Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 04 juillet 1793: Bourreau d'enfant : Antoine Simon

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yann sinclair

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MessageSujet: 04 juillet 1793: Bourreau d'enfant : Antoine Simon   Mar 4 Juil - 11:07

« Il a méprisé ce que les nations les plus barbares comme les plus civilisées de tous les temps ont su respecter : l'Enfance »


Le savetier Antoine Simon ou le bourreau du petit Louis XVII

Le 4 juillet 1793, on arracha le jeune Louis XVII de sa mère pour le remettre aux mains du cordonnier Simon, choisi comme instituteur par le Conseil général de la Commune.

Il ne devait pas la revoir.

On isola même madame Royale de son jeune frère, et Marie-Antoinette fut envoyée à l’échafaud, où la soeur de Louis XVI la suivit quelques mois plus tard.

Dans son Livre Rouge, Amédée de Bast brosse un portrait sans concession d'Antoine Simon, savetier de Paris qui selon lui a méconnu la dignité humaine, a dégradé le malheur, a distillé, goutte à goutte, dans le cœur d'un pauvre enfant, la corruption la plus crapuleuse, a mis aux lèvres de l'orphelin Royal le mensonge et la calomnie ; enfin l'a forcé à déshonorer sa mère.

Et non content de briser les membres frêles et délicats de cet innocent captif, dont le berceau avait été entouré des pompes du trône, et dont la couronne Dauphinale devait, dans le donjon du Temple, se transformer en bonnet rouge, il voulut, l'infâme ! inoculer à celui dont il était le dérisoire instituteur toutes les bassesses et tous les vices, toutes les hypocrisies et toutes les trahisons, poursuit de Bast.

Le savetier a le premier, rompu le premier chaînon social : la famille !

Il a méprisé ce que les nations les plus barbares comme les plus civilisées de tous les temps ont su respecter : l'Enfance ; il a été plus atrocement cruel que l'assassin : celui-ci n'attaque que le corps, ne supprime que la vie ; le savetier parisien, en martyrisant le corps, a supprimé l'âme.

Antoine Simon était né à Troyes en 1736, de parents fort pauvres, et qui vivaient péniblement, du produit de leur travail et des secours de la paroisse, dans la circonscription de laquelle ils se trouvaient, nous rappelle Amédée de Bast. Antoine fut envoyé de bonne heure à Paris, et apprit dans cette ville l'état de cordonnier ; comme il n'était pas un ouvrier habile, il se livra bientôt à la seule restauration des chaussures.

Dans la vieille langue de nos pères, ces sortes de gens se nommaient tout uniment des savetiers, mais la vanité démocratique, qui commençait alors à germer dans la tête des artisans, des petits marchands et des débitants, fit que tout savetier qu'il était, Antoine Simon s'intitulait cordonnier : c'était une usurpation de titre qui ne tirait pas à conséquence, et qui passerait inaperçue, aujourd'hui où les cabaretiers se qualifient de marchands de vin, les apothicaires de pharmaciens, les barbiers de coiffeurs, et où la race, qu'on supposait immortelle, des garçons épiciers et des courtauds de boutique a disparu pour faire place aux commis épiciers et aux commis de nouveautés.

Simon, en dépit de l'étiquette clouée sur sa porte, dans la maison qu'il habitait tout près de celle de Marat, rue des Cordeliers, n'était donc qu'un savetier brusque, mais jovial à ses heures; laborieux et convenable avec ses pratiques ou ses clients, comme disent les avocats du jour, en parlant de l'achalandage du savetier.

Simon, au surplus, était plutôt taillé pour être soldat que pour être un pacifique artisan, toujours placide et toujours assis.

C'était un homme d'une assez haute stature, aux épaules larges, au dos carré, d'une figure grossière, mais caractérisée, et qui paraissait encore plus accentuée par l'abondance de cheveux noirs qui ombrageaient son front, et par une double broussaille de favoris, qui s'avançaient sur ses joues, et se réunissaient, par un collier, sur un menton de Gépide et sur un cou de taureau.

Simon épousa, le 20 mai 1788, en la paroisse de Saint-Côme, Marie-Jeanne Aladame, sa cousine, qui avait été d'abord servante dans un cabaret de la rue des Cordeliers ; elle était entrée ensuite au service d'une vieille femme, nommée madame Fourcroy, tante, à ce qu'on prétendait, du chimiste Fourcroy, dont la jalousie fut si fatale au bienfaisant et savant Lavoisier, et qu'on a vu, sous le premier Empire, occuper la plus haute dignité universitaire.

Cette dame Fourcroy, qui demeurait dans la même maison que Simon, mourut, à quatre-vingt-cinq ans, et légua, par testament, à sa domestique une somme de 50 écus.

Indépendamment de ce legs, madame Sejan (quel nom de tyran !), la cabaretière de la rue des Cordeliers, avait constitué une rente viagère de 100 francs à son ancienne servante, pour reconnaître ses bons soins et ses loyaux services.

Ce petit pécule et cette petite rente alléchèrent le futur émule des Cincinnatus et des Caton le Censeur, et, très-probablement, le décidèrent à convoler en secondes noces.

L'extrait de son acte de mariage prouve, au surplus, que la doctrine de l'égalité absolue n'avait pas pris racine encore dans la tête d'un savetier, car parmi les témoins choisis par les honorables conjoints, — et ces témoins étaient au nombre de six, ni plus ni moins, on remarque un Maître corroyeur, un M. Jacques Le Roy, qui s'intitule tout simplement bourgeois de Paris ; un avocat au Parlement, Prieur d'Hostang, ancien chanoine de l'Église royale de Saint-Louis-du-Louvre, et professeur en l'université de Paris (que de titres !) ; un ancien épicier et ancien marguillier de la paroisse de Saint-Côme.

On voit, par cette nomenclature exacte, que le savetier Simon n'était alors ni l'ennemi des prêtres, ni le contempteur des rois, ni l'adversaire de la bourgeoisie. Le sans-culottisme n'était, en effet, vers 1788, qu'à l'état d'embryon dans les cerveaux populaires, même dans celui du savetier Simon.

Louis XVII et son gardien, à la prison du Temple.

Les quelques coups de canon tirés de la Bastille, le 14 juillet 1789, et les conférences démagogiques, présidées et dirigées par Marat, dans le vaste jardin du couvent des Cordeliers, bouleversèrent, dans le pauvre intellect de Simon, toutes les notions du juste et de l'injuste qu'il pouvait posséder, et le petit nombre de sentiments religieux et moraux que son épaisse carapace d'homme et de chrétien pouvait contenir.

En peu de temps, sa conversion radicale au sans-culottisme fut complète, sous les prédications du principal et baveux apôtre de l'anarchie ; il arbora, avec une frénétique ardeur et avec un enthousiasme indicible, le bonnet rouge, et se montra constamment le séide le plus aveuglément dévoué au Mahomet qui s'était si subitement révélé aux populaces de la France et de l'Europe.

Les singes maladroits des mœurs politiques de la vieille Rome, dont Marat n'était que le prophète crapuleux et le hideux instrument, ne s'étaient pas donné la peine ou s'étaient bien gardés de traduire pour la multitude, devenue, entre leurs mains parricides, l'inévitable baliste avec laquelle ils renverseraient le trône et les institutions monarchiques, le « ne sutor ultra crepidam. » que les Grecques et Calilina lui-même jetaient à la face des savetiers romains, au milieu même de leurs excitations passionnées à la révolte et à la ruine de la République.

Marat regardait Simon comme un de ses adeptes les plus convaincus et un sans-culotte inébranlable. Celui-ci fut donc appelé, lorsqu'il fut question de donner, non un gouverneur, mais un instituteur au fils du Roi-martyr, à l'insigne honneur de républicaniser le Dauphin.

Simon avait été spécialement recommandé par Marat au Conseil général de la Commune, et cette sublime apostille avait suffi pour réunir tous les suffrages sur la personne du savetier, qui accepta ces fonctions, non sans manifester quelques scrupules :

Il ne se fit prier que de la bonne sorte ;

Encor que le fardeau fût, dit-il, un peu fort.

Il ne s'agissait donc ici ni d'être roi ni d'être pape, il ne fallait qu'être bourreau et bourreau d'un fils de Roi.

Quelle charge plus douce, plus délicieuse à remplir pour un véritable sans-culotté, pour un pédagogue, pénétré des saintes maximes révolutionnaires, et qui avait à se venger tout à la fois des bienfaits de l'Église, qui avait secouru sa famille, et peut-être lui-même, et des bienfaits de ce trône, qui avait donné au peuple plus de libertés en quinze ans, sans convulsions et sans secousses, que la Révolution ne lui en octroya, en un pareil nombre d'années, avec ses massacres, ses assassinats, ses proscriptions et ses échafauds.

Et puis, malgré ce désintéressement de comédie, que les coryphées de l'anarchie jouaient à l'envi des uns des autres, le préceptorat du petit Capet, — c'était ainsi qu'on nommait, dans l'argot des clubs et de la Convention nationale, le petit-fils d'Henri IV et de Louis XIV, — devait être grassement rétribué.

Cinq cents livres par mois, en assignats, à la vérité, mais qui conservaient toujours leur valeur effective et légale lorsqu'ils se trouvaient en de certaines mains, étaient bien capables de compenser les désagréments de l'emploi, désagréments qui se réduisaient à trois : suspension de la liberté, les docteurs révolutionnaires n'étaient pas encore rompus aux furetages historiques et à la maraude dans les lois et la jurisprudence anglaise ; on dirait aujourd'hui suspension de habeas corpus, de la liberté individuelle, car l'instituteur-geôlier, ou le geôlier-instituteur, ne devait, sous aucun prétexte, quitter, non pas seulement l'enceinte du Temple, mais l'appartement de son prisonnier ; sevrage absolu de la tribune à la société des Jacobins et des Clubs ; honte permanente, pour un homme libre, de se trouver constamment devant le fils, très-inoffensif cependant, d'un ex-tyran.

Simon fit sonner bien haut, devant le conseil, ces tristes conséquences de son acceptation ; mais dévoré de l'amour du bien public et tout entier au service de la République, il finit par faire le sacrifice de ses jouissances de sans-culotte, de ses goûts de citoyen, et par déposer, sur l'autel de la Patrie et de la Liberté, son acte d'adhésion aux désirs du conseil et d'obéissance au vœu de la République.

Le fils de Louis XVI, arraché, au milieu de la nuit, des bras de sa mère, de sa sœur et de sa tante, fut transporté, endormi, dans la chambre même où le pauvre enfant avait reçu les derniers embrassements de son père et la bénédiction du royal martyr.

En ouvrant les yeux, appesantis encore par un sommeil violemment interrompu, il reconnut, en frémissant, la chambre fatale, et se trouva en présence de l'homme à figure rébarbative, à voix de Stentor, que les implacables désorganisateurs de la France lui donnaient pour Mentor, pour instituteur et pour geôlier.

« Et pourtant je n’ai fait du mal a personne ! » Louis XVII (1785-1795)

Les larmes du malheureux enfant protestèrent contre cette nouvelle et gratuite barbarie des ignobles ennemis de sa race ; mais trois ou quatre phrases d'encouragement de Simon, assaisonnées de jurons énergiques, et prononcées avec des roulements d'yeux et un accent formidable, refoulèrent les pleurs de l'enfant sous ses paupières ; il tremblait de peur, et il acheva, pour la première fois loin du giron maternel, un somme dont le calme fut bien celui de l'innocence, mais dont le réveil devait être bien cruel !

Les baisers de sa mère, qu'il ne devait plus revoir dans ce monde, allaient lui manquer à son réveil !!!

Voilà donc le savetier Simon, infidèle à son alêne et à son tranchet, mais fidèle à ses aspirations démocratiques, installé dans ce vieux palais où Voltaire et Chaulieu, assidus commensaux du grand-prieur du Temple, faisaient assaut d'esprit, de chansons et de verve.

Sous ces voûtes, dans ces jardins délicieux, les vers de la Henriade ont été récités, applaudis, célébrés au milieu des amphores de la Champagne et de la Bourgogne, au bruit des détonations jaillissantes de la tocane et de l'aï.

Quelle différence aujourd'hui! Un misérable savetier se promène, en maître, dans ces splendides salles où se pressaient les héros de la France, Vendôme, Villars, Gatinat ou Condé ; la chambre qu'habitait Voltaire pendant ses longs séjours au palais du Temple est transformée en greffe ; les échos du manoir répètent les hymnes de la fureur populaire : la Carmagnole, Ça ira, le Réveil du peuple et la Marseillaise, au lieu des faciles chansons de l'épicurien abbé de Chaulieu et des magnifiques alexandrins de la Henriade ; tandis que l'infortuné petit-fils de ce vaillant Roi, de ce bon Roi, de ce grand Roi chanté par Voltaire, expie dans ce palais, devenu une affreuse prison pour sa famille, sous la verge de fer d'un savetier, l'amour que son père portait, comme Henri IV, à un peuple impressionnable et léger, qui se laisse facilement entraîner à l'ingratitude par des méchants et des traîtres.

D'après les versions les plus accréditées, le savetier-précepteur, imbu des principes de la démagogie la plus exaltée, et lecteur assidu de l’Émile de Rousseau, ne se borna point à inculquer, dans l'esprit de son élève, ces beaux aphorismes philosophiques qui ont eu une si grande influence, depuis un siècle, sur les destinées de la France.

Il s'appliqua à faire de l'enfant, non un ouvrier laborieux, mais un valet obéissant, ou mieux encore, un esclave.

Simon, le savetier Simon, se faisait servir par le Dauphin de France, et savourait, avec béatitude, le plaisir de voir un enfant de la race des Rois s'acquitter des détails les plus infimes, les plus dégoûtants et les plus vils d'un ménage, qui n'était, après tout, qu'un ménage de savetier.

Il le battait à la moindre faute, et ces châtiments, la plupart du temps immérités, étaient accompagnés de blasphèmes, de jurements grossiers et d'épithètes infâmes, adressées, la pipe et l'écume à la bouche, à son malheureux élève: « Louveteau, fils de... ou Louis le Raccourci, vipère, serpent, crapaud, etc.

A ce déluge d'outrages et d'injures, ramassés sur le carreau des halles, le pauvre enfant n'opposait que le silence et les larmes ; mais ce silence et ces larmes tournaient encore contre lui, et lorsque l'affreux précepteur, surexcité par la colère ou par l'ivresse, — parfois toutes les deux ensemble, — s'imaginait que le jeune captif trahissait par un geste, un regard, un léger mouvement d'épaule, une pensée hostile à son bourreau, la fureur de Simon ne connaissait plus de limites : il s'élançait sur l'enfant, le saisissait par la ceinture de la culotte et l'envoyait rouler à dix pas sur le parquet ; tant pis si, dans ce court trajet, l'enfant rencontrait un meuble ou un obstacle quelconque, sa tête, ses bras et ses jambes étaient meurtris, et le sang jaillissait de ses blessures, ou de larges taches noires constellaient sa peau fine et blanche.

On reprochait aussi à Simon un crime plus grand encore : torturer le corps de son élève, c'était lâche, c'était bas, c'était atroce ; mais enfin il était payé pour cela, et il fallait bien qu'il gagnât son argent. Mais pervertir son cœur, empoisonner son âme, traîner cette intelligence, naguère si pure, dans les méandres du vice le plus abject, des voluptés les plus immondes, initier un enfant de dix ans aux obscénités les plus révoltantes, lui imposer le. mensonge et pousser la dégradation morale jusqu'à rendre cet enfant l'accusateur de sa mère ! certes, voilà ce qu'on peut appeler le raffinement du crime, le nec plus ultra de la haine et de la vengeance révolutionnaires.

Tuer un homme, cela se comprend, si cet homme est un principe ou un symbole ; mais, de sang-froid, de propos délibéré, éteindre le sens moral chez un enfant, le corrompre, le conduire, par des voies infernales, à flétrir, à perdre, à déshonorer sa mère ; voilà ce qui ne s'était jamais vu chez aucune nation, chez aucun peuple, sous le règne d'aucun tyran ancien et moderne, et voilà ce qui s'est vu en France, sur la terre loyale de Louis XII et de François Ier ; voilà ce qui s'est passé à Paris, au Temple, sous le règne de cette Convention, dont on ravive aujourd'hui les souvenirs et dont on salue la prochaine résurrection.

Oui, le savetier Simon était, disait-on, non pas seulement le Cerbère, non pas seulement le tourmenteur juré du jeune Dauphin, mais le discret dépositaire des secrètes et abominables intentions des Comités de sûreté générale et de salut public ; mais l'exécuteur mystérieux d'ordres barbares qui prescrivaient de faire périr à petit feu le corps de cet enfant, et simultanément de supprimer, chez cet infortuné, toutes les notions de morale, de religion, de bienséance même ; en un mot, de lui ôter l'âme en même temps que la vie. Simon s'acquitta de cette affreuse mission, avec le diabolique acharnement d'un disciple de Marat.

Il apprit au jeune captif des chansons obscènes ou ordurières, fruits de la veine des Arétins des rues, des Meursius révolutionnaires, il l'habitua aux liqueurs fortes, qui brûlent l'estomac, hâtent l'ivresse et abrutissent l'intelligence ; il lui apprit à jurer et à mêler, dans des blasphèmes inouïs, le nom du Dieu de ses ancêtres et le nom de son père, de sa mère et de sa tante, cette belle et vertueuse princesse dont le souvenir devait être ineffaçable dans son cœur. Il lui apprit enfin... La plume encore une fois, se refuse à écrire.

Une autre version, qui a aussi ses partisans et ses croyants, veut que le savetier Simon, qui cachait, sous son écorce révolutionnaire, une âme sensible et un cœur généreux, donna dans la prison du Temple un type varié du Bourru bienfaisant. Sa rudesse, ses colères, ses imprécations et ses cris, les apostrophes insultantes dont il ne se montrait point avare envers son prisonnier, n'étaient qu'un jeu, pour cacher sa compassion, sa sollicitude et ses soins paternels, aux yeux des commissaires de la Commune, qui se relayaient chaque jour au Temple, et parmi lesquels on trouvait plus de louches Brutus que de charitables Samaritains. Et il serait parvenu au but de cette comédie de férocité.

La même version ajoute, en effet, que le Prince sortit, en même temps que Simon, de la prison du Temple ; que le 19 janvier 1794 fut le jour de son évasion. Ce jour était celui du déménagement de Simon du Temple. Le Dauphin fut caché ou enfoui, pour ainsi dire, dans un paquet de linge destiné à la blanchisseuse ; la femme de Simon se chargea de ce paquet, et, sur l'invitation des geôliers inférieurs, qui insistaient pour visiter le paquet, elle se mit en colère, cria à l'affront qu'on faisait gratuitement à une bonne citoyenne, et fut assez heureuse pour franchir, avec son précieux paquet, le seuil de la prison. Le Prince fut, dès le soir même, remis entre les mains de messieurs de Frotté et de O'jardias, émissaires du Prince de Condé, qui partirent avec lui, le lendemain, pour l'Allemagne.

Le dauphin abandonné dans son cachot de la Tour du Temple

Quelques jours avant son déménagement du Temple où sa mission occulte, sans doute connue et approuvée de Robespierre, était terminée, Simon avait fait entrer un assez grand cheval de bois pour l'amusement du Prince. Ce cheval contenait, non des soldats prêts à regorgement et au pillage comme le cheval de Troie, mais un pauvre enfant idiot, rachitique et sourd-muet, dont les traits avaient quelques rapports avec la figure du Dauphin. Le précepteur ou le gardien qui succédait à Simon, et qui ne connaissait pas ou qui avait peu vu le Dauphin, fut aisément trompé ; quant aux employés subalternes de la prison, Simon, qui faisait passer, depuis trois mois, le Prince pour malade, crurent facilement, quand ils revirent Capet, que la maladie en ravageant son corps débile et courbé, lui avait ôté aussi la faculté de parler, car le représentant du Dauphin ne parlait pas.

Nous ne nous permettrons pas d'opter entre ces deux versions contradictoires, et nous laisserons au lecteur le soin d'en discuter la vraisemblance. Nous ajouterons seulement que tout est ténèbres et mystères, dans la destinée lamentable du fils de Louis XVI. Mort ou fugitif, le rejeton de tant de Rois, victime prédestinée de la Révolution ou de la politique, n'a pu trouver sa place ni dans le tombeau de ses aïeux, ni sur le trône de son père. Comme celle de l'Homme au Masque de fer, la vie de cet infortuné Prince, devenue un embarras pour les ambitions de sa propre famille, s'est probablement éteinte sur quelque plage ignorée ou dans quelque forteresse lointaine, et n'a laissé d'autre trace, comme celle du captif des îles Sainte-Marguerite, qu'un de ces sillons de blafarde lumière, qui s'échappent du cycle augurai d'un vagabond météore. Voilà cette version, qui a trouvé des croyants.

Antoine Simon, s'il est reconnu coupable d'avoir épuisé, sur un faible enfant, tous les genres de torture et tous les genres d'ignominie, est un scélérat indigne du nom d'homme, est un monstre. Si, au contraire, le savetier parisien a su, à l'aide d'une savante et persévérante hypocrisie, épargner au fils de Louis XVI toutes les angoisses, toutes les douleurs d'une éternelle captivité ; s'il a protégé sa vie, s'il a protégé sa fuite, ce Simon, le savetier de Paris, cet élève de Marat, cet ami de Robespierre, a noblement expié ses erreurs, et il est digne d'être placé au-dessus des Brissac et des Monk, bien que ces deux capitaines aient rendu à Henri IV et à Charles II leur capitale et leur trône Mais Simon a rendu la liberté à Louis XVII, et la liberté vaut mieux qu'une couronne.

Dans l'une ou l'autre hypothèse, le savetier n'avait plus rien à faire au Temple : sa mission de bourreau ou de libérateur était accomplie- Il donna, dans les premiers jours de 1794, sa démission des fonctions qu'il exerçait auprès du Dauphin. Cette démission fut acceptée par la Convention, et le précepteur de Louis XVII quitta le Temple, ainsi que nous l'avons déjà dit, le 19 janvier 1794.

Par une de ces fatalités qui planèrent sur presque tous les hommes marquants de la Révolution, Simon se hâta d'aller reprendre la place qu'il avait quittée, avec regret, dans le conseil de la Commune. Il y siégeait comme conseiller, lorsque ce conseil tout entier fut enveloppé dans la mise hors la loi de Robespierre, et guillotiné en masse par ordre de la Convention, à la réaction de thermidor Simon, et ses collègues de la municipalité, marchèrent au supplice le lendemain du jour où Robespierre avait payé de sa tête le tribut au Saturne révolutionnaire.

L'attitude du savetier, dans ce funeste tombereau qui avait traîné tant de victimes, depuis la fille des Césars jusqu'aux plus humbles artisans, ne fut pas dépourvue de dignité. Simon ne fit point parade d'un courage fanatique ; il se tenait calme et résigné au milieu de ses compagnons d'infortune, qui ne montraient pas tous la même impassibilité, et il souriait parfois à ceux qui lui adressaient la parole. La mort de Simon ne fut pas celle de Collot-d'Herbois, et de cent autres monstres qui s'étaient plongés dans des lacs de sang ; un souvenir, une idée, une grande et noble action semblaient réconcilier, dans ce moment suprême, le trop fameux geôlier avec l'humanité et avec la justice de Dieu.

La postérité, qui sera mieux éclairée que nous ne le sommes sur les faits et sur les hommes de notre Révolution, jugera en dernier ressort, dans ses longues et impartiales assises, si le nom du savetier Simon doit s'ajouter à la liste des tyrans populaires, ou s'il doit être immatriculé au rôle des républicains sincères qui expièrent par de nobles actions, par des dévouements sublimes, les erreurs de leur jugement et l'application sanglante de théories impossibles.

Source: Le livre rouge: histoire de l'échafaud en France, 1863

https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Simon_(1736-1794)

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pilayrou

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MessageSujet: Re: 04 juillet 1793: Bourreau d'enfant : Antoine Simon   Mer 5 Juil - 8:55

Récit qui n'a probablement rien à voir avec la réalité.
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04 juillet 1793: Bourreau d'enfant : Antoine Simon
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