Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 La Passion pour les Laques de Marie Antoinette

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pimprenelle
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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Sam 24 Jan - 19:14

Just for fun...


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pimprenelle
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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Sam 24 Jan - 21:06


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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Sam 28 Fév - 13:17

Agrandissement du chien-boîte:





De Fo, en guise de coffret, sur ses accoudoirs, en peinture, en vrai... décidément, Marie Antoinette aimait à s'entourer de petits cerbères... Wink Wink Wink

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madame antoine

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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Sam 13 Juin - 12:47

Voici pour nous permettre de nous faire une idée des informations apportées par Mme Marguerite Jallut.

LES COLLECTIONS DE MARIE-ANTOINETTE

par Marguerite JALLUT

L'étude des appartements de la Reine à Versailles, entreprise depuis de longues années, m'a posé de nombreux problèmes. L'absence de documents sur les paiements faits par la Maison de la Reine, la disparition à la Révolution des registres d'inventaire de son mobilier et de ses collections, registres saisis chez Bonnefoy du Plan, qui en avait la charge, et disparus depuis, rien ne facilitait la tâche. Cependant avec de la patience et de longues recherches beaucoup de choses paraissent assez claires maintenant. Cette première étude le montrera je l'espère, dans la mesure du possible sinon totalement comme nous l'aurions aimé.

Une pièce révolutionnaire, publiée en partie par Ephrussi en 1879 dans la Gazette des Beaux Arts et avec quelques différences par Tuetey dans les Archives de l'Art Français (Tome VIII) en 1914, un document publié dans V Intermédiaire des Chercheurs et Curieux (Tome 57) en 1908, enfin les rapports de pluviôse et ventôse an II (Archives Nationales F17 1344 2) permirent d'avoir des détails très précis sur une grande partie des collections de la Reine. Nous disons une grande partie seulement, car nous avons acquis la conviction que d'autres objets furent confiés à des gens sûrs, qui en gardèrent le secret. Il y eut de nombreuses dénonciations suivies de perquisitions ordonnées par les Comités de surveillance; elles furent sans résultat.

Devant l'émeute et les risques courus pendant les journées des 5 et 6 octobre 1789 à Versailles, Marie-Antoinette avait songé tout de suite — et c'est fort instructif pour juger de sa clairvoyance et de son sang-froid — à mettre à l'abri les objets auxquels elle tenait. Elle avait chargé Daguerre, marchand bijoutier, 85 rue Saint-Honoré à Paris, son fournisseur, de prendre en charge certains objets. Celui-ci, le 10 octobre, quatre jours après le départ de la famille Royale de Versailles pour les Tuileries, envoyait Lignereux qui allait devenir son associé, retirer les objets des appartements où ils étaient placés. Il nous a laissé un état très précieux et très précis de ce qu'il a emporté et de l'emplacement des objets à Versailles.

En 1793, au moment où les dénonciations se multipliaient, devant l'ampleur que prenaient les événements et les risques qu'il courait, Lignereux se décida à déclarer officiellement le dépôt royal qu'il conservait et qu'il avait soigneusement emballé. Deux commissaires, Nitot et Besson, se rendirent alors chez lui rue Saint-Honoré et firent l'inventaire de ce qu'il avait pris en garde. Le texte précise qu'il s'agit « des effets curieux qui sont déposés dans la maison des citoyens Daguerre et Lignereux, marchands bijoutiers rue Saint-Honoré 85 par les ordres de la cidevant Reine le 10 octobre 1789 ». Ce texte indique aussi qu'Etienne Nitot et Alexandre Charles Besson étaient membres de la commission des Arts. L'inventaire suit l'ordre dans lequel les objets avaient été placés dans des caisses numérotées ; des lettres furent mises sur ces caisses pour indiquer la section de la commission qui devait procéder au nouvel inventaire. Tout fut donc fait avec la plus exacte régularité. Ces soins cependant ne veulent pas dire que tous les objets allèrent au Museum, ni qu'ils viendront ensuite jusqu'à nous. Observons déjà que tous les objets ornés de diamants ou de pierres précieuses, que les pierres dures et les mosaïques et que les objets d'or ont rarement été sauvés. On peut admettre que les pierreries aient été démontées, que l'or ait été fondu et que certains bibelots aient été dispersés dans les ventes et les échanges, mais nous allons voir que la collection contenait des objets d'Extrême- Orient, ce qui importe ici.

Dans la première caisse inventoriée, il y avait une paire de girandoles à trois branches avec « trois figures chinoises » groupées, en porcelaine du Japon couleur café au lait, la monture était dorée d'or mat. Ces girandoles, que nous n'avons plus, étaient autrefois placées sur la cheminée du cabinet intérieur de la Reine. Nous avons plus de chance avec la caise n° 3 qui contenait une fontaine de porcelaine du Japon bleu céleste posée sur un brancard porté par des lions. Avec cette fontaine maintenant au Musée du Louvre (fig. 1) étaient une cuvette et un plateau de même porcelaine, le tout monté en bronze doré d'or mat. Ces objets étaient eux aussi dans le cabinet intérieur ou cabinet doré de la Reine, posés sur la table à droite de la cheminée. Dans la même caisse avaient été rangés deux perroquets de même porcelaine bleue posés sur une manière de rocher violet avec monture de bronze doré (Musée du Louvre, fig. 1). Ils étaient placés sur la même table que la fontaine.

Ce que nous n'avons plus et qui devait être fort beau, c'était un chat couché, toujours de même porcelaine, reposant sur un coussin de bronze doré porté par un socle de griotte d'Italie. Près de la fontaine et des deux perroquets se trouvaient deux vases de porcelaine du Japon bleue aux anses en arabesque de bronze doré qui se trouvent au Musée du Louvre de nos jours. Ces deux vases n'étaient pas, comme le dit Ephrussi, au Petit Trianon, mais, on le voit, sur la table à droite de la cheminée dans le cabinet intérieur de Versailles.


http://maria-antonia.justgoo.com/t3301-fontaines-en-chinoiseries

Dans la caisse n° 7 était enfermée une belle boîte de laque à fond aventurine avec sujet en or de relief, gorge et charnière en or de couleur ; le bouton qui était à ressort s'ornait d'un diamant. Elle contenait dans des compartiments cinq autres boîtes, celle du milieu de jaspe rougeâtre, les autres de bois pétrifié. Sans doute en raison de sa qualité et de sa fragilité l'avait-on rangée dans un caisson de velours vert recouvert d'un sachet de taffetas de même couleur.

Vient ensuite dans l'inventaire une grande caisse qui contenait deux vases oblongs en forme d'aiguière. Ces vases étaient en porcelaine du Japon de couleur violette, ils étaient coupés par des cerceaux de bronze doré et montés sur des consoles de bronze doré ornées de têtes de béliers et de branches de vigne, riches montures qu'en cette fin du xvme siècle on choisissait pour présenter les porcelaines du Japon ou de la Chine. Ce sont les têtes de béliers, les branches de vignes que l'on trouvera aussi bien sur les bras de lumière que sur les feux de bronze doré. Les montures des objets de la Reine étaient d'une telle qualité qu'il arrive aux commissaires émerveillés d'inscrire sur leur papier «le tout très bien exécuté». La monture de deux jattes à pans en «porcelaine d'ancien Japon rouge et blanc» était tout aussi délicate.

La caisse contient encore deux mortiers à pans avec leurs soucoupes de porcelaine du Japon fond blanc orné de fleurs. Dans un coffre de laque fond aventurine avec médaillon en relief sont rangés quatre flacons en cristal, un gobelet et son plateau garni en or, puis vient une cantine d'ancien laque fond aventurine avec fruits, fleurs et papillons en relief.

Il faut lire la description de la caisse n° 6 pour comprendre avec quel soin les objets précieux avaient été emballés :
«Caisse 6, caisse renfermant quatre caissons, posés les uns sur les autres, garnis de peau jaune, dans laquelle sont des enfoncements où chaque pièce se trouve assujettie, elle ne contient que des ouvrages d'ancien laque, que nous décrirons dans l'ordre où ils sont rangés, en rapprochant certaines pièces qui doivent se monter ensemble et se trouvent séparées pour la commodité de l'emballage.»

Un certain nombre de boîtes et d'objets de laque de cette collection se trouvent maintenant répartis entre les Musées du Louvre, Guimet et Versailles (ce dernier grâce à un dépôt du Musée Guimet). Sans avoir encore trouvé la trace de la dispersion nous supposons que le reste a été vendu. Voici d'abord le donjon à calotte qui, chez la Reine, était placé sur la table à gauche de la porte du cabinet intérieur. Le donjon à calotte avec soucoupe est porté par quatre colonnes minces en bronze doré avec feston chinois. Le dessus de la calotte en laque fond noir piqué dans certaines parties a des ornements en or de relief de diverses couleurs. Sur la soucoupe fond rouge, avec un petit tableau fond noir et un paysage d'or, est posé un petit vase en trois parties. Ce vase fond or et parties brunes avec dessin en or et rouge est décoré d'anses en bronze et de sertissures. Le tout était déposé sur un plateau festonné, de laque fond or et parties rembrunies aventurines couleur d'acier représentant «paysage et plante». Si le donjon se retrouve dans nos collections nationales, le plateau manque. Il faut noter et c'est peut-être une explication, que dans l'emballage il était séparé du donjon et placé dans le caisson du dessus. Sur la même table que cet objet curieux étaient posées, à Versailles, deux bouteilles de laque fond noir avec paysage en laque usé «dans des petits vermicelles et mosaïque au-dessus», anses et becs or et noir, les goulots terminés par un petit collet en bronze auquel sont attachées des chaînes et perles aussi en bronze doré. Ces bouteilles sont maintenant au Musée du Louvre.

Voici revenues au château de Versailles deux boîtes à six pans de laque fond noir montées sur de petites tables, leurs petits plateaux sont richement décorés d'or comme les boîtes minuscules qu'elles contiennent, et voilà aussi une curieuse poule en laque fond or de différentes couleurs avec plumes en relief et crête rouge, cette poule s'ouvre en deux parties et contient un plateau doré orné de reliefs très riches (fig. 2). Des amis japonais (Mme Takeru Sasaguchi et le Colonel Knshiwagi) ont eu la gentillesse de lire l'inscription portée sur cet objet et de me la traduire dans la mesure où il a été possible de la déchiffrer «T'SUMORI JINMAN». Cette poule voisinait chez la Reine avec le donjon, elle était donc sur la table de gauche près de la porte du cabinet intérieur, mais elle était alors placée sur un socle de marbre vert de mer monté en bronze doré qui a dû séduire quelqu'un puisque depuis la Révolution il a disparu. Près de la poule était un chat accroupi en laque d'or tigré de noir, posé sur une petite table à quatre pieds fond noir, moins attirante sans doute pour les amateurs que le socle de marbre vert de mer, puisqu'elle est restée dans les collections Nationales et qu'elle a regagné Versailles avec le chat. Deux boîtes précieuses à inscriptions latines ont disparu, mais la gourde de laque fond or, rubannée de rouge, se dévissant en trois parties est là. L'intérieur est aventurine ; elle était à l'origine destinée à contenir le saké. La gourde est aussi revenue à Versailles. (fig. 3)Deux boîtes carrées avec fleurs de relief sont portées par quatre consoles. L'intérieur aventurine de l'une d'elles contient quatre petites boîtes qui s'y adaptent avec une parfaite précision.



La variété des boîtes de la collection de la Reine est infinie; les unes ont la forme d'éventail fond glacé brun en or avec paysage et animaux, d'autres sont carrées, ou bien en forme de tabouret, de hotte. Il en est une fort belle à fond d'or, son décor est mêlé de rouge et de noir, elle est portée sur un pied très riche de bronze doré d'or mat dans le genre Chinois avec découpures, boules et clochettes au pourtour. Les Japonais qui ont aussi essayé d'étudier les caractères qui l'ornent émettaient l'hypothèse que ce coffret dit écritoire pourrait être une sorte d'écrin destiné à conserver un livre précieux, peut-être un ouvrage de Murasaki Shikibu (Musée du Louvre) (fig. 4).



Une autre boîte où l'or et l'argent se mêlent contient une série de petites boîtes en forme de cerises, le plateau intérieur comme le couvercle sont richement décorés. Tous ces objets présentent une grande variété de décors, de paysages, de personnages, d'oiseaux, de fleurs. Il y a des coffres à poignées d'argent dont le devant se rabat à charnières, d'autres à petits tiroirs. Il en est un, amusant, à mosaïque en or entrelacée de filets noirs; sur le dessus est une figure en ronde bosse, couchée, tenant, dit l'inventaire, une petite marmite de différentes couleurs en or et argent. Nous préciserons la description sommaire de Nitot et Besson : la «petite marmite» est une boîte japonaise aux échecs et le plateau est un échiquier Japonais (fig. 5). Une des boîtes en forme d'éventail, contenue dans la caisse n° 6, caisson n° 2, porte une étiquette en caractères Coréens et non Japonais, mais sur une des petites tables supports de boîtes et sur un plateau monté sur trois pieds, on peut lire un même nom : GAGANSAI.

Certaines boîtes sont décorées de fleurs, une sorte de chrysantème utilisé seulement pour les objets de l'Empereur ou de la famille Impériale du Japon, le nombre des pétales précise s'il s'agit de l'Empereur ou des princes, c'est le KIKOU impérial. On le trouve dans les collections de Marie-Antoinette sur des boîtes chantournées, de formes bombées par-dessus, fond aventurine brun nuancé, représentant des kikou en or de relief (Musée de Versailles) (fig. 6). Ces boîtes sont, elles, des cadeaux impériaux passés en Europe; comme il y a eu, paraît-il, à certaines périodes difficiles, des ventes d'objets impériaux, on peut aussi envisager des achats par des marchands.



La variété est grande dans cette importante collection, boîtes contournées à la forme capricieuse, dragons en relief sur deux boîtes de laque cloutées d'argent, fruit posé sur une feuille échancrée. Il est au Musée Guimet une boîte carré long, noire piquée à paysage et montagne en or de relief, son intérieur est aventurine très fine avec paysage, croissant et nuages. A l'intérieur est un compartiment avec les pièces nécessaires à l'écriture, « l'encrier » ou pierre sur laquelle se broyait et se délayait l'encre de Chine, les pinceaux et un godet de métal; au-dessous se trouvent encore quatre boîtes fond or avec paysage ou bouquet en relief (fig. 7).

Il était certainement curieux pour la Reine d'examiner la petite maison à fond d'or décorée de paysage, d'habitation et de figures. Deux petites portes à charnières permettaient d'ouvrir la moitié du devant, sur l'intérieur de chaque porte était une figure et dans les tiroirs on trouvait de nombreuses petites boîtes variées. Dans l'autre partie de la maison se trouvait un pot pourri. Que d'ingéniosité dans ces petits objets dont sans se lasser on devait s'amuser à découvrir l'imprévu. Voici un Chinois, ailleurs une guitare, ici des gerbes liées et là des fleurs.

Tout fut si minutieusement inventorié que nous n'avons aucune peine à reconnaître les objets. Jugeons-en par cette description : «une petite figure en ivoire représentant un porte-balle, les boutons de son habit et de ses guêtres étaient en or, le chapeau, la bretelle et la balle enrichis de six petits diamants.»

Les commissaires ne manquèrent pas d'être éblouis par toutes les richesses qu'ils avaient sous les yeux, ils ne le cachèrent pas, car après avoir énuméré tous ces objets précieux, ils ajoutèrent : «Une partie de ces meubles et bijoux faits à Vienne sont montés en or, vermeil ou en bronze doré d'un excellent travail de Paris pour la plupart.»

Rien d'étonnant à ce que les objets d'orfèvrerie, les camées, les bois pétrifiés qui figurent à l'inventaire, puissent venir de Vienne, que les porcelaines du Japon aient été procurées par Daguerre et que les montures de bronze soient d'un beau  travail de Paris. Tous les grands marchands parisiens de curiosités au xvme siècle avaient en magasin les porcelaines du Japon ou de la Chine, si fort à la mode depuis près d'un siècle, mais les laques venaient-elles aussi de chez Daguerre ? On le supposait jusqu'ici.

Un document devait nous donner une première indication différente.

Le comte de Mercy- Argenteau, ambassadeur de l'Impératrice Marie-Thérèse à Paris, lui écrivait le 15 janvier 1779, au sujet des présents envoyés par l'Impératrice pour la naissance de Madame Royale, fille aînée de Marie-Antoinette : «Le courrier m'ayant remis en très bon état les trois objets dont il était chargé, je me suis vu à même de remplir les ordres de Votre Majesté... Je n'ai eu à remettre à Sa Majesté (Marie-Antoinette) que le petit coffre de laque et j'y ai joint le diamant couleur chrysolithe qui a fait le plus grand plaisir à la Reine connaissant son goût pour les pierreries» (1). La Reine fit monter le diamant en coulant pour un ruban à porter au cou.

Marie-Thérèse offrait donc des objets de laque. Nous allons maintenant apprendre qu'elle en possédait une importante collection. En effet, après sa mort, une lettre de son fils l'Empereur Joseph II au comte de Mercy-Argenteau nous fait connaître l'origine de la collection de Marie-Antoinette que nous recherchions.

Vienne le 17 février 1781.
«Mon cher comte de Mercy. L'Huissier Moritz qui était autrefois courrier vous remettra celle-ci et en même temps 6 ballots qui contiennent le légat en laque et les souvenirs qui en conséquence du testament de feu Sa Majesté ont été destinés pour la Reine, le Roi et la petite Madame. Je souhaite que tout arrive en bon état et vous prie en remettant cette lettre à la Reine en même temps de prendre d'Elle les ordres, comment et quand Elle voudra que vous lui fassiez parvenir tous ces objets. La liste ci-jointe vous fera voir ce qui est destiné à chacune de ces trois personnes royales» (2).

Le même jour le ministre Kaunitz écrivait aussi au comte de Mercy : «Mon cher Comte. L'Empereur est pressé de faire partir le courrier Maurice qu'il dépêche avec le legs de feu notre auguste souveraine pour la Reine sa fille» (3). Et voici la précieuse liste jointe à la lettre de l'Empereur :
«Pour sa Majesté le Roi : deux vases de bois pétrifié avec leurs petites tables et un tric-trac avec tout ce qui y appartient en laque.
Pour Sa Majesté la Reine une garniture de laque composée de 50 pièces en boîtes de différentes grandeurs. Pour la princesse de France, une boîte à parfiler de bois pétrifié montée en or, un lit chinois de laque avec autres cinq boîtes rondes dont 3 sont un peu plus grandes. Une boîte à parfiler carrée et 2 tasses de laque.»

Dans son journal, Louis XVI inscrivait en mai 1781 : «J'ai donné à la Reine pour un homme qui a apporté de Vienne les legs de l'Impératrice 2400 L» (4).

Comment Marie-Antoinette allait-elle présenter à Versailles la collection que sa mère venait de lui léguer ?
Dans une note jointe au testament de Marie-Thérèse daté du 22 juillet 1767 l'Impératrice disait : «à la Reine de France je donne les étagères en laque et les porcelaines... » Elle devait préciser dans son testament du 15 octobre 1780 : « A la Reine de France, les étagères de mon grand cabinet de la Hofburg...» (5). Sans doute les étagères ne sont-elles pas venues en France, car en juillet 1781, donc peu après l'arrivée des laques, Marie-Antoinette commanda pour son cabinet intérieur : «deux encoignures en gradin de 3 pieds de haut sur 1 pied d'équerre composées de cinq tablettes de différentes grandeurs de vieux laque sur fond noir avec différents ornements formant plusieurs panneaux et compartiments des paysages et bouquets de fleurs avec filets d'or ainsi que sur toutes les découpures et sur le devant deux filets en or de même» (6). C'est l'ébéniste Riesener qui fut chargé d'exécuter les encoignures dont plus tard l'une sera augmentée de quatre tablettes et deviendra ce que Lignereux le 10 octobre 1789 appellera «la cage aux laques».

Pour la même pièce, la Reine commanda une chaise de laque et bronze doré d'or moulu (7). C'est le commencement chez elle d'un décor nouveau. Pour le même cabinet intérieur, on livrera un tapis dont les angles seront décorés de parasols Chinois (Cool et en dessus de porte elle fera placer un ananas peint par Oudry, sans doute parce que c'est un fruit exotique, ce qui paraissait alors en harmonie avec les laques.

Deux ans plus tard, en 1783, lorsqu'elle fit transformer la pièce et remplacer la soierie murale par la boiserie qui existe encore de nos jours, on lui livra « une commode de vieux lac à dessus de marbre blanc veiné richement décorée de bronze doré, un secrétaire en armoire de vieux lac et une encoignure assortie » (9). La pièce était alors meublée de laques noirs près desquels les boiseries dorées apportaient leur lumière et l'on peut penser que la pièce était ainsi aménagée pour les objets de la collection royale. Les meubles n'étaient pas faits de n'importe quel laque, la Reine possédait d'anciens panneaux et en 1787 elle permettra de se servir de ses réserves « de la manière la plus utile au service de sa Majesté ». C'est alors que l'on fera les meubles magnifiques de Saint-Cloud (10).

Tout est donc clair en ce qui concerne la collection au temps de Marie-Antoinette. Pour la période Révolutionnaire nous savons que les saisies n'allaient pas forcément au Museum, qu'il y eut des ventes, des échanges, c'est-à-dire des objets donnés en paiement aux fournisseurs de la République, qu'on fondit les métaux précieux. Les laques comme les bois pétrifiés étaient pourtant exactement ce qui intéressait la commission des Arts. Sans doute celle-ci n'était-elle pas souveraine puisque tant d'objets lui ont échappé sans que nous sachions comment. Nous ne savons pas davantage comment l'Impératrice Marie-Thérèse avait constitué sa collection, nos recherches à Vienne ont été infructueuses. Nous supposons que ce furent des achats personnels, parce que dans un fragment de son testament du 15 octobre 1780 elle songe aux souvenirs qu'elle veut laisser à ses petits-fils et à ses petites-filles et elle écrit «si on ne trouve rien de convenable dans les chambres, regarder dans les pièces voûtées et si là encore on ne trouvait rien, il faudrait leur acheter des bibelots qui leur conviendraient.»

Elle avait donc l'habitude d'acheter pour ses cadeaux ; elle le fit sans doute aussi auparavant chez les marchands de curiosités de Vienne pour ses propres objets.

(1) Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau pub. par Arneth et Geffroy, Paris, Didot, 1874. T. III, p. 291.
(2) Correspondance secrète du Cte de Mercy-Argenteau, de l'Empereur Joseph II et de Kaunitz, pub. par Arneth et Flammermont, Paris, Imp. Nie, 1889. T. I, p. 23.
(3) Correspondance, id., p. 23.
(4) Journal de Louis XVI pub. par L. Nicolardot, Paris, Dentu, 1873, p. 210.
(5) Les extraits du testament de l'Impératrice Marie-Thérèse ont été recherchés aux Archives de Vienne et photocopiés grace à l'obligeance de Mlle Lore Kaindl de la Bibliothèque Albertine. La traduction a été faite par MUe Bénédicte Dargnies de l'Institut autrichien de Paris.
(6) Archives Nies Ox3320, f° 84 v°.
(7) Arch. Nies O13320, f° 100.
(Cool Arch. Nies 0*3320, f° 101 v°.
(9) Arch. Nies O^ôTO et 3628 (3).
(10) Arch. Nies 01 1708, p. 154
.


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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Lun 15 Juin - 9:00

Voici une référence utile concernant les Laques de la Reine Marie-Antoinette.

http://www.chateauversailles-recherche-ressources.fr/jlbweb/jlbWeb?html=notarticles&ref=355

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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Lun 15 Juin - 14:52

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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Sam 12 Mar - 15:01

La fameuse boîte en forme de lettre pliée:


C) RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Thierry Ollivier

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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Sam 12 Mar - 16:25

J'adore les Laques

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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Sam 26 Mar - 20:53

Boîte en forme de panier hexagonal
bien visible


Photo (C) Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Marc Manaï

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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Dim 27 Mar - 19:16

Waaaa j'adore j'en veux une

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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Mer 30 Mar - 11:02

Et ça, Chou, et ça ??


Photo Jean-Marc Manaï

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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Mar 12 Avr - 23:17

wouf wouf


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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Mer 18 Avr - 22:28

Le fameux animal de compagnie


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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Mar 24 Avr - 10:37

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MessageSujet: Re: La Passion pour les Laques de Marie Antoinette   Mar 10 Juil - 18:01

laque du japon de marie-Antoinette


https://art.rmngp.fr/fr

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