Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 14 mai 1774: Marly

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yann sinclair

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MessageSujet: 14 mai 1774: Marly   Lun 15 Mai - 9:54

MARIE ANTOINETTE A MARIE THÉRÈSE

Choisy, le 14 mai 1774.

Madame ma très chère mère, Mercy vous aura mandé des circonstances de notre malheur. Heureusement, cette cruelle maladie a laissé au roi la tête présente jusqu'au dernier moment et sa fin a été édifiante. Le nouveau Roi paraît avoir le cœur de ses peuples. Deux jours avant la mort du grand-père, il a fait distribuer deux cent mille francs aux pauvres, ce qui a fait le plus grand effet. Depuis la mort, il ne cesse de travailler et de répondre de sa main aux ministres qu'il ne peut pas encore voir*, et à beaucoup d'autres lettres. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il a le goût de l'économie et le plus grand désir de rendre ses peuples heureux. En tout, il a autant d'envie que de besoin de s'instruire, j'espère que Dieu bénira sa bonne volonté. Le public s'attendait à beaucoup de changements dans le moment. Le Roi s'est borné à envoyer la créature* au couvent et à chasser de la cour tout ce qui porte ce nom de scandale. Le Roi même devait cet exemple au peuple de Versailles, qui au moment même de l'accident, a accablé Mme de Mazarin, l'une des plus humbles servantes de la favorite. On m'exhorte beaucoup à prêcher la clémence au Roi pour un nombre d'âmes corrompues, qui on fait bien de mal depuis quelques années. J'y suis fort portée, mais au milieu de ces idées, je ne puis m'empêcher de songer au sort d'Esterhazy. Je crois qu'on a indisposé Votre majesté par des rapports faux sur quelques point et exagérés sur d'autres. Il est vrai qu'il a eu bien des torts, mais au milieu de tout cela, il n'y a qu'une voix sur son honneur et sa probité, et il y a tout lieu d'espérer qu'éloigné des occasions de ce dangereux pays et vivant au sein de sa famille, il peut devenir un bon sujet. Au contraire, je crains que si on le traitait avec toute la sévérité qu'il mérite, sa tête ne soit pas encore remise pour qu'il ne fasse quelque nouvelle sottise. J'espère que ma chère maman ne me jugera pas assez insensée pour vouloir lui donner des conseils. Je sens qu'étant chargée du gouvernement elle est obligée à la justice ; je désire seulement pour qu'elle ne tourne pas tout entière contre Esterhazy.
On arrive dans ce moment pour me défendre d'aller chez ma tante, Adélaïde, qui a beaucoup de fièvre et maux de reins : on craint la petit vérole. Je frémis et n'ose penser aux suites. Il est déjà bien affreux pour elle de payer si vite le sacrifice qu'elle a fait. Je suis charmée que le maréchal Lacy a été content de moi. J'avoue à ma chère maman que j'ai été bien affectée lorsqu'il a pris congé de moi, en pensant combien il m'arrive rarement de voir des personnes de mon pays, surtout de celles qui ont de plus le bonheur de vous approcher. J'ai vu il y a quelque temps Mme de Marmier. J'en ai été ravie, sachant les bontés que ma chère maman a toujours eu pour elle.
Le Roi me laisse la liberté de choisir pour les nouvelles places dans ma maison en qualité de reine. J'ai eu le plaisir de donner aux Lorrains une marque d'attention en prenant comme premier aumônier l'abbé de Sabran, homme de bonne conduite, de grande naissance et nommé à l'évêché qu'on va faire à Nancy. Quoique Dieu m'a fait naître dans le rang que j'occupe aujourd'hui, je ne puis m'empêcher d'admirer l'arrangement de la providence, qui m'a choisie, moi la dernière de vos enfants, pour le plus beau royaume d'Europe. Je sens plus que jamais ce que je dois à la tendresse de mon auguste mère qui s'est donné tant de soins et de travail pour me procurer ce bel établissement. Je n'ai jamais tant désiré de pouvoir me mettre à ses pieds, l'embrasser, lui montrer mon âme tout entière et lui faire voir comme elle est pénétrée de respect, de tendresse et de reconnaissance.

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