Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 16 juillet 1789: Versailles

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
yann sinclair

avatar

Nombre de messages : 2487
Age : 59
Localisation : Carcassonne
Date d'inscription : 10/01/2016

MessageSujet: 16 juillet 1789: Versailles   Sam 15 Juil - 11:30

Versailles, 16 juillet 1789.

« Je vous avais écrit, monsieur, que dans un temps plus calme je vous donnerais des preuves de mes sentiments; mais cependant le désir que les états-généraux et la ville de Paris témoignent m'engage à hâter le moment de voire retour. Je vous invite donc à venir le plus tôt possible reprendre auprès de moi votre place. Vous m'avez parlé en me quittant de votre attachement; la preuve que je demande est la plus grande que vous puissiez me donner.

LOUIS
.

Quelques - uns des amis de M. Neckervoulant le dissuader de retourner au poste périlleux de ministre, il leur répondit: // vaut mieux s'exposer aux périls qu'aux remords.

Ce retour en France fut pour lui un trio m* phe continu, et si tout à l'heure je n'avais au bout de ma plume que des mots ensanglantés et que des hideuses peintures, à présent il me faut colorer mon style des nuances les plus gaies; au lieu d'assassinats voici des ovations, au lieu de têtes portées au bout de piques et de lances ce ne sont plus que banderoles flottantes, chargées de devises, que palmes et verdure. Il y a quelques instants que c'étaient les vociférations de la populace insultante et cruelle, les jurements des bourreaux, les gémissements, le râle des suppliciés ; à présent ce sont les élans de joie de" tout un peuple en délire: cette foule qui inonde les rues, qui couvre les chemins, ce n'est plus pour aller voir tuer et massacrer qu'elle se met en mouvement, c'est pour courir saluer de ses hommages un homme qui jouit de son inconstante faveur. Ces planches, ces madriers que vous entendez clouer ce n'est plus pour être dressés en échafauds qu'ils retentissent sous les coups des maillets; c'est pour s'élever en arcs de triomphe sous lesquels M. Necker doit passer pour revenir au pouvoir.

Dans plusieurs villes les Français, si fiers de leur nouvelle liberté dételaient les chevaux du négociant genevois, et traînaient sa voiture; et sur les arcs de verdure qui formaient berceau sur les routes les enthousiastes du jour avaient écrit : Au grand homme, à fange tutélaire de la France et de la liberté!

M. Necker jouissait de cette popularité qui tenait du délire; il en savourait la douceur et parce qu’elle flattait son amour d'applaudissements et parce qu’elle allait lui donner un grand pouvoir de faire le bien et d'arrêter le mal. Oh! qu'alors il faisait de doux rêves entre sa fille et sa femme ! Qu'il est bon d'être aimé ainsi, leur répétait-il souvent, et que l'on a tort d'appeler ce peuple cruel; s'il vient de verser du sang c'est qu'il a été égaré par des hommes qui veulent souiller la révolution pour la faire détester; laissez ce peuple à lui-même, et voyez comme il sent le besoin d'aimer ceux qui le gouvernent.

Bercé par cette douce illusion, partageant sa gloire avec les deux êtres qu'il aimait le plus au monde, il n'aurait rien manqué à son bonheur s'il n'avait malgré lui ressenti une sorte d'effroi, une vague inquiétude en voyant dans toutes les villes, dans les bourgs, dans les plus petits hameaux tous les hommes armés: ce peuple subitement devenu soldat et qui avait maintenant en ses mains toute la force du pays en ferait-il toujours un bon usage? ce doute répandait comme un nuage sur sa joie.

Arrivé au village de Villegruis, à dix lieues de Paris, il vit un attroupement considérable, et madame Necker lui dit : Voyez quelle foule se porte au devant de vous ; plus nous approchons de la capitale, plus on vous aime.

Madame Necker se trompait; la multitude qu'elle venait d'apercevoir dans la campagne n'accourait point au devant de son mari, et les cris que faisaient entendre ces groupes agités n'étaient ni des cris de bienvenue ni des chants de triomphe; c'étaient encore d'atroces vociférations, des échos de la place de Grève. A la lanterne! à la lanterne! et ces hurlements de mort le baron de Besenval les excitait ; il venait d'être arrêté aux environs de Provins : le peuple l'avait rangé au rang de ses ennemis, et demandait son sang.

Le baron de Besenval du temps de sa faveur avait été fort opposé à M. Necker; mais le ministre n'hésita pas un seul instant à se montrer généreux ; c'était, il faut le dire, une tentation qui lui venait souvent: cette fois il le fut avec imprudence; il fit venir l'officier du détachement qui était chargé de la garde de M. de Besenval; et, trop certain du sort qui attendait le prisonnier s'il était conduit à Paris, il ordonna au cortège de changer de route.

Louis XVI à l'arrivée de M. Necker eut l'espoir que le peuple, content de ce retour, reviendrait à de meilleurs sentiments et à plus de sagesse ; cette pensée l'avait fait passer pardessus des préventions qu'il se sentait parfois contre ce ministre, et dès lors il n'avait plus hésité à le rappeler.

Quant à l'assemblée constituante , elle triomphait de ce rappel, car elle savait qu'il avait coûté à la cour; aussi elle se fit folle de joie quand M. Necker y parut; elle le combla d'honneurs et de bénédictions.

En recevant tant de démonstrations d'amour Necker se crut tout puissant; aussi il voulut se rendre à Paris dès le lendemain: sa pensée dominante alors était moins vaniteuse que bonne; il croyait pouvoir par sa présence et sa parole rappeler le peuple à des sentiments d'humanité; il se répétait : On m'aime; on m'écoutera, on m'obéira, et le sang ne coulera plus.

Le peuple de Paris le reçut avec ivresse; il parut sur le balcon de l'Hôtel-de-Ville, madame Necker et sa fille étaient à ses côtés; pendant plus d'une heure le ministre et sa famille s'enivrèrent de gloire. Madame de Staël surtout, avec son âme enthousiaste et ardente, avec son culte pour son père, savoura toutes ces douceurs de la popularité; elle voyait la France sauvée par l'être qu'elle adorait, elle se disait: Sa voix va arrêter le sang, et sous les joies et les délices de tant de bonheur elle était près de défaillir

M. Necker, tout palpitant des émotions que la foule lui avait données, s'applaudissait d'un enthousiasme qui venait en aide à ses desseins; il se rendit à l'assemblée des électeurs, et là raconta ce qu'il s'était permis de faire pour sauver M. de Besenval d'un sort pareil à celui de Foulon et de Berthier, dont le sang fumait encore; devant ces hommes qui s'étaient emparés de tous les pouvoirs de l'insurrection, et qui avaient ainsi assumé sur leurs têtes une grande responsabilité, il s'éleva avec chaleur et indignation contre les assassinats populaires.

Les affaires de banque et de gouvernement n'avaient point desséché l'âme de M. Necker; aussi pendant qu'il plaidait la cause de M. de Besenval des larmes de pitié se voyaient dans ses yeux, et donnaient plus de puissance à ses paroles. Voici la tin de son discours:

«Distingués comme vous êtes, messieurs,par le choix de vos concitoyens, vous voulez sûrement être avant tout les défenseurs des lois et de la justice; vous ne voulez pas qu'aucun citoyen soit condamné, soit puni sans avoir eu le temps de se faire entendre, sans avoir eu le temps d'être examiné par des juges intègres et impartiaux; c'est le premier droit de l'homme; c'est le plus saint devoir des puissants; c'est l'obligation la plus constamment respectée par les nations. Ah! messieurs, non pas devant vous qui, distingués par une éducation généreuse, n'avez besoin que de suivre les lumières de votre esprit et de votre cœur, mais devant le plus inconnu, le plus obscur des citoyens de Paris je me prosterne, je me jette à genoux pour demander que l'on n'exerce ni envers M. de Besenval ni envers personne aucune rigueur semblable en aucune manière à celles qu'on m'a récitées. La justice doit être éclairée, et un sentiment de bonté doit encore être sans cesse autour d'elle: ces principes, ces mouvements dominent tellement mon âme que si j'étais témoin d'aucun acte contraire dans un moment où je serais rapproché par ma place des choses publiques j'en mourrais de douleur, ou toutes mes forces du moins en seraient épuisées.

« J'ose donc ni appuyer auprès de vous, messieurs, de la bienveillance dont vous m'honorez.Vous avez daigné mettre quelque intérêt à mes services ; et dans un moment où je vais en demander un haut prix je me permettrai pour la première, pour la seule fois, de dire qu'en effet mon zèle n'a pas été inutile à la France. Le haut prix que je vous demande ce sont des égards pour un général étranger. S'il ne lui faut que cela, c'est de l'indulgence et de la bonté; s'il a besoin de plus, je serai heureux par cette insigne faveur en ne fixant mon attention que sur M. de Besenval, sur un simple particulier: je le serais bien davantage si cet exemple devenait le signal d'une amnistie qui rendrait le calme à la France, et qui permettrait à tous les citoyens, à tous les habitants de ce royaume de fixer uniquement leur attention sur l'avenir afin de jouir de tous les biens que peuvent nous promettre l'union du peuple et du souverain et l'accord de toutes les forces propres à fonder le bonheur sur la liberté et la durée de cette liberté sur le bonheur général. Ah ! messieurs, que tous les citoyens, que tous les habitants de la France rentrent pour toujours sous la garde des lois. Cédez, je vous en supplie, à mes vives instances, et que par votre bienfait ce jour devienne le plus heureux de ma vie et l'un des plus glorieux qui puissent vous être réservés. »

Les plus vives acclamations succèdent à ce discours; de toutes les parties de la salle éclatent les cris de grâce! pardon ! amnistie! Parmi les personnes les plus émues on distingue madame Necker, sa fille, et madame de Lafayette, auxquelles le président du comité des électeurs venait de remettre des cocardes tricolores en leur disant: Ces couleurs vous seront chères, mesdames; ce sont celles de la liberté.

Un des membres de l'assemblée nationale qui avait accompagné Necker à Paris rédigea ainsi l'acte d'amnistie:

« Sur le discours si vrai, si sublime et si intéressant de M. Necker, l'assemblée, pénétrée des sentiments de justice et d'humanité que ce discours respire, a arrêté que le jour où ce ministre si cher, si nécessaire a été rendu à la France deviendrait un jour de fête; en conséquence elle déclare au nom de tous les citoyens de cette capitale qu'elle pardonne à tous ses ennemis, qu'elle proscrit tout acte de violence contraire au présent arrêté; qu'elle regarde désormais comme les seuls ennemis de la nation ceux qui troubleraient par aucun excès la tranquillité publique; et en outre que le présent arrêté sera lu aux prônes dans toutes les paroisses , publié au son de la trompe dans toutes les rues, envoyé à toutes les municipalités; et les applaudissements qu'il obtiendra distingueront les bons Français. »

Pendant que l'on rédigeait ce singulier acte M. Necker, cédant aux voix du peuple rassemblé sur la place de Grève, était allé de nouveau avec M. Bailly se montrer à la multitude.

'Lorsque le maire de Paris et le nouveau ministre rentrèrent dans la salle on leur fit lecture de l'arrêté qui venait d'être pris.

« Quand je rentrai, dit Bailly dans ses mémoires, on m'apporta cet arrêté à signer. Je m'y refusai. Il était inconstitutionnel, déplacé, dangereux. Inconstitutionnel, il n'appartenait ni aux électeurs ni à la commune de Paris de prononcer une amnistie en faveur des ennemis de la nation; déplacé, parce que ce n'est pas au moment où les haines, l'esprit de parti commencent, où les ennemis sont couverts et non reconnus qu'il faut donner un pardon général; dangereux, parce qu'il pourrait nous rendre suspects ou de faiblesse ou même de connivence. »

Aujourd'hui ceux qui ont fait la révolution de 1830 élèvent des statues à Bailly, et n'accordent pas le même honneur à Necker. Moi, mes enfants, qui n'ai d'admiration ni pour l'un ni pour l'autre, je trouve qu'en la journée du 29 juillet le ministre rappelé est bien au dessus du maire de Paris. Depuis que les électeurs, outrepassant leurs pouvoirs, se sont formés en assemblée, Bailly ne leur a jamais dit que leurs délibérations auxquelles il assistait, que leurs décisions fussent inconstitutionnelles; il ne s'avise de l'illégalité que lorsqu'il s'agit d'une amnistie : alors il craint qu'un pardon général ne le rende suspect de faiblesse et de connivence... Mais pourquoi craindre de paraître de connivence avec les hommes qui ne veulent plus d'arrestations arbitraires, de massacres et de sang? Bailly craint de se montrer faible aux yeux du peuple en signant un acte d'amnistie... Eh bien, dans le jugement prononcé par la postérité il demeurera faible. Faible quand pour complaire à la multitude il a froissé le cœur de Louis XVI arrivant à l'Hôtel-de-Ville, faible dans l'horrible journée où Foulon et Berthier furent torturés sans que le maire de Paris fit agir la force armée contre les assassins, faible quand il refuse de dire aux révolutionnaires : Il ne faut plus de haines, plus de sang; il faut amnistie et pardon.

Dans cette journée du 29 juillet M. Necker a pris la bonne part; et elle ne lui sera point ôtée. En se montrant juste et humain il usait son crédit. Bailly lui répéta plusieurs fois : // y a danger dans ce que vous demandez; la faveur que vous allez obtenir aujourd'hui sera révoquée demain comme illégale. Necker s'obstina dans sa résolution; les électeurs décrétèrent l'amnistie générale; les représentants de la commune ordonnèrent la liberté du baron de Besenval, et dès le lendemain de cette justice rendue M. Necker avait perdu sa popularité, et n'était plus l'idole de la multitude.

. J'aime mieux cette disgrâce du ministre que son triomphe; s'il a si vite usé du pouvoir c'est qu'il a voulu tout de suite être juste: peut-être a-t-il manqué de prudence; mais certes il n'a pas manqué de générosité ; il a pensé aux autres plus qu'à lui, et dans les temps de révolution cette faute est si rare que ce n'est pas moi qui lui jetterai la pierre.

Ayant obtenu tout ce qu'il avait demandé, s'étant retiré de l'assemblée au milieu des vivats, Necker revint chez lui dans le double enivrement d'une bonne action et d'un succès. Le soir il s'endormit dans cette pensée ; mais il devait être bientôt détronipé : Mirabeau lui préparait un cruel réveil. Dans l'assemblée, dans les districts une clameur de désapprobation s'éleva contre la sensibilité du ministre; on se moqua des larmes qu'il avait laissé échapper en plaidant la cause du baron de Besenval; on tourna en ridicule la chaleur d'âme qu'il avait montrée. Un des districts de Paris, celui de l'Oratoire, excité par Mirabeau, fut le premier à réclamer: de toutes parts on se mit à crier qu'un corps administratif ne pouvait ni condamner ni absoudre. La mesure illégale de l'Hôtel-de-Ville fut révoquée, et la détention de Besenval maintenue.

Necker s'était donc trompé? bien des gens vous diront que oui; moi, je vous le répète, mes enfants, j'aimerais mieux m'être trompé avec lui que d'avoir eu raison avec ceux qui n'avaient pas voulu voir l'illégalité dans des attentats monstrueux et qui la virent dans la clémence.



_________________
👑 👑 👑
king
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://louis-xvi.over-blog.net/
 
16 juillet 1789: Versailles
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» le 14 juillet 1789 : prise de la Bastille
» les temps forts de la révolution et de l'empire: 14 juillet 1789 ?
» Photographie : Rochefort sur mer entourée par les eaux
» History - Les Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme (illuminati)
» DATES A RETENIR en histoire

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le Boudoir de Marie-Antoinette :: Au fil des jours :: Juillet-
Sauter vers: