Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 16 juillet 1789: comité chez le roi

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yann sinclair

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MessageSujet: 16 juillet 1789: comité chez le roi   Sam 15 Juil - 13:31

Le 16 juillet il y eut comité chez le roi; on y devait agiter la question du départ; il y avait à décider ce qui serait le mieux ou de quitter Versailles en partant avec les troupes qui allaient s'en éloigner, ou de se rendre à Paris pour calmer les esprits.

La reine désirait le départ avec les troupes; c'était aussi l'avis du comte d'Artois, du prince de Gondé et des princesses; Monsieur et plusieurs des ministres penchaient pour que sa majesté se rendît à l'invitation que la députation parisienne venait de lui faire.

Après de longues discussions il fut arrêté que dernier avis serait adopté, et le soir en rentrant dans son appartement Marie-Antoinette dit à une de ses femmes, Madame Gampan: L'armée part sans le roi; mes beaux-frères et ceux qui courent des dangers imminents s'éloignent aussi; le roi ira demain matin à l'Hôtêl-de-Ville.

Ce n'est pas lui qui a choisi ce parti ; les débats ont été animés ; le roi les a terminés en se levant et en disant : Enfin, messieurs, il faut se décider; dois-je partir ou rester? je suis prêt à l'un comme à l'autre.

La majorité a été pour que le roi restât.

En adressant ces mots à madame Gampan la reine semblait très attristée de la résolution qui venait detre prise, et elle lui redemanda un papier qu'elle lui avait confié en disant .-Lorsque je l'avais écrit j'avais espéré qu'il me serait utile; mais Dieu en a ordonné autrement, je crains bien que ce soit pour notre malheur à tous.

Puis avec un soupir elle ajouta : Mon Dieu, que votre volonté soit faite; ayez pitié de nous et veillez sur le roi.

Marie-Antoinette ne se trompait pas et avait raison de s'attrister; car le jour où tous ceux qu'elle aimait allaient s'éloigner et se disperser dans des absences indéfinies était venu: dans la soirée de ce jour même le comte d'Artois et ses deux fils, le prince de Gondé avec son fils et sa fille, le prince de Gonti, plusieurs ^ ministres, le maréchal de Broglie, le maré

chal de Castries, le duc et la duchesse de Polignac partirent de Versailles, croyant bien qu'ils ne seraient en sûreté que lorsqu'ils auraient dépassé les frontières de France.

N'allez pas croire, mes enfante, que ces nobles personnages que je viens de vous nommer aient eu les premiers la pensée d'abandonner le roi et la reine dans les circonstances difficiles où ils se trouvaient; non, c'était par ordre du roi qu'ils s'éloignaient de Versailles; ilavait dit à ses frères et aux plus intimes habitués du château : On me fait un crime d'écouter vos avis et vos conseils; partez, laissezmoi seul quelque temps, et je montrerai à mes ennemis que je sais agir par moi-même. Au duc de Polignac, qui ne voulait pas se séparer de la famille royale, le roi dit avec autorité:

— Je viens de donner à mon frère le comte d'Artois l'ordre de partir; je vous donne le même ordre; plaignez-moi et obéissez.

— Mais, sire, en nous éloignant du roi et de la reine ne les laissons-nous pas entourés de dangers?

-r-En restant auprès de nous vous les augmentez.

— Cette pensée-là peut seule nous faire obéir.

— Allez.., Espérons de meilleurs jours. Ainsi donc ce nè seront plus seulement les

peines du trône qui vont peser de tout leur poids sur nos malheureux souverains; les séparations, les déchirements de famille, les inquiétudes, les tourments de l'absence vont venir au roi et à la reine comme au dernier de leurs sujets. Leur rang élevé ne les sauvera pas de la loi commune; toutes nos douleurs ils les auront; ils ne seront privilégiés quepour souffrir davantage, car ils auront de plus que nous les ennuis et les périls de la couronne : couronne que l'on voudra briser sur leurs fronts.

La haine des révolutionnaires ne poursuivrait-elle pas ceux qui s'expatriaient pour sauver leur tête; les routes seraient-elles sûres pour les nobles fugitifs ? Voilà quelles étaient maintenant les questions que les augustes condamnés au trône se faisaient entre eux; c'était avec un grand brisement de cœur que la reine se séparait de son aimable et fidèle amie, la duchesse de Polignac. Une pauvre paysanne bien à plaindre pouvait garder sous son toit de chaume l'amie qui l'aidait à porter sa misère ; mais la fille des Césars, la reine de France ne pouvait plus conserver près d'elle la femme qu'elle aimait comme une sœur. Gracieuse et douce colombe, (c'était le nom qu'on avait donné à madame de Polignac) il lui était maintenant interdit de demeurer auprès de sa royale maîtresse... Ah !que je suis malheureuse ! disait à Marie-Antoinette la duchesse, que sa famille pressait de partir; ah! que je suis à plaindre d'augmenter vos dangers par ma présence, et de ne pouvoir les partager, les détourner sur moi seule ! Soyez sans alarmes sur mon sort: oh ! madame, partout ailleurs qu'en France l'amitié dont vous m'avez honorée sera mon titre d'honneur et ma protection. Mais vous, madame; ah! que de craintes vont me suivre dans mon exil!

— C'est le roi seul qu'il faut plaindre, lui répondit la reine... Ah ! demain que Versailles va me paraître vide !.... Vous figurez-vous ce grand château sans un ami près de nous, sans mon frère... et même sans le roi!... mon sang se glace en pensant que demain il va faire son entrée dans la ville rebelle.... Oh, mon Dieu ! mon Dieu ! veillez sur lui et sur ceux qui s'en vont.

A ces déchirantes paroles madame de Polignac ne pouvait répondre que par un déluge de larmes : elle était tombée à genoux; elle baisait, elle inondait de pleurs les mains de

sa reine, de son amie Madame Elisabeth,

présente à cette cruelle séparation, la releva en lui disant:

— Ma sœur a besoin de toutes ses forces; votre douleur accroît la sienne : partez, douce colombe, vous nous reviendrez avec le rameau d'olivier.

— Jamais! s'écria la reine, jamais! ceci est un adieu pour toujours.

— Ma sœur, vous doutez- de la bonté de Dieu; il nous rendra nos amis

— Dans Le Ciel! repartit la reine."

Ce fut là le dernier mot qu'entendit la duchesse de Polignac : on l'entraîna alors, et ce dernier mot était une vraie prophétie; les deux amies ne se sont revues que là haut, parmi les martyrs et les anges.

Dans ce splendide, dans ce majestueux Versailles il y avait eu des nuits aussi éclatantes de lumière que les plus beaux jours. Là bien souvent la joie et les refrains des fêtes avaient chassé le silence, le sommeil et le repos. Ici la royauté avait eu ses coupables égarements ; ici devaient venir les jours d'expiations après les nuits de délire : ces temps étaient arrivés.

Louis XVI, lui qui n'avait point failli, expiait les fautes de ses devanciers : entre eux les rois sont solidaires. La nuit du 16 au 17 juillet il l'a passée à brûler les papiers qui pouvaient compromettre ses fidèles serviteurs, et il remit à Monsieur un écrit par lequel il lui conférait la régence si l'on attentait à ses jours ou à sa liberté.

Monsieur en "recevant cet écrit dit au roi:

— Mon frère, vous avez des pensées bien tristes : le papier que vous me remettez deviendra inutile ; les choses n'en viendront jamais là.

— Mon frère, répondit Louis XVI, les choses de l'avenir sont dans les mains de Dieu. Le mois dernier j'ai lu et relu l'histoire de Charles Ier; les peuples en révolution ne s'arrêtent guère.

— La sagesse du roi donnera aux Français les institutions que l'époque réclame.

C'est avec cette pensée de constitution que Monsieur partit de France. Vingt-cinq ans plus tard,quand il y revint, il l'avait encore, et l'effectua en donnant la charte de 1814.

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