruite de la démarche du baron de Besenval : « Ah ! dit-elle avec agitation à ses amis et aux parens qui l'entouraient, je vous hais tous à mort ! Vous voulez me sacrifier ! »

La Reine, cependant, mit tant de grâce et de sensibilité à lui offrir cette place importante, qu'elle ne put la refuser.

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Jeu 7 Jan - 23:52

... mon scan chauffe...

La position de la duchesse de Polignac était difficile; on lui supposait un crédit immense, et ses amis ne perdaient pas un instant pour l'engager à en faire usage; aussi son nom est-il prononcé dans le récit de toutes les intrigues ministérielles de cette funeste époque, où l'on se précipitait étourdiment vers l'abîme que creusait, sans cesse, l'embarras toujours croissant des finances.

Il était si grand, dès l'année 1783, qu'en cherchant de toutes parts des ressources ou des palliatifs, le contrôleur-général imagina de déclarer qu'on ne ferait pas honneur aux lettres de change tirées des colonies pour le service de la marine. On songea ensuite à former un comité particulier des finances, où toutes les affaires de ce genre seraient rapportées, et où l'on déciderait des nouvelles grâces à accorder et des nouvelles dépenses à effectuer. Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères, le garde-des-sceaux Hue de Miromesnil, et le contrôleur-général Joly de Fleury, devaient le composer. Le Roi l'ap prouva; mais le sens droit du malheureux monarque lui fit deviner que cette mesure, loin de remédier au mal, n'aurait d'autre résultat que de blesser des amours-propres, et il ne manqua pas d'ajouter à l'approbation qu'il donnait, les mots: pour quelque temps.

Tout n'était pas fait encore, il y manquait l'adhésion de la Reine; et son consentement semblait néçessaire pour le succès d'une entreprise qui ne pouvait que déplaire à la plupart des ministres à département. Le comte de Vergennes fit nommer le comte d'Adhémar à l'ambassade d'Angleterre; on connaissait l'influence dont il jouissait sur les déterminations de la duchesse de Polignac, et par cette complaisance, on s'assura qu'elle ne voudrait plus que ce qui convenait aux promoteurs de l'intrigue. Trompée, sans doute, sur les avantages de cette création, elle promit d'en parler à la Reine, et choisit, pour remplir son engagement, une époque du carnaval où cette princesse, occupée de bals, livrée à la dissipation, à son goût pour le plaisir, ne se prêtait qu'en riant aux affaires de gouvernement. Elle réussit; mais Joly de Fleury, bientôt sans crédit et sans espérance d'en recouvrer, se vit forcé de déclarer l'impuissance où il se trouvait de remplir les caisses du trésor. Il fut remplacé par le contrôleur-général d'Ormesson qui ne sut ni créer des ressources, ni ramener la confiance publique qui s'était écartée des affaires de l'Etat; et cependant les difficultés, les dégoûts qu'avait fait naître l'établissement du comité particulier des finances, portaient alors leurs fruits empoisonnés. Le comte de Ségur et le marquis de Castries, mécontens d'une mesure qui leur avait ravi les plus importantes attributions de leurs ministères, se plaignaient hautement et présentaient leur démission.

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Jeu 7 Jan - 23:58

On les fit maréchaux de France pour les apaiser, et ce fut la duchesse de Polignac qui se chargea de ménager cet accommodement. Ces faveurs portaient sur deux personnes dignes de les obtenir; mais elles ne ramenèrent pas de fonds au trésor; et le comité, dans son embarras, prit la désastreuse détermination d'ordonner que les billets de la caisse d'escompte seraient désormais forcément reçus comme comptant dans le commerce. Ce n'était pas un bon moyen d'assurer leur valeur.

Le renvoi du contrôleur-général d'Ormesson et le choix dè M. de Calonne pour le remplacer ne furent pas étrangers à la duchesse de Polignac. M. de Calonne se hâta de détruire le funeste comité des finances, dont l'existence ne comptait pas encore huit mois. Ce nouveau ministre avait de l'esprit, de l'instruction, de la grâce; il eut des succès à la cour. Les embarras du trésor loin de l'effrayer, ne lui présentaient que des obstacles faciles à vaincre et de la gloire à acquérir. Ses premières opérations semblèrent avoir ranimé le crédit; les ressources se montraient abondantes, mais on en abusa. Les dépenses étaient exorbitantes; il fut question de pourvoir, par de grandes mesures, à l'acquittement des dettes de l'Etat, et l'assemblée des notables fut convoquée.

L'abbé de Vermont, le premier instituteur de la Reine, avait conservé sa faveur auprès d'elle, et les conseils qu'il se permettait de lui donner avaient d'autant plus de poids qu'ils paraissaient inspirés par son affection particulière, sans mélange d'intérêt personnel. Il était loin d'aimer la duchesse de Polignac, et, d'accord avec l'archevêque de Toulouse, depuis cardinal de Loménie, il avait tout osé pour la perdre dans l'esprit de la Reine. Ils étaient enfin parvenus à détruire cette confiance sans bornes que la Reine marquait à la duchesse; ils avaient amené dans leur liaison du froid et de la réserve; et si la Reine parlait encore d'objets importans à son ancienne amie, elle ne la consultait plus sur ce qu'elle devait faire, et ne l'entretenait des grandes opérations d'Etat que lorsqu'elles étaient arrêtées ou terminées.

La convocation de l'assemblée des notables avait fait concevoir des alarmes à cette princesse, et elle s'était indignée d'avoir été appelée assez tard à la confidence de cette mesure. Mécontente du contrôleur-général dont elle avait, naguère, tant apprécié la spirituelle prodigalité, elle n'accueillit que par son silence les éloges que donnaient à M. de Calonne la duchesse de Polignac et ses amis. Bientôt après elle partagea complètement l'avis de l'abbé de Vermont, et pensa que, pour le salut même des finances , il était nécessaire
de sacrifier l'auteur des projets qui, disait-on, pouvaient l'opérer. M. de Calonne, forcé de donner sa démission, fut remplacé par l'archevêque de Toulouse, qui prit le titre de chef du conseil des finances, et les réformes en tout genre commencèrent. Il était naturel qu'elles portassent en partie sur les anciens protégés de la Reine, qui se trouvaient en effet très favorisés; mais l'archevêque de Toulouse profita peut-être de la nécessité générale pour satisfaire ses inimitiés particulières, et la Reine, qui avait contribué à l'élévation de l'archevêque, se vit contrainte, pour soutenir son ouvrage, de demander elle-même au duc de Polignac sa démission des fonctions de directeur-général des postes aux chevaux, que le nouveau chef du conseil voulait réunir à l'administration des postes aux lettres.

Le duc, avant de céder, supplia la Reine de lui procurer un entretien particulier devant elle avec l'archevêque, et, l'ayant obtenu, il démontra, dit-on, par des raisons sans réplique, combien peu cette réunion profiterait à l'Etat. Après avoir réduit le ministre au silence, il donna sa démission. Il perdait à cela cinquante mille livres de rentes

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Ven 8 Jan - 0:03

Cependant la faiblesse et la versatilité des combinaisons financières et politiques de l'archevêque de Toulouse, devenu archevêque de Sens, avaient fini par l'entraîner dans les mesures les plus désastreuses. Il montra toute sa détresse en déclarant, par un édit signé du Roi, que le paiement des rentes ne se ferait désormais que par deux cinquièmes en numéraire, et trois cinquièmes en billets du trésor, portant cinq pour cent d'intérêt. Il est difficile d'imaginer l'indignation qui éclata de toutes parts. On ne parlait que de banqueroute. L'effroi semblait général, et déjà la capitale se trouvait dans cet état d'effervescence populaire qui annonce les révolutions.

L'année 1788 était écoulée à moitié. La duchesse de Polignac, épouvantée de l'avenir qui se préparait, usa de la liberté qu'une saine raison et une respectueuse intimité lui permettaient de prendre avec le comte d'Artois, pour déterminer ce prince à éclairer le Roi sur l'état alarmant de l'opinion. Il s'agissait également d'arracher la Reine à ses préventions, constamment favorables au principal ministre. Cette démarche du Prince, dictée par le devoir, et une conversation touchante suivie avec force et tendresse, ébranlèrent la Reine; elle consentit au renvoi de Brienne et à la nomination de Necker, auquel elle écrivit une lettre affectueuse.

Un mouvement général de bienveillance publique se manifesta en faveur de cette Princesse; mais la promotion de l'archevêque au cardinalat, et quelques grâces particulières qu'elle accorda sans réflexion, la lui ravirent en peu de temps. La révolution était commencée, et rien ne fut épargné pour écraser la Reine sous le poids de l'animadversion la plus acharnée. Nous n'entrerons dans aucun des détails de ces jours de sang et de larmes ; ils pèsent encore sur la France, et il nous suffira de dire que la duchesse de Polignac, atteinte de la même proscription qui s'attachait aux personnes les plus augustes, fut accusée d'avoir, par ses conseils et ses déprédations, causé la plupart des maux dont on se plaignait à grands cris.

On ne saurait dire à quel point se porta le déchaînement public contre une femme aimable, dont le calme et la douceur dégénéraient même en nonchalance; mais on voulait la trouver coupable, parce qu'on cherchait des crimes à la Reine. On alla jusqu'à l'accuser de ces honteuses passions que la Grèce antique reprochait aux disciples de Sapho, et que des juges prévenus, ou, pour mieux dire, des commissaires, attribuèrent à la maréchale d'Ancre quand on voulut la conduire à l'échafaud. La duchesse de Polignac n'aurait pas même, comme l'infortunée Galigaï, pu s'attribuer le droit d'un esprit vaste et ferme en ses desseins; son cœur , noble et doux, avait toute la faiblesse de son sexe, et ses fautes personnelles, s'il lui en échappa, ne compromirent jamais le sort de l'Etat.

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Ven 8 Jan - 0:11

Vraiment ça se gâte

Mais les fureurs populaires la proscrivirent dès la première année de la révolution; et, au mois de juillet 1789, elle quitta la France avec le duc de Polignac, la comtesse Diane, sa belle-sœur, la duchesse de Guiche, sa fille, le comte d'Artois, le prince de Condé, et leurs enfans. La Reine, revenue de quelques préventions contre son ancienne amie, lui donna des marques du plus tendre intérêt. Cette auguste et malheureuse princesse ne voyait pas encore que tant d'éclat et de puissance allaient se terminer par le sort le plus douloureux et le plus digne d'éternels regrets. Aussi longtemps qu'il lui fut possible, elle conserva une correspondance touchante avec la gouvernante du Dauphin, et le Roi lui-même lui écrivait qu'il ne serait heureux que lorsqu'il se retrouverait avec ses anciens amis.

La duchesse ne put survivre à cette cruelle séparation et aux nouvelles affreuses qui vinrent l'accabler dans sa retraite. Sa santé, déja chancelante, devint déplorable après la mort de Louis XVI; mais quand elle apprit celle de la Reine, elle se sentit frappée du coup qui l'avait privée de cette auguste amie, et cependant elle ne connut jamais l'épouvantable destinée de cette princesse si belle jadis si adorée ! Elle mourut consumée de douleur, le 9 décembre 1793, âgée de quarante-quatre ans.

Ses restes reposent à Vienne, en Autriche. Parmi les faveurs dont Louis XVI avait comblé le duc Jules de Polignac, on n'omettra pas le titre de gouverneur et la jouissance du château de Chambord. Cette magnifique propriété royale, concédée par Louis XV au maréchal de Saxe et au comte de Frisen, son neveu, avait fait retour à la couronne en 1783. Le duc l'administra jusqu'en 1789, et le souvenir du bien qu'il y avait fait s'est longtemps conservé dans le coeur des habitans des terres voisines. C'était le 16 juillet 1789, que le Roi, les yeux pleins de larmes, avait dit au duc et à la duchesse de Polignac, en leur prescrivant de quitter la France : « Je viens d'ordonner au comte d'Artois de partir. Plaignez-moi ; comptez sur moi dans tous les temps; je vous conserve vos charges. »

Un prompt départ était, en effet, nécessaire; car déja le comte Armand de Polignac, à peine âgé de dix-huit ans, ayant eu l'imprudence de se prononcer au milieu d'un rassemblement populaire, dans le jardin du Palais-Royal, avait vu tourner contre lui les fureurs des énergumènes, et ne devait son salut qu'à la présence d'esprit et au courage du jeune Sombreuil, son ami. Le duc de Polignac avait deux fils et une fille : le comte Armand-Jules-Marie-Héraclius, né en 1771; le comte Jules-Auguste-Armand-Marie, né en 1780; et la duchesse de Guiche. En 1790, le comte Armand épousa, en Italie, Ida-Johanna-Seina de Nivenheim, fille du baron de Nivenheim, riche capitaliste hollandais. La jeune comtesse était née à Batavia, dans l'île de Java. Sa grâce et ses vertus jetèrent quelque adoucissement à travers la douleur profonde qui consumait lentement les jours de la duchesse Jules; mais l'adversité continuait à s'apesantir sur cette famille, et les évènemens qui amenèrent la conquête de la Hollande ravirent au baron de Nivenheim la totalité de sa fortune. L'impératrice de Russie, Catherine II, apprit les malheurs du duc de Polignac; elle voulut y remédier, et elle chargea le comte Potowski, son ambassadeur à Vienne, de lui offrir, en son nom, un asile dans ses Etats, et des terres considérables au centre de l'Ukraine. Le duc accepta les utiles propositions de l'Impératrice, et se mit en voyage vers la fin de 1795, accompagné de ses deux fils, de la comtesse Armand, de la duchesse de Guiche, et de l'enfant en bas-âge de cette dernière.


Bon ... j'arrête là ... What a Face

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madame antoine

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Ven 8 Jan - 7:10

Ce texte est très intéressant. J'y y relevé une légère hésitation, voire une contradiction dans la description du caractère de Mme de Polignac. On dirait que l'auteur ne tranche pas si elle était apathique ou pas. Bien entendu ce n'est qu'une impression que j'ai eue et celle-ci n'engage que moi.

Bien à vous

madame antoine

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ExceLLence

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   Ven 8 Jan - 22:17

............... hmmmm ......... Vaudreuil, qu'est-ce qu'il prend ...............

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MessageSujet: Re: Madame de Polignac, par le baron de Roujoux   

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Madame de Polignac, par le baron de Roujoux
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