Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 15 juillet 1789:

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yann sinclair

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MessageSujet: 15 juillet 1789:   Ven 14 Juil - 15:20

Journée du 15 juillet 1789

L'assemblée dans sa séance du 14 avait reçu un grand nombre d'avis mêlés de beaucoup d'exagération; de moment en moment, dans une séance permanente, elle avait envoyé des députations au roi pour obtenir de lui le renvoi des troupes comme la seule mesure propre à ramener le calme dans Paris


Louis XVI pensait avec raison que ce n'était pas le moment d'affaiblir le pouvoir royal quand ses ennemis se faisaient si hardis! mais dans ses réponses transmises à l'assemblée il ne montrait pas assez de résolution, et l'indécision, le vague que l'on remarquait dans les paroles royales donnaient plus d'audace aux députés factieux.


Les plus ardents d'entre eux déclaraient hautement qu'il fallait exiger du roi le renvoi des troupes et le rappel de Necker : des membres plus modérés, et qui plus tard devaient combattre la révolution avec courage, prêtaient l'appui de leurs noms au parti révolutionnaire; aussi dans leurs réclamations au pouvoir perçait le respect et le dévouement qu'ils avaient conservés pour la majesté royale.


Le roi est le maître, disaient-ils; mais nous pouvons, nous devons lui signaler de mauvais minisïr'es et lui indiquer des serviteurs fidèles.

Une députation ayant été présentée au roi sollicita lé rappel de Necker, fâ&Sëihbtéë demandait aussi qui lui Fût jâerhiis d'allër tenir ses séances à Paris :les fàctiënx ne sfe trouvaient pas à Versaillës âsàez ëh contact avé'e les révoltés des rueii

Louis XVI répondit à la députation:

* le me suis saris cesse occupé de toutes lés mesures propres à rétablir la tranquillité de Paris 5 j'avais eti conséquence donné ordre au prevôt des marchands et -aux officiers municipaux de se rendre ici pour concerter àvëc eux les dispositions nécessaires :instruit depuis de la formation d'une garde bourgeoise, j'ai donné ordre à des officiers généraux de Se prieuré à la téte de celte garde afin d'aider de leur expérience et de seconder le zèle dbs bons citoyens. J'ai également ordonné que les troupes qui sont au Champ-dë-Mars S'éloignent de Paris. Les inquiétudes que vous me témoignez sur les désordres de cette ville doivent être dans tous les cœurs; elles affectent douloureusement le mien. »

Quarté eëlle réponse, où la révolte des Parisiens ne trouvait pas une parole de blariic, fut rapportée à l'assemblée le marquis de Sillery, capitaine des gardes du duc d'Orléans, proposa une adresse dont le but évident était de porter le peuple de Paris à de nouveaux excès ; on y lisait cette phrase : Ce matin encore un convoi de farine qui se rendait à Paris a été arrêté au pont de Sèvres ; si cette nouvelle parvient à la capitale, elle va redoubler le trouble et la colère des citoyens...

Comment! cette nouvelle si elle est connue doit redoubler l'exaspération pbpùlaiYë, et vous la consignez dans une adresse ; on pouvait en douter, on pouvait l'ignorer, et vous la publiez, et vous la fendez officielle. Oh ! marquis de Sillery, à cette adresse proposée par vous on reconnaît le confident intime du grand promoteur de troubles et de rebellion.

Dans cette adresse il y avait des passages cruels pour l'âme du roi, entre autres eelûUci:

Votre majesté ne serait-elle inflexible quù h voix de la nation fidèle?Les Jlots de sang qui mit coulé empoisonneront la vie du meilleur des rois; et la nation, srVe, va prononcer Pana thème contre ceux qui anrtont dûMië ces conseils sanguinaires. .

M. de Sillery, il faut que je tous le dise tout de suite, mes enfants, a noblement effacé le scandale de cette adresse par le vote courageux qu'il émit à la convention lors du procès de Louis XVI. Oh! il se sépara tout à fait de son ancien maître, et déclara que sa conscience lui défendait de se faire juge de son roi.

Ce qu'avait proposé M. de Sillery ne fut point adopté; l'on nomma une nouvelle députation, et quand elle fut au moment de sortir de la salle de l'assemblée pour se rendre au château Mirabeau de sa voix tonnante leur cria:

« Retournez, retournez vers le roi; malgré le mépris qu'on semble faire de nos instances, retournez, portez-lui la voix du peuple à toutes les heures du jour et de la nuit; touchez son cœur, effrayez son esprit par toutes les vérités qu'on lui cache. Oui, messieurs, encore une députation, encore un affront à subir s'il le faut, encore un péril à courir; car tel est le malheur de la France qu'il y a pour ses députés des périls à courir dans le palais du roi; qu'avons-nous besoin d'arranger avec art les termes d'une adresse? vous, mes collègues, qui êtes choisis pour lui porter nos nouvelles instances, dites lui que les hordes étrangères dont nous sommes investis ont reçu hier la visite des princes, des princesses, des favoris et des favorites, leurs caresses, et leurs exhortations, et leurs présents; dites-lui que toute la nuit des satellites étrangers gorgés d'or et de vin ont prédit dans leurs chants impies Tasser vissement de la France, et que leurs vœux invoquaient la destruction de l'assemblée nationale; dites-lui que dans son palais même ils ont mêlé leurs danses au son de cette musique barbare, et que telle fut l'avant-scène de la Saint-Barthélemy; dites-lui que ce Henri dont l'univers bénit la mémoire, celui de ses aïeux qu'il voulait prendre pour modèle, faisait passer des vivres dans Paris révolté, qu'il assiégeait en personne, et que ses féroces conseillers font rebrousser les farines que le commerce apporte dans Paris fidèle et affamé.

Ces paroles violentes de Mirabeau produisirent un grand effet sur l'assemblée.. Jusqu'à ce moment il avait gardé comme une sorte de respect envers la famille royale; ici il jette au loin tous managements, tous égards; il dénonce les princes et les princesses, il nomme presque la reine; il ne veut plus laisser d'intermédiaire entre le roi et le duc d'Orléans; il veut avilir l'un pour élever l'autre mais celui que les révolutionnaires désiraient placer sur le pavois avait peur. Tandis que Louis XVI était en proie aux plus grandes incertitudes les complices du duc d'Orléans l'entraînent au château; dans la matinée du 15 on lui fait sa leçon: il devait se présenter comme médiateur entre le roi et la capitale, et il exigeait pour condition de cette médiation le titre de lieutenant général du royaume.

Il y avait là de quoi tenter un ambitieux; c'était le rapprocher du but qu'il voulait atteindre; et quand ses conseillers lui recommandèrent de parler avec hardiesse il leur répondit: Laissez-moi faire, je sais et je sens ce que j'ai à dire.

Après cette promesse le duc d'Orléans entra au château ; mais dès les premières marches de l'escalier qui conduisait chez le roi il se mit à trembler; ses jambes défaillaient sous lui quand il rencontra le baron de Breteuil: J'allais chez le roi, lui dit-il; me recevra-t-il?

— Si monseigneur le veut j'irai prendre les ordres de sa majesté.

— Vous me ferez plaisir, monsieur le baron... mais non... je puis vous dire à vous le but de ma visite... Dans les circonstances où nouous trouvons je ne voudrais pas que mon nom... que mes intentions... vous concevez... je voudrais m'éloigner et obtenir du roi...

— Quoi, monseigneur?

— La permission de me rendre en Angleterre.

Ce fut à cette plate demande qu'aboutirent toutes les assurances de hardiesse que le prince avait-données une heure avant à ses partisans. C'était là la vie de Philippe d'Orléans: promettre et ne pas tenir, et conspirer sans cesse en tremblant toujours. On a bien souvent blâmé Louis XVI de ses incertitudes et de ses irrésolutions; mais soyons justes envers ce malheureux monarque, et voyons comme chaque parti se le disputait, comme tour à tour et quelquefois tous ensemble ils attaquaient son esprit et son cœur.

Ceux-ci, gens égarés sans doute, mais d'un dévouement qui ne peut être contesté, lui disaient : Sire, vous ne l'ignorez plus, le duc d'Orléans conspire; hier il n'a pas osé paraître devant votre majesté ; eh bien! il y a un moyen de déjouer ses perfides machinations. Venez à l'assemblée sans appareil aucun, et, nous vous en répondons, les partisans les plus zélés du prince resteront interdits devant vous et ne pourront empêcher cet acte de réconciliation.

Ces conseils c 'était le duc de Laroche-foucauld-Liancourt qui les donnait au roi dont il était estimé et chéri ; sa place de grand-maître de la garde-robe lui donnait un accès facile auprès de sa majesté, et dans la nuit du 14 juillet il avait pris sur lui de réveiller Louis XVI pour lui faire un récit fidèle de tout ce qui s'était passé à Paris et dans l'assemblée.

D'un autre côté la reine, le prince de Gondé, le comte d'Artois lui répétaient : On ne vous demande autant l'éloignement des troupes que pour être plus maîtres, que pour se porter à des excès plus grands : ce sont des brigands qui sollicitent le renvoi de la maréchaussée, parce que la maréchaussée gêne leurs brigandages et leurs vols. Sire, ne cédez pas; gardez-vous de vous rendre au sein d'une assemblée qui compte plus de députés factieux que de sujets fidèles; votre majesté y sera insultée, et le roi qu'on outrage on le rend faible, on le met dans l'impuissance de faire le bien. Sire, si vous sortez de votre château de Versailles que ce soit pour venir à Paris et pour vous montrer au peuple à la tête de vos fidèles régiments : le temps des discours est passé; maintenant il faut agir. Sire, tout ce qu'il y a de bon et d'honorable formera votre escorte, cl quand vous apparaîtrez ainsi aux yeux des

Parisiens les armes qu'ils ont déjà souillées de sang tomberont de leurs mains, et leurs mille voix ne feront que vous bénir.

Entre des avis si différents la fatalité fit prendre à Louis XVI celui que le duc de Liancourt lui avait donné.

Dans la matinée du 15 on aurait pu facilement deviner à l'aspect général de l'assemblée que la séance ne se passerait pas sans orage. 1l n'y a pas que les nuages du ciel qui annoncent la tourmente; la physionomie, les regards, les gestes des hommes, la manière dont ils s'abordent, les groupes qu'ils forment, les serrements de mains qu'ils se donnent peuvent aussi faire pressentir les troubles et les perturbations. Les dispositions de l'assemblée se révélaient très hostiles à la cour lorsque le duc de Liancourt voyant arriver au château une nouvelle députation se hâta de descendre au devant d'elle, et lui donna le pressentiment d'un dénouement plus pacifique qu'on n'avait pu l'espérer. Il venait d'obtenir de Louis XVI la promesse qu'il se rendrait le jour même sans pompe royale, sans escorte au sein de l'assemblée.

Midi venait de sonner; le roi sortit do la chambre de la reine en lui disant:

Il faut encore faire cette tentative.

— Elle sera vaine comme toutes les autres.

— Je n'aurai rien à me reprocher.

— Vous rendez-vous seul à l'assemblée?

— Oui... vous savez bien, ma chère, que je n'ai pas peur.

— Mon frère n'ira pas sans être accompagné de moi, dit Monsieur; j'approuve sa démarche.

— Moi je la désapprouve, ajouta le comte d'Artois; mais j'irai aussi avec le roi mon frère.

— Eh bien ! partons tous les trois.

Et sans perdre un moment les trois frères descendirent de chez la reine et marchèrent vers la salle de l'assemblée. De sa chambre Marie-Antoinette les suivit des yeux, et quand elle ne les vit plus elle dit à madame Elisabeth: « Ma sœur, vous qui êtes une sainte, priez pour le roi. »

La députation, au devant de laquelle le duc de Liancourt était accouru pour lui annoncer la résolution du roi, étant de retour à l'assemblée, apprit à ses membres l'arrivée prochaine de sa majesté. Oh ! alors que de sentiments divers dans cette réunion d'hommes; les uns, qui n'avaient pu encore se dépouiller du vieux caractère français, qui après Dieu ne vénéraient rien autant que le roi, se disaient entre eux : Quand nous le verrons paraître faisons-lui oublier une partie de ses maux eu lui témoignant que nous l'aimons toujours; les autres, liers plébéiens, voulaient bien en cette circonstance saluer de leurs acclamations la royauté qui se luisait obéissante à leurs désirs : ainsi tous se préparaient à l'aire bon accueil à. Louis XVI; mais il y avait là un fougueux tribun qui ne voulait pas faire l'aumône d'un vivat au descendant de Louis-le-Grand; Mirabeau devinant les sentiments de ses collègues, qui allaient céder à l'entraînement et crier Vive Le Roi! leur dit: Attendez qu'il nous ait fait connaître ses bonnes dispositions; qu'un morne respect soit le premier accueil fait au monarque; dans ce moment de douleur le silence des peuples est la leçon des rois.

Louis XVI, qui n'avait pas entendu cette recommandation faite par Mirabeau à l'assemblée, s'étonna de la manière froide dont il était reçu par des Français auxquels il venait tendre une main amie; son regard avait pris une vive expression de tristesse, et au dedans de lui il se dit: Je ne suis plus aimé. De toutes les pensées c'était celle-là qui faisait le plus de mal à son royal cœur.

Sans prendre place, debout entre ses deux frères, le front découvert, Louis XVI adressa à l'assemblée silencieuse et émue le discours suivant:

« Messieurs, je vous ai assemblés pour vous consulter furies affaires les plus importantes de l'état;il n'en est pas de plus instantes ni qui affectent plus sensiblement mon cœur que les désordres affreux qui règnent dans la capitale. Le chef de la nation vient avec confiance au milieu de ses représentants leur témoigner sa peine, et les inviter à trouver les moyens de ramener l'ordre et la paix. Je sais que l'on a donné d'injustes préventions; je sais qu'on a osé publier que vos personnes n'étaient pas en sûreté. Serait-il donc nécessaire de vous rassurer sur des bruits aussi coupables, démentis d'avance par mon caractère connu?

« Eh bien! c'est moi qui ne suis qu'un avec la nation, c'est moi qui viens avec mes frères et qui me fie à vous. Aidez-moi dans cette circonstance à assurer le salut de l'état; je l'attends de l'assemblée nationale. Le zèle des représentants de mon peuple réunis par le salut commun m'en est un sûr garant; et comptant sur l'amour et la fidélité de mes sujets j'ai donné ordre aux troupes de s'éloigner de Paris et de Versailles : je vous autorise et vous invite même à faire connaître mes dispositions à la capitale. »

Après ces paroles du roi Mirabeau aurait encore commandé le silence qu'on lui aurait désobéi : l'exaltation était au comble parmi presque tous les membres de l'assemblée; les plus ardents novateurs faisaient surtout éclater un bruyant enthousiasme, et c'était dans l'ordre. Le monarque avait prononcé le mot d'Assemblée Nationale : donner ce titre à l'assemblée illégale du tiers état c'était approuver tout ce qu'elle avait fait; c'était plus qu'approuver, c'était presque abdiquer. La révolution l'avait bien compris, et c'était là la cause de sa joie et de son enthousiasme.

L'archevêque de Vienne, président, répondit au roi avec la plus profonde sensibilité ; il y avait entre l'âme pieuse de Louis XVI et celle du prélat bien des points de contact : tous les deux voulaient la gloire de Dieu et le bien du pays.

Quand le roi sortit avec ses deux frères tous les députés, même Mirabeau, se pressèrent autour de lui, et lui formèrent cortège jusqu'au château au milieu des acclamations d'une foule immense. Les cris de cette multitude furent entendus de la reine; d'abord elle s'en effraya, car elle ne distinguait pas la parole du peuple... mais quand elle sut que c'était Vive Le Roi qu'il criait ainsi elle vint avec ses deux enfants, et parut à un balcon; son aimable , son gracieux sourire remerciait les Français, qui donnaient encore une preuve d'amour au roi qui méritait si bien d'être aimé d'eux... Mais dans cet instant, malgré la joie qu'elle ressentait de voir rendre justice à Louis XVI, elle dut souffrir, car peu de cris de Vive La Reine s'élevaient de la foule. Le duc d'Orléans, qui baissait personnellement Marie-Antoinette, avait su faire passer sa haine aux hommes qu'il stipendiait. Quant au roi, il paraissait profondément touché de l'enthousiasme dont il était témoin : il y avait tant de différence entre les acclamations qui retentissaient maintenant autour de lui et le silence glacial qui l'avait accueilli une heure avant à l'assemblée! Ces cris dans une si grande partie de la population étaient sincères, mais dans les chefs de la révolution et dans la tourbe qu'ils traînaient à leur suite étaient plutôt des cris de triomphe que des cris d'amour.

Et vous allez voir, mes enfants, que les partisans de la révolution avaient bien compris la victoire qu'ils venaient de remporter sur la royauté; car dès le lendemain ils virent cette royauté presque captive, et Mirabeau, plus

franc que son collègue Bailly, qui avait dit en parlant de la journée du 15 : Hier a été le jour d'une alliance auguste et éternelle entre le monarque et le peuple, écrivait : L'antique édifice est tombé pour ne se relever jamais; l'aire est nettoyée, on peut y construire sur un nouveau plan.

L'assemblée décréta qu'une députation serait chargée de porter à Paris la nouvelle de l'heureuse réconciliation opérée avec le roi: Bailly, Lafayette, Lally-Tollendal, le duc de Liancourt. Mounier,. Clermont-Tonnerre, l'évêque de Chartres et l'archevêque de Paris composaient cette députation.

Talleyrand, qui dès ce temps aimait les partis qui triomphent, proposa de faire solennellement déclarer à l'assemblée nationale qu'elle approuvait la conduite des habitants de Paris.

Mais la députation envoyée par l'assemblée avait été précédée à Paris par un homme qui s'était trouvé dans une des tribunes de la salle de Versailles, et qui, après avoir entendu le discours du roi et après l'avoir vu reconduit au château au milieu de la joie générale, était parti à pied et était arrivé couvert de sueur et de poussière à l'Hôtel-de-Ville...

Après un instant de repos, après avoir repris haleine il dit aux électeurs du comité et à la foule qui l'entourait: Tous les malheurs sont finis...«i vu le roi, je l'ai entendu: il a déclaré qu'il avait donné des ordres à toutes les troupes de s'éloigner à l'instant de Paris et de Versailles.

Ainsi quand les députés dont je vous ai dit les noms arrivèrent dans la capitale on savait pourquoi ils y venaient, et leurs amis s'étaient portés au devant d'eux. Ces amis disaient aux vainqueurs de la Bastille: N'ayez plus peur, on vient pour vous féliciter; hier vous craigniez la cour, aujourd'hui on vous envoie des hommages et des palmes. Il était trois heures de l'après midi quand la députation, à la tête de laquelle se montrait M. de Lafayette, parvint à l'entrée du jardin des Tuileries; là elle fut reçue par l'un des électeurs, qui ne laissa pas échapper l'occasion de faire un discours. C'était le temps des discours et des députations. Un historien révolutionnaire raconte ainsi le trajet des députés de l'assemblée depuis Versailles jusqu'à Paris:

« Tout le long de la route ils furent accueillis sans faste, sans cérémonie et de la manière la plus cordiale ; on criait Vive La Nation! vive le roi! vivent les députés! tous les bras étaient tendus vers eux , tous les yeux étaient remplis de larmes; des fleurs tombaient sur eux de toutes les fenêtres. Jamais spectacle plus majestueux n'avait étonné les rues de la capitale; le patriotisme seul en faisait la pompe et l'ornement. »

. Près de l'Hôtel-de-Ville le cortège, qui a grossi d'une innombrable multitude toute parée de bouquets et de rubans, tout ivre de joie, rencontre un soldat aux gardes françaises qu'un autre rassemblement porte en triomphe; c'est cet homme qui le premier a arrêté le gouverneur de la Bastille ; on a suspendu à sa boutonnière une croix de Saint-Louis enlevée de la poitrine d'un des officiers massacrés la veille; on a couronné son front de lauriers. La députation avec tous les noms honorables qui la composent est forcée de s'arrêter devant le triomphateur et de le saluer de ses hommages... Ce soldat n'avait fait qu'arrêter M. de Launay! Il eût été un do ceux qui avaient noué la fatale corde autour de son cou, un de ceux qui lui avaient coupé la tête et l'avaient fichée au bout d'une pique pour le promener dans Paris que la députation aurait encore été contrainte à le complimenter.

Oh! il faut prendre garde d'accepter les honneurs que les révolutionnaires vous offrent; ces honneurs-là vous mettent souvent les pieds dans la boue et dans le sang.

Après que les députés eurent incliné la tête devant ce vulgaire triomphateur ils continuèrent leur route, et arrivèrent bientôt à l'Hôtel-de-ville; là, comme vous le pensez bien, les attendaient de nouvelles félicitations. Si l'assemblée avait bien mérité des révolutionnaires, si elle avait empiété sur les droits du trône, le comité des électeurs de Paris n'était point resté en arrière; lui aussi avait marché vite dans le chemin de l'illégalité: ainsi entre le comité et l'assemblée il devait y avoir intelligence et bon accord.

Des enthousiastes, des curieux, des vainqueurs et des vaincus, des bourgeois et des soldats, des femmes bien parées et des brigands aux bras nus entrent pèle mêle avec les députés de Versailles et les électeurs de Paris dans cet Hôtel-de-Ville dont les émeutes, les troubles, les révolutions n'ont point encore usé les dalles de granit: là le marquis de Lafayette s'essaya avec peu de succès à parler en public; il redit dans des phrases embarrassées ce qui s'était passé à L'assemblée Nationale, et la promesse formelle que le roi avait faite de retirer toutes les troupes des environs de Paris et de Versailles; puis il félicita les Parisiens d'avoir conquis leur liberté. Le roi, dit-il, a accordé ta paix et la demande au peuple de sa capitale!

M. de Lally-Tollendal, qui lui ne persistera pas dans la voix révolutionnaire, et qui un jour défendra noblement la royauté, dans le délire d'alors s'adressant à la multitude s'écria : Le roi est venu se jeter au milieu de nous; il s'est fié à nous, et nous c'est vous; il nous a demandé nos conseils, c'est a dire les vôtres.

Quand on flatte ainsi le peuple on doit s'attendre à ses suffrages ; hélas! on ne le loue souvent que pour obtenir ses louanges; cette fois elles ne manquèrent pas à M. de Lally: des acclamations avaient répondu aux paroles qu'il venait de prononcer; mais l'enthousiasme ne se borna pas là; des femmes lui jetèrent leurs bouquets, et quelqu'un dans l'assemblée ayant tressé à la hâte une couronne de fleurs on la lui mit sur le front, et il fallut qu'il se laissât conduire à la fenêtre pour se montrer ainsi couronné à la multitude. Oh! aurait-il pu dire à ceux qui le menaient au balcon, ne me faites aucune ovation sur cette place; c'est là que mon père a été bâillonné et décapité.

M. Moreau de Saint-Méry répondit à M. de Lally; à peine avait-il achevé de parler qu'un député de l'assemblée nationale profita d'un

moment de silence (ils étaient rares alors) pour annoncer que le roi confirmait et autorisait l'établissement de la garde parisienne, et ajouta que sa majesté accordait aux gardes françaises leur pardon.

A ce mot de pardon un murmure général s'éleva; la fierté révolutionnaire ne pouvait plus tolérer ce mot: il y avait une demi-heure qu'un de ces soldats avait été salué et complimenté; aussi un des gardes françaises s'avança jusqu'au bureau et dit:

— Moi et mon camarade ne voulons point de pardon ; en faisant ce que nous avons fait, en prenant la Bastille nous avons dû plaire au roi : il veut la liberté, et nous avons assuré son règne en nous emparant d'un fort détesté, repaire de tyrannie.

Puis M. Moreau de Saint-Méry fit de la générosité en recommandant aux membres de l'assemblée les soldats qui en défendant la Bastille avaient fait couler le sang de leurs concitoyens. C'est au moment du triomphe de la liberté, s'écria-t-il, qu'il convient d'être généreux: les membres de la députation doivent s'occuper du sort de ces malheureux.

Ainsi on en était déjà là; on demandait amnistie pour les troupes fidèles: c'était dans l'ordre puisque l'on venait de couronner les soldats factieux.

Au moment où les députés se disposaient à sortir plusieurs voix crièrent : Puisque le roi a reconnu et confirmé la garde parisienne, il lui faut un commandant; nommons-le avant de nous séparer.

— Messieurs, ce choix appartient au roi, répondit un royaliste dont j'ignore le nom.

— Le roi et le peuple ne font plus qu'un: nommons, nommons notre commandant.

— Qui nommerez vous?

— Lafayette! Lafayette!

— Oui, oui, Lafayette! il a combattu pour la liberté.

— C'est l'ami de Washington.

—, Vive Lafayette, vive notre commandant!

Alors Lafayette, auquel le choix populaire sourit plus qu'une ordonnance royale, monte sur l'estrade et dit: Messieurs, j'accepte le poste que vous me décernez ; et tirant son épée salue le peuple, qu'il reconnaît ainsi pour souverain. En France on va vite en affaire : Le Chef De La Garde Nationale nommé, la tumultueuse réunion procède à une autre élection; quelqu'un proclame M. Bailly prévôt des marchands.

—Non, non, plus de prévôt des marchands; mais maire de Paris.

Oui, maire de Paris.

Ce nouveau choix fait, la couronne qui ceignait le front de M. de Lally lui est demandée, et on la passe sur celui du nouveau maire. Si cette scène n'avait pas été précédée et suivie de journées sanglantes, en vérité on s'amuserait à faire ressortir tout le ridicule de cet enthousiasme parisien, qui joue avec des couronnes et qui les pose niaisement sur le front de ses élus.

En parlant de sa nomination de maire M. Bailly écrit dans ses mémoires :« Quand j'ai été proclamé à la salle de l'Hôtel-de-Ville je ne sais pas si j'ai pleuré, je ne sais pas ce que j'ai dit; mais je me rappelle bien que je n'ai jamais été si étonné, si confondu, si au dessous de moi-même ; la surprise ajoutant à ma timidité naturelle et devant une grande assemblée, je me levai, je balbutiai quelques mots qu'on n'entendit pas, que je n'entendis pas moi-même, et que mon trouble rendit expressifs.

Ces choix faits par le peuple, ces nominations improvisées voulaient des réjouissances; aussi un Te Deum fut à l'instant demandé, et l'on se transporta en foule à Notre-Dame: heureusement que ce jour-là la multitude avait abandonné ses sanglants trophées, et il ne fut apporté dans le lieu saint aucune tête,aucune main, aucun lambeau de chair au bout des baïonnettes et des piques.

Tant de choses venaient d'être accomplies que l'on aurait pu croire que les révolutionnaires allaient se reposer; mais non, un torrent s'arrêterait plutôt.

Avant de se rendre à Notre-Dame* dans la salle même de l'Hôtel-de-Ville des cris s'étaient élevés pour demander que le roi vînt à Paris : plusieurs voix répétées par d'autres voix avaient dit: «Nous voulons voir le roi;nous voulons juger par nous-mêmes de ses sentiments; qu'il vienne à nous sans gardes, qu'il nous donne le même témoignage de confiance qu'à l'assemblée nationale... Pourquoi Necker n'est-il pas déjà revenu au ministère; pourquoi des ministres qui nous sont odieux sont-ils encore en place? Pourquoi les traîtres et les mauvais conseillers n'ont-ils pas déjà suni un juste châtiment?

Au point où la royauté en était de tels vœux étaient des ordres. La faction d'Orléans, voyant que son chef était trop lâche pour se montrer à la tête d'un mouvement, poussait aux clameurs et aux menaces dans la pensée d'effrayer Louis XVI et de le décider à fuir ou à abdiquer.

Une députation nommée par les soixante districts de Paris devait être envoyée à Versailles pour inviter le roi à se rendre dans sa capitale, et pour obtenir enfin de lui le rappel de Necker. Un instant il fut question de faire escorter cette députation par vingt mille hommes en armes; ceux qui firent cette motion pensaient que ce déploiement de forces appuierait bien les paroles de leurs députés. Ce voyage, il fallait y réfléchir:il n'y avait que quatre lieues de Versailles à Paris; mais ce court trajet pouvait mener loin dans le chemin des abîmes; une fois engagé sur la pente de ce chemin pourrait-on s'arrêter?

Louis XVI, quand on lui représentait que ce voyage offrait des dangers pour sa personne, répondait : Je N'ai Pas Peur; et il disait vrai; pour tout ce qui ne concernait que lui-même il demeurait toujours sans crainte; il ne devenait timide que lorsque la vie des autres était compromise.

Mais si le roi ne redoutait pas ce voyage sa famille le craignait pour lui; la reine, madame Elisabeth, Monsieur, le comte d'Artois, madame Victoire, madame Adélaïde, le prince de Condé, madame de Lamballe et tous les intimes du château faisaient leurs efforts pour que le roi ne quittât pas Versailles; ils ne pouvaient sans les plus vives alarmes penser aux mille périls que le monarque courait au milieu d'une multitude en délire déjà accoutumée au sang, et dont une grande partie était à la solde du traître et perfide Orléans.

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