Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 25 mai 1795(6 prairial an III): L'agonie de l'Enfant-Martyr

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
yann sinclair

avatar

Nombre de messages : 1539
Age : 59
Localisation : Carcassonne
Date d'inscription : 10/01/2016

MessageSujet: 25 mai 1795(6 prairial an III): L'agonie de l'Enfant-Martyr   Mer 24 Mai - 11:01

Une autre fois le lundi 25 mai 1795 (6 prairial an III)

Le sieur Huyot, entrepreneur de bâtiments, commissaire de service, dit en arrivant à la tour:

« Je viens faire ma cour au Roi de Pologne

Le ton ironique de ce singulier courtisan dérida la figure austère de Lasne.

« S'il est Roi de Pologne, dit-il, je ne comprends pas alors pourquoi les Vendéens se battent.—On ne le comprend que de reste, c'est la cause de leurs foyers et de leurs autels, de leur patrie et de leur Dieu! Mais c'est la cause anticonventionnelle, antirépublicaine: il n'y a pas de traité possible avec elle »

Cependant, tandis qu'on le désignait comme le drapeau vivant des ennemis de la République; tandis que, dans les provinces, la renommée le plaçait sur le trône de Louis XIV, ou l'exilait sur le trône de Sobieski, la misère et la souffrance clouaient le rejeton des Rois de France sur le grabat d'une prison.

Les progrès de la maladie se manifestaient par des symptômes alarmants

La faiblesse du Prince était extrême

Ses gardiens pouvaient à peine le traîner jusqu'au sommet de la tour

La marche blessait ses pieds endoloris

A chaque pas il s'arrêtait pour serrer le bras de Lasne à deux mains sur sa poitrine, comme s'il eût senti son cœur défaillir.

Enfin il devint si souffreteux qu'il ne lui fut plus possible de marcher

Son gardien le portait tantôt sur la plate-forme et tantôt dans la petite tour adhérente à la grande où la famille royale avait d'abord demeuré.

Mais la faible amélioration qu'apportait à sa santé le changement d'air compensait à peine le mal que la fatigue lui causait.

Sur le créneau de la plate-forme le plus rapproché de la tourelle du nord, la pluie avait creusé, avec la persévérance des siècles, une espèce de petit bassin.

L'eau s'y conservait pendant plusieurs jours

Et comme pendant le printemps de 1795 il y eut des orages assez fréquents, cette petite nappe d'eau ne cessa point d'être entretenue.

Chaque fois que l'enfant était conduit sur la plate-forme, il pouvait apercevoir une bande de moineaux qui venaient boire à ce réservoir et s'y baigner.

Ils s'envolaient d'abord à son approche

Mais l'habitude de le voir presque tous les jours se promener paisiblement avait fini par les rendre plus familiers, et ils ne secouaient leur plumage qu'au moment où il arrivait tout près d'eux.

C'étaient toujours les mêmes

Il les reconnaissait; et peut-être étaient-ils, comme lui, habitants de cette antique demeure.

Il les appelait ses oiseaux.

Son premier mouvement, lorsqu'on ouvrait la porte de la terrasse, était de regarder de ce côté, et toujours les moineaux étaient là.

Quand le Prince passait, ils prenaient un instant leur vol en tournoyant, puis ils redescendaient aussitôt qu'il était passé.

L'enfant, appuyé fortement ou plutôt suspendu au bras gauche de son gardien et adossé contre le mur, restait longtemps immobile à regarder ses oiseaux

Il les voyait aller, venir, tremper leur petit bec dans l'eau, y plonger leur gorge, leurs ailes, puis agiter leurs plumes et prendre leur essor

Et le pauvre enfant malade serrait le bras de son guide avec un tressaillement qui semblait lui dire: Hélas! Je n'en puis faire autant!

Ses oiseaux revenaient encore, et le Prince voulait les voir d'un peu plus près.

Toujours à l'aide de son guide, il faisait quelques pas, et quelques pas encore, et il arrivait enfin si proche , qu'en allongeant le bras il eût pu les toucher.

C'était là sa plus grande distraction.

De cette plate-forme qui, resserrée entre la rampe crénelée et le toit de la grosse tour, ressemblait à un couloir étroit, il ne pouvait apercevoir que le ciel

Et l'on comprend que ces petits êtres ne devaient point lui être indifférents

Il aimait tant leur gazouillement et il devait tant envier leurs ailes!

A mesure que la position de son frère devenait plus critique, Madame Royale sentait qu'elle l'aimait davantage.

On eût dit qu'elle devinait ses dangers

Elle ne cessait de questionner gardiens et commissaires, sans pouvoir rien obtenir d'eux, sinon de vagues paroles qui, prononcées pour la rassurer, ne faisaient que l'alarmer davantage.

Ses demandes de voir et de soigner son frère étaient toujours repoussées.

Instruit de la position critique du Dauphin, M. Hue sollicitait lui-même avec instance, auprès du Comité de sûreté générale, la faveur de s'enfermer dans la tour avec l'enfant de son ancien maître

Mais l'homme qui avait la gloire d'être nommé dans le testament royal ne put obtenir la consolation de fermer les yeux du fils du martyr.

On repoussa sa demande sous prétexte que ses soins étaient inutiles, que M. Desault visitait l'enfant tons les jours et que les commissaires du Temple ne le quittaient pas.

Hélas! Que pouvait M. Desault qui réclamait pour son malade un peu d'air sans pouvoir l'obtenir?

Que pouvaient les commissaires dont les mieux intentionnés, n'ayant que des fonctions d'un jour et se trouvant d'ailleurs condamnés a subir les injonctions des comités, n'avaient point qualité pour autoriser une mesure d'une utilité durable?

Je ne parle point des gardiens, c'étaient des gens honnêtes, assurément, mais leur bon vouloir, leur zèle compatissant étaient à chaque instant entravés par la crainte de devenir suspects et d'être incarcérés.

Quoique renouvelés tous les mois, les membres du Comité de sûreté générale ne sortaient point des limites où s'étaient maintenus leurs devanciers, et adoptaient le système que Mathieu avait proclamé à la tribune de la Convention de rester étrangers à toute idée d'améliorer la captivité des enfants de Capet.

Aussi ce stérile traitement, ordonné pour l'acquit de sa conscience par M. Desault, durait depuis quinze jours sans amener un grand bien

Les frictions faisaient souvent plus d'effet sur la peau des gardiens que sur celle du malade.

Cependant une amélioration morale s'opérait dans l'esprit du royal enfant

Il était sensible au vif intérêt que lui montrait son médecin, toujours assidu à venir le visiter chaque matin sur les neuf heures

Il semblait heureux des soins qu'il lui apportait, et il finit par s'abandonner à lui avec toute confiance.

La reconnaissance lui délia la langue

Les brutalités et les outrages n'avaient pu lui arracher une plainte, les bons traitements lui rendirent la parole

Il n'avait point eu de voix pour maudire, il en eut une pour remercier.

M. Desault prolongeait sa visite autant que ses occupations

Je lui permettaient, ou plutôt autant que les commissaires de la municipalité le toléraient.

Lorsque ceux-ci annonçaient la fin de la visite, l'enfant, ne voulant pas s'adresser à eux pour la prolonger, retenait M. Desault par le pan de son habit.

La sympathie secrète qui unissait le vieux médecin et le jeune malade se trahissait d'elle-mêm

Celui-ci l'exprimait assez par son regard, par ses gestes, par son obéissance; celui-là par ses soins, par ses prévenances et même par ses inquiétudes.

Le prisonnier, sans doute, pensait à son médecin comme à un sauveur, et le médecin au prisonnier comme à un condamné.

Deux fois, en sortant du Temple, le bon et sensible Desault fut obligé de rentrer chez lui, tant lui avait fait mal le spectacle douloureux de cet enfant abandonné qu'il ne pouvait soigner, qu'il ne pouvait guérir, et qui cependant semblait crier vers lui!

L'enfant l'appelait par ses vœux, le malade l'attirait par ses souffrances, et le vieillard, et le médecin, ne pouvait lui répondre que par ses larmes!




_________________
king
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://louis-xvi.over-blog.net/
 
25 mai 1795(6 prairial an III): L'agonie de l'Enfant-Martyr
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Jésus en agonie jusqu'à la fin du monde
» Napoléon et l'empire de la mode 1795-1815
» Décors d'Empire 1795-1815
» Boîte de conserve (1795)
» Chapelet de l'agonie de Jésus à Gethsémani

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le Boudoir de Marie-Antoinette :: Au fil des jours :: Mai-
Sauter vers: