Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 13 juin 1789

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yann sinclair

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MessageSujet: 13 juin 1789   Lun 12 Juin - 15:29

La nuit du 13 juin fut toute remplie de tumulte et d'alarmes; d'heure en heure des factieux qui avaient pour mission de répandre la crainte et de crédules habitants que la frayeur avait véritablement gagnés accouraient au comité suppléant, annonçant que tout était perdu, que la capitale allait être prise, que vingt mille soldats débouchant par le faubourg Saint-Antoine allaient s'emparer de l'Hôtel-de-Ville.

D'un autre côté partaient du comité qui siégeait en permanence à l'Hôtel-de-Ville des émissaires qui étaient loin de rassurer les habitants de Paris par les ordres qu'ils apportaient aux soixante districts récemment établis dans les différents quartiers de la capitale: partis du centre de tout le mouvement, ils commandèrent de dépaver les rues et d'y élever des barricades: dans l'immense et turbulente cité c'était un flux et reflux continuel d'inquiétudes, de mensonges et d'exagérations.

Pendant que les Parisiens s'occupaient tant de se procurer des armes et de la poudre et de faire des coupures dans leurs rues pour empêcher par tous les moyens l'intervention des troupes royales, les régiments se resserraient sur Versailles, comme pour laisser plus de liberté aux mouvements de la capitale.

Un régiment campait dans la magnifique orangerie, et d'autres dans les bosquets de Versailles, tandis que le marquis de Launay, gouverneur de la Bastille, auquel de vagues rumeurs étaient parvenues, ne cessait de demander du renfort pour le poste qui était confié à sa garde.

Après avoir fouillé les couvents pour y découvrir des fusils la multitude, mutinée et belliqueuse parce qu'elle n'avait plus près d'elle de forces imposantes et répressives, obtint de la municipalité, qui obéissait à toutes les exigences, qu'une députation serait envoyée aux Invalides pour leur demander des armes...

Ces députés ne faisaient que précéder un rassemblement plus nombreux que tous ceux qu'on eût encore vus...

Dans ces jours de vertige (on a peine à le croire, mais c'est un lait qu'il faut constater pour prouver combien le délire était général) ces vieilles têtes respectées dans les batailles et blanchies par les années s'étaient aussi enthousiasmées des idées nouvelles.

Ces vétérans de nos armées avaient prêté l'oreille aux discours des novateurs, et ils s'étaient persuadés que la cour voulait opprimer le tiers état, dont ils faisaient partie; aussi les vit-on s'empresser d'ouvrir leurs portes et d'indiquer les dépôts d'armes à trente ou quarante mille hommes qui faisaient irruption dans le magnifique hôtel bâti par Louis XIV!

M. de Sombreuilne put résister long-temps à toute cette foule; lui aussi avait demandé du secours deux jours auparavant, et n'avait rien obtenu des nouveaux ministres.

En écrivant ces pages pour vous, mes enfants, oh! que mon cœur se contnste souvent, et comme je me persuade de plus en plus que la sagesse des hommes est folie quand Dieu se retire des conseils des rois, quand dans ses décrets impénétrables il a résolu de châtier une nation. Voyez, M. de Launay demande du renfort pour la Bastille, le gouverneur des Invalides sollicite des troupes pour défendre son hôtel, et l'on garde des régiments entiers dans le parc de Versailles, immobiles comme ses statues de marbre.

En peu d'heures tout ce qu'il y avait d'armes aux Invalides fut enlevé; vingt mille fusils, vingt pièces de canons, emportés, traînés par les factieux, furent le butin de cette journée; de glorieux drapeaux déchirés, usés de guerres, noircis par la poudre des batailles, illustrés par des victoires, des drapeaux que l'on avait toujours vus dans les rangs des fidèles défenseurs du trône, les voilà aux mains de la populace! les voilà profanés!

Oh ! ne me laissez pas croire que tous les vieux invalides aient pu voir emporter ainsi leurs glorieux étendards sans éprouver un vif chagrin, sans avoir ressenti comme de la honte; non, non, plus d'un aura pleuré en secret, et de sa main mutilée essuyé de nobles larmes de soldat.

Des témoins oculaires m'ont redit que rien ne leur avait semblé plus lugubre que le bruit que faisaient ces canons en roulant sur le pavé des rues; la foule enivrée de sa victoire les avait parés de branches de laurier et de rubans rouges et bleus, et les traînait en chantant pendant que le tocsin sonnait à toutes les églises et se répondait de tous les clochers.

Tout à côté de l'hôtel royal des Invalides il y avait des troupes casernées ; mais leur esprit

avait été tellement travaillé et corrompu par les agitateurs de l'époque que M. de Sombreuil n'osa pas les appeler à son secours.

Les révolutionnaires sont comme les harpies de la fable, ils souillent tout ce qu'ils touchent; là où ils s'abattent il y a sacrilège... lis ont pillé le royal hôtel de Louis-le-Grand; ils ne s'arrêtent pas là, ils courent au Garde-Meuble; là de nobles, d'illustres, de saintes armures, des cuirasses qui ont recouvert des poitrines de chevaliers et de rois, des casques que l'on a toujours vus au chemin de l'honneur sont volés au dépôt de gloire; et l'épée de Henri IV est aux mains de L'insurrection !.

Oh! Louis XVI, homme de cœur et de courage, si tu avais eu un Sully dans ton conseil, il t'aurait dit:

— Sire, vite, vite à cheval, et en avant contre les révoltés! en avant pour arracher aux factieux l'épée de votre aïeul, et rétablir votre autorité.

Hélas! aucune voix ne s'est élevée pour parler ainsi au roi

L'étiquette peut-être ne le permettait pas!

LE 14 JUILLET 1789

PRISE DE LA BASTILLE.

Il y a des mots avec lesquels on fait peur aux enfants.

ll y a des mots avec lesquels on fait peur aux peuples.

Le mot Bastille a été du nombre de ces derniers.

Ce vieux château-fort n'épouvantait point les hommes qui l'ont signalé à l'insurrection comme un moyen de tyrannie; eux connaissaient son origine, son histoire, et savaient combien étaient peu nombreux les prisonniers qui y étaient renfermés; mais dans leurs desseins ils se gardaient bien de révéler la vérité: un des grands moyens des révolutionnaires c'est le mensonge.

Avant de vous peindre la journée du 14 juillet, journée que la révolution range parmi ses plus belles, ses plus illustres et ses plus mémorables, et dont elle chôme encore l'anniversaire; avant de vous dire à quoi se réduisent les exploits de ses vainqueurs je veux, mes enfants, vous raconter l'origine de ce château.

La bataille de Poitiers venait d'être perdue; la France y avait vu périr la fleur de sa chevalerie.... et son roi, fait prisonnier dans la mêlée, était détenu dans la Tour de Londres; une grande tristesse pesait sur le pays; la France sans son roi était comme une famille sans père; elle avait pour ainsi dire peur de se trouver seule, sans l'appui de son monarque, et elle fortifiait ses villes contre l'ennemi.

Paris sous l'inspiration d'Étienne Marcel, prévôt des marchands, se mit à réparer ses murailles, élevées par Philippe-Auguste. Les constructions nouvelles furent conduites avec zèle et intelligence: l'ancien plan d'enceinte ne fut point changé; de fortes tours flanquèrent et défendirent les portes; de nombreux ouvriers creusèrent de profonds fossés, où les eaux de la Seine vinrent bientôt ajouter à la force de la défense.

Cette longue ceinture de murailles qui entouraient Paris en 1356 était de distance en distance bosselée de tours appelées Bastilles; on donnait surtout ce nom à celles qui défendaient les portes.

En 1369 Hugues Aubriot, prévôt de Paris, homme de bien et de savoir, et que le sage Charles V aimait à consulter, posa la première pierre de la Bastille Saint-Antoine.

Charles V aimait cette partie de Paris, et la forteresse élevée par les soins du prévôt servit quelquefois de résidence au roi; de l'autre côté du fossé d'enceinte s'étendaient de verdoyantes prairies dont les pelouses ombragées de saules allaient en inclinant vers le fleuve; là le prince maladif et faible respirait un air plus pur que dans son hôtel Saint-Paul et que dans son Louvre.

La bastille Saint-Antoine était alors un des avant-postes de Paris; elle n'avait ni cachots ni prisonniers d'état: un roi de France pouvait donc y demeurer et s'y plaire; car dans le cas où la capitale eût été attaquée il serait arrivé le premier sur ses murailles pour la défendre et repousser l'ennemi.

Dans la lutte cruelle et sanglante des Bourguignons et des Armagnacs la Bastille eut à soutenir un siège; elle renfermait alors des prisonniers armagnacs, et la faction bourguignonne voulait qu'ils fussent compris dans cette terrible boucherie de prisonniers qu'elle avait commandée et qui dura douze heures sans relâche et sans aucun quartier.

A la prison de Saint-Éloi tous les armagnacs, qui étaient en grand nombre, périrent à coups de hache; un seul échappa au carnage, ce fut Philippe de Vilette, abbé de Saint-Denis: il se vêtit de ses habits sacerdotaux, et se mit à genoux devant l'autel de S. Éloi avec le saint sacrement dans les mains !...

Les massacreurs de 1415 n'osèrent pas frapper le prêtre qui portait Dieu; plus tard cette pensée de foi n'arrêta point les égorgeurs: en 1795 la sainteté des autels ne sauvait personne!

Dubourg de Lespinasse, qui avait été nommé gouverneur de la Bastille par les ligueurs, en remit les clefs à Henri IV.

Du temps de la fronde la garde de ce fort fut confiée à Broussel et à son fils.

A cette époque une femme de la maison d'Orléans montra qu'elle savait bien servir la cause qu'elle avait embrassée; du haut des tours de la Bastille elle fit tirer le canon sur l'armée royale commandée par Turenne...

Devant tant de hardiesse Turenne, qui ne s'arrêtait guère, s'arrêta; et le grand Condé, grâce à ce coup de canon, fit son entrée dans Paris « comme un dieu Mars, dit le comte de Chavagne, monté sur un cheval plein d'écume, la tête haute et élevée; tout fier encore de l'action qu'il venait de faire, il tenait à la main son épée tout ensanglantée, traversant les rues au milieu des acclamations et des louanges qu'on ne pouvait se dispenser de donner à sa valeur. »

Derrière les épaisses murailles de cette forteresse, devenue prison d'état depuis plusieurs siècles, étaient renfermés les hommes accusés de conspirer contre les jours du roi et la paix du royaume.

Des ministres comme Mazarin et Richelieu, dont la puissance s'irritait de la satire et de la critique, y envoyèrent souvent des écrivains irrespectueux; de jeunes gens dont l'inconduite pouvait déshonorer leurs familles y furent aussi captifs en vertu de lettres de cachet sous Louis XIV.

Le premier prisonnier de la Bastille a été Aubriot, prévôt des marchands, qui en avait posé la première pierre et qui dans une émeute y fut renfermé;

Après Aubriot, en 1457, le comte de Saint-Pol, connétable de France, condamné à avoir la tête. tranchée pour crime de lèse-majesté contre le roi Louis XI; sa sentence fut exécutée en place de Grève.

En 1476, encore pour crime de lèse-majesté contre le même roi, Jacques d'Armagnac, duc de Nemours et comte de La Marche, mis à la Bastille le 4 août 1476, a eu la tête tranchée le 4 août de l'année suivante; il fut décapité aux halles de Paris.

Louis XI, lors de cette exécution, se laissa aller à son penchant de cruauté; il ordonna que les enfants du duc de Nemours seraient attachés sous l échafaud, directement sous le poteau de décollation, pour recevoir sur la tête le sang de leur père!

En 1602 Charles de Gontault, duc de Biron, pair, maréchal et amiral de France, gouverneur et lieutenant général du duché de Bourgogne, arrêté pour crime de lèse-majesté contre le roi Henri IV, décapité dans la cour de la Bastille.

En 1661 Nicolas Fouquet, surintendant général des finances sous Louis XIV, accusé de concussion, arrêté à Nantes et de là amené à la Bastille, d'où il fut transféré au châteaufort de Pignerol; c'est dans cette prison qu'il mourut en protestant toujours de son innocence.

En 1674 Louis de Rohan, grand-veneur de France, accusé du crime de lèse-»majesté contre le roi Louis XIV, fut décapité le 27 novembre 1674.

On le conduisit de plain pied à l'échafaud par une galerie dressée à la hauteur de la fenêtre de la salle d'armes de l'Arsenal. M. de Rohan avait eu plusieurs complices, le chevalier de Preaux, madame de Villars, le sieur Affinius Vendenenden, jésuite renégat, et le sieur L'Hatreaumont: tous furent renfermés à la Bastille.

Le comte de Lally-Tollendal, condamné à avoir la tête tranchée et exécuté le 9 mai 1766.Sa mémoire a été noblement réhabilitée par son fils.

Après ces condamnés on ne compte plus parmi les autres prisonniers que des personnages ignorés; ce sont pour la plupart des hommes et des femmes coupables de sacrilèges, des empoisonneurs ou des fabricants de poudres mystérieuses, dangereux charlatans qui il y a cent ans trouvaient crédit même dans les plus hautes classes: alors on croyait aux talismans, aux sorts, à la transmutation des métaux, aux faiseurs d'or.

Plus tard viennent les écrivains licencieux et séditieux, les semeurs de mauvais principes et de troubles, les hommes qui s'attaquent à Dieu et aux rois, et qui veulent bouleverser l'état pour faire fortune parmi les débris de la société.

Il faut mettre en tête de ces autres grands coupables Voltaire; il fut enfermé pour des écrits' impies et des épigrammes; sa détention ne fut pas longue, et quand il sortit de la Bastille il jura de se venger: il a bien tenu son serment.

A la même époque le duc de Richelieu fut mis à la Bastille pour outrage aux mœurs, et un peu plus tard Mirabeau y fut conduit pour la même cause.

Sous le règne de Louis XIV un prisonnier fut bien long-temps retenu dans cette prison d'état, où il mourut sans que jamais son vrai nom ait été révélé, et encore aujourd'hui on se demande qui était l'homme au masque de fer.

Les uns en ont fait le duc de Monmouth, les autres un frère jumeau de Louis XIV.

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13 juin 1789
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